ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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"735"> Permets - moi de cueillir ces fleurs nouvelles, pour orner les tresses de tes cheveux, & parer le sein délicieux qui ajoute encore à leur douceur.

Vois dans ce vallon comme le lis s'abreuve du ruisseau caché, & cherche à percer la tousse du pâturage. Promenons - nous sur ces champs couverts de féves fleuries, lieux où le zéphir qui parcourt ces vastes campagnes, nous apporte les parfums qu'il y a rasiembles; parfums mille fois plus salubres & plus flatteurs, que ne furent jamais ceux de l'Arabie. Ne crois pas indigne de tes pas cette prairie riante; c'est le négligé de la nature que l'art n'a point défigure. Ici remplisient leur tâche de nombreux essains d'abeilles, nation laborieuse, qui fend l'air, & s'attache au bouton dont elle suce l'ame éthérée; souvent elle ose s'écarter sur la bruyere éclatante de pourpre, où croit le thym sauvage, & elle s'y charge du précieux butin.

L'Océan n'est pas loin de ce vallon; viens, belle Themire, considerer un moment la merveille de son flux.

Que j'aime alors qu'il se retire Dele poursuivre pas - a - pas; Au reflux il a des appas Que l'on sent, & qu'on ne peut dire. Ici les cailloux font du bruit; Delà le gravier se produit; La vague y blanchit, & s'y creve; La son écume à gros bouillons Y couvre, & decouvre la greve, Baisant nos piés sur les sablons. Que j'aime à voir sur ces rivages L'eau qui s'ensuit & qui revient, Qui me présente, qui retient, Et laisse enfin ses coquillages.

Cependant il est tems de nous rendre dans les jardins que le Nostre a formes, jardins admirables par leurs perspectives & leurs allées de boulingrins. Dans les bosquets où regne une douce obscurité la promenade s'étend en longs détours, & s'ouvrant tout - à - coup, offre aux regards surpris le firmament qui s'abaisse, les rivieres qui coulent en serpentant, les étangs émus par les vents légers, des groupes de forêts, des palais qui fixent l'oeil, des montagnes qui se confondent dans l'air, & la mer que nous venons de quitter.

Le long de ces bordures regne, avec la rosée, le printems qui développe toutes les graces. Mille plantes embellissent le partere, reçoivent & préparent les parfums; les anémones, les oreilles d'ours enrichies de cette poudre brillante qui orne leurs feuilles de velours, la double renoncule d'un rouge ardent, décorent la scène. Ensuite la nation des tulipes étale ses caprices innocens, qui se perpétuent de race en race, & dont les couleurs variees se mélangent à l'infini, comme font les premiers germes. Tandis qu'elles éblouissent la vue charmée, le fleuriste admire avec un secret orgueil, les miracles de sa main. Toutes les fleurs se succedent depuis le bouton, qui naît avec le printems, jusqu'à celles qui embaument l'été. Les hyacinthes du blanc le plus pur s'abaissent, & présentent leur calice incarnat. Les jonquilles d'un parfum si puissant; la narcisse encore penché sur la fontaine fabuleuse; les oeillets agréablement tachetés; la rose de damas qui décore l'arbuste; tout s'offre à la - fois aux sens ravis: l'expression ne sauroit rendre la varieté, l'odeur, les couleurs sur couleurs, le souffle de la nature, ni sa beauté sans bornes.

Dans cette saison où l'amour, cette ame universelle, pénetre, échauffe l'air, & souffle son esprit dans toute la nature, la troupe aîlée sent l'aurore des desirs. Le plumage des oiseaux mieux fourni, se peint de plus vives couleurs; ils recommencent leurs ch ants long - tems oubliés, & gazouillent d'abord foiblement; mais bientôt l'action de la vie se communique aux organes intérieurs; elle gagne, s'étend, & produit un torrent de delices, dont l'expression se déploie en concerts, qui n'ont de bornes que celle d'une joie qui n'en connoît point.

La messagere du matin, l'alouette s'éleve en chantant à - travers les ombres qui fuyent devant le crépuscule du jour; elle appelle d'une voix haute les chantres des bois, & les reveille au fond de leur demeure; toute la troupe gazouillante forme des accords. Philomele les écoute, & leur permet de s'égayer, certaine de rendre les échos de la nuit préférables à ceux du jour.

Je demeure saisi D'entendre de sa voix l'harmonie & la grace; Vous croiriez sur la foi de ses charmans accords, Que l'ame de Linus, ou du chantre de Thrace A passé dans ce petit corps, Et d'un goster si doux anime les ressorts. Les faunes & les nayades, Pan, & les amadryades, Au goût délicat & fin, Au chant qui les captive Tenant une oreille attentive, En appréhendent la fin.

