ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Les symptomes caractéristiques de cette maladie sont des taches rouges chargées de pustules, de tubercules de couleur de feu, répandus sur le visage & particulierement sur le nez & les joues, à l'entour, ressemblantes à des gouttes de quelque liqueur rouge. Quelquefois la rougeur est si étendue & si vive, qu'elle donne au visage une couleur de cuivre de rosette; ce qui sans doute a fait aussi appeller cette maladie couperose, nom formé de cuprum roseum; d'où l'on dit d'un visage chargé de boutons rouges, bien enluminé, qu'il est couperosé.

Ces tubercules sont quelquefois si nombreux, si gros, & la peau du visage & sur - tout du nez, en est si hérissée, si renflée, qu'ils en rendent la surface très - inégale & fort tumefiée; en sorte que ceux qui sont ainsi affectés en deviennent défigurés, méconnoissables; & souvent même hideux à voir. Sennert fait mention d'un homme dont le nez avoit pris un si grand volume, par l'effet de cette maladie, qu'il lui couvroit presque les yeux & l'empêchoit de voir devant lui: cette incommodité devint si considérable, qu'il fut obligé de s'y faire faire des incisions, pour en enlever une partie.

Quelques auteurs, tels que Florentin, serm. vij. tr. 6. summ. 2. cap. xv. distinguent trois degrés de cette maladie, qui sont 1°. la rougeur simple contre nature, sans pustules ni ulceres: 2°. la rougeur avec des boutons, des pustules: 3°. la rougeur plus foncée avec de petites tumeurs ulcérées, corrodées, & comme chancreuses, parce qu'elles s'étendent & sont rébelles aux remedes; ce qui les a fait quelquefois confondre avec le noli me tangere.

Cette maladie doit le plus communément son origine aux excès de vin, de liqueurs vineuses, spiritueuses; ce qui a fait dire à Turner, qu'elle est la brillante & éclatante enseigne des ivrognes: ainsi les grands buveurs sont le plus sujets à la goutte - rose; mais ils ne sont pas les seuls: car on voit quelquefois des personnes très - sobres qui ont le desagrément d'en être attaquées par un vice dans les humeurs ou de la peau seulement, analogue à celui des intempérans, mais provenant de quelque autre cause, qui produit les mêmes effets, qui rend le sang échauffé, bilieux, acre, comme il est par l'effet du trop grand usage des boissons fermentées: en sorte que l'agitation des humeurs qui en résulte & qui les détermine avec plus de force vers l'habitude du corps en général, donne lieu à l'engorgement des vaisseaux cutanés du visage; attendu qu'ils sont plus délicats, d'un tissu moins compact que ceux des autres parties de la peau, & qu'en conséquence les humeurs en forcent plus aisément le ressort & en sont reportées plus difficilement dans le torrent de la circulation: d'où s'ensuit que les vaisseaux sanguins dilatés outre mesure, laissent pénétrer des globules rouges avec une sérosité bilieuse, dans les vaisseaux lymphatiques, qui deviennent ainsi le siége d'une sorte de legere inflammation habituelle, par erreur de lieu, qui se résout & se renouvelle continuellement dans la goutterose du premier degré; qui forme des tubercules lorsque les glandes sont le siége de l'engorgement, & produit ainsi la goutte - rose du second degré; & qui dans celle du troisieme degré ne pouvant se résoudre parfaitement, & se trouvant jointe à un caractere rongeant, dartreux, donne lieu à des exulcérations dans les pustules; ce qui forme le symptome le plus fâcheux.

La goutte - rose parvenue à ce dernier état est presque incurable, parce qu'il est très - difficile de corriger le vice dominant dans les humeurs, & particulierement celui de la partie affectée. Il n'est pas moins difficile de guérir la goutte - rose du second degré, quoique de moins mauvaise qualité: à quoi contribue principalement la difficulté de faire changer de régi<cb-> me aux personnes qui ont contracté cette maladie par un penchant invétéré à l'ivrognerie. Par ces différentes raisons, ceux qui ont le visage bien bourgeonné, meurent ordinairement avec cette indisposition, même dans un âge très - avancé, attendu que cette maladie n'est point dangereuse par elle même, tant qu'elle est bornée à n'être qu'un vice topique.

