ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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"244"> plus constant. Si vous me dites que le sentiment du présent agit uniquement dans vous & non pas la pensée de l'avenir, je vous dirai qu'en cela même vous n'êtes pas homme; vous ne l'êtes que par la raison & par l'usage que vous en faites: or cet usage consiste dans le souvenir du passé & dans la prévoyance de l'avenir, aussi - bien que dans l'attention au présent.

Ces trois rapports du tems sont essentiels à notre conduite: elle doit nous inspirer de choisir dans le tems présent pour le tems à venir, les moyens que dans le tems passé nous avons reconnus les plus propres à parvenir au bonheur; ainsi pour y arriver, il ne s'agit pas de regarder précisément en chaque action que l'on fait, ou en chaque parti que l'on embrasse, ce qui s'y trouve de plaisir ou de peine. Dans les partis opposés de la vertu ou du vice, il se trouve de côté & d'autre de l'agrément & du desagrément: il faut en voir le résultat dans la suite générale de la vie, pour en faire une juste compensation. Il faut examiner, par exemple, ce qui arriveroit à deux hommes de même tempérament & de même condition, qui se trouveroient d'abord dans les mêmes occasions d'embrasser le parti de la vertu ou de la volupté: au bout de soixante ans, de quel côté y aurat - il eu moins de peine ou moins de repentir, plus de vraie satisfaction & de tranquillité? S'il se trouve que c'est du côté de la sagesse ou de la vertu, ce sera conduire les hommes à leur véritable bonheur, que d'attirer leur attention sur un traité de morale qui contribue à cette fin. Si la plûpart des hommes, malgré le desir empreint dans leur ame de devenir heureux, manquent néanmoins à le devenir, c'est que volontairement séduits par l'appas trompeur du plaisir présent, ils renoncent, faute de prévoir l'avenir & de profiter du passé, à ce qui contribueroit davantage à leur bonheur dans toute la suite de leur vie. Il s'ensuit de tout ce que nous venons de dire, que la vertu est plus féconde en sentimens délicieux que le vice, & par conséquent qu'elle est un bien plus grand que lui, puisque le bien se mesure au plaisir, qui seul nous rend heureux.

Mais ce qui donne à la vertu une si grande supériorité sur tous les autres biens, c'est qu'elle est de nature à ne devenir jamais mal par un mauvais usage. Le regret du passé, le chagrin du présent, l'inquiétude sur l'avenir, n'ont point d'accès dans un coeur que la vertu domine; parce qu'elle renferme ses desirs dans l'étendue de ce qui est à sa portée, qu'elle les conforme à la raison, & qu'elle les soûmet pleinement à l'ordre immuable qu'a établi une souveraine intelligence. Elle écarte de nous ces douleurs, qui ne sont que les fruits de l'intempérance; les plaisirs de l'esprit marchent à sa suite, & l'accompagnent jusque dans la solitude & dans l'adversité: elle nous affranchit, autant qu'il est possible, du caprice d'autrui & de l'empire de la fortune; parce qu'elle place notre perfection, non dans une possession d'objets toûjours prêts à nous échapper, mais dans la possession de Dieu même, qui veut bien être notre récompense. La mort, ce moment fatal qui desespere les autres hommes, parce qu'il est le terme de leurs plaisirs & le commencement de leurs douleurs, n'est pour l'homme vertueux qu'un passage à une vie plus heureuse. L'homme voluptueux & passionné ne voit la mort que comme un fantôme affreux, qui à chaque instant fait un nouveau pas vers lui, empoisonne ses plaisirs, aigrit ses maux, & se prépare à le livrer à un Dieu vengeur de l'innocence. Ce qu'il envisage en elle de plus heureux, seroit qu'elle le plongeât pour toûjours dans l'abysme du néant. Mais cette honteuse espérance est bien combattue dans le fond de son ame par l'autorité de la révélation, par le sentiment intérieur de son indivi<cb-> sibilité persormelle, par l'idée d'un Dieu juste & toutpuissant. Le sort de l'homme parfaitement vertueux est bien différent: la mort lui ouvre le sein d'une intelligence bienfaisante, dont il a toûjours respecté les lois & ressenti les bontés. Voyez Sagesse & Vertu. (X)

BIENS (Page 2:244)

BIENS, en termes de Jurisprudence, & sur - tout dans le Droit civil, sont toutes sortes d'effets, richesses, terres, possessions, &c. Voyez Effet.

