ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Antimoine (Page 1:507)

* Antimoine (Soufre doré d'): Prenez les scories du régule ordinaire d'antimoine, ou faites fondre une partie d'antimoine crud avec deux parties de l'alkali du tartre: exposez les à un air humide pendant un jour ou deux: faites bouillir à grande eau pendant une demi - heure les scories, ou l'antimoine divisé par les alkalis, ou le restant de la teinture d'antimoine; car ce restant peut aussi servir dans cette occasion. Filtrez cette décoction; laissez y tomber quelques gouttes de vinaigre en différens endroits: il se fera un précipité en une espece de caillé. Versez le tout dans un entonnoir garni d'un filtre, & rejettez ce premier précipité. Prenez la liqueur qui aura coulé au travers du filtre, & versez y comme la premiere fois du vinaigre; vous aurez un second précipité que vous séparerez par un nouveau filtre: réitérez cette opération jusqu'à quatre fois: versez plusieurs fois de l'eau sur ce qui restera dans le filtre [p. 508] pour le dessaler: enfin faites fécher cette poudre, & vons aurez ce qu'on appelle le soufre doré d'antimoine.

Le soufre d'antimoine des premieres précipitations est jaune brun; celui des précipitations suivantes est jaune rouge; il devient enfin doré; & celui des dernieres est jaune clair.

Il y a, comme on voit, plusieurs soufres dorés d'antimoine: mais ils sont tous en grande réputation; ils passent pour une panacée, ou un remede universel dans presque toutes les maladies. Mais leur vertu a toûjours paru suspecte à plusieurs Medecins, à cause des parties régulines que ces remedes contiennent: car ils font vomir fort souvent; d'autres fois ils purgent par bas, tandis que dans d'autres cas ils poussent seulement par la peau, ou ne produisent aucune évacuation sensible.

Le soufre doré s'ordonne le plus souvent mêlé avèc l'huile d'amandes douces, ou dans quelque conserve, telle que celle de violette, de fleurs de bourrache ou d'aunée, en forme de bol. Sans entrer dans le détail empirique de ses vertus, il suffit de savoir qu'elles dépendent de ses facultés: or celles - ci sont les mêmes que celles de l'hepar sulphuris, chargé de quelque substance métallique. Le soufre divisé par les alkalis est apéritif, atténuant, fondant, expectorant, desoppilatif, tonique, & fortifiant. Il peut diviser les humeurs visqueuses, tenaces & glutineuses; & par conséquent il peut lever les obstructions des visceres du bas - ventre, telles que celles du foie, de la rate, de la matrice, & du poumon; ainsi il sera un excellent remede dans les pâles couleurs & dans la suppression des regles.

Le soufre doré est donc emménagogue, hépatique, mésenterique, béchique, fébrifuge, céphalique, diaphorétique, & alexipharmaque. Mais comme il peut être chargé de quelques parties régulines, il devient émétique, fur - tout si l'estomac se trouve gorgé d'acides; il peut les évacuer, son action devenant plus énergique: si d'ailleurs il est donné à grande dose, il se développera davantage; & les oirconstances tirées de sa partie réguline, & des acides nichés dans les premieres voies, ne feront que contribuer à le rendre de plus en plus émétique.

On peut dans cette intention l'ordonner à quatre grains dans une potion huileuse, à dessein de faire vomir dans une fievre violente, dans un engorgement du poumon. On le donne par cuillerée; & il fait de grands effets. Donné à moindre dose, depuis un grain ou demi - grain jusqu'à deux, & de même en potion & par cuillerée, il est bon pour détacher les humeurs lentes, les diviser, & provoquer les sueurs & la transpiration. C'est pour cela qu'il est si efficace dans les maladies du poumon, dans la suppression des crachats & de la morve, & de - là dans tous les rhûmes de cerveau, de la gorge & de la poitrine.

Aussi la plûpart des grands praticiens, accoûtumés à l'employer dans les cas les plus difficiles & les plus ordinaires, ne se font pas de peine de le regarder comme un remede universel.