La goutte - rose commençante, qui n'a pas encore beaucoup infecté la peau, peut être guérie moyennant les remedes internes & le régime convenable, qui doivent être les mêmes que ceux qui ont été prescrits dans la curation de la dartre, de l'érésypele & de la gale. Il faut seulement observer, par rapport à ceux qui par l'excès des boissons fermentées ont contracté le vice du sang & de la peau du visage qui constitue la goutte - rose, qu'il ne faut corriger le vice à cet égard, qu'avec beaucoup de prudence, parce que le passage d'un usage continuel de liqueurs échauffantes à un régime rafraîchissant, tempérant, pourroit, s'il étoit trop prompt, trop peu ménagé, causer de grands desordres dans l'économie animale.

Quant aux remedes topiques, on peut consulter Sennert, Turner, qui en proposent un grand nombre: on remarque en général qu'ils recommandent ceux qui sont adoucissans, legerement résolutifs & discussifs dans les deux premiers degrés de la goutterose, & ceux qui sont détersifs & obtundans, lorsqu'elle est accompagnée d'ulceres acrimonieux: ce sont en effet les indications qui se présentent à remplir dans les deux cas dont il s'agit: on employe ces différens topiques avec les précautions convenables, sous forme de lotion, de liniment, d'onguent, ou de pommade.

La décoction de son dans le vinaigre & l'eau - rose, est un bon remede dans la rougeur simple du visage; on vante beaucoup aussi dans ce cas, l'huile de myrrhe par défaillance, le mucilage de psyllium mêlé avec les fleurs de soufre, &c. Voyez Cosmétique.

Si la maladie est rébelle & les tubercules durs; après avoir fait usage des émolliens, résolutifs, on passera aux linimens faits avec le cérat de blanc de baleine, ou le cérat blanc de Bates.

Les tubercules suppurés doivent être ouverts pour donner issue à la matiere, & on panse les pustules avec l'emplâtre de céruse & de dyachylum blanc, à quoi on ajoûte un peu de précipité blanc ou de mercure doux, pour les plus rébelles; au lieu qu'on se borne à toucher celles qui paroissent benignes, avec un noüet de sel de Saturne, d'alun brûlé, & de sel prunelle trempé dans les eaux de frai de grenouille & de nénuphar: les noüets de sublimé doux peuvent aussi être exprimés sur les pustules.

Au surplus, le traitement de l'érésypele avec excoriation, & des dartres, convient aussi à tous égards dans ce cas - ci. V. Érésypele, Dartre. (d)

Goutte - sereine (Page 7:779)

Goutte - sereine, gutta serena, A)MAO/RWSIS2, (Medecine.) c'est le nom d'une des plus funestes maladies dont les yeux puissent être affectés, dans laquelle l'organe immédiat de la vision est rendu en partie ou même totalement paralytique; ensorte que les rayons de lumiere qui entrent dans l'oeil, frappent la rétine & y peignent l'image des objets, d'où ils sont réfléchis sans qu'il en résulte une sensation entiere, ou sans que l'impression en soit aucunement transmise à l'ame par le moyen du nerf optique; ce qui constitue une diminution considérable de la vûe, ou même une véritable cécité, quoiqu'il n'y ait cependant aucun vice apparent dans les yeux, dont la fonction principale est ainsi lesée ou reste absolument sans exercice.

