ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Aiguilles (Page 1:208)

Aiguilles de métier à bas ou de Bonnetier. Ces aiguilles sont plates par un bout, aiguës & recourbées par l'autre. La partie recourbée & aigue trouve, quand on la presse, une petite chasse pratiquée dans le corps de l'aiguille où elle peut se cacher. Voyez Planches d'Aiguillier - Bonnetier, fig. 7. 1. ost la queue de l'aiguille, 2. sa tête, 3. son bec, 4. 5. sa chasse. Voici la maniere dont on fabrique cette aiguille. On a du fil d'acier fort élastique & fort doux: comme le fil d'acier nous vient des trifileries en paquets roulés, il s'agit d'abord de le redresser: pour cet effet, on le fait passer à plusieurs reprises entre des clous d'épingles plantés perpendiculairement & à la distance convenable sur une planche où on les voit par rangées. La fig. 1. Plan. de l'Aiguiller - Bonnetier est l'engin. La planche est percée de deux trous, 1. 2. à ses extrémités, pour pouvoir être fixée par des vis, 34. 34. 34. sont les clous d'épingles fichés sur la planche. 56. est le fil d'acier passé entre ces clous d'épingles. Quand le fil d'acier est redressé, on le coupe par morceaux de la longueur que doit avoir l'aiguille. On prend chacun de ces morceaux & on les aiguise en pointe avec une lime rude; ce qui s'appelle ébaucher. On n'a que faire de dire que cette pointe formera le bec de l'aiguille. On prend l'aiguille ébauchée; on a une espece de gaufrier chaud; on insere dans ce gaufrier le bec de l'aiguille: cette manoeuvre, qu'on appelle donner le recuit, détrempe l'aiguille & la rend moins cassante. Quand elle est recuite, elle se perce à l'étau. L'étau dont on se sert pour percer l'aiguille est une machine très - ingénieuse: sa queue A, en forme de pyramide, fig. 3. s'enfonce comme celle d'un tas d'Orfevre dans un billot de bois: son corps B a un rebord a, a, a, qui empêche l'étau d'enfoncer dans le billot. Ses deux mâchoires laissent entr'elles une ouverture quarrée F, dans laquelle on place une piece quarrée G. On doit remarquer à cette piece quarrée G, qui s'appelle bille, une rainure 1. 2. assez profonde. C'est dans cette rainure qu'est reçûe l'aiguille dont on veut faire la chasse ou qu'on veut percer. Imaginez la bille G placée dans le quarré F, sa rainure tournée versl'ouverture n. Tournez la vis E; l'extrémité de cette vis appuiera sur la bille, la pressera latéralement, & l'empêchera de sortir par le côté qu'elle est entrée. La bille ne pourra pas non plus sortir par le côté du quarré F opposé à son entrée, parce qu'on l'a fait un peu plus étroit; en sorte que cette bille G entre en façon de coin dans ce quarré F. On a pratiqué l'ouverture n à la mâchoire courbe de l'étau, perpendiculairement au - dessus de la rainure 1. 2. de la bille G, & par conséquent de l'aiguille qu'il faut y supposer placée. Tournez la piece c, afin que l'aiguille qui s'insere dans la rainure par le côté opposé de la bille, ne s'y insere que d'une certaine quantité déterminée, & que toutes les aiguilles soient percées à la même distance du bec. Assemblez maintenant avec le corps de l'étau la piece H, au moyen des trois vis 1. 2. 3. qui fixent cette piece sur les deux mâchoires. Vous voyez dans le plan supérieur de cette piece H une ouverture m; que cette ouverture corresponde encore perpendiculairement à l'ouverture n & à la rainure 1. 2. de la bille G: cela supposé il est évident qu'un poinçon l, qui passeroit juste par l'ouverture m, par l'ouverture n, rencontreroit la rainure 1. 2. de la bille G, & par conséquent l'aiguille qui y est logée. Soit l'extrémité tranchante de ce poinçon, correspondante à la rainure & au milieu de l'aiguille; frappez un coup de marteau sur la tête k de ce poinçon, il est évident que son extrémité 4. tranchante, ouvrira ou plûtôt s'imprimera dans l'aiguille. C'est cette empreinte qu'on appelle chasse; & l'aiguille au sortir de cet instrument ou étau, est dite aiguille percée, quoique dans le vrai elle ne soit que creusée, & non ouverte d'outre en outre.

