ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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CARACTERES ET ALPHABETS DE LANGUES MORTES ET VIVANTES, | |PLANCHE XXV. (Page 19:20:12)

PLANCHE XXV. Clés Chinoises.

Les Chinois n'ont point d'alphabet: & même leur langue n'en est point susceptible, n'étant composée que d'un nombre de sons très - borné. Il seroit im - possible de pouvoir entendre du chinois rendu dans nos caracteres ou dans tel autre qu'on pourroit choisir. Ils n'ont que 328 vocables & tous mono - syllabiques, applicables à environ 80000 caracteres dont leur langue est composée, ce qui donne pour chaque monosyllabe, en les supposant partagés éga - lement, 243 à 244 caracteres. Or si dans notre lan - gue françoise nous sommes quelquefois arrêtés pour quelques mots homophones, dont la quantité au reste est fort bornée, qu'on juge de l'embarras & de la gêne continuelle où doivent être les Chinois de parler une langue dont chaque mot est susceptible d'environ 244 significations différentes. Cette bar - barie de langage, car c'en est une, fournit des ré - flexions sur l'antiquité du chinois; mais je ne m'y arrête point ici, & je me contente de renvoyer à l'Encyclopedie, au mot Langue. Cependant, 328 vo - cables n'étant point suffisans pour exprimer tous les êtres & leurs différentes modifications, les Chi - nois ont multiplié ces sons par cinq tons différens, que nous marquons par les signes suivans, lorsque nous écrivons du chinois dans nos caracteres: ?, *L, \, /, *U.

Le premier ton, ?, appellé ping ching, c'est - à - dire, son égal & plein, se prononce également sans hausser ni baisser la voix.

Le second ton, *L, appellé tcho ping, c'est - à - dire, son trouble & confus, se prononce en baissant un peu la voix sur la seconde syllabe lorsque le mot est composé de deux syllabes, ou s'il n'en a qu'une, en prolongeant un peu la voix.

Le troisiéme ton, \, appellé chang ching, c'est - à - dire, son élevé, est très - aigu.

Le quatrieme ton, /, appellé kiu ching, son qui court, se prononce d'abord d'un ton aigu & des - cend tout d'un coup au ton grave.

Le cinquiéme ton, *U, appellé je ching, se prononce encore d'une maniere plus grave que le précédent.

Au moyen de ces cinq tons, les 328 vocables se trouvent déja monter à 1640 mots dont la pronon - ciation est variée, il y a encore les aspirations de chacun de ces tons qui se marquent par un petit c, & doublent ce nombre de 1640; ensorte qu'au moyen de ces prononciations aspirées, nous trou - vons déja 3280 vocables assez bien distingués pour des oreilles chinoises accoutumées à cette délica - tesse de prononciation, & l'on conviendra que cette somme de mots est presque suffisante pour fournir à une conversation même assez variée. Mais ce qui leve presque toutes les difficultés qui pourroient résulter de ces homophonies, c'est que les Chinois joignent deux ou trois monosyllabes ensemble pour former des substantifs, des adjectifs & des verbes, comme:

Pan Kieou, une Tourterelle. Chan Ki, Phaisan, mot à mot, Poule de mon - tagne. Siao Ki, Poulet, mot à mot, Petite Poule. Ky Mou, Belle mere, mot à mot, succéder mere. Ju Mou, Nourrice, mot à mot, Mere de lait. Ky Mou, Poule, mot à mot, Poule mere. Ting Hiang Houa, Giroflée, mot à mot, Fleur de clou aromatique.

Nonobstant cela, on doit sentir quelle présence de mémoire & quelle délicatesse d'oreille il faut avoir pour combiner sur le champ ces cinq tons, & les rappeller en parlant couramment, ou les distinguer dans un autre qui parle avec précipita - tation, & qui marque à peine l'accent & le ton par - ticulier de chaque mot.

Venons maintenant à l'écriture chinoise qui doit faire notre objet principal. Si la langue parlée des Chinois est pauvre, en récompense leur écriture est fort riche & fort abondante. Nous avons dit qu'ils avoient aux environs de 80000 caracteres, [p. 20:13] car le nombre n'en peut être borné; & il est aisé, & même quelquefois nécessaire d'en composer de nouveaux, lorsque l'occasion l'exige & que l'esprit humain étendant ses bornes, parvient à de nou - velles connoissances.