Le kermès minéral, ou soufre doré fait par l'ébullition, se donne avec succès dans les maladies qui sont soupçonnées de malignité. C'est ainsi que dans la petite vérole, la rougeole, la fievre miliaire, & autres de cette nature, dans les inflammations des visceres avec malignité, on l'ordonne comme alexipharmaque, en le mêlant avec les autres remedes bésoardiques, les terreux & les absorbans; comme les yeux d'écrevisse, les coraux, les perles, les coquilles d'oeufs, les confections thériacales & alexitaires.

L'illustre M. Geoffroy s'en est servi avec succès dans les fievres intermittentes des enfans, en l'asso<cb-> ciant avec le sel fébrifuge de Sylvins, le sel d'absinthe, ou le tartre vitriolé.

Schroder dit qu'il l'a employé avec succès dans l'acrimonie de la sérosité & de la lymphe lacrymale, pour guérir la chassie, les ophthalmies, de même que pour adoucir des douleurs scorbutiques, & arrêter des fluxions sur les poumons, qui mettoient les malades dans un danger éminent.

Hoffman, & de grands praticiens après lui, l'ont employé dans toutes les maladies chroniques des visceres, en le mêlant avec d'autres remedes: c'est ainsi que joint au nitre, il devient un excellent spécifique dans l'hydropisie.

Veut - on guérir l'épilepsie & les maladies spasmodiques? le soufre doré, joint au cinabre, agit comme un remede calmant.

Veut - on attaquer le scorbut? on peut marier le soufre doré avec les sels neutres, avec les antiscorbutiques.

Veut - on arrêter des pertes ou des dévoiemens? joignez le soufre doré avec les absorbans; enveloppez le tout dans la confection hyacinthe, & vous aurez un remede assûré dans ces maladies.

Ce médicament convient même dans les maladies inflammatoires de la poitrine & du poumon, & dans tous les cas où le sang épais engorge les vaisseaux; mais il faut d'abord administrer les remedes généraux.

Junker le regarde comme un préservatif assûré contre le catarrhe suffoquant, & contre d'autres maladies où la sérosité & la mucosité surabondante tendoient à détruire le ressort des visceres & de la poitrine: aussi son action s'est - elle terminée dans ces cas par des évacuations sensibles, telles que le vomissement, les selles, la sueur & la transpiration; quoique souvent il ait agi sans exciter aucune évacuation bien marquée.

L'usage indiscret du soufre doré d'antimoine, ou du kermès, cause de grands desordres: il nuit beaucoup aux pléthoriques, à tous ceux qui ont le sang acre & enflammé, comme aussi aux phtisiques, aux gens délicats, & attaqués de vieilles obstructions, & à tous ceux qui sont menacés de rupture de vaisseaux, de crachement de sang, & d'autres maladies du poumon. On ne doit point l'employer d'abord dans tous ces cas; il faut auparavant sonder le terrein, & recourir aux remedes généraux, qui sont la faignée, la purgation réitérée, les lavemens, les tisanes ou boissons délayantes & adoucissantes, ou antiphlogistiques.

Enfin comme ce remede n'est pas toûjours de même main, que tous ne le travaillent pas comme il faut, c'est au Medecin à bien connoître celui qu'il employe, & à savoir ses effets, par ex. s'il excite le vomissement ou non, s'il est fort chargé de régule ou non. Tous les remedes antimoniaux demandent à cet égard la même précaution.

D'ailleurs, quelle que fût la préparation, elle seroit toûjours à craindre dans plusieurs cas, ainsi que l'expérience l'apprend tous les jours: de - là vient que de grands praticiens redoutent encore ce remede comme un poison, & ne veulent point l'employer qu'ils ne se soient bien assûrés de l'état du poumon, du pouls, des forces & du tempérament du malade; & d'ailleurs ils savent recourir aux correctifs de ce remede, lorsqu'il a trop fatigué le malade: ils ont soin d'employer les huileux, les opiatiques, les adoucissans, & autres remedes capables de brider l'action trop violente de ce stimulant. (N)

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