En effet, si l'on examine l'oeil malade avec attention, on n'y trouve rien d'extraordinaire dans toutes les parties qui peuvent tomber sous les sens: les [p. 780] tuniques, les humeurs, ne paroissent viciées en aucune maniere; on observe seulement que la pupille, ou pour mieux dire, le bord circulaire de l'uvée, semble d'abord immobile; mais il ne l'est cependant pas absolument lorsqu'il n'y a qu'un oeil d'assecté. Dans ce cas, la pupille paroît se dilater & se resserrer quand les deux yeux sont ouverts, & que l'on regarde de l'oeil sain des objets différemment éloignés, ou qu'on passe entre l'oeil sain & le grand jour quelque corps opaque; parce que les nerfs moteurs qui se portent à l'uvée de l'oeil malade, étant dans leur état naturel, la communication continue à être libre entre le cerveau & les fibres motrices de cette membrane: ainsi elle suit les mouvemens de celle de l'oeil sain; mais lorsque cet oeil est fermé, ou que la gouttesereine est dans les deux yeux, la pupille reste immobile dans l'oeil ouvert, parce que la rétine y étant insensible à la lumiere, rien n'excite le mouvement des fibres motrices de l'uvée, dont les nerts sont comme sympathiques avec les nerfs optiques; ce qui n'a pas lieu à l'égard des autres organes appartenans à l'oeil, qui conservent indépendant l'exercrce de seur fonction, & restent dans l'état naturel.

Cette maladie se declare de différentes manieres; quelquefois elle ôte tout à coup la vûe, comme il arrive à la suite des chûtes que l'on fait de haut, dans lesquelles on se heurte sortement la tête, ou des coups violens que l'on se donne, que l'on reçoit à cette partie, ou de toute autre cause externe de cette nature. D'autres fois, la vûe se perd peu à peu & par degrés; ce qui arrive dans les vieiliards attaques d'hémi - plégie ou de paralysie complette, & dans les personnes qui prennent la goutte - sereine à la suite de différentes maladies de langueur.

Les symptomes qui précedent ou qui accompagnent la formation de la goutte - sercine sont aussi tort différens selon les differentes causes qui y donnent lieu: ainsi les malades se plaignent d'abord, les uns de bourdonnement, de tintement dans les oreilles, d'autres d'étourdissement, de vertige, de pesanteur de cerveau, d'assoupissement extraordinaire, d'autres de douleur de tête habituelle; d'autres enfin n'ont aucune de ces incommodités, & ne s'apperçoivent du mal naissant que par l'obscurcissement de leur vûe.

Il y a des personnes qui sont sujettes à une sorte de goutte - sereine périodique qui leur ôte subitement la vûe pendant quelques instans ou quelques heures & même pendant plusieurs jours, & qui cesse ensuite souvent aussi promptement, mais elle revient par intervalle: cela arrive sur - tout aux hypochondriaques, aux hystériques, & aux femmes en couche.

On observe qu'il y a aussi de la différence à l'égard de l'intensité du mal dans la goutte - sereine, attendu qu'elle ne prive pas totalement de la vûe: dans certains cas, elle laisse en core la faculté de distinguer la lumiere des ténebres; ce qui fait appeller imparfaite cette sorte de goutte sereine; au lieu qu'on donne le nom de parfaite à celle qui rend la cécité complette, dans laquelle on n'apperçoit aucune trace de lumiere.