Je pense que dans les commencemens, le nom - bre des caracteres chinois n'excédoit pas celui des monosyllabes dont nous avons parlé ci - dessus; c'est - à - dire, qu'il n'alloit qu'à environ 328; mais ce que je ne conçois point, c'est que ces caracteres se soient multipliés à l'infini, & qu'on n'ait point imaginé de nouveaux sons pour les faire entendre à l'oreille. Il y a dans cette conduite des Chinois quelque chose d'extraordinaire & de difficile à com - prendre, car si la comparaison des caracteres chi - nois avec nos caracteres numériques est juste, on conviendra qu'il seroit impossible de faire enten - dre la valeur de ces chiffres, si l'on n'avoit point imaginé autant de mots qui les présentassent à l'o - reille, comme l'écriture les distingue aux yeux.

Dans l'origine, les caracteres chinois étoient, comme ceux des Egyptiens, autant d'images qui re - présentoient les objets mêmes qu'on vouloit expri - mer; & c'est ce qui a porté plusieurs savans hom - mes à soupçonner que les Chinois tiroient leur ori - gine des Egyptiens, ou que ces derniers venoient des premiers, & que leur écriture ne devoit point être différente. On a prétendu plus encore il y a quelques années, on a voulu insinuer qu'une par - tie des caracteres chinois étoit formée de l'assem - blage de deux ou trois lettres radicales emprun - tées de l'alphabet des Egyptiens ou de celui des Phéniciens; & que ces lettres déchiffrées & liées suivant leur valeur, soit égyptienne, soit phéni - cienne, signifioient précisément ce que ces mêmes caracteres étoient destinés à exprimer chez les Chi - nois. On voulut appuyer ce systême par l'histoire des Egyptiens & des Chinois, & on prétendit prou - ver que les noms des empereurs chinois des deux premieres dynasties Hià & Chang, écrits en carac - teres chinois, mais lus à l'égyptienne ou à la phénicienne, selon le systême dont on vient de par - ler, offroient les noms de Menès, de Thot & des autres rois d'Egypte, suivant le rang qu'ils occu - pent dans le canon d'Eratosthenes. Ce systême sem - bloit promettre de grands changemens dans l'his - toire, & ouvrir une nouvelle carriere aux chro - nologistes; mais malheureusement il est demeuré systême, & j'ose desespérer que jamais on ne pour - ra alleguer la moindre autorité qui puisse le ren - dre plausible. Ce n'est point là non plus l'idée que l'on doit se former des caracteres chinois.

A l'exception d'un certain nombre de ces carac - teres qui n'ont qu'un rapport d'institution avec les choses signifiées, tous les autres sont représentatifs des objets mêmes. Les choses incorporelles, telles que les rapports & les actions des êtres, nos idées, nos passions, nos sentimens, sont exprimées dans cette écriture d'une maniere symbolique mais éga - lement figurée, à cause des rapports sensibles que l'on remarque entre ces représentations & les qua - lités, les sentimens & les passions des êtres vivans. Les Chinois, les Egyptiens, les Mexicains & quel - ques peuples encore ont imaginé ces sortes de ca - racteres, sans pour cela qu'on puisse soupçonner qu'ils se soient copiés les uns les autres. L'embar - ras qui résultoit de cette écriture, & la difficulté de tracer avec exactitude des caracteres composés d'un grand nombre de traits irréguliers, engagea avec le tems les Chinois à assujettir tous leurs caracteres à une forme fixe & quarrée. En effet, tous les caracteres chinois sont composés des six traits primordiaux qu'on remarque à la tête des clés chinoises, & qui sont la ligne droite, la ligne perpendiculaire, la houppe ou le point, les deux lignes courbes, & une autre ligne perpendiculaire qui est terminée en bas en forme de crochet. Ces six traits différemment combinés entr'eux & répé - tés plus ou moins de fois, forment les 214 clés ou caracteres radicaux auxquels se rapportent les 80000 caracteres dont la langue chinoise est com - posée; car ces 214 caracteres radicaux sont les vé - ritables élémens de cette écriture, & il résulte de leur combinaison entr'eux, le nombre prodigieux de caracteres dont je viens de parler. On remar - quera que ces clés sont rangées selon le nombre de leurs traits. Elles commencent par les caracteres d'un seul trait, & finissent par ceux qui en ont le plus. Les Chinois observent ce même ordre dans leurs dictionnaires par clés. Les caracteres qui ap - partiennent à chacune de ces lettres radicales, se rangent à leur suite & dans l'ordre que la quan - tité de leurs traits leur donne.

