ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Vision (Page 17:343)

Vision, s. f. (Optiq.) est l'action d'appercevoir les objets extérieurs par l'organe de la vue. Voyez OEil.

Quelques autres définissent la vision une sensation par laquelle l'ame apperçoit les objets lumineux, leur quantité, leur qualité, leur figure, &c. en conséquence d'un certain mouvement du nerf optique, excité au fond de l'oeil par les rayons de lumiere réfléchis de dessus les objets, & portés de là dans le cerveau, au sensorium ou siege du sentiment. Voyez Visible.

Les phénomenes de la vision, ses causes, la maniere [p. 344] l'exécute, sont un des points les plus im<-> la philosophie naturelle.

que M. Newton & d'autres ont découvert e de la lumiere & des couleurs, les lois exion, de la réflexion & de la réfraction des a structure de l'oeil, particuliérement rétine & des nerfs, &c. se rapportent à cette théorie.

Il n'est pas nécessaire que nous donnions ici un détail circonstancié de la maniere dont se fait la vision; nous en avons déja exposé la plus grande partie sous les différens articles qui y ont rapport.

Nous avons donné à l'article OEil la description de cet organe de la vision, & ses différentes parties, comme ses tuniques, ses humeurs &c. ont été traitées en particulier, quand il a été question de la cornée, du crystallin, &c.

On a traité aussi séparément de l'organe principal & immédiat de la vision, qui est la rétine, suivant quelques - uns, & la choroïde suivant d'autres: on a exposé aussi la structure du nerf optique, qui porte l'impression au cerveau; le tissu & la disposition du cerveau même qui reçoit cette impression, & qui la représente à l'ame. Voyez. Rétine, Choroide, Nerf optique, Cerveau, Sensorium ou Siege du sentiment, &c.

De plus, nous avons exposé en détail aux articles Lumieres & Couleurs, la nature de la lumiere, qui est le milieu ou le véhicule par lequel les images des objets sont portées à l'oeil, & l'on peut voir les principales propriétés de la lumiere aux mots Réflexion, Réfraction, Rayon , &c. Il ne nous reste donc ici qu'à donner une idée générale des différentes choses qui ont rapport à la vision.

Des différentes opinions sur la vision, ou des différens sy stêmes que l'on a imaginés pour en expliquer le méçhanisme. Les Platonicens & les Stoïciens pensoient que la vision se faisoit par une émission de rayons qui se lançoient de l'oeil; ils concevoient donc une espece de lumiere ainsi éjaculée, laquelle, conjointement avec la lumiere de l'air extérieur, se saisissoit, pour ainsi dire, des objets qu'elle rendoit visibles; après quoi, revenant sur l'oeil revêtue d'une forme & d'une modification nouvelle par cette espece d'union avec l'objet, elle faisoit une impression sur la prunelle, d'où résultoit la sensation de l'objet.

Ils tiroient les raisons dont ils appuyoient leur opinion, 1°. de l'éclat de l'oeil; 2°. de ce que l'on apperçoit un nuage éloigné, sans voir celui qui nous environne (parce que, selon eux, les rayons sont trop vigoureux & trop pénétrans pour être arrêtés par un nuage voisin; mais quand ils sont obligés d'aller à une grande distance, devenant foibles & languissans, ils reviennent à l'oeil.) 3°. de ce que nous n'appercevons pas un objet qui est sur la prunelle: 4°. de ce que les yeux s'affoiblissent en regardant par la grande multitude de rayons qui en émanent; enfin, de ce qu'il y a des animaux qui voient pendant la nuit, comme les chats, les chathuants & quelques hommes.

Les Epicuriens disoient que la vision se faisoit par l'émanation des especes corporelles ou des images venant des objets, ou par une espece d'écoulement atomique, lequel s'évaporant continuellement des parties intimes des objets, parvenoit jusqu'à l'oeil.

Leurs principales raisons étoient, 1°. que l'objet doit nécessairement être uni à la puissance de voir, & comme il n'y est pas uni par lui même, il faut qu'il le soit par quelques especes qui le représentent, & qui viennent des corps par un écoulement perpétuel: 2°. qu'il arrive fort souvent que des hommes âgés voient mieux les objets éloignés que les objets proches, l'éloignement rendant les especes plus mincès & plus déliées, & par conséquent plus proportionnées à la foiblesse de leur organe.

