ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Attaque (Page 1:835)

Attaque de la demi - lune; c'est, dans l'Art militaire, l'action par laquelle on tâche de s'emparer de cet ouvrage.

« Pour cela, le passage du fossé étant fait de part & d'autre des faces de la demi - lune, & la breche ayant une étendue de 15 ou 16 toises vers le milieu des faces, on se prepare à monter à l'assaut. On fait à cet effet un grand amas de matériaux dans tous les logemens des environs: on travaille à rendre la breche pratiquable, en adoucissant on talud; on y tire du canon pour faire tomber les parties du revêtement qui se soûtiennent encoe. On peut aussi se servir utilement de bombes tirées de but - enblanc; elles s'enterrent aisement dans les terres de la breche, déjà labourées & ébranlées par le canon; & en crevant dans ces terres. elles y font, pour ainsi - dire, l'effet de petits fourneaux ou fougaces: par ce moyen le soldat monte plus facilement à la breche.

Pour donner encore plus de facilité à monter sur la breche & la rendre plus praticable, on y fait aller quelques mineurs, ou un sergent & quelques grenadiers, qui, avec des crocs, applanissent la breche. Le feu des logemens & des batteries, empêche l'ennemi de se montrer sur ses défenses pour tirer sur les travailleurs; ou du moins si l'ennemi tire, il ne peut le faire qu'avec beaucoup de circonspection, ce qui rend son feu bien moins dangereux.

Si l'ennemi a pratiqué des galeries le long de la face de la demi - lune, & vis - à - vis les breches, les mineurs peuvent aller à leur découverte pour les boucher, ou couper, ou en chasser l'ennemi; s'ils ne les trouvent point, ils peuvent faire sauter différens petits fourneaux, qui étant répétés plusieurs fois, ne manqueront pas de causer du desordre dans les galeries de l'ennemi & dans ses fourneaux. Tout étant prêt pour travailler au logement de la demi - lune, c'est - à - dire, pour s'établir sur la breche, les matériaux à portée d'y être transportés aisement & promptement, les batteries & les logemens du chemin couvert en état de faire grand feu; on convient d'un signal avec les commandans des batteries & ceux des logemens, pour les aver<cb-> tir de faire feu, & pour les avertir de le faire cesser quand il en est besoin. C'est ordinairement un drapeau qu'on éleve dans le premier cas, & qu'on abbaisse dans le second. Tout cela arrangé, & la breche rendue praticable, comme nous l'avons dit, on fait avancer deux ou trois sappeurs vers le commencement de la rupture d'une des faces du côté de la gorge de la demi - lune, & vers le haut de la breche. Il se trouve ordinairement des especes de petits couverts ou enfoncemens dans ces endroits, où les sappeurs commencent à travailler, à se loger, & à préparer un logement pour quelques autres sappeurs. Lorsqu'il y a de la place pour les recevoir, on les y fait monter, & ils étendent insensiblement le logement sur tout le haut de la breche, où ils font vers la pointe un logement qu'on appelle assez ordinairement un nid de pie. Pendant qu'ils travaillent, le feu de la batterie & des logemens demeure tranquille: mais quand l'ennemi vient sur ces sappeurs pour détruire leurs logemens, ils se retirent avec promptitude; & alors le drapeau étant élevé, on fait feu sur l'ennemi avec la plus grande vivacité, pour lui faire abandonner le haut de la breche. Lorsqu'il en est chassé, on baisse le drapeau, le feu cesse, & les sappeurs vont rétablir tout le desordre qui a été fait dans leur logement, & travaillent à le rendre plus solide & plus étendu. Si l'ennemi revient pour les chasser, ils se retirent, & l'on fait joüer les batteries & le feu des logemens, qui l'obligent à quitter la breche; apres quoi on le fait cesser, & les sappeurs retournent à leur travail.

On continue la même manoeuvre jusqu'à ce que le logement soit en état de défense, c'est - à - dire, de contenir des troupes en état d'en imposer à l'ennemi & de résister aux attaques qu'il peut faire au logement. L'ennemi, avant que de quitter totalement la demi - lune, fait sauter les fourneaux qu'il y a preparés. Apres qu'ils ont fait leur effet, on se loge dans leur ecavation, ou du moins on y pratique de petits couverts pour y tenir quelques sappeurs, & l'on se sert de ces couverts pour avancer les logemens de l'intérieur de l'ouvrage.

Le logement de la pointe se fait en espece de petit arc, dont la concavité est tournée du côté de la place. De chacune de ses extrémités part un logement qui regne le long des faces de la demi - lune sur le terre - plein de son rempart, au pié de son parapet. Ce logement est très - enfoncé dans les terres du rempart, afin que les soldats y soient plus à couvert du feu de la place; on y fait aussi pour le garantir de l'enfilade, des traverses, comme dans le logement du haut du glacis. On fait encore dans l'interieur de la demi - lune, des logemens qui en traversent toute la largeur. Ils servent à découvrir la communication de la tenaille à la place, & par conséquent à la rendre plus difficile, & à contenir des troupes en nombre suffisant pour résister à l'ennemi, s'il avoit dessein de revenir dans la demi - lune, & de la reprendre.

