ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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"795"> ou invétérée, &c. celles - ci sont plus importantes a établir; elles consistent en ce que la maladie peut être idiopathique, c'est - à - dire, que la cause réside dans la tête & affecte le cerveau immédiatement; ou sympathique, dont la cause existe dans toute autre partie que le cerveau, & ne l'affecte que par communication, comme dans l'estomac, la matrice, ou dans toute autre partie du corps.

Les symptomes de cette maladie sont si variés, si extraordinaires & si terribles, qu'on a crû anciennement ne pouvoir les attribuer qu'à des causes surnaturelles, comme au pouvoir des dieux, des démons, aux enchantemens, ou à l'influence des astres, comme à celle de la lune, &c.

Cependant toutes ces variétés ne dépendent que des différens mouvemens des parties qui en sont susceptibles; par conséquent des muscles: elles consistent principalement, ces variétés, dans les différentes contractions museulaires; celles - ci ne peuvent être excitées que par la différente distribution, le cours involontaire, irrégulier du fluide nerveux dans les organes du mouvement, & pendant qu'il est empêché de se porter aux organes du sentiment, & par ce qui peut produire ces effets.

Les causes en sont très - nombreuses, telles 1°. que les lésions du cerveau dans ses enveloppes, sa surface, sa substance, ses cavités, par commotion, contusion, blessure, par abcès, effusion ou épanchement de sang, de sanie, de pus, d'ichorosité, de lymphe acrimonieuse, par quelque excroissance osseuse de la surface interne du crane, par enfoncement de quelques - unes de ses parties, par quelque fragment ou quelque esquille d'os, ou quelque corps dur étranger qui blesse les meninges ou la substance de ce viscere; par un amas de globules mercuriels qui soient portés, par quelque voie que ce soit, dans ses vaisseaux ou ses cavités; la corruption de la substance même du cerveau par les suites d'une inflammation, de l'érosion de ses membranes; de la carie de sa boîte osseuse. Ces différentes causes sont rendues plus actives par tout ce qui peut augmenter la quantité des humeurs qui se porrent vers le cerveau, comme la pléthore, l'exercice immodéré, la chaleur, l'exces dans l'usage du vin, de la bonne chere, du coït, la contention d'esprit, les profondes méditations, les grands efforts de l'imagination, & sur - tout la crainte & la terreur.

2°. On doit encore placer, parmi les causes des contractions musculaires irrégulieres, tout ce qui affecte violemment le genre nerveux, comme les douleurs fortes & périodiques, la passion hystérique, les irritations & les érosions causées dans les enfans par l'effet des vers, par des humeurs acres ramassées dans les boyaux, par la qualité acreacide du lait, & par sa coagulation, par le méconium, par la dentition difficile, par le levain de la petite vérole, les violentes douleurs d'estomac, la matiere d'un ulcere renfermée dans quelque partie, la trop grande abstinence de manger, comme aussi la crapule & l'usage des alimens, de boisson acre, de remedes & de poisons de même qualité.

3°. On doit attribuer les mêmes effets aux causes suivantes; savoir, à la suppression de certaines évacuations qui se faisoient auparavant, comme des menstrues, des lochies, des hémorrhoïdes, de la sanie, du pus, d'urine; à la répercussion de la galle, d'une dartre.

4°. On doit encore ranger parmi les causes des convulsions épileptiques, certaine vapeur dont le foyer a ordinairement son siége dans quelque partie des extrémités du corps, d'où elle semble s'élever au commencement de l'accès, en excitant le sentiment d'une espece d'air ou vapeur qui monte vers les parties supérieures jusqu'à ce qu'il soit parvenu au cerveau; ce qui est souvent l'effet d'un nerf comprimé par quelque cicatrice ou quelque tumeur, comme un skirrhe, un ganglion. Il n'est pas facile de rendre raison de ce phénomene; il est cependant vraissemblable qu'il est produit par une contraction spasmodique qui resserre les vaisseaux des parties mentionnées (où se fait sentir cette espece d'aura frigida), y arrête le cours du sang, d'où le sentiment de froideur, & fait refluer les humeurs vers les parties supérieures; d'où s'ensuit que la maladie, dans son commencement, ressemble souvent à une attaque d'apoplexie. Voyez une observation à ce sujet dans le recueil de celles de la société d'Edimbourg, tome IV. Voyez Vapeur.

5°. La plûpart de ces causes (I. II. III. IV.) peuvent être l'effet d'une mauvaise conformation des solides, d'un vice héréditaire transmis du pere ou de la mere, ou de quelques ancêtres; en sorte qu'il arrive quelquefois que le fils n'en éprouve aucun mauvais effet, mais bien le petit - fils: peut - être peuvent-elles être aussi l'effet de l'imagination de la mere, qui ayant eu occasion de voir un épileptique pendant sa grossesse, en a eu l'esprit frappé.

