ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Vision (Page 17:347)

Vision, en Théoiogie, se prend pour la connoissance que nous avons ou que nous aurons de Dieu & de sa nature.

En ce sens, les Théologiens distinguent trois sortes de visions; l'une abstractive, qui consiste à connoître une chose par une autre; la seconde, qu'ils nomment intuitive, par laquelle on connoît un objet en lui - même, & la troisieme, qu'ils appellent compréhensive, par laquelle on connoît une chose, non - seulement comme elle est, mais encore de toutes les manieres dont elle peut être.

La vision abstractive de Dieu consiste à parvenir à la connoissance de Dieu & de ses attributs par la considération des ouvrages qui sont sortis de ses [p. 348] mains, comme dit S. Paul, invisibilia Dei per ea quoe facta sunt intellecta conspiciuntur.

La vision intuitive est celle dont les bienheureux jouissent dans le ciel, & dont le même apôtre a dit par opposition à la connoissance que nous avons de Dieu en cette vie, videmus nunc per spcculum in oenigmate, tunc autem facie ad faciem: on l'appelle aussi vision béatifique.

Quelques hérétiques, comme les Anoméens, les Bégards, & les Béguines, & parmi les grecs modernes, les Palamites ou Quiétistes du mont Athos, se sont vantés de parvenir à la vision intuitive de Dieu par les seules forces de la nature. Ces erreurs ont été condamnées, & en particulier celle des Bégards & Béguines, par le concile général de Vienne, tenu sous Clément V. en 1311.

En effet, il est clair que si pour les oeuvres méritoires qui sont les moyens du salut, l'homme a nécessairement besoin de la grace, à plus forte raison a - t - il besoin d'un secours surnaturel pour le salut même, qui n'est autre chose que la vision béatifique. Les Théologiens appellent ce secours surnaturel, qui supplée à la foiblesse de notre intelligence, & qui nous éleve à la vision intuitive de Dieu, lumiere de gloire, lumen glorioe; parce qu'elle sert à la vision de Dieu, dans laquelle consiste la gloire & le bonheur des saints.

L'Eglise catholique pense que les justes à qui il ne reste aucun péché à expier, jouissent de la vision intuitive de Dieu dès l'instant de leur mort, & que les ames de ceux qui meurent sans avoir entierement satisfait à la justice de Dieu pour la peine temporelle dûe à leurs péchés, ne parviennent à cette béatitude qu'après les avoir expiés dans le purgatoire.

Les Millénaires avoient imaginé que les justes ne verroient Dieu qu'apres avoir regné mille ans sur la terre avec Jesus - Christ & passé ce tems dans toutes sortes de voluptés corporelles, selon quelques - uns d'entre eux, ou, selon les autres, dans des délices pures & spirituelles. Voyez Millénaires.

Au commencement du xiv. siecle, le pape Jean XXII. pencha pour l'opinion qui soutient que les saints ne jouissent de la vision intuitive qu'après la résurrection des corps; il l'avança même dans quelques sermons; au - moins il desira qu'on la regardât comme une opinion problématique. Mais il ne décida jamais rien sur cette matiere en qualité de souverain pontife, & rétracta même aux approches de la mort, ce qu'il avoit pu dire ou penser de moins exact sur cette question.

Quoiqu'il ne répugne pas que Dieu puisse accorder dès cette vie à un homme la vision béatifique, on convient pourtant généralement qu'il n'en a jamais favorisé aucune créature vivante sur la terre, ni Moïse, ni Elie, ni S. Paul, ni même la sainte Vierge: tout ce qu'on avance au contraire est destitué de fondement.

Quant à la vision compréhensive, on sent que Dieu seul peut se connoître de toutes les manieres dont il peut être connu, & que l'esprit humain, de quelque secours surnaturel qu'on le suppose aidé, ne peut parvenir à ce suprème degré d'intelligence qui l'égaleroit à Dieu quant à la science & à la connoissance.

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