Mais il est bon d'avertir qu'on ne trouveroit pas aisément le nombre des traits si l'on ne faisoit point attention au coup de pinceau qui les trace; car, par exemple, tous les quarrés, comme le 30, 31 & 44 que l'on voit dans la planche, ne sont com - posés que de trois traits, quoiqu'ils semblent en avoir quatre, parce que la ligne supérieure & celle qui lui est attachée & descend sur la droite, se fait d'un seul coup de pinceau. Au reste, comme nous avons observé de marquer le nombre des traits, il sera plus aisé de chercher le nombre donné, & on s'accoutumera ainsi en peu d'heures à les compter à la maniere des Chinois.

Voici maintenant l'explication des 214 clés chi - noises.

1. Ye, ou Y, unité, perfection, droiture.

2. * Kuen, germe qui pousse.

3. Tien tchu, point, rondeur, houppe.

4. Pie, courbure en dedans ou à droite.

5. Ye, courbure en - dehors ou à gauche, trouble.

6. Kiue, croc, arrêt.

7. Eul, deux, les choses doublées, la répétition.

8. Theou, tête élevée, opposition.

9. Gin, l'homme, & tout ce qui en dépend.

10. Gin, le soutien, l'élévation en l'air.

11. Ge, l'entrée, l'intérieur, l'union avec.

12. Pa, huit, l'égalité, la simultanéité.

13. * Kiong, la couverture entiere, comme d'un voile, d'un casque, d'un bonnet.

14. * * Mie, la couverture partiale, le sommet, le comble.

15. * * Ping, l'eau qui gele, la glace, l'hyver.

16. Ky, table, banc, appui, fermeté, totalité.

17. Khan & Kien, enfoncement, abyme, chûte, branches élevées.

18. Tao, couteau, couper, fendre.

19. Lie, force, la jonction de deux choses.

20. Pao, l'action d'embrasser, d'envelopper; de - là, canon.

21. Pi, culier, spatule, fonte d'eau, de métal.

22. Fang, tout quarré qui renferme, coffre, armoire.

23. Hi, toute boîte dont le couvercle se leve, ap - pentis, aqueduc, petit coffre à charniere.

24. Che, dix, la perfection, l'extrémité.

25. Pou, jetter les sorts, percer un rocher, une mine.

26. Tçie, l'action de tailler, graver, sceller.

27. Han, les lieux escarpés, les rochers, les antres.

28. Tçu, les choses angulaires, traversées à 3, &c.

29. * Yeou, l'action d'avoir, recevoir, de joindre & croiser l'un sur l'autre.

30. Kheoù, la bouche & tout ce qui en dépend, com - me parler, mordre, avaller, &c.

31. Yu, les enclos, jardin, royaume, entourer. [p. 20:14]

32. Thoù, la terre & ses qualités, ce que l'on en fait, poterie, &c.

33. Ssé, la maîtrise d'un art, les respects dûs aux maîtres, &c. ses qualités, docteur, gouverneur, mandarin.

34. Tchi, marche lente, l'action de suivre.

35. Soui, la succession, venir après.

36. Sie, le soir, la nuit, l'obscurité, songe, in - connu, étranger.

37. Ta, grand, grandeur, hauteur.

38. Niù, femme, femelle, beauté, laideur, baiser, aimer.

39. Tçè, fils, filiation, piété envers les parens, &c.

40. * * Mien, comble, toît, couverture de maison.

41. Tçun, la dixiéme partie de la coudée ou du pié chinois.

42. Siào, petit.

43. Vang, ce qui est tortu, bossu, défectueux.

44. Chi, celui qui tenoit la place de l'esprit, lors - qu'on lui sacrifioit, & de - là, cadavre, indolent.

45. Tçào, les herbages.

46. Chan, montagnes, collines.

47. Tchouen, fleuves, ruisseaux, courans.

48. Kong, artisan, métiers, ouvrages.

49. Ki, soi - même, autrefois, passé, &c.

50. Kin, bonnets, mouchoirs, étendarts, & de - là, empereur, général d'armée, &c.

51. Kan, bouclier, les rivages, & de - là, année, déterminer tout, &c.

52. Yao, mince, délié, fin, subtiliser, tromper, vain, caché.

53. Yèn, boutiques, magasins, greniers, sales, &c.

54. In, aller de long & de large, conduire une af - faire avec prudence.

55. Kong, joindre les mains, jeu d'échecs, retrécir par - enhaut, vaincre.

56. Ye, tendre un arc, lancer une fléche, prendre, recevoir.

57. Kong, arc.

58. Ki, porcs, sangliers.

59. Chan, plumes.

60. Tchi, aller de compagnie.

61. Sin, coeur. Les caracteres rangés sous cette clé sont en grand nombre, ils expriment les différentes affections du coeur.