Toute cette musique n'est autre chose que la voix de l'Amour! C'est lui qui enseigne le tendre art de plaire aux oiseaux, & chacun d'eux en courtisant sa maitresse, verse son ame toute entiere. D'abord à une distance respectueuse, ils font la roue dans le circuit de l'air, & táchent par un million de tours d'attirer l'oeil rusé de leur enchanteresse, volontairement distraite. Si elle semble ne pas désapprouver leurs voeux, leurs couleurs deviennent plus vives. Animés par l'espérance, ils avancent promptement; ensuite comme frappés d'une atteinte invisible, ils se retirent en desordre; ils se rapprochent encore, battent de l'aîle, & chaque plume frissonne de desir. Les gages de l'hymen sont reçus; les amans s'envolent où les conduisent les plaisirs, l'instinct & le soin de leur sûreté.

Muse, ne dédaigne pas de pleurer tes freres des bois, surpris par l'homme tyran, & renfermés dans une étroite prison. Ces jolis esclaves, privés de l'étendue de l'air, s'attristent; leur plumage est terni, leur beauté fanée, leur vivacité perdue. Ce ne sont plus ces notes ravissantes qu'ils gazouilloient sur le hêtre. O vous amis des tendres chants, épargnez ces douces lignées, laissez - les jouir de la liberté, pour peu que l'innocence, que les doux accords, ou que la pitié aient de pouvoir sur vos coeurs.

Gardez - vous surtout d'affliger Philomele, en détruisant ses travaux. Cet Orphee des bocages est trop délicat pour supporter les durs liens de la prison. Quelle douleur pour la tendre mere, quand, revenant le bec chargé, elle trouve ses chers enfans dérobés par un ravisseur impitoyable. Elle jette sur le sable sa provision désormais inutile; son aîle languissante & abattue, peut à peine la porter sous l'ombre d'un peuplier voisin. Là, livrée au désespoir, elle gémit & déplore son malheur pendant des nuits entieres; elle s'agite sur la branche solitaire; sa voix toujours expirante s'épuise en sons lamentables. L'écho soupire à son chant, & répete sa douleur. L'homme seul seroit - il insensible? Ah plutôt qu'il considere que la bonté divine voit d'un oeil également compatissant toutes ses créatures!

Que ne puis - je peindre la multitude des bienfaits qu'elle verse à pleines mains sur notre hémisphere dans cette brillante saison; mais si l'imagination même ne peut suffire à cette tâche délicieuse, que pourroit faire le langage? Contentons - nous de dire que [p. 736] dans le printems la maladie leve sa tête languissante, la vie se renouvelle, la santé rajeunit, & se sent régénérée. Le soleil pour la fortifier, nous échausse tendrement de ses rayons du midi, & même paroit s'y plaire.

Le grand astre dont la lumiere Eclaire la voute des cieux, Semble pour nous de sa carriere Suspendre le cours glorieux; Fier d'être le flambeau du monde, Il contemple du haut des airs L'Olympe, la terre & les mers Remplis de sa clarté feconde; Et jusques au fond des enfers, Il fait entrer la nuit profonde Qui lui disputoit l'univers.

L'influence de l'année renaissante opere également sur l'un & l'autre sexe. Maintenant une rougeur plus fraîche & plus vive que l'incarnat rehausse l'éclat du teint d'une aimable bergere; le rouge de ses levres devient plus foncé; une flamme humide éclate dans ses yeux; son sein animé, s'éleve avec des palpitations inégales; un feu secret se glisse dans ses veines, & son ame entiere s'enivre d'amour. Le trait vole, pénétre l'amant, & lui fait chérir le pouvoir extatique qui le domine. Jeunes beautés, gardez alors avec plus de soin que jamais vos coeurs tragiles! sur - tout que les sermens qui cachent le parjure sous le langage de l'adulation, ne livrent pas vos doux instans à l'homme séducteur dans ces bosquets parfumés de roses, & tapissés de chevrefeuil, au moment dangereux où le crépuscule du soir tire ses rideaux cramoisis!

Vous dont l'heureuse sympathie a formé les tendres noeuds par des liens indissolubles, en confondant dans un même destin vos ames, vos fortunes & votre être, jouissez à l'ombre des myrthes amoureux dans vos embrassemens mutuels, de tout ce que l'imagination la plus vive peut former de bonheur, & de tout ce que le coeur le plus avide peut former de desirs. Puisse un long printems orner vos têtes de ses guirlandes fleuries, & puisse le déclin de vos jours arriver doux & serain!