Toute cette exposition des différentes causes de l'épilepsie, tirée de Boerhaave, est le résultat de ce qu'ont appris à cet égard l'observation des symptomes de cette maladie, & l'inspection des cadavres de ceux qui en ont été atteints; en sorte qu'on peut en conclure que la cause prochaine dépend de la disposition du cerveau, dans laquelle les voies qui servent à distribuer le fluide nerveux aux organes du sentiment. sont fermées totalement, ou considérablement embarrassées, pendant que celles qui servent à distribuer le même fluide aux organes du mouvement, restent ouvertes & le reçoivent en abondance, avec beaucoup de célérité & sans ordre.

Les personnes qui sont sujetes aux attaques d'épilepsie, sentent qu'ils sont sur le point d'en souffrir une par les signes suivans: ils éprouvent d'abord une chaleur extraordinaire; la vûe se trouble; ils sentent des sursauts dans les tendons; la mémoire est afroiblie. Des vertiges, des ébloüissemens, de mauvaises odeurs, du bruit dans les oreilles, des douleurs & des pesanteurs de tête, la pâleur du visage, un mouvement irrégulier dans la langue, une tristesse profonde, des ardeurs d'entrailles, sont aussi les avant - coureurs de cette maladie; & lorsque l'accès commence, le malade est le plus souvent renversé tout - à - coup, ou, s'il est couché, les extrémités inférieures se plient & sont ramenées involontairement vers le tronc. Il fait d'abord de grands cris, & ensuite il respire avec peine & avec bruit, comme si on l'étrangloit; il grince des dents; il rend de l'écume par la bouche; il fait des grimaces horribles; il est agité par des convulsions dans tout son corps, & il éprouve des secousses violentes, qu'il n'est pas en son pouvoir d'empêcher; il perd ordinairement l'usage de tous ses sens; il se vuide involontairement des matieres fécales, de l'urine; il se fait de même quelquefois un écoulement de semence, & il ne peut appercevoir rien de ce qui se présente autour de lui, pendant le paroxysme, dont il puisse se rappeller le souvenir après qu'il est fini: quelquefois cependant, lorsque l'attaque n'est pas forte, il n'a pas toutes les parties du corps en convulsion, & il ne tombe pas toûjours; il n'a que quelques parties agitées; sa tête, par exemple, éprouve des secousses, ou les yeux lui tournent, ou il jette ses bras & ses jambes de côté & d'autre, ou il tient opiniâtrement les poings férmés, ou il marche en tournant & court çà & là, sans parler cependant, sans rien entendre & sans rien sentir, ensorte qu'il ne se souvient aucunement de tout cela après l'accès. Marcellus Donatus a observé une épilepsie dans la<pb-> [p. 796] quelle le malade ne tomboit point; Antoine Benivenius & Sennert rapportent avoir vû un épileptique qui restoit debout pendant l'accès: Dodonée dit en avoit vû un qui restoit assis; Eraste un autre qui couroit; & Bounner parle d'un épileptique qui entendoit ce qu'on lui disoit & ce qu'on faisoit auprès de lui, dont il se ressouvenoit après le paroxysme: mais ce sont - là des cas très - rares.

On distingue l'épilepsie en général du spasme, en ce que celui - ci & toutes ses especes consistent dans une contraction des muscles constante & opiniâtre; au lieu que dans l'épilepsie la contraction musculaire ne subsiste pas continuellement, & se fait par intervalles & comme par secousses. On la distingue aussi de la convulsion, parce que dans celle - ci il n'y a pas d'altération dans l'usage des sens, & dans celle - là il y a presque toûjours en même tems lésion des fonctions pour le mouvement & pour le sentiment.

Outre les signes ci - dessus rapportés qui caractérisent l'épilepsie en général, il y en a aussi pour connoître les différentes especes qui leur sont particulieres; ainsi celle dans laquelle le cerveau est immédiatement affecté, se connoît parce que le malade n'a ordinairement point de pressentiment de l'attaque qu'il va essuyer: il en est surpris comme d'un coup de foudre; il n'a pas le moindre sentiment de douleur dans aucune partie de son corps avant l'accès, & il ne se porte aucune autre impression des parties inférieures vers les supérieures; il est habituellement sujet à des symptomes qui indiquent que le cerveau est affecté, tels que la pesanteur de tête, la pâleur du visage, les vertiges, l'obscurcissement de la vûe, le sommeil inquiet, agité, l'affoiblissement considérable de l'exercice des fonctions animales, l'engourdissement des sens. Les paroxysmes qui proviennent du vice du cerveau sont plus violens & plus longs, il sort de la bouche une plus grande quantité d'écume.