62. Co, lance.

63. Hou, porte à deux battans.

64. Cheou, la main. Les caracteres qui portent cette clé sont en très - grand nombre.

65. Tchi, branche, rameau.

66. Pou, affaires, gouvernement.

67. Ven, composition, éloquence.

68. Teou, boisseau.

69. Kin, livre, poids de 16 onces.

70. Fang, quarré, les parties d'un tout.

71. Voû, ce qui ne se voit ni ne s'entend, néant, non.

72. Ge, soleil.

73. Yue, dire, parler.

74. Yue, lune, mois.

75. Mo, bois, arbres.

76. Kien, manquer, devoir, débiteur.

77. Tchi, s'arrêter.

78. Ya, le mal, de - là les dérivés: mourir, ense - velir, &c.

79. Tchû, bâton.

80. Moù, mere, la femelle parmi les animaux. Lors - qu'on le prononce Voû, il signifie, non, sans.

81. Pi, ensemble, joindre, comparé, regle, mesure, parvenir, obéir.

82. Maoû, poil, laine, plumes, vieux.

83. Chi, surnom que prend celui qui illustre sa fa - mille.

84. Khi, l'air, le principe matériel de toutes choses dans la religion des Jû ou Lettrés. Il s'unit avec le Ly qui est leur principe immatériel.

85. Choui, l'eau.

86. Hò, le feu.

87. Tchaò, les ongles des animaux & des vola - tiles. Il se prend quelquefois aussi pour les ongles de la main.

88. Fou, pere, vieillard.

89. Yaô & Hiaô, imiter.

90. Pan, soûtien, appui au dehors.

91. Pien, soûtien, appui au dedans, diviser. C'est aussi le caractere numéral des pages d'un li - vre, des morceaux de bois, des feuilles & des fleurs.

92. Yâ - nhyâ, les dents.

93. Niêou, boeuf.

94. Khivèn, chien.

95. You, pierres précieuses, précieux.

96. Yûen, noir, profond.

97. Koua, citrouille, melon, concombre, &c.

98. Và, tuiles, vases de terre cuite.

99. Can, saveur, goût, doux, agreable.

100. Seng, naître, vivre, produire, engendrer, croître.

101. Yong, se servir, usage, dépenses.

102. Thiên, les champs, terre labourée, labourer.

103. Pie, caractere numéral des toiles, étoffes.

104. Tçie, maladies.

105. Po, monter.

106. Pe, blanc.

107. Pi, peau, cuir.

108. Ming, vases, ustensiles pour le boire & le man - ger.

109. Mo, les yeux.

110. Mêou, lance.

111. Chi, fleche, droit, vrai, manifester.

112. Che, pierres.

113. Chi, les génies, les esprits, avertir, signifier, ordonner.

114. Geòu, légéreté, diligence.

115. Hô, légumes, grains (& métaph.) la vie.

116. Hive, antre, grotte, trous des fourmis & des souris.

117. Lie, ériger, élever, instituer, perfectionner, établir.

118. Tcho, les roseaux.

119. Mi, riz vanné.

120. * Hi, lier, succéder, continuer, postérité, de - là, soie, &c.

121. Feù, vases de terre propres à mettre du vin ou de l'eau.

122. Vang, frein, filets.

123. Yâng, brebis.

124. Yu, plumes, aîles des oiseaux.

125. Laò, vieillard, titre d'honneur. Laò yê, Mon - sieur.

126. Eûlh, (particule conjonctive) &.

127. Loùi, bêche, hoyau, manche de charrue.

128. Eùlh, les oreilles, entendre, anses des vases.

129. Yu, caractere auxilaire. Ses dérivés signi - fient tracer des lignes, peindre, &c.

130. Jo, chair, les animaux tués ou morts.

131. Tchin, ministre, courtisan, serviteur.

132. Tçe, soi, soi - même, &c.

133. Tchi, parvenir, atteindre à.

134. Kiéou, mortier pour piler.

135. Che, la langue.

136. Tchouèn, errer, contredire, troubler.

137. Tcheou, vaisseau.

138. Ken, terme, s'arrêter.

139. Se, couleur, l'amour, venereoe voluptates, figure, mode.

140. Tçaò, les herbages.

141. Hoù, tigre. [p. 20:15]

142. Tchong & hoèi, insectes, poissons, huîtres.

143. Hive, le sang.

144. Hing, aller, faire, operer, les élémens, les actions des hommes. Il se prononce aussi Hang, & signifie chemin, ligne, hospice des marchands.

