ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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"1069"> douleurs différentes, que l'art sait exprimer par l'âge, par le sexe, par le tempérament, par le caractere des nations & des particuliers, par la qualité des personnes, & par mille autres moyens: mais cette diversité doit être vraie, naturelle, placée, & liée au sujet; il faut que toutes les figures paroissent s'être rangées & posées d'elles - mêmes suivant leur caractere, sans travail & sans affectation. Nous ne manquons pas de modeles en ce genre, mais il n'y en a point de plus admirables que le tableau de la messe du pape Jules, celui d'Attila, & l'école d'Athenes; trois chefs - d'oeuvre de Raphaël, trois compositions sublimes qui n'appartiennent qu'à lui. Comme la diversité de la nature est infinie, la diversité de l'imitation peut l'être de même; cependant il n'est pas possible de donner des regles pour enseigner l'art de diversifier les personnages d'un tableau, leurs attitudes, & leurs passions: c'est au génie à imaginer, les avis ne peuvent suppléer au génie. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

DIVERTIR (Page 4:1069)

DIVERTIR, (Jurispr.) signifie détourner. On dit qu'une veuve ou un héritier ont diverti les effets de la succession; ce qui signifie qu'ils les ont soustraits & ne les représentent pas. Voyez Recelé.

On dit quelquefois qu'une procédure doit être faite de suite & sans divertir à autres actes, c'est - à dire sans desemparer & sans interruption. (A)

DIVERTISSEMENT (Page 4:1069)

DIVERTISSEMENT, s. m. (Jurispr.) est lorsque l'on détourne quelques effets d'une communauté ou d'une succession. On joint ordinairement les termes de recelé & divertissement comme synonymes, quoiqu'ils ayent chacun leur objet différent. Divertissement est l'enlevement des effets que l'on détourne; recelé est la précaution que l'on a de les cacher. Cependant comme dans l'usage on fait précéder le terme de recelé, & que ces termes sont réputés synonymes, nous expliquerons ce qui concerne cette matiere au mot Recelé. Voyez aussi ci - devant Divertir. (A)

Divertissement (Page 4:1069)

Divertissement, (Belles - Lettres.) c'est un terme générique, dont on se sert également pour désigner tous les petits poëmes mis en musique, qu'on exécute sur le théatre ou en concert; & les danses mêlées de chant, qu'on place quelquefois à la fin des comédies de deux actes ou d'un acte.

La grote de Versailles. l'idylle de Sceaux, sont des divertissemens de la premiere espece.

On donne ce nom plus particulierement aux danses & aux chants, qu'on introduit episodiquement dans les actes d'opéra. Le triomphe de Thesée est un divertissement fort noble. L'enchantement d'Amadis est un divertissement très - agréable; mais le plus ingénieux divertissement des opéra anciens, est celui du quatrieme acte de Rolland.

L'art d'amener les divertissemens est une partie fort rare au théatre lyrique; ceux mêmes, pour la plûpart, qui paroissent les mieux amenés, ont quelquefois des défauts dans la forme qu'on leur donne. La grande regle est qu'ils naissent du sujet, qu'ils fassent partie de l'action, en un mot qu'on n'y danse pas seulement pour danser. Tout divertissement est plus ou moins estimable, selon qu'il est plus ou moins nécessaire à la marche théatrale du sujet: quelque agréable qu'il paroisse, il est vicieux & peche contre la premiere regle, lorsque l'action peut marcher sans lui, & que la suppression de cette partie ne laisseroit point de vuide dans l'ensemble de l'ouvrage. Le dernier divertissement, qui pour l'ordinaire termine l'opéra, paroît ne pas devoir être assujetti à cette regle aussi scrupuleusement que tous les autres; ce n'est qu'une fête, un mariage, un couronnement, &c. qui ne doit avoir que la joie publique pour objet.

Si les divertissemens des grands opéra sont soûmis à cette loi établie par le bon sens, qui exige que toutes les parties d'un ouvrage y soient nécessaires pour former les proportions de l'ensemble; à combien plus forte raison doit - elle être invariable dans les ballets?

Des divertissemens en action sont le vrai fond des différentes entrées du ballet: telle est son origine. Le chant, dans ces compositions modernes, occupe une partie de la place qu'occupoit la danse dans les anciennes: pour être parfaites, il faut que la danse & le chant y soient liés ensemble, & partagent toute l'action. Rien n'y doit être oisif; tout ce qu'on y fait paroître d'inutile, & qui ne concourt pas à la marche, au progrès, au développement, n'est qu'un agrément froid & insipide. On peut dire d'une entrée de ballet, ce qu'on a dit souvent du sonnet: la plus legere tache défigure cette espece d'ouvrage, bien plus difficile encore que le sonnet même, qui n'est qu'un simple récit; le ballet doit être tout entier en action.

La grande erreur sur cette partie dramatique est que quelques madrigaux suffisent pour la rendre agréable. L'action est la derniere chose dont on parle, & celle à laquelle on pense le moins: c'est pourtant l'action intéressante, vive, pressée, qui fait le grand mérite de ce genre.