1°. Il y a deux sortes de biens; les meubles & les immeubles. Voyez Meuble & Immeuble.

Les droits incorporels qui en effet ne sont ni meubles ni immeubles, se rapportent eux - mêmes à l'une ou l'autre de ces deux classes, suivant les divers rapports qu'ils ont avec les meubles ou les immeubles corporels: ainsi la faculté de reméré est une action immobiliaire, parce qu'elle tend à l'acquisition d'un immeuble; au lieu qu'un billet ou une ob igation est réputée meuble, parce qu'elle a pour objet une somme de deniers qui est mobiliaire.

2°. Les biens se divisent encore en propres, paternels, héréditaires, ou de patrimoine; en acquêts, ou biens acquis, & en conquêts. Voyez Propre, Acquèt & Conquêt

Les biens se divisent encore en corporels & incorporels (voyez Corporel & Incorporel) & enfin en biens nobles, & en roturiers. Voyez Noble, Roturier, &c.

Biens (Page 2:244)

Biens adventices, sont tous ceux qui procedent d'ailleurs que de succession de pere ou de mere, d'ayeul, ou d'ayeule. Voyez Adventice.

Biens (Page 2:244)

Biens dotaux, dotalia, sont ceux qui procedent de la dot, & dont l'aliénation n'est pas permise au mari. Voyez Dot.

Biens (Page 2:244)

Biens de fugitifs, sont les biens propres d'un homme qui se sauve pour crime, & qui aprés sa fuite dûement prouvée & constatée, appartiennent au roi, ou au seigneur du manoir. Voyez Fugitif.

Biens (Page 2:244)

Biens paraphernaux, sont ceux desquels la femme donne la joüissance à son mari, à condition de les retirer quand il lui plaît. Voyez Paraphernaux.

Biens (Page 2:244)

Biens profectices, sont ceux qui viennent de la succession directe. Voyez Profectice.

Biens (Page 2:244)

Biens vacans, sont ceux qui se trouvent abandonnés, soit parce que les héritiers y renoncent, ou que le défunt n'a point d'héritier. Voyez Vacant. (H)

* On distribue encore les biens en biens de ville & biens de campagne: les biens de ville sont les maisons de ville, les marchandises, les billets, l'argent, &c. Les biens de campagne sont les rentes seigneuriales, les champarts, les dixmes inféodées, les rentes foncieres, &c. les terres labourables, les vignes, les prés, les bois, & les plants. Voyez Maison, Marchandise, &c. Voyez Rente, Champart, &c. Voyez Terres labourables, Vignes , &c. (H)

Bien (Page 2:244)

* Bien, (homme de) homme d'honneur, honnête homme. (Gramm.) Il me semble que l'homme de bien est celui qui satisfait exactement aux préceptes de sa religion; l'homme d'honneur, celui qui suit rigoureusement les lois & les usages de la société; & l'honnête homme, celui qui ne perd de vûe dans aucune de ses actions les principes de l'équité naturelle: l'homme de bien fait des aumônes; l'homme d'honneur ne manque point à sa promesse; l'honnête homme rend la justice, même à son ennemi. L'honnête homme est de tout pays; l'homme de bien & l'homme d'honneur ne doivent point faire des choses que l'honnête homme ne se permet pas.