145. Y, habit, surtout, s'habiller.

146. Si, Occident.

147. Kién, voir, percevoir.

148. Kio, corne.

149. Yen, parole, discours.

150. Kou, vallée, ruisseau entre deux montagnes.

151. Téou, legumes, pois.

152. Chi, porcs.

153. Tchi, les animaux velus, & les reptiles.

154. Poéi, précieux, coquillages de mer.

155. Tche, couleur de chair.

156. Tçeòu, aller.

157. Tço, les piés, riche, suffire. Prononcé Tçui, il signifie penser à ce qui manque, y suppléer.

158. Chin, moi, moi - même, le corps, la personne.

159. Tche & Kiu, char, charriot.

160. Sin, goût fort & mordant.

161. Chin, les étoiles les plus voisines du pôle arcti - que, qui paroissent immobiles à cause qu'elles par - courent un sort petit cercle. C'est aussi une lettre horaire. C'est depuis 7 h. jusqu'à 9 h. du matin.

162. Tcho, cette clé qui n'est en usage que dans ses dérivés, exprime la marche & tout ce qui en dépend.

163. Ye, lieu entouré de murailles, ville, camp.

164. Yeòu, lettre horaire. C'est depuis 5 h. jus - qu'à 7 h. de nuit. Ses dérivés expriment les liqueurs, le vin, &c.

165. Pien & Tçài, cueillir, affaire, couleurs.

166. Li, village, bourgade, stade chinois de 360 pas. Anciennement six piés faisoient un pas, & 300 pas un li.

167. Kin, metal, & de - là, or, argent, cuivre, &c.

168. Tchang, grand, long, éloigné, toujours, âgé.

169. Moûen, portes, portique, académie.

170. Feoù, montagne de terre, fosses.

171. Tai, parvenir, ce qui reste.

172. Tchoui, aîles.

173. Yù, pluie, pleuvoir.

174. Tçing, couleur bleue, naître.

175. Fi, negation, non, pas, accuser de faux.

176. Mién, visage, face, superficie, rebeller.

177. Ke, peaux, cuir qui n'est point corroyé, ar - mes défensives, casque, cuirasse, changer.

178. Gôei, peaux, cuirs apprêtés & corroyés, assiéger.

179. Kieòu, oignon, ail, raves.

180. In, son, voix, accent, ton, sons d'instrumens.

181. * Ye, la tête. Ce caractere n'est usité que dans ses composés.