Les attaques d'épilepsie sympathique sont distinguées de celle de l'idiopathique, parce qu'il précede ordinairement quelques signes qui annoncent celleslà, tels que la douleur de quelque partie inférieure, & le sentiment d'une vapeur qui s'éleve en même tems vers la tête. Les paroxysmes sont moins violens à tous égards; ceux qui sont occasionnés par le vice de l'estomac s'annoncent par un sentiment d'agitation, d'érosion & de morsure dans ce viscere, de pesanteur, de tension dans la région épigastrique. Lorsque la corruption du lait dans l'estomac des enfans donne lieu à l'épilepsie, ils éprouvent auparavant des douleurs d'entrailles, & ils rendent des matieres fécales saffranées, & quelquefois ressemblantes au verd - de - gris: d'ailleurs dans tous les cas où la cause de l'épilepsie a son siége dans l'estomac, on apperçoit les signes qui annoncent la lésion de ce viscere, tels que le défaut d'appétit, les digestions imparfaites, les rots, &c. Lorsque les vers sont la cause de l'épilepsie, on le connoît par les signes qui indiquent leur existence & leurs effets. Voyez Vers.

Lorsque la matrice est le siége de la cause de cette maladie, on s'en assûre par les symptomes qui sont connoître la lésion de cet organe. Voyez Matrice.

On peut juger si l'épilepsie provient d'une cause qui soit fixée dans une partie externe, en examinant si elle a été précédemment affectée de quelque blessure, ou abcès, ou ulcere, de la morsure de quelque bête venimeuse: s'il y ressent quelque douleur avant l'accès, on s'en assûre, si l'on peut en arrêter les progrès, ou au moins les modérer, en appliquant une ligature au membre d'où l'on soupçonne que vient le mal, au - dessus de l'endroit que l'on en croit le siége, & en faisant des frictions à la partie qui est au - dessous.

L'énumération de tous les signes des différentes es<cb-> peces d'épilepsie se trouve plus circonstanciée dans les oeuvres de Sennert, d'où on a tiré ce qui vient d'en être rapporté. Le même auteur entre dans un détail bien exact, pour recueillir tous les phénomènes qui peuvent servir à établir les signes prognostics de cette maladie. Nous allons en dire quelque chose; on ne peut mieux faire que de le consulter, de même que Nicolas Pison, Lommius, pour ce qui peut manquer ici à cet égard.

L'épilepsie, de quelle espece qu'elle soit, est toûjours dangereuse; elle est cependant ordinairement une maladie de long cours, à moins que les acces ne soient si violens, si fréquens, & de si longue durée, qu'ils occasionnent bien - tôt la mort: celle dans laquelle les fonctions animales sont abolies, les mouvemens convulsifs sont très - forts & durent long - tems, les excrémens sont rendus par le malade sans qu'il s'en apperçoive, & où il tombe ensuite dans l'inaction & le repos, en sorte qu'il semble mort, doit faire craindre un évenement fâcheux, sur - tout lorsqu'elle est invétérée: celle au contraire qui est récente, & dont les accès sont courts, sans convulsions violentes, est presque exempte de danger & susceptible de guérison, sur - tout si la respiration est libre.

L'épilepsie héréditaire, de quelque espece qu'elle soit, est presque toûjours incurable; ni l'âge plus avancé, ni l'art, ne peuvent en détruire la cause. Selon Hippocrate, l'épilepsie qui survient avant l'âge de puberté peut être guérie; celle qui attaque après l'âge de vingt - cinq ans ne cesse guere, qu'avec la vie, de produire ses effets: c'est - là ce qui arrive ordinairement, mais non pas toûjours; car il n'est pas sans exemple d'avoir vû des personnes d'un âge avancé qui ont été délivrées des accès d'épilepsie. « Les jeunes personnes attaquées de cette maladie, en sont guéries par le changement d'air, de résidence & de régime », dit encore le pere de la Medecine.

Les enfans qui sont sujets à l'épilepsie dès leur naissance, sont plus en danger d'en périr, à proportion qu'ils sont moins avancés en âge: ceux qui prennent de la gale à la tête en sont rarement attaqués, selon la remarque de Baglivi. De quelque espece que soit cette maladie, il est plus ordinaire d'en voir les hommes attaqués que les femmes, les enfans que les vieillards: lorsqu'elle survient à ces derniers elle est presque incurable.

Rien ne dispose tant les enfans quien sont atteints à en guérir, que d'avancer en âge, car les garçons s'en délivrent par le coït, & les filles par l'éruption des regles.

On a observé sort justement que si une femme devient épileptique pendant sa grossesse, elle s'en délivre par l'accouchement. ependant il est très - dangereux qu'une femme grosse ait des attaques d'épilepsie; il y a lieu de craindre l'avortement, & des suites encore plus fâcheuses.

L'épilepsie idiopathique est toûjours plus dangereuse & plus difficile à guérir que la sympathique; & celle - ci est cependant très - pernicieuse, lorsque le vice de la partie qui affecte le cerveau par communication est invétéré.

Si le délire & la paralysie succedent à l'épilepsie, il n'y a plus de remede à tenter, le mal est incurable.

La mélancolie produit souvent l'épilepsie, comme l'épilepsie produit aussi la mélancolie, selon Hippocrate. L'apoplexie est quelquefois une suite très funeste de celle - ci: on prétend que c'est presque un remede assûré qu'il survienne une longue fievre à l'épilepsie, & sur - tout la fievre quarte.

Il est facile de conclure, de tout ce qui vient d'être dit de l'épilepsie, des différentes causes qui peuvent

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