ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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JUSQUIAME ou HANNEBANE (Page 9:85)

JUSQUIAME ou HANNEBANE, s. f. hyoscyamus, (Botan.) genre de plante à fleur monopetale, faite en forme d'entonnoir & découpée; il sort du calice un pistil attaché comme un clou à la partie inférieure de sa fleur; il devient dans la suite un fruit renfermé dans le calice qui resscmble en quelque façon a une marmite avec son couvercle, & qui est divisé en deux loges par une cloison chargée de plusieurs semences. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Entre les huit especes de jusquiame que comptent Tournefort & Boerhaave, nous ne nous arrêterons qu'à deux, la noire & la blanche.

La jusquiame noire ou hannebane noire, hyoscyamus niger, vulgaris, des Botan stes, a sa racine épaisse, ridée, longue, branchue, brune en - dehors, blanche en dedans. Ses feuilles sont amples, molles, cotonneuses, d'un verd - gai, découpées profondément à leurs bords, semblables en quelques manieres à celles de l'acanthe; mais plus petites, & d'une odeur forte. Elles sont nombreüses, placées sans ordre sur des tiges hautes d'une coudée, branchues, épaisses, cylindriques, couvertes d'un duvet cotonneux. Ses fleurs rangées sur les tiges en longs épis, sont d'une feule piece, de la figure d'un entonnoir, divisées en cinq segmens, obtus, jaunâtres à leur bord, marquées d'un pourpre noirâtre au milieu, garnies de cinq étamines courtes, qui portent chacune un sommet assez gros, & oblong; le pistil plus long que les étamines, est surmonté d'une tête ronde & blanche. Il sort d'un calice velu, oblong, partagé sur les bords en cinq dentelures, roides, & pointues. Ce pistil se change en un fruit caché dans le calice, de la figure d'une marmite, à deux loges, sur lequel est placé un couvercle qui se ferme également, rempli en - dedans de plusieurs petites graines, cendrées, ridées, arrondies, & applaties.

La jusquiame blanche, hyoscyamus albus off. differe de la précédente par ses feuilles, qui sont plus molles, plus petites, moins sinuées, garnies d'un duvet plus épais & plus blanc: ses tiges sont plus courtes & moins branchues; ses fleurs sont blanches; le calice est plus ouvert, & la graine plus blanche. Cette espece de jusquiame croît naturellement dans l pays chauds, comme en Languedoc, en Provence, & en Italie.

Ces deux sortes de jusquiame, & sor - tout la noire, donnent une odeur forte, rebutante, appesantissante, & somnifere. Leurs feuilles ont un goût fade, & quand on les froisse dans les mains, elles répandent une odeur puante. Leur suc rougit le papier bleu; leurs racines sont douceâtres, & de la saveur des artichaux.

L'une & l'autre jusquiame paroissent contehir un sel essentiel, ammoniacal, uni à beaucoup d'huile épaisse & fétide, qui les rend stupéfiantes; car le sel neutre lixiviel qu'on tire de leurs cendres, n'a point de rapport à cet effet.

Leurs graines ont une saveur un peu visqueuse, & une odeur narcotique, desagréable. Elles contiennent une huile soit subtile, soit grossiere, puante, narcotique, susceptible de beaucoup de raréfaction, & jointe avec un sel ammoniacal.

Les qualités vénéneuses, stupéfiantes, & turbulentes de la jusquiame, si connues des modernes, avoient été jadis observées par Galien, par Scribonius Largus, & par Dioscoride; mais les observations des Medecins de notre siecle, sont encore plus détaillées & plus décisives pour nous. On en trouvera des exemples intéressans dans l'excellent traité de Wepfer, de cicutâ aquaticâ, dans les Ephémérides des curieux de la nature, anno 4 & 5. Decur. 1. observ. 124. Decur. 3. ann. 7. & 8. pag. 106; & anno 9. & 10. p. 78. in Appendie. Enfin, dans l'hist. de l'acad. des Sciences, année 1709, page 50, annéée 1737, page 72, & ailleurs. Voyez aussi Jusquiame. mat. medic. (D. J.)

Jusquiame noire (Page 9:85)

Jusquiame noire, ou Hannebane, & Jusquiame blanche, (mat. med.) chez plusieurs medecins de réputation, tels que Craton, Heurnius, ces deux plantes sont censées les mêmes quant à leurs effets medicinaux. Platerus, & quelques autres, ont vanté la graine de jusquiame, prise intérieurement comme un remede très - efficace contre le crachement de sang; mais il est prouvé par trop d'observations, que la jusquiame est un poison dangereux & actif, & qu'on ne peut sans témérité la donner intérieurement; son usage extérieur n'est pas même exempt de danger.

Toutes les parties de cette plante sont dangereuses, soit qu'on les prenne en substance, soit qu'on en avale la décoction, ou qu'on la reçoive en lavement, soit qu'on en respire la fumée, ou même l'odeur. Le poison de la jusquiame porte particulierement à la tête, altere les fonctions de l'ame d'une façon fort singuliere; il jette dans une espece d'ivresse ou de manie furieuse.

Wepfer rapporte dans son traité de cicutâ aquaticâ, une observation fort remarquable sur les effets de racines de jusquiame, qu'on servit par mégarde en salade à une communauté nombreuse de bénédictins. Ces religieux furent pour la pluspart attaqués pendant la nuit qui suivit ce repas, de divers genres de délire, de vertigé, & de manie. Ceux qui furent le moins malheureux, en furent quittes pour des fantaifies & des actions ridicules. On trouve dans divers observateurs un grand nombre de faits qui concourent à établir la qualité vénéneuse ab [p. 86] lue de la jusquiame, & son action particuliere sur les fonctions de l'ame. Simon Scultzius, ephem. nat. cur. ann. 4. & 5. decad. j. observ. 124. raconte que quatre jeunes écoliers & leurs cuisiniers, ayant mangé par mégarde des racines de jusquiame & de panais bouillies avec du boeuf, avoient eu l'esprit fort troublé; qu'ils étoient devenus comme furieux; que d'abord ils s'étoient querellés, & ensuite battus avec tant d'acharnement, que si on ne les eût séparés, ils se seroient peut - être tués; qu'ils faisoient des gestes ridicules, & étoient remplis d'imaginations singulieres. Geoffroy, de qui nous venons de copier cet extrait, a ramassé dans sa matiere medicale, article Hyoscyamus, une suffisante quantité de faits qui confirment ce que nous avons déja avancé; savoir, que la décoction de jusquiame donnée en lavement, que sa fumée & ses exhalaisons, sur - tout lorsqu'elles étoient resserrées dans un lieu fermé, pouvoient produire les funestes effets que nous venons de rapporter.

On prévient l'action vénéneuse de la jusquiame, comme celle des autres poisons irritans, en procurant son évacuation par le vomissement, si l'on est appellé à tems, faisant avaler après à grandes doses, des bouillons gras, du lait, du beurre fondu, &c. insistant sur les purgatifs doux & lubréfians, & sollicitant enfin l'évacuation de la peau par des diaphorétiques legers. Voyez Poison.

La jusquiame entre malgré ses mauvaises qualités dans plusieurs compositions pharmaceutiques, la plûpart destinées à l'usage extérieur; mais heureusement en trop petite quantité, pour qu'elle puisse les rendre dangereuses.

L'huile exprimée des semences de jusquiame ne participe point des qualités vénéneuses de cette plante.

En général, la Medecine ne perdroit pas beaucoup, quand on banniroit absolument de l'ordre des remedes l'une & l'autre jusquiame. (b)

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