Bien, Très, Fort (Page 2:244)

* Bien, Très, Fort, (Gramm.) termes qu'on employe indistinctement en François, pour marquer le degré le plus haut des qualités des êtres, ou ce que les Grammairiens appellent le superlatif: mais ils ne désignent ce degré ni de la même maniere, ni avec la même énergie. Très me paroît affecté parti<pb-> [p. 245] culierement au superlatif, & le représenter comme idée principale; comme on voit dans le Très - haut, pris pour l'Etre suprème. Fort, marque moins le superlatif, mais affirme davantage: ainsi quand on dit il est fort équitable, il semble qu'on fasse autant au moins d'attention à la certitude qu'on a de l'équité d'une personne, qu'au degré ou point auquel elle pousse cette vertu. Bien, marque encore moins le superlatif que très ou fort: mais il est souvent accompagné d'un sentiment d'admiration, il est bien hardi! Dans cette phrase, on désigne moins peut - être le degré de la hardiesse, qu'on n'exprime l'étonnement qu'elle produit. Ces distinctions sont de M. l'abbé Girard. Il remarque de plus que très est toûjours positif; mais que fort & bien peuvent être ironiques, comme dans: c'est être fort sage que de quitter ce qu'on a pour courir après ce qu'on ne sauroit avoir; c'est être bien patient que de souffrir des coups de bâton sans en rendre: mais je croi que très n'est point du tout incompatible avec l'ironie, & qu'il est même préférable à bien & à fort en ce qu'il la marque moins. Lorsque fort & bien sont ironiques, il n'y a qu'une façon de les prononcer; & cette façon etant ironique elle - même, elle ne laisse rien à deviner à celui à qui l'on parle. Très, au contraire pouvant se prononcer quand il est ironique, comme s'il ne l'étoit pas, enveloppe davantage la raillerie, & laisse dans l'embarras celui qu'on raille.

BIENFAITEUR & BIENFAITRICE (Page 2:245)

BIENFAITEUR & BIENFAITRICE, en Droit, se dit de ceux qui ont fondé ou doté une église, soit paroissiale ou conventuelle. Voyez Fondateur & Patron. (H)

BIENHEUREUX (Page 2:245)

BIENHEUREUX, ce terme a diverses acceptions. En Théologie, il signifie ceux à qui une vie pure & exempte de toutes souillures, ouvre le royaume des cieux. Qui pourroit peindre l'étonnement de l'ame, lorsque la mort venant à déchirer tout - à - coup le voile qui l'environne dans un corps mortél, & à rompre tous les liens qui l'y attachent, elle est admise à la vision claire & intuitive de la divinité! là se dévoilent à ses yeux les profondeurs incompréhensibles de l'Etre divin, la grandeur ineffable de son unité, & les richesses infinies de son essence: là disparoissent les contradictions apparentes des mys'eres, dont la hauteur étonne notre raison, & qui sont enveloppés & comme scellés pour nous dans les Ecritures: là s'allume dans l'ame cet amour immense, qui ne s'éteindra jamais, parce que l'amour divin sera son aliment éternel. V. Paradis, Vision intuitive

Le terme de bienheureux est aussi pris pour ceux à qui l'Eglise décerne dans ses temples un culte, subordonné néanmoins à celui qu'elle rend à ceux qu'elle a canonisés. La béatification est un degré pour arriver à la canonisation. Voyez ces articles.

Bienheureux se dit, en Morale, de ceux qui coulent dans une heureuse tranquillité des jours purs & exempts de nuages & de tempêtes, voyez Bonheur; ou plûtôt bienheureux s'applique à des événemens particuliers; heureux à tout le système de la vie. On est bienheureux d'avoir echappé à tel danger; on est heureux de se bien porter. (X)

BIENSEANCE (Page 2:245)

* BIENSEANCE, s. f. en Morale. La bienséance en général consiste dans la conformité d'une action avec le tems, les lieux, & les personnes. C'est l'usage qui rend sensible à cette conformité. Manquer à la bienséance, expose toûjours au ridicule, & marque quelquefois un vice. La crainte de la gêne fait souvent oublier les bienséances. Bienséance ne se prend pas seulement dans un sens moral: on dit encore dans un sens physique, cette piece de terre est à ma bienséance, quand son acquisition arrondit un domaine, embellit un jardin, &c. Malheur à un petit souverain dont les états sont à la bienséance d'un prince plus puissant.