Presque tous les Medecins ont attribué la cause prochaine de cette maladie à l'obstruction du nerf optique; ce qui a même le plus contribué à lui faire donner le nom de goutte sereine, dans l'idée que c'est comme une goutte d'humeur viciée, de lymphe épaissie qui bouche la cavité de ce nerf: mais comme il n'y a point de preuve bien démontrée de l'existence d'une cavité dans les filets médullaires, dont l'assemblage forme les nerfs, & que le fluide nerveux est encore problématique; on peut dire en général, que tout ce qui peut produire la paralysie, dans quelque partie du corps que ce soit, peut aussi être la cause de la goutte - sereine, lorsque cette cause a son siége dans le nerf optique: c'est ce que prouvent les recherches anatomiques faites dans les yeux de ceux qui sont morts avec la goutte sereine. On a toûjours trouvé le vice dans le nerf optique, qui, dans quelques sujets, étoit desséché, evténué, & de la moitié plus mince qu'il ne doit être naturellement: telle est l'observation de Bonet, sepuleret. anat. lib. I. sect. xvij. observat. 3 & 3. Le même auteur a aussi trouvé, (loco citato, observat. 1.) une tumeur qui comprimoit ce nerf à son origine; & (ibid. observat. 4.) l'artere carotide extrèmement pleine de sang, qui a son entrée dans l'orbite, produisoit le meme esset sur ce nerf. Wepfer (de apopl. hist. jv.) rapporte avoir vû, dans le cas dont il s'agit, du sang & de la sérosité extravasés & pesans, sur le principe du nert optique. Pawius (observat. anatom. ij.) dit avoir vû une vessie pleine d'une humeur aqueuse, qui pressoit les nerfs optiques dans leur conjonction. Platérus fait aussi mention d'une tumeur dure & ronde portant sur ces mêmes nerfs.

Ainsi la cause qui les assecte de paralysie, peut avoir son siége ou vers leur origine & leur trajet dans l'in erieur du crane, ou à leur entrée dans l'orbite; eile peut aussi se trouver dans l'intérieur de ces nerfs, c'est - à - dire dans les vaisseaux sanguins qui pénetrent dans leur substance, ainsi que le démontrent les anatomistes modernes, & entre autres Wepser déjà cité, de cicut. aquat. Ces vaisseaux qui sont des branches de la carotide interne, dont quelques rameaux entourent aussi les nerfs optiques à leur entrée dans l'orbite, venant à recevoir trop de sang, par quelque cause que ce soit, produisent l'effet ou de porter, de presser de dedans en - dehors sur les fascicules des nerfs qui composent les optiques, & de les comprimer contre la circonférence osseuse du trou de l'orbite, par lequel ils penetrent dans l'oeil, ou de s'appuyer dans leur dilatation contre cette même partie ambiante, susceptible de résistance pour réagir en quelque sorte sur les nerfs resserres & comme étranglés dans ce passage.

C'est principalement à la compression de ces différens vaisseaux engorgés, qu'on doit attribuer la cause de la goutte - sereine périodique, qui cesse ordinairement des que cet engorgement cesse par quelque moyen que ce puisse être. Il est aussi tres - vraissemblable que l'on doit chercher la cause de la goutte - sereine imparfaite, dans une sorte d'infiltration séreuse des membranes de l'oeil, & sur - tout de la sclérotique, dans la partie où elles entourent l'insertion du nerf optique dans le globe de l'oeil; ensorte que par leur épaississement contre nature elles comptiment ce nerf, & rendent paralytique une partie des filets nerveux qui le composent, en laissant subsister dans quelques uns qui restent libres, la faculté de transmettre les impressions de la lumiere, qui ne peuvent alors qu'être considérablement affoiblies à proportion qu'elles rendent un moindre nombre de traits de l'image peinte sur la rétine: de sorte même qu'il arrive quelquefois dans certaines gouttes - sereines imparfaites, que l'on voit distinctement la moitié supérieure ou inférieure ou latérale des objets, sans voir rien de l'autre moitié, parce que l'une des deux est absolument paralytique, tandis que l'autre reste libre. Le chanoine dont parle Saint - Yves, dans son traité des maladies des yeux, qui étoit affecté d'une goutte - sereine imparfaite, dans laquelle il voyoit la représentation de son oeil malade de ce même oeil sur le papier qu'il regardoit, c'est à - dire la représentation de l'uvée, de la partie colorée de cet oeil, observation confirmée par une semblable du fameux medecin oculiste, M. Petit, communiquée à l'académie des Sciences; ne pouvoit éprouver cet effet, qu'autant que les rayons de lumiere qui se portoient sur les points paralytiques du fond de son oeil, étant réfléchis sur la surface pos<pb->

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