Les Péripatéticiens tiennent avec Epicure que la vision se fait par la réception des especes; mais ils différent de lui par les propriétés qu'ils leur attribuent; car ils prétendent que les especes qu'ils appellent intentionelles, intentionales, sont des especes incorporelles.

Il est cependant vrai que la doctrine d'Aristote sur la vision, qu'il a décrite dans son chapitre de aspectu, se réduit uniquement à ceci; que les objets doivent imprimer du mouvement à quelque corps intermédiaire, moyennant quoi ils puislent faire impression sur l'organe de la vue: il ajoute dans un autre endroit, que quand nous appercevons les corps, c'est leurs apparences & non pas leur matiere que nous recevons, de la même maniere qu'un cachet fait une impression sur de la cire, sans que la cire retienne autre chose aucune du cachet.

Mais les Péripatéticiens ont jugé à propos d'éclaircir cette explication, selon eux trop vague & trop obscure. Ce qu'Aristote appelloit apparence, est pris par ses disciples pour des especes propres & réelles. Ils assurent donc que tout objet visible imprime une parfaite image de lui - même dans l'air qui lui est contigu; que cette image en imprime une autre un peu plus petite dans l'air, immédiatement suivant & ainsi de suite jusqu'à ce que la derniere image arrive au crystallin, qu'ils regardent comme l'organe principal de la vue, ou ce qui occasionne immédiatement la sensation de l'ame: ils appellent ces images des especes intentionnelles, sur quoi voyez l'article Especes.

Les philosophes modernes expliquent beaucoup mieux tout le méchanisme de la vision; ils conviennent tous qu'elle se fait par des rayons de lumiere réfléchis des différens points des objets reçus dans la prunelle, réfractés & réunis dans leur passage à travers les tuniques & les humeurs qui conduisent jusqu'à la rétine, & qu'en frappant ainsi ou en faisant une impression sur les points de cette membrane, l'impression se propage jusqu'au cerveau par le moyen des filets correspondans du nerf optique.

Quant à la suite, ou à la chaîne d'images que les Peripat éticiens supposent, c'est une pure chimere, & l'on comprend mieux l'idée d'Aristote sans les employer, qu'en expliquant sa pensée par ce moyen, en effet, la doctrine d'Aristote sur la vision peut très bi n se concilier avec celle de Descartes & de Newton; car Newton conçoit que la vision se fait principalement par les vibrations d'un milieu très - délié qui pénetre tous les corps; que ce milieu est mis en mouvement au fond de l'oeil par les rayons de lumiere, & que cette impression se communique au sensorium ou siege du sentiment par les filamens des nerfs optiques, & Descartes suppose que le soleil pressant la matiere subtile, dont le monde est rempli de toutes parts, les vibrations de cette matiere réfléchie de dessus les objets sont communiquées à l'oeil, & de là au sensorium ou siege du sentiment; de maniere que nos trois philosophes supposent également l'action ou la vibration d'un milieu. Voyez Milieu.

Théorie de la vision. II est sûr que la vision ne sauroit avoir lieu, si les rayons de lumiere ne viennent pas des objets jusqu'à l'oeil; & l'on va concevoir, par tout ce que nous allons dire, ce qui arrive à ces rayons lorsqu'ils passent dans l'oeil.

Supposons, par exemple, que z soit un oeil, & A B C un objet, (Pl. d'op. fig. 53.) quoique chaque point d'un objet soit un point rayonnant, c'est - à - dire, quoiqu'il y ait des rayons réfléchis de chaque point de l'objet à chaque point de l'espace environnant; cependant comme il n'y a que les rayons qui passent par la prunelle de l'oeil qui affectent le sentiment, ce seront les seuls que nous considérerons ici<pb-> [p. 345]

De plus, quoiqu'il y ait un grand nombre de rayons qui viennent d'un point rayonnant, comme B, passer par la prunelle, nous ne considérerons cependant l'action que d'un petit nombre de ces rayons, tels que B D, B E, B F.