Il faut donc pour former une bonne entrée de ballet, 1°. une action: 2°. que le chant & la danse concourent également à la former, à la développer, à la dénoüer: 3°. que tous les agrémens naissent du sujet même. Tous ces objets ne sont rien moins qu'aisés à remplir: mais que de beautés résultent aussi dans ces sortes d'ouvrages de la difficulté vaincue! Voyez Ballet, Coupe, Danse, Opéra . (B)

Divertissement, Amusement, Recréation, Réjouissance (Page 4:1069)

Divertissement, Amusement, Recréation, Réjouissance, (Grammaire.) ces quatre mots sont synonymes, & ont la dissipation ou le plaisir pour fondement. Amusement est une occupation legere de peu d'importance & qui plaît; divertissement est accompagné de plaisirs plus vifs, plus étendus; recréation désigne un terme court de délassement: c'est un simple passe - tems pour distraire l'esprit de ses fatigues; réjoüissance se marque par des actions extérieures, des danses, des cris de joie, des acclamations de plusieurs personnes. La comédie fut toûjours la recréation ou le délassement des grands hommes, le divertissement des gens polis, & l'amusement du peuple; elle fait une partie des réjoüissances publiques dans certains évenemens.

Amusement, suivant l'idée que je m'en fais encore, porte sur des occupations faciles & agréables qu'on prend pour éviter l'ennui, pour moins penser à soi - même. Recréation appartient plus que l'amusement au délassement de l'esprit, & indique un besoin de l'ame plus marqué. Réjoüissance est affecté aux fêtes publiques du monde & de l'église. Divertissement est le terme générique qui renferme les amusemens, les recréations, & les réjoüissances particulieres.

Tous les divertissemens qui n'ont pas pour but des choses utiles ou nécessaires, sont les fruits de l'oisiveté, de l'amour pour le plaisir, & varient chez les divers peuples du inonde, suivant les moeurs & les climats. Ce n'est pas ici le lieu de le prouver; mais le lecteur sera peut - être bien aise de savoir ce qu'une Peruvienne, si connue par la finesse de son goût & par la justesse de son discernement, pense des divertissemens de notre nation, de tous ces plaisirs qu'on tâchoit de lui procurer, & dont tout le monde lui paroissoit enivré.

« Les divertissemens de ce pays (écrit - elle à son cher Aza) me semblent aussi peu naturels que les moeurs. Ils consistent dans une gaieté violente excitée par des ris éclatans, auxquels l'ame ne paroît prendre aucune part; dans des jeux insipides, dont l'or fait tout le plaisir; dans une conversation [p. 1070] si frivole & si répétée, qu'elle ressemble bien davantage au gasouillement des oiseaux, qu'à l'entretien d'une assemblée d'êtres pensans; ou dans la fréquentation de deux spectacles, dont l'un humilie l'humanité, & l'autre exprime toûjours la joie & la tristesse indifféremment par des chants & des danses. Ils tâchent envain par de tels moyens de se procurer des divertissemens réels, un amusement agréable, de donner quelque distraction à leurs chagrins, quelque recréation à leur esprit; cela n'est pas possible: leurs réjoüissances même n'ont d'attraits que pour le peuple, & ne sont point consacrées comme les nôtres au culte du Soleil: leurs regards, leurs discours, leurs réflexions ne se tournent jamais à l'honneur de cet astre divin: enfin leurs froids amusemens, leurs puériles recréations, leurs divertissemens affectés, leurs ridicules réjoüissances, loin de m'égayer, de me plaire, de me convenir, me rappellent encove avec plus de regret, la différence des jours heureux que je passois avec toi ». Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

DIVIDENDE (Page 4:1070)

DIVIDENDE, adj. pris sub. on appelle ainsi en Arithmétique un nombre dont on propose de faire la division. Voyez Division.

Le quotient d'une division est à l'unité, comme le dividende est au diviseur. Voyez Division. (O)

DIVIDENDE, DIVIDENTE ou DIVIDENT (Page 4:1070)

DIVIDENDE, DIVIDENTE ou DIVIDENT, s. m. (Comm.) en termes de compagnie & de commerce d'actions, signifie la répartition qui se fait des profits d'une compagnie de commerce aux actionnaires qui y ont pris intérêt. Voyez Action, Compagnie, Répartition . Diction. de Comm. de Trév. & Chambers. (G)

DIVIN (Page 4:1070)

DIVIN, adj. (Gramm. & Theol.) qui appartient à Dieu, qui a rapport à Dieu, qui provient de Dieu: ainsi l'on dit la science divine, la divine providence, la grace divine, &c.

Ce mot s'employe aussi dans un sens figuré, pour désigner quelque chose d'excellent, d'extraordinaire, qui semble surpasser les forces de la nature & la portée ordinaire de l'esprit humain.