182. Fong, les vents, moeurs, royaume, doctrine.

183. Fi, voler, (se dit des oiseaux.)

184. Che, boire, manger, prononce Sù, il signi - fie nourrir, fournir des alimens.

185. Cheòu, la tête, l'origine, principe, accuser ses fautes.

186. Hiang, odeurs, odoriferant, réputation, odeur de vertu.

187. Mà, cheval.

188. Ko, les os, les ossemens, toute chose dure enfermée dans une chose molle, l'attache entre les freres.

189. Kao, haut, éminent, sublime, hauteur.

190. Pieou, les cheveux.

191. Teou, bruit de guerre, combat.

192. Tchang, étui dans lequel on renferme l'arc, sorte de vin en usage dans les sacrifices, herbes odoriferantes.

193. Lie, espece de trépié, vase pour les senteurs. Prononcé Ke, il signifie boucher, interrompre.

194. Koùei, les ames des défunts, cadavre.

195. Yû, les poissons, pêcher.

196. Niaò, les oiseaux.

197. Lou, terre sterile & qui ne produit rien.

198. Lou, cerf.

199. Me, froment, orge, &c.

200. Mâ, chanvre, sesame.

201. Hoâng, jaune, roux.

202. Chou, sorte de millet.

203. He, noir.

204. Tchi, broder à l'aiguille.

205. Min, petites grenouilles noires.

206. Ting, marmitte, renouveller.

207. Coù, tambour, en battre, jouer des instrumens.

208. Choù, souris.

209. Pi, le nez, les narines, un chef de famille.

210. Thsi, orner, disposer, regler, gouverner, &c.

211. Tchi, les dents.

212. Long, dragons, serpens.

213. Kuei, tortues.

214. Yo, instrumens de musique à vent.

Telles sont les 214 clés chinoises, sous lesquelles on range toutes les autres lettres ou caracteres, & tel est exactement l'ordre observé dans les diction - naires chinois rangés par clés. Les Chinois divisent ces lettres en lettres simples, qu'ils appellent vên, traits; mou, meres; tou - ti, lettres d'un seul corps; & en lettres composées qu'ils appellent tçè, fils; to - ti & ho - ti, c'est - à - dire lettres composées de plu - sieurs corps, corps réunis. Les lettres composées se soudivisent en tong - ti & pou - tong - ti, consubstan - tielles, & non consubstantielles: on entend par let - tres consubstantielles des caracteres composés d'un même membre répété plusieurs fois. Ainsi, par exem - ple, la clé mou, bois, répétée deux fois, forme un nouveau caractere qui se prononce lîn, & signifie forêt. La même clé, répétée trois fois, forme encore un autre caractere qui se prononce sen, & se dit d'une multitude d'arbres, & métaphoriquement de la ri - gueur des lois.

La clé keou, la bouche, répétée trois fois, forme un nouveau caractere qui se prononce pin, & signi - fie ordre, degré, loi, regle, &c. On entend par let - tres non consubstantielles ou hétérogenes les carac - teres composés de plusieurs membres différens. Tels sont les caracteres ming, clarté, composé des clés ge, soleil, & yue, lune. Lân, ignorant, composé de lîn, forêt, & de gin, homme.

Feu M. Fourmont l'aîné, dans les réflexions sur la langue chinoise, qu'il publia en 1737 sous le titre de Meditationes Sinicoe, cherche des sens suivis dans les 214 clés chinoises. Il les envisage comme une image de la nature dans les êtres sensibles ou la matiere; mais j'ose croire qu'à cet égard il a cédé un peu trop à son imagination: toutes les divisions & soudivi - sions que j'ai rapportées, regardent moins les an - ciennes lettres chinoises que les modernes; ce sont en effet les nouveaux dictionnaristes qui ont borné le nombre des clés ou lettres radicales à 214, & qui les ont rangées dans cet ordre. Les anciens en ad - mettoient d'avantage.

Hiu - tching, auteur célebre qui fleurissoit sous la dynastie impériale des Han, est l'auteur d'un dic - tionnaire fort estimé, intitulé Choue - ven, dans le - quel il fait monter le nombre de ces lettres radicales à 540, & beaucoup de Chinois sont même d'opi - nion que ces 540 radicales sont de l'invention de Thsang hie, officier de l'empereur Hoangti, ce qui en feroit remonter l'origine dans la plus haute anti - quité. Ces observations détruisent, ce me semble, celles de M. Fourmont, puisque l'on ne peut admet - tre une progression d'idées dans 214 caracteres dé - tachés, qui n'ont été assujettis à l'ordre qu'ils gar - [p. 20:16] dent ici, qu'eu égard au nombre de traits dont ils sont composés, & qui étoient anciennement en plus grand nombre & dans un ordre tout différent. On jugera d'ailleurs qu'il étoit impossible d'observer en même tems & la progression des traits & celle des idées ou des êtres, si l'on se rappelle que la plûpart des caracteres chinois, dans leur origine, représen - toient les objets mêmes qu'ils étoient destinés à signifier.

Les anciens caracteres chinois étoient appellés niao - tsi - ouene, c'est - à - dire, caracteres imitant les traces des oiseaux; ils avoient été figurés, disent les historiens chinois, d'après les étoiles & les traces que des oiseaux & des animaux de différentes espe - ces avoient imprimé sur un sable ferme & uni. Le nombre de ces caracteres s'est accru de siecle en siecle, mais ils ne conserverent pas toujours la même forme. Sous la dynastie impériale des Tcheou, la Chine divisée en 72 peties états tributaires, vit son écriture prendre autant de formes différentes, parce que chacun de ses rois tributaires crut qu'il y alloit de sa gloire d'avoir une écriture particuliere. Con - fucius se plaignoit de cet abus, & de l'altération faite aux anciens caracteres: mais enfin Chi - hoang ti, fondateur de la dynastie impériale de Thsine, ayant détruit ceux de ces rois vassaux qui subsistoient en - core de son tems, & réuni tout ce vaste empire sous sa puissance, introduisit un caractere qui fût com - mun à tout l'empire; il est probable même que le desir d'établir cette écriture générale, avoit occa - sionné en bonne partie l'incendie des livres, ordon - née avec tant de sévérité par cet empereur. Ly - ssé, son ministre qui fut chargé du soin de cette écriture, supprima les bâtons trempés dans le vernis, avec lesquels on écrivoit alors & introduisit l'usage du pinceau, plus propre à former les pleins & les dé - liés. Enfin Tsin - miao, qui travailloit à ces innova - tions sous les ordres de Ly - ssé, imagina de donner à ces caracteres une figure quarrée, sans pour cela détruire ni le nombre de leurs traits, ni leur dispo - sition respective, & ils furent nommés ly - chu. L'é - criture kiai - chu en usage aujourd'hui pour l'impres - sion des livres, differe peu de l'écriture ly - chu.