Ainsi, le rayon B D tombant perpendiculairement sur la surface E D F, passera de l'air dans l'humeur aqueuse, sans aucune réfraction, ira droit en H; où, tombant perpendiculairement sur la surface de l'humeur crystalline, il ira tout de suite, sans aucune réfraction, jusqu'à M; où tombant encore perpendiculairement sur la surface de l'humeur vitrée, il ira droit au point O au fond de l'oeil; mais le rayon B E passant obliquement de l'air sur la surface de l'humeur aqueuse E D F, sera rompu ou réfracté, & s'approchera de la perpendiculiare, allant de là au point G sur la surface du crystallin, il y sera encore réfracté en s'approchant toujours de plus en plus de la perpendiculaire, & viendra tomber sur le point L de la surface de l'humeur vitrée, ainsi il s'approchera encore du point M.

Enfin G L tombant obliquement d'un milieu plus dense, qui est le crystallin, sur la surface d'un corps plus rare LMN, qui est l'humeur vitrée, se réfractera en s'écartant de la perpendiculaire; & il est évident que par cet écartement il s'approche du rayon BDO, qu'ainsi il peut être réfracté de maniere à rencontrer ce rayon B D O, au point O; de même le rayon BF étant réfracté en F, se détournera vers I, de - là vers N, & de - là vers O, & les rayons entre BE & BF se rencontreront à tres - peu près au même point O.

Ainsi le point rayonnant B affectera le fond de l'oeil de la même maniere que si la prunelle n'avoit aucune largeur, ou comme si le point rayonnant n'envoyoit qu'un seul rayon qui eût à lui seul la même force que tous les rayons ensemble, compris entre BE & BF.

De même les rayons qui viennent du point A, feront réfractés en passant par les humeurs de - l'oeil, de maniere qu'ils se rencontreront vers le point X, & les rayons qui viennent d'un point quelconque compris entre A & B, se rencontreront à - peu - près en quelqu'autre point au fond de l'oeil, entre X & O.

On peut assurer généralement que chaque point d'un objet n'affecte qu'un point dans le fond de l'oeil, & que chaque point dans le fond de l'oeil, ne reçoit des rayons que d'un point de l'objet: ceci ne doit pourtant pas s'entendre dans l'exactitude la plus rigoureuse.

Maintenant si l'objet s'éloignoit de l'oeil, de maniere que le point rayonnant B fût toujours dans la ligne BD., les rayons qui viendroient de B, sans avoir une divergence suffisante, seroient tellement réfractés en passant par les trois surfaces, qu'ils se rencontreroient avant que d'avoir atteint le point O: au - contraire, si l'objet s'approchoit trop près de l'oeil, les rayons qui passeroient du point B de la prunelle, étant trop divergens, seroient réfractés de maniere à ne se rencontrer qu'au de - là du point O. L'objet même peut être si proche que les rayons provenans d'un point quelconque, auront une divergence telle qu'ils ne se rencontreroient jamais; dans tous ces cas, il n'y auroit aucun point de l'objet qui n'affectât une portion assez considérable du fond de l'oeil; & par conséquent l'action de chaque point se confondroit avec celle d'un point contigu, & la vision seroit confuse: ce qui arriveroit fort communément fi la nature n'y avoit pourvu, en donnant à la prunelle de l'oeil une conformation propre a se dilarter ou à se resserrer, selon que les objets sont plus ou moins éloignés; & de plus, en faisant que le crystallin devienne plus ou moins con<cb-> vexe; ou encore, en faisant que la distance entre le crystallin & la rétine, puisse être plus ou moins grande. Ainsi quand nos yeux se dirigent vers un objet tellement éloigné qu'ils ne peuvent pas distinctement l'appercevoir en restant dans leur état ordinaire, l'oeil s'applatit un peu par la contraction de quatre muscles, au moyen desquels la rétine s'approchant de l'humeur crystalline, reçoit plutôt les rayons: & quand nous regardons un objet trop proche, l'oeil comprimé par les deux muscles obliques, acquiert une forme plus convexe; moyennant quoi la rétine devenant plus éloignée du crystallin, le concours des rayons se fait sur la rétine.

Cet approchement & éloignement du crystallin est si nécessaire à la vision, que dans certains oiseaux où les tuniques de l'oeil sont d'une consistence si osseuse que les muscles n'auroient jamais été capables de les contracter ou de les étendre, la nature a fait jouer d'autres ressorts; elle a attaché par en - bas le crystallin à la rétine, avec une espece de filet noirâtre que l'on ne trouve point dans les yeux des autres animaux. N'oublions pas d'observer que des trois réfractions dont on a parlé ci - dessus, la premiere ne se trouve point dans les poissons, & que pour y rémédier, leur crystallin n'est pas lenticulaire, comme dans les autres animaux, mais qu'il a la forme sphérique. Enfin comme les yeux des hommes avancés en âge, sont plus applattis que ceux des jeunes gens, de maniere que les rayons qui partent d'un objet proche, tombent sur la étine avant que d'étre réunis en un seul; ces yeux doivent représenter les objets un peu plus confusément, & ils ne peuvent appercevoir bien distinctement que les objets éloignés. Voyez Presbite. Il arrive précisément le contraire à ceux qui ont les yeux trop convexes. Voyez Myope.