Bienseance (Page 2:245)

Bienseance, s. m. terme d'Architecture. On se sert de ce nom d'après Vitruve, pour exprimer l'aspect d'un édifice dont la décoration est approuvée, & l'ordonnance fondée sur quelque autorité: c'est ce que nous appellons convenance. V. Convenance. Voyez aussi Aspect. (P)

BIENTENANT (Page 2:245)

BIENTENANT, terme de Palais, synonyme à possesseur ou détenteur. Voyez l'un & l'autre. (H)

BIENVEILLANCE (Page 2:245)

BIENVEILLANCE, s. f. (Morale.) La bienveillance est un sentiment que Dieu imprime dans tous les coeurs, par lequel nous sommes portés à nous vouloir du bien les uns aux autres. La societé lui doit ses liens les plus doux & les plus forts. Le principal moyen dont s'est servi l'auteur de la nature pour établir & conserver la societé du genre humain, a été de rendre communs entre les hommes leurs biens & leurs maux, toutes les fois que leur intérêt particulier n'y met point obstacle. Il est des hommes en qui l'intérêt, l'ambition, l'orgueil empêchent qu'il ne s'éleve de ces mouvemens de bienveillance. Mais il n'en est point qui n'en portent dans le coeur les semences prêtes à éclorre en faveur de l'humanité & de la vertu, des qu'un sentiment supérieur n'y fait point d'obstacle. Et s'il étoit quelque homme qui n'eût point reçû de la nature ces précieux germes de la vertu, ce seroit un défaut de conformation semblable à celui qui rend certaines oreilles insensibles au plaisir de la musique. Pourquoi ces pleurs que nous versons sur des héros malheureux? avec quelle joie les arrachérions - nous à l'infortune qui les poursuit! leur sommes - nous donc attachés par les liens du sang ou de l'amitié? Non certainement: mais ce sont des hommes & des hommes vertueux. Il n'en faut pas davantage pour que ce germe de bienveillance que nous portons en nous - mêmes, se développe en leur faveur. (X)

Bienveillance (Page 2:245)

Bienveillance, (Hist. mod.) terme usité dans les statuts & dans les chroniques d'Angleterre pour signifier un présent volontaire que les sujets font à leur souverain, chacun y contribue à proportion de sa fortune. Voyez Subside & Taxe.

La bienveillance prise dans ce sens, équivaut à ce que les autres nations appellent subsidium charitativum, que les tenanciers payent quelquefois à leur seigneur, le clergé aux évêques.

En France on appelle ce secours don gratuit. Dans les besoins de l'état, le clergé assemblé soit ordinairement, soit extraordinairement, accorde au roi un don gratuit indépendamment des décimes & autres impositions dont il est chargé, & le recouvrement de ces sommes est reparti sur les provinces ecclésiastiques. Dans les provinces d'Etats, outre les subsides ordinaires, à la tenue des états on accorde aussi au roi un don gratuit plus ou moins fort, selon les circonstances. Voyez Aides. (G)

BIERNEBURG (Page 2:245)

* BIERNEBURG, (Géog.) ville de la Livonie.

BIERRE (Page 2:245)

* BIERRE, s. f. espece de boisson forte ou vineuse, faite, non avec des fruits, mais avec des grains farineux. On en attribue l'invention aux Egyptiens. On prétend que ces peuples, privés de la vigne, chercherent dans la préparation des grains, dont ils abondoient, le secret d'imiter le vin, & qu'ils en tirerent la bierre. D'autres en font remonter l'origine jusqu'aux tems des fables, & racontent que Cerès ou Osiris en parcourant la terre, Osiris pour rendre les hommes heureux en les instruisant, Cerès pour retrouver sa fille égarée, enseignerent l'art de faire la bierre aux peuples à qui, faute de vignes, elles ne purent enseigner celui de faire le vin: mais quand on laisse là les fables pour s'en tenir à l'histoire, on convient que c'est de l'Egypte que l'usage de la bierre a passé dans les autres contrées du monde. Elle fut d'abord connue sous le nom de boisson Pélusienne, du nom de Peluse, ville située proche l'embouchûre du Nil, où l'on faisoit la meilleure bierre. Il y en a eu de

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