Les anciens Philo ophes chinois, qui donnerent leurs soins à l'invention des caracteres de l'écriture, méditerent beaucoup sur la nature & les propriétés des choses dont ils vouloient donner le nom propre, & ils assujettirent autant qu'ils le purent leur travail à six ordres ou classes différentes.

La premiere de ces classes appellée siang - hing, ou conforme à la figure, comprend les caracteres repré - sentatifs des êtres ou choses que l'on veut exprimer.

La seconde, appellée tchi - ssé, représentation, con - tient les caracteres empruntés de la nature même de la chose. Exemple, kién, voir, est composé du ca - ractere gîn, homme, & du caractere mou, oeil, parce que la nature de l'oeil de l'homme est de voir.

La troisieme, appellée hoei - y, connexion de ca - racteres, contient les caracteres qui ont quelqu'affi - nité entr'eux par rapport à leurs propriétés: par exemple, pour exprimer l'idée d'empoigner, ils se servent du caractere ho, joindre, & du caractere cheou, main, parce qu'un des offices de la main est d'empoigner, ce qu'elle ne fait que lorsqu'elle est jointe à la chose qu'elle tient.

La quatrieme s'appelle hia - ching, & contient los caracteres auxquels on a joint d'autres pour lever les équivoques qui en résulteroient lorsque leur pro - nonciation est la même: par exemple, le mot càne, qui signifie indifféremment remercier, toucher, tenter, exciter, accompagné du mot générique , poisson, signifie alors tout simplement un brochet.

La cinquieme classe se nomme tchùen - tchú, inter - prétation fléxible ou infléxion de voix; elle com - prend les caracteres susceptibles de différens tons, & qui expriment conséquemment différentes choses. Ex. hîng au second ton signifie marcher, faire; au qua - trieme ton, action, moeurs. Il arrive assez souvent que les Chinois désignent le ton de ces caracteres ambigus par un petit o, qu'ils placent à un de leurs angles.

La sixieme & derniere se nomme kia - tsie, em - prunter; les caracteres de cette classe ont deux sor - tes d'emprunts; l'emprunt du ton, & l'emprunt du sens. L'emprunt du ton se fait d'une chose qui a bien à la vérité un nom, mais qui n'a point de ca - ractere qui lui soit particulier. Alors on donne à cette chose pour caractere, celui qui manque de ca - ractere propre. Exemple: le caractere neng qui, au sens propre, marque un animal qui est extremement fort & puissant, signifie au sens figuré, pouvoir, puis - sant. L'emprunt du sens se fait en se servant de la propre signification d'un caractere ou mot pour en signifier un autre; ainsi nui, intérieur, dedans, se prend aussi pour entrer, parce qu'on ne dit pas entrer dehors, mais entrer dedans.

La prononciation de la langue chinoise est diffé - rente dans les divers pays où on la parle, & où l'écriture chinoise est en usage; ainsi, quoique les Japonois & divers autres peuples entendent les li - vres chinois & écrivent en chinois, ils n'enten - droient pas cependant un Chinois qui leur parle - roit.

Cette prononciation même varie dans les diffé - rentes provinces, dont la Chine est composée; les peuples du Fokien, Tchekiang, Hou - couang, Se - tchou en, Honan, Kiangi, prononcent plus lente - ment, comme font les Espagnols; ceux des pro - vinces de Couang - tong, Couang - si, Yunnane, parlent bref, comme les Anglois; dans la province de Nan - king, si on excepte les villes de Songkiang, Tching - kiang & Fongyang, la prononciation est douce & agréable, comme celle des Italiens: enfin les ha - bitans des provinces de Peking, Chantong, Chansi & Chensi aspirent beaucoup, comme les Allemands; mais sur - tout ceux de Peking, qui inserrent fré - quemment dans leurs discours la particule conjonc - tive eùll.