De ce que chaque point d'un objet vu distinctement n'affecte qu'un point du fond de l'oeil; & réciproquement de ce que chaque point du fond de l'oeil ne reçoit des rayons que d'un point de l'objet, il est aisé de conclurre que l'objet total affecte une certaine partie de la rétine, que dans cette partie il se fait une réunion vive & distincte de tous les rayons qui y sont reçus par la prunelle, & que comme chaqne rayon porte avec lui sa couleur propre, il y a autant de points colorés au fond de l'oeil, que de points visibles dans l'objet qui lui est présenté. Ainsi il y a sur la rétine une apparence ou une image exactement emblable à l'objet; toute la différence, c'est qu'un corps s'y représente par une surface, qu'une surface s'y représente assez souvent par une ligne, & une ligne par un point; que l'image est renversée, la droite répondant à la gauche de l'objet, &c. que cette image est excessivement petite, & le devient de plus en plus, à proportion que l'objet est plus éloigné. Voyez Visible.

Ce que nous avons dit dans d'autres articles, sur la nature de la lumiere & des couleurs, est fort propre à expliquer sans aucune difficulté, cette image de l'objet sur la rétine; c'est un fait qui se prouve par une expérience dont M. Descartes est l'auteur. En voici le procedé: après avoir bier fermé les fenêtres d'une chambre, & n'avoir laissé de passage à la lumiere que par une fort petite ouverture, il faut y appliquer l'oeil de quelque animal nouvellement tué, ayant retiré d'abord avec toute la dextérité dont on est capable, les membranes qui couvrent le fond de l'humeur vitrée, c'est - à - dire la partie postérieure de la sclérotique, de la choroïde, & même une partie de la rétine: on verra alors les images de tous les objets de dehors, se pemdre très - distinctement sur un corps blanc, par exemple, sur la pellicule d'un oeuf, appliquée à cet oeil par derriere. On démontre la même chose d'une maniere beaucoup plus par<pb-> [p. 346] faite, avec un oeil artificiel, ou par le moyen de la chambre obscure. Voyez OEil, & Chambre obscure.

Les images des objets se représentent donc sur la rétine, qui n'est qu'une expansion de filets très - déliés du nerf optique, & d'où le nerf optique lui - même va serendre dans le cerveau: or si une extrémité du nerf optique reçoit un mouvement, ou fait une vibration quelconque, cette vibration se communiquera à l'autre extrémité: ainsi l'impulsion des différens rayons qui viennent des différens points de l'objet, l'affectera à - peu - près de la même maniere qu'elle affecte la rétine, c'est - à - dire avec les vibrations & la sorte de mouvement qui lui est particuliere, cette impulsion se propagera ainsi jusqu'à l'endroit où les filets optiques viennent à former un tissu dans la substance du cerveau, & par ce moyen là les vibrations seront portées au siege général ou commun des sensations.

Or l'on sait que telle est la loi de l'union de l'ame & du corps, que certaines perceptions de l'ame sont une suite nécessaire de certains mouvemens du corps: & comme les différentes parties de l'objet meuvent séparément différentes parties du fond de l'oeil, & que ces mouvemens se propagent ou se communiquent au sensorium, ou au siege du sentiment; on voit donc qu'il doit s'ensuivre en même tems un aussi grand nombre de sensations distinctes. Voyez Sensation.

Il est donc aisé de concevoir 1°. que la perception ou l'image, doit être plus claire & plus vive, à proportion que l'oeil reçoit de la part d'un objet, un plus grand nombre de rayons: par conséquent la grandeur de la prunelle contribuera en partie à la clarté de la vision.