Mais (Page 17:736)

Mais l'éclatant été vient dorer nos campagnes, suivi des vents rafraîchissans; les gémeaux cessent d'être embrasés, & le cancer rougit des rayons du soleil. La nuit n'exerce plus qu'un empire court & douteux; à peine elle avance sur les traces du jour qui s'éloigne, qu'elle prévoit l'approche de celui qui va lui succéder. Déjà paroît le matin, pere de la rosée. Une lumiere foible l'annonce dans l'orient tacheté. Bientôt cette lumiere s'étend, brise les ombres, & chasse la nuit, qui fuit d'un poids précipité. La belle aurore offre à la vue de vastes paysages. Le rocherhumide, le sommet des montagnes couvert de brouillards, s'enflent à l'oeil, & brillent à l'aube du jour. Les torrens fument, & semblent bleuâtres àtravers le crépuscule. Les bois retentissent de chants réunis. Le berger ouvre sa bergerie, fait sortir par ordre ses nombreux troupeaux, & les mene paître l'herbe fraîche.

Des nuits l'inégale couriere S'éloigne, & pâlit à nos yeux; Chaque astre au bout de sa carriere Semble se perdre dans les cieux.

Quelle fraîcl ! L'air qu'on respire Est le souffle délicieux De la volupté qui soupire Au sein du plus jeune des dieux.

Déjà la colombe amoureuse Vole du chêne sous l'ormeau; L'amour vingt fois la rend heureuse Sans quitter le même rameau.

Triton sur la mer applanie Promene sa conque d'azur, Et la nature rajeunie Exhale l'ambre le plus pur.

Au bruit des Faunes qui se jouent Sur le bord tranquille des eaux, Les chastes Nayades dénouent Leurs cheveux tressés de roseaux.

Réveille - toi, mortel eselave du luxe, & sors de ton lit de paresse; viens jouir des heures balsamiques, si propres aux chants sacrés: le sage te montre l'exemple; il ne perd point dans l'oubli la moitié des momens rapides d'une trop courte vie! totale extinction de l'ame éclairée! Il ne reste point dans un état de ténebres, quand toutes les muses, quand mille & mille douceurs l'attendent à la promenade solitaire du matin d'été.

Dejà le puissant roi du jour se montre radieux dans l'orient; l'azur des cieux enflammé, & les torrens dorés qui eclairent les montagnes, marquent la joie de son approche. L'astre du monde regarde sur toute la nature avec une majesté sans bornes, & verse la lumiere sur les rochers, les collines, & les ruisseaux errans, qui étincellent dans le lointain.

Autour de ton char brillant, oeil de la nature, les saisons menent à leur suite dans une harmonie fixe & changeante, les heures aux doigts de roses, les zéphirs flottans nonchalamment, les pluies favorables, la rosce passagere, & les fiers orages adoucis. Toute cette cour répand successivement tes bienfaits, odeurs, herbes, fleurs, & fruits, jusqu'à ce que tout s'allumant successivement par ton souffle divin, tu decores le jardin de l'univers.

Voici l'instant où le soleil fond dans un air limpide les nuages élevés, & les brouillards du cancer, qui entourent les collines de bandes diversement colorées.

De sa lumiere réfléchie Cet astre vient remplir les airs, Et par degrés a lunivers Donner la couleur & la vie.

Bien - tôt totalement dévoilé, il éclaire la nature entiere, & la terre paroît si vaste, qu'elle semble s'unir à la voûte du firmament.

La fraîcheur de la rosée tombante se retire à l'ombre, & les roses touffues en cachent les restes dans leur sein. C'est alors que je médite sur un verd gazon, auprès des fontaines de crystal, & des ruisseaux tranquilles. Je vois à mes piés ces fleurs délicates qui, épanouies ce matin, seront fannées ce soir. Telle une jeune beauté languit & s'efface, quand la fievre ardente bouillonne dans ses veines. La fleur au contraire qui suit le soleil, se referme quand il se couche, & semble abattue pendant la nuit; mais si - tôt que l'astre reparoît sur l'horison, elle ouvre son sein amoureux à ses rayons favorables.

Maintenant

Le bruit renaît dans les hameaux, Et l'on entend gémir l'enclume Sous les coups fréquens des marteaux. Le regne du travail commence. Monté sur le trone des airs, Eclairez leur empire immense, Soleil, apportez l'abondance, Et les plaisirs a l'univers.

Les nombreux habitans du village se répandent sur les prés rians; la jeunesse rustique pleine de santé & de force, est un peu brunie par le travail du midi. Semblables à la rose d'été, les filles demi - nues, & rouges de pudeur, attirent d'avides regards, & tou<pb->

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