Outre cette variété de prononciation qui ne re - garde que la langue kouon - hoa, c'est - à - dire la lan - gue commune à toute la Chine; il existe dans cet empire, & sur - tout dans les provinces du midi, un grand nombre de dialectes. Chaque province, & même chaque ville du premier ordre ont la leur, qui n'est presque pas entendue dans les autres villes du même ordre. Et quoique dans les villes du second & du troisieme ordre on parle assez souvent la dia - lecte qui est en usage dans la ville du premier ordre dont elles relevent, il y a toujours cependant un accent différent, qui l'est tellement, dans certaines provinces, que cette dialecte pourroit passer pour une langue particuliere.

Les histoires de la Chine nous apprennent qu'avant l'invention de ces caracteres, les Chinois avoient imaginé de transmettre leurs pensées par le moyen de cordelettes nouées qui leur tenoient lieu d'écri - ture. Tels étoient les quipos dont se servoient les Péruviens, avant que les Espagnols eussent fait la conquête de leur pays. L'usage du papier s'intro - duisit à la Chine environ 160 ans avant Jesus - Christ: avant cette époque, on écrivoit avec un stylet de fer sur l'écorce, ou sur de petites planches de bam - bou, comme font encore à présent la plûpart des Indiens.

L'Imprimerie a commencé à la Chine l'an 927 de Jesus - Christ, sous le regne de Ming - tcoung, second empereur de la dynastie des Heou - Thang, ou se - conds Thang. [p. 20:17]

La langue chinoise, nonobstant plusieurs défec - tuosités qu'on peut y remarquer, est belle & très - expressive; sa beauté consiste principalement dans un laconisme, qui à la vérité n'est pas peu embar - rassant pour un étranger, mais elle mérite d'être apprise, & son étude même est amusante pour un philosophe qui cherche à approfondir la maniere dont les choses ont été perçues par des hommes sé - parés de nous, de tout l'hémisphere. Elle le mé - rite encore davantage par le nombre d'excellens ouvrages en tout genre qu'elle peut nous procu - rer, & dont nous avons déja un assez grand nom - bre à la bibliotheque du roi. Cette langue, par la maniere dont elle est construite, pourroit être adop - tée pour une langue universelle, & sans doute que M. Leibnitz n'en eût pas cherché d'autre, s'il l'eût connue.

Un Chinois, nommé Hoang - ge, par ordre de Louis XIV. avoit commencé une grammaire & un dictionnaire de cette langue; mais ces travaux demeurerent imparfaits par sa mort arrivée en 1716. Feu M. Fourmont l'aîné chargé de les continuer, publia en 1737 les Meditationes Sinicoe, dont nous avons parlé, & en 1742 une grammaire chinoise fort ample. Reste le dictionnaire qui est plus essen - tiel encore pour l'intelligence de cette langue; il y a lieu d'espérer que la paix dont nous jouissons, nous en procurera la publication; la magnificence du roi a déja levé tous les obstacles; la gravure de plus de 200000 caracteres, exécutée sous les yeux de M. Fourmont, y est plus que suffisante pour y parvenir.

C'est à M. des Hauterayes que nous sommes rede - vables de ces explications, & de la plus grande par - tie des alphabets contenus dans nos Planches. La moindre reconnoissance que nous puissions lui don - ner, c'est d'avouer toutes les obligations que nous lui avons. Il a veillé même à la gravure des Plan - ches; & ceux qui ont quelque idée de ce travail, savent combien il est pénible. Si on compare notre collection, ou plûtôt la sienne, avec ce qu'on a pu - blié jusqu'à présent, soit en France, soit en Angle - terre, & qu'on ait quelque égard à la difficulté de se procurer des matériaux certains, & de s'assurer qu'ils le sont, & à la loi que M. des Hautrayes s'est imposée, de n'enfler ce recueil d'aucun alphabet particulier, fictif ou hasardé, j'espere qu'on le trou - vera plus riche qu'on ne pouvoit l'espérer. [p. 20:] [omission: table; to see, consult fac-similé version] [p. 20:] [omission: table; to see, consult fac-similé version] [p. 20:] [omission: table; to see, consult fac-similé version] [p. 21:1]


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