2°. En ne considérant qu'un point rayonnant d'un objet, on peut dire que ce point affecteroit le siege du sentiment, d'une maniere plus foible, ou seroit vu plus obscurément, à mesure qu'il seroit plus éloigné, à cause que les rayons qui viennent d'un point, sont toujours divergens; ainsi plus les objets seront éloignés, moins la prunelle en recevra de rayons; mais d'un autre côté, la prunelle se dilatant d'autant plus que l'objet est plus éloigné, reçoit par cette dilatation un plus grand nombre de rayons qu'elle n'en recevroit sans ce mécanisme.

3°. La vision plus ou moins distincte dépend un peu de la grandeur de l'image représentée dans le fond de l'oeil: car il doit y avoir au - moins autant d'extrémité de filets ou de fibres du nerf optique, dans l'espace que l'image occupe, qu'il y a de particules dans l'objet qui envoie des rayons dans la prunelle; autrement chaque particule n'ébranleroit pas son filet optique particulier; & si les rayons qui viennent de deux points, tombent sur le même filet optique, il arrivera la même chose que s'il n'y avoit qu'un seul point qui y tombât; puisque le même filet optique ne sauroit être ébranlé de deux manieres différentes à la fois. C'est pourquoi les images des objets fort éloignés étant très - petites, elles paroissent confuses, plusieurs points de l'image affectant un même point optique: il arrive aussi de - là que si l'objet a différentes couleurs, plusieurs de ses particules affectant en même tems le même filet optiquè, l'oeil n'en appercevra que les plus lumineuses & les plus brillantes: ainsi un champ parsemé d'un grand nombre de fleurs blanches, sur un fond de verdure, paroîtra néanmoins tout blanc à quelque distance.

A l'égard des raisons pourquoi nous ne voyons qu'un objet simple, quoiqu'il y ait une image dans chaque oeil, & pourquoi nous le voyons droit quoique cette image soit renversée; ous renvoyons à ce que les auteurs d'optique ont dit là - dessus, & dont nous ne répondons pas qu'on soit satisfait.

Quant à la maniere de voir & de juger de la distance & de la grandeur des objets, consultez les articles Visible, Distance, &c.

Les lois de la vision, soumises aux démonstrations mathématiques, font le sujet de l'optique, prise dans la signification de ce mot la plus étendue: car ceux qui ont écrit sur les mathématiques, donnent à l'optique une signification moins étendue; ils la réduisent à la doctrine de la vision directe; la catoptrique traite de la vision réfléchie; & la dioptrique de la vision réfractée. Voyez Optique, Catoptrique, & Dioptrique.

La vision directe ou simple est celle qui se fait par le moyen de rayons directs, c'est - à - dire de rayons qui passent directement ou en ligne droite depuis le point rayonnant jusqu'à l'oeil. Nous venons d'en exposer les lois dans cet article.

La vision réfléchie se fait par des rayons réfléchis par des miroirs ou d'autres corps dont la surface est polie. Voyez - en aussi les lois aux articles Réflection & Miroir.

La vision réfractée se fait par le moyen de rayons réfractes ou détournés de leur direction, en passant par des milieux de différente densité, principalement à - travers des verres & des lentilles. Voyez - en les lois aux articles Réfraction, Lentille, &c.

Solution de plusieurs questions sur la vision. « On demande pourquoi, lorsque nous avons été quelque tems dans un lieu fort clair, & que nous entrons ensuite subitement dans une chambre moins éclairée; tous les objets nous paroissent - ils alors obscurs; ensorte que nous sommes même au commencement, comme aveugles? Cela ne vient - il pas de ce que nous resserrons la prunelle, lorsque nous nous trouvons dans un lieu éclairé, afin que la vûe ne soit pas offensée d'une trop grande lumiere, ce qui n'empêche pourtant pas qu'elle ne reçoive une forte impression des rayons qui la pénetrent. 2°. Notre ame est accoutumée à faire attention à ces mouvemens violens & à ces fortes impressions, & n'en fait point à celles qui sont foibles: lors donc qu'étant ainsi disposé on entre dans un lieu un peu obscur, il n'entre que peu de rayons de lumiere par la prunelle retrécie, & comme ils n'ébranlent presque pas la rétine, notre ame ne voit rien, parce qu'elle est déja accoutumée à de plus fortes impressions: c'est pour cela que tout nous paroît d'abord plus obscur, & que nous sommes en quelque maniere aveugles, jusqu'à ce que la prunelle se dilate insensiblement, & que l'ame s'accoutume à de plus fortes impressions, & qu'elle y prête ensuite attention.»