Si la demi - lune n'étoit point révêtue, & qu'elle fût simplement fraisée & palissadée, on en feroit l'attaque de la même maniere que si elle l'étoit; c'est - à - dire, qu'on disposeroit des batteries comme on vient de l'enseigner; & pour ce qui concerne la breche, il ne s'agiroit que de ruiner la fraise, les palissades & la haie vive de la berme, s'il y en a une vis - à - vis l'endroit par lequel on veut entrer dans la demi - lune; s'y introduire ensuite, & faire les logemens tout comme dans les demi - lunes revêtues.

Tout ce que l'on vient de marquer pour la prise de la demi - lune, ne se fait que lorsqu'on veut s'en emparer par la sappe, & avec la pelle & la pioche: [p. 836] mais on s'y prend quelquefois d'une maniere plus vive & plus prompte; & pour cela, dès que la bréche est préparée, & qu'on l'a mise en état de pouvoir la franchir pour entrer dans la demi - lune, on y monte à l'assaut brusquement, à peu - près comme dans les attaques de vive force du chemin couvert, & l'on tâche de joindre l'ennemi, & de le chasser entierement de l'ouvrage. Cette attaque est assez périlleuse, & elle peut coûter bien du monde, lorsqu'on a affaire à une garnison courageuse, & qui ne cede pas aisément son terrein. Mais il y a souvent des cas où l'on croit devoir prendre ce parti, pour accélérer de quelques jours la prise de la demi - lune.

Si - tôt que l'on est maître du haut de la breche, on y fait un logement fort à la hâte, avec des gabions & des fascines; & pendant qu'on le fait, & même pendant qu'on charge l'ennemi, & qu'on l'oblige d'abandonner le haut de la breche, on détache quelques soldats pour tâcher de découvrir les mines que l'ennemi doit avoir faites dans l'intérieur du rempart de la demi - lune, & en arracher ou couper le saucisson. Si l'on ne peut pas réussir à les trouver, il ne faut s'avancer qu'avec circonspection, & ne pas se tenir tous ensemble, pour que la mine fasse un effet moins considérable. Souvent l'ennemi laisse travailler au logement sans trop s'y opposer, parce qu'il ne se fait qu'avec une très grande perte de monde, les travailleurs & les troupes étant pendant le tems de sa construction absolument en butte à tout le feu de la place, qui est bien servi, & que la proximité rend très - dangereux: mais lorsque le logement commence à prendre forme, l'ennemi fait sauter ses mines, & il revient ensuite dans la demi - lune, pour essayer de la reprendre à la faveur du desordre que les mines ne peuvent manquer d'avoir causé parmi les troupes qui y étoient établies. Alors il faut revenir sur lui avec des troupes qui doivent être à portée de donner du secours à celles de la demi - lune, & s'établir dans les excavations des mines; & enfin rendre le logement solide, le garnir d'un assez grand nombre de soldats, pour être en état de résister à tous les nouveaux efforts de l'ennemi.

Cet ouvrage ne peut guere être ainsi disputé que lorsque la demi - lune un réduit, parce que le réduit donne une retraite aux soldats de la place qui défendent la demi - lune, & qu'il met à portée de tomber aisément dans la demi - lune: car s'il n'y en a point & que l'ennemi soit chassé de la demi - lune, il ne peut plus guere tenter d'y revenir, sur - tout si la communication de la place avec la demi - lune est ve des batteries & des logemens du chemin couvert: car si le fossé est plein d'eau, cette communication ne pourra se faire qu'avec des bateaux, qu'on peut voir aisément du chemin couvert, & qu'on peut renverser avec le canon des batteries; & si le fossé est sec, & qu'il y ait une caponiere, la communication, quoique plus sûre, n'est pourtant pas sans danger, à cause du feu qu'on y peut plonger des logemens du chemin couvert, ensorte qu'il est assez difficile que l'ennemi y puisse faire passer assez brusquement un corps de troupes suffisant pour rentrer dans la demi - lune & s'en emparer; il lui manque d'ailleurs de la place pour s'assembler & tomber tout d'un coup avec un gros corps sur les logemens de la demi - lune.

Il y auroit seulement un cas où il pourroit le faire; savoir, lorsqu'on a pratiqué dans l'angle de la gorge de la demi - lune un espace à peu - près de la grandeur des places d'armes du chemin couvert; cet espace ne peut être vû du chemin couvert, ni de ses logemens, & il y a ordinairement des degrés pour monter du fond du fossé dans la demi - lune, l'ennemi pourroit en profiter pour essayer d'y venir: mais si l'on se tient bien sur ses gardes, & qu'on ne se laisse point surprendre, il sera toûjours aisé de le repousser même avec perte de sa part; parce qu'alors on a contre lui l'avantage de la situation, & qu'il est obligé d'attaquer à découvert, pendant que l'on se défend favorisé du logement.

Le tems le plus favorable pour l'attaque de la demi - lune, de vive force, est la nuit; le feu de l'ennemi en est bien moins sûr qu'il ne le seroit le jour ». Attaque des places par M. le Blond.

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