C'est dans ce sens que le compas, le télescope, les horloges, l'Imprimerie, &c. ont été quelquefois appellés des inventions divines. On a donné à Platon le surnom de divin, ou à cause de l'excellence de son génie, ou parce qu'il a parlé de la Divinité d'une maniere plus noble & plus élevée que tous les philosophes payens. Quelques - uns ont aussi prodigué, assez mal - à - propos; ce me semble, la même épithete à Seneque. On a un peu plus de fondement à appeller Hippocrate le divin vieillard, divine senex, à cause de la perfection à laquelle il porta un art infiniment plus utile que la philosophie spéculative. Les Théologiens en citant les PP. les nomment divus Augustinus, divus Thomas.

Les Arabes donnent le nom de divin (elahioun) à la seconde secte de leurs philosophes: ce sont ceux qui admettent un premier moteur de toutes choses, une substance spirituelle dégagée de toute espece de matiere, en un mot un Dieu. Par ce nom ils distinguent ces philosophes de ceux de la premiere secte, qu'ils appellent deherioun ou thabaioun, c'est - à - dire les hommes du monde, les naturalistes, qui n'admettent d'autre principe que le monde matériel & la nature. Chambers.

Le mot elahioun est dérivé d'Allah, Dieu; ensorte que les elahioun ou les divins sont les théologiens par opposition aux esprits forts & aux athées. (G)

Divin (Page 4:1070)

Divin, emplâtre divin, emplastrum divinum, (Pharmac.) On a donné ce nom à l'emplâtre dont nous allons donner la description, à cause des grandes vertus qu'on lui a attribuées.

Emplâtre divin de la pharmacopée de Paris. de la litharge préparée, une livre; de l'huile d'olive, deux livres; de l'eau commune, une suffisante quantité: cuisez - les ensemble en consistance d'emplâtre; après quoi faites - y fondre cire jaune huit onces, puis y mêlez selon l'art la poudre suivante.

galbanum, myrrhe, de chaque deux onces & deux gros; bdellium, deux onces; gomme ammoniaque, trois onces & trois gros; encens mâle, une once & un gros; opopanax, mastic, aristoloche ronde, verd - de - gris, de chaque une once: faites du tout une poudre selon l'art.

Nota que si vous voulez que l'emplâtre soit rougeâtre, il faudra faire cuire le verd - de - gris en même tems que la litharge; & au contraire si on veut que l'emplâtre soit verdâtre, il faudra l'y mêler après les poudres.

DIVINATION (Page 4:1070)

* DIVINATION, s. s. (Ordr. encyclop. Entendem. Raison ou Scienc. Science des espr. Divinat.) C'est l'art prétendu de connoître l'avenir par des moyens superstitieux. Cet art est très - ancien. Voyez Enthousiasme, Prophétie, &c.

Il est parlé dans l'Ecriture de neuf especes de divination. La premiere se faisoit par l'inspection des étoiles, des planetes & des nuées; c'est l'astrologie judiciaire ou apotélesmatique, que Moyse nomme méonen. La séconde est désignée dans l'Ecriture par le mot menachesch, que la vulgate & la plûpart des interpretes ont rendu par celui d'augure. La troisieme y est appellée mecascheph, que les Septante & la vulgate traduisent maléfices ou pratiques occultes & pernicieuses. La quatrieme est celle des hhober ou enchanteurs. La cinquieme consistoit à interroger les esprits pythons. La sixieme, que Moyse appelle des judeoni, étoit proprement le sortilége & la magie. La septieme s'exécutoit par l'évocation & l'interrogation des morts, & c'étoit par conséquent la necromantie. La huitieme étoit la rabdomantie ou sort par la baguette ou les bâtons, dont il est question dans Osée, & auquel on peut rapporter la bélomantie qu'Ezechiel a connue. La neuvieme & derniere étoit l'hépatoscopie, ou l'inspection du foie. Le même livre fait encore mention des diseurs de bonne avanture, des interpretes de songes, des divinations par l'eau, par le feu, par l'air, par le vol des oiseaux, par leur chant, par les foudres, par les éclairs, & en général par les météores, par la terre, par des points, par des lignes, par les serpens, &c.

Les Juifs s'étoient infectés de ces différentes superstitions en Egypte, d'où elles s'étoient répandues chez les Grecs, qui les avoient transmises aux Romains.

Ces derniers peuples distinguoient la divination en artificielle & en naturelle.

Ils appelloient divination artificielle, un prognostic ou une induction fondée sur des signes extérieurs üés avec des évenemens à venir (voyez Signe & Prognostic); & divination naturelle, celle qui présageoit les choses par un mouvement purement intérieur, & une impulsion de l'esprit indépendante d'aucun signe extérieur.

Ils subdivisoient celle - ci en deux especes, l'innée, & l'infuse: l'innée avoit pour base la supposition que l'ame circonserite en elle - même, & commandant aux différens organes du corps sans y être présente par son étendue, avoit essentiellement des notions confuses de l'avenir, comme on s'en convainct, disoient - ils, par les songes, les extases, & ce qui ararrive à quelques malades dans les approches de la mort, & à la plûpart des autres hommes lorsqu'ils sont menacés d'un péril imminent. L'infuse étoit appuyée sur l'hypothese que l'ame semblable à un miroir, étoit éclairée sur les évenemens qui l'intéressoient, par une lumiere réfléchie de Dieu ou des Esprits.

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