Lorsque quelqu'un se trouve dans une chambre, qui n'est que peu éclairée, il voit facilement à - travers les vitres, ou à travers la fenêtre ouverte, tous ceux qui passent devant lui en plein jour; mais pourquoi les passans ne l'apperçoivent - ils pas, ou ne le voient - ils qu'avec peine, & toujours d'autant moins, que le jour est plus grand? Cela ne vient - il pas, de ce que celui qui voit dans l'obscurité reçoit beaucoup de rayons des objets, qui sont en plein air & fort éclairés, & qu'il les apperçoit par conséquent clairement & facilement: au lieu que lui ne réfléchit que peu de rayons de la chambre obscure, où il se trouve vers les passans qui sont en plein air, de sorte que ceux - ci ne peuvent recevoir qu'une petite quantité de rayons, lesquels font sur eux une impression bien plus foible, que celle qu'ils reçoivent de la lumiere des autres objets qui sont en plein air; & ainsi leur ame ne fait alors aucune attention à ces foibles impressions.

Lorsqu'on cligne les yeux, ou qu'on commence à les bien fermer, ou lorsqu'on pleure & qu'on envisage en même tems une chandelle allumée ou une [p. 347] lampe, pourquoi les rayons paroissent - ils alors être dardés de la partie supérieure & inferieure de la flamme vers les yeux? M. de la Hire a fort bien expliqué ce phenomene, & fait voir en même tems l'erreur de M. Rohault à cet égard.

Que B, fig. opt. 53. no. 2. foit la flamme de la chandelle, HH & II les deux paupieres, qui, en clignotant exprimeront l'humeur de l'oeil, laquelle s'attachant aux bords des paupieres & à l'oeil, comme proche de a H R, & a I S, formera comme un prisme. La flamme de la chandelle B dardant ses rayons à - travers le milieu de la prunelle, se peint sur la rétine proche de D O X; mais les autres rayons, comme B A, tombant sur cette humeur triangulaire a H R, se rompent, comme les rayons qui traversent un prisme de verre, & forment en s'étendant la queue D L, qui est suspendue à la partie inferieure de la flunme D, d'où elle nous paroît par conséquent provenir, comme B M; de même aussi les rayons B C, venant à tomber sur l'humeur triangulaire a I S, se rompent, comme s'ils traversoient un prisme de verre, & s'étendent par conséquent de la longueur de XK, en formant une queue, qui est suspendue à la partie supérieure de X de l'image de la flamme, d'où ils paroissent provenir, & nous représentent de cette maniere les rayons B N.

Il est clair, que lorsqu'on intercepte les rayons supérieurs B A H R L, à l'aide d'un corps opaque P, la queue D L doit disparoître dans l'oeil, & par conséquent la queue inférieure B M de la chandelle.

Mai, lorsqu'on intercepte les rayons inférieur; B C I S, il faut que la queue X K, qui tient à la partie supérieure de l'image de la flamme, disparoisse, de même que les rayons supérieurs apparens B N. Comme il se rassemble beaucoup plus d'humeur aux paupiercs, lorsqu'on verse des larmes, ce phénomene doit se faire alors bien mieux remarquer, comme l'expérience le confirme.

Pourquoi voit - on des étincelles sortir de l'oeil, lorsqu'on le frotte avec force, qu'on le presse ou qu'on le frappe? La lumiere tombant sur la rétine, presse & pousse les filets nerveux de cette membrane: lors donc que ces mêmes filets viennent à être comprimés de la même maniere par l'humeur vitrée, ils doivent faire la même imprestion sur l'ame, qui croira alors appercevoir de la lumiere, quoiqu'il n'y en ait point. Lorsqu'on frotte l'oeil, on pousse l'humeur vitrée contre la rétine, ce qui nous fait alors voir des étincelles. Si donc les filets nerveux reçoivent la même i mpression que produisoient auparavant quelques rayons colorés, notre ame devra revoir les mêmes couleurs. La même chose arrive aussi, lorsque nous pressons l'angle de l'oeil dans l'obscurité, en sorte qu'il s'écarte du doigt & que l'oeil reste en repos; ces coulears disparoissent dans l'espace d'une seconde, & ne manquent pas de reparoître de nouveau aussi - tot qu'on recommence à presser l'oeil avec le doigt. Mussch. ess. de Phys. §. 1218. & suiv.

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