ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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AFFRANCHI (Page 1:162)

AFFRANCHI, en Latin libertinus, s. m. (Theol.) Ce terme signifie proprement un esclave mis en liberté; dans les Actes des Apôtres il est parlé de la synagogue des affranchis, qui s'éleverent contre Saint Etienne, qui disputerent contre lui, & qui témoignerent beaucoup de chaleur à le faire mourir. Les Interpretes sont fort partagés sur ces libertins ou affranchis. Les uns croyent que le texte Grec qui porte Libertini, est fautif, & qu'il faut lire Libystini, les Juifs de la Libye voisine de l'Egypte. Le nom de libertini n'est pas Grec; & les noms auxquels il est joint dans les Actes, font juger que saint Luc a voulu désigner des peuples voisins des Cyrenéens & des Alexandrins: mais cette conjecture n'est appuyée sur aucun manuscrit ni sur aucune version que l'on sache. Joann. Drus. Cornel. à lapid. Mill.

D'autres croyent que les affranchis dont parlent les Actes, étoient des Juifs que Pompée & Sosius avoient emmenés captifs de la Palestine en Italie, lesquels ayant obtenu la liberté, s'établirent à Rome, & y demeurerent jusqu'au tems de Tibere, qui les en chassa, sous prétexte de superstitions étrangeres, qu'il vouloit bannir de Rome & de l'Italie. Ces affranchis pûrent se retirer en assez grand nombre dans la Judée, avoir une synagogue à Jérusalem, où ils étoient lorsque saint Etienne fut lapidé. Les Rabins enseignent qu'il y avoit dans Jérusalem jusqu'à quatre cens synagogues, sans compter le Temple. OEcumenius Lyran. &c. Tacit. Annal. lib. II. Calmet, Dictiònn. de la Bibl. Tom. I. lettre A, pag. 71. (G)

Affranchi (Page 1:162)

Affranchi, adj. pris subst. dans le Droit Romain, étoit un nouveau citoyen parvenu à la qualité d'homme libre par l'affranchissement ou manumission. V. l'un & l'autre de ces deux mots.

L'affranchi, quoique sorti de l'esclavage par la manumission, n'étoit pas exempt de tous devoirs envers son ancien maître, devenu son patron. En général, il étoit obligé à la reconnoissance, non - seulement par la loi naturelle qui l'exige sans distinction pour toute sorte de bienfait; mais aussi par la loi civile qui lui en faisoit un devoir indispensable, à peine de [p. 163] rentrer dans la servitude: si, par exemple, son patron ou le pere ou la mere de son patron étoient tombés dans l'indigence, il étoit obligé de fournir à leur subsistance, selon ses facultés, sous peine de rentrer dans les fers. Il encouroit la même peine s'il avoit maltraité son patron, ou qu'il eût suborné des témoins contre lui en justice.

L'honneur que l'affranchi devoit à son patron empêchoit qu'il ne pût épouser sa mere, sa veuve ou sa fille.

Le fils de l'affranchi n'étoit pas réputé affranchi, & étoit pleinement libre à tous égards. Voyez Libertin.

Quelques Auteurs mettent de la différence entre libertus & libertinus, & veulent que libertus signifie celui même qui a été tiré de l'état de servitude, & libertinus, le fils de l'affranchi: mais dans l'usage tous les deux signifient un affranchi. L'acte par lequel un esclave étoit mis en liberté s'appelloit en Droit manumissio, comme qui diroit dimissio de manu, »affranchissement de l'autorité d'un maître ». Voyez Affranchissement.

Les affranchis conservoient leur nom, & le joignoient au nom & au prénom de leur maître; c'est ainsi que le poëte Andronicus, affranchi de M. Livius Salinator, fut appellé M. Livius Andronicus. Les affranchis portoient aussi quelquefois le prénom de la personne à la recommandation de laquelle ils avoient obtenu la liberté. Ces nouveaux citoyens étoient distribués dans les tribus de la ville qui étoient les moins honorables; on ne les a placés que très - rarement dans les tribus de la Campagne.

Dès l'instant de l'affranchissement les esclaves se coupoient les cheveux comme pour chercher dans cette offrande une juste compensation du don précieux de la liberté qu'ils recevoient des Dieux, cette dépouille passant dans toute l'antiquité payenne pour un présent extrèmement agréable à la divinité.

C'étoit un des priviléges des esclaves devenus libres par leur affranchissement, que de ne pouvoir plus être appliqués à la question dans une affaire où leur maître se seroit trouvé impliqué. Milon, accusé du meurtre de Clodius, se servit de cette précaution pour détourner des dépositions qui ne lui auroient pas été favorables. Il aima mieux donner la liberté à des esclaves témoins du fait, que de s'exposer à être chargé par des gens d'autant moins capables de résister à la torture, qu'ils étoient presque tous délateurs nés de leurs maîtres. La condition d'affranchis étoit comme mitoyenne entre celle des citoyens par droit de naissance, & celle des esclaves; plus libre que celle - ci, mais toutesois moins indépendante que la premiere. (G & H.)

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