Cet étau est très - bon: mais il y en a un plus simple de l'invention du sieur Barat, le premier faiseur de métier à bas qu'il y ait à Paris, & qu'il y aura peut - être jamais. Voyez Planche 8. du métier à bas, fig. 1. ABCD est un étau fixé sur un établi: E est l'extrémité du poinçon. 1. 2. 3. 4. 5. 6. fig. 2. est sa partie inférieure. K, fig. 3. est la bille à laquelle on voit plusieurs rainures, afin qu'elle puisse servir à percer plusieurs sortes d'aiguilles. Fig. 4. L, est une plaque qui s'ajuste par le moyen des vis m n, dans l'endroit de la partie inférieure de l'étau chifré 5. 6. 4. 7. Imaginez donc la partie inferieure 1. 2. 3. 4. fig. 2. couverte de sa supérieure, comme on voit en A B C D, fig. 1. Imaginez la bille K, fig. 3. placée dans le quarré 8. 3. 6. 4. Imaginez la plaque L, figure 4 fixée en 5. & 7. fig. 2. par les vis m n. Ima<pb-> [p. 209] ginez la grande vis à écrou à oreille, fig. 5 passée dans l'ouverture S de la plaque, fig. 4 & dans le trou 6. du dessous de l'étau fig. 2 l'écrou de la grande vis fig. 5 se trouvera appliqué sur le milieu de la plaque qui fixera la bille dans le quarré 8. 3. 6. 4. fig. 2 l'aiguille à percer fig. 6. s'inserera en G fig. 1. dans la rainure de la bille, & ne pourra s'avancer dans cette rainure qu'autant que le lui permettra l'extrémité de la grande vis qui est percée d'un petit trou dans lequel l'extrémité de l'aiguille est reçûe. Le poinçon fig. 7. entrant exactement par l'ouverture 1. 2. recontrera avec son tranchant l'aiguille; & s'il est frappé il y formera une chasse.

On n'a qu'à choisir de ces deux machines celle qu'on voudra; elles percent les aiguilles également bien: mais la derniere est la plus simple. Quand l'aiguille est percée, on l'adoucit à la lime, & on l'applatit un peu à l'endroit de la chasse: quand elle est adoucie on la polit. Pour la polir, on l'enferme avec un grand nombre d'autres dans un morceau de treillis, & l'on procede comme pour polir l'aiguille à coudre ou à Tailleur. Voyez Aiguille à coudre ou à Tailleur. On la savonne de même; on la seche: pour la sécher, on en prend un grand nombre qu'on met avec du son & de la mie de pain dans le moulin. Le moulin est une boite ronde & cylindrique, traversée par un arbre, qui est la seule piece de cette machine qui mérite d'être considérée. Voyez fig. 8. le moulin, & fig. 6. son arbre. Cet arbre est traversé de bâtons qui servent à sasser & vanner les aiguilles, pendant que le corps du moulin tourne sur lui - même. On plie les aiguilles au sortir du moulin: on a pour cet erfet un outil appellé plioir, qu'on voit fig. 5. c'est une plaque de fer pliée en double, de maniere que les côtes AB, CD, soient bien paralleles. On insere dans le pli la pointe d'une aiguille IKL on tourne le plioir qu'on tient par la partie EFGH, qui lui sert de manche: on tient l'aiguille ferme; par ce moyen sa pointe se plie en K; & il est évident qu'une autre aiguille se pliera de la même quantité. On fait le bec ou le crochet, en saisissant avec une tenaille l'extrémité de l'aiguille, & en la contouruant comme on voit figure 7. de maniere que l'extrémité aigue puisse se cacher dans la chasse. Après que le bec est fait, on palme: palmer, c'est applati dans le plan du corps du bec sur un tas l'extrémité de l'aiguille qui doit être prite dans le plomb à aiguille. Voyez Plomb à aiguille. Enfin on les jauge, & c'est la derniere façon. On voit fig. 4. la jauge. C'est une plaque mince d'acier ou de ter, percée de trous ronds, & sendué par les bords de fentes de différentes largeurs, mais qui vont toutes jusqu'au trou. On place la tête d'une aiguille dans un de ces trous, & on la fait ensuite fortir par une des fentes: il est évident que si l'aiguille a plus de diametre que la fente, elle ne passera pas. On présente successivement la même aiguille à différentes sentes, en allant de la plus étroite à la plus large, & la fente par laquelle elle sort marque son numero ou sa grosseur.

Ces numeros commencent à 22. & continuent jusqu'à 26. inclusivement: ils reprennent à 28. il n'y a point d'aiguilles du 29. il y en a du 30. du 40. point des numeros intermédiaires: il y en a quelquefois du 25. mais rarement. Voyez à l'article Bas au métier la taison de ces numeros & de leurs sauts. Il est ordonné par le Reglement du 30. Mars 1700. que pour les ouvrages de soie chaque plomb portera trois aiguilles; & que pour les ouvrages de laine, de fil, de coton, de poil de castor, chaque plomb en portera deux: quant à l'usage de ces aiguilles, Voyez aussi l'article Bas au Métier & les planches.

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