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La version grecque de cet évangile qui passe aujourd'hui pour l'original, a été faite dès les tems apostoliques. Quant à la traduction latine, on convient qu'elle est faite sur le grec, & n'est guere moins ancienne que la grecque même, mais l'auteur de l'une & de l'autre est inconnu.
Quelques modernes comme Erasme, Calvin, Ligfoot, Witaker, Schmith, Casaubon, le Clerc, &c. soutiennent que saint Matthieu écrivit en grec, & que ce que l'on dit de son prétendu original hébreu est faux & mal - entendu. Car, disent - ils, les Peres comme Origene, saint Epiphane & saint Jérome, n'en parlent pas d'une maniere uniforme; ils le citent, mais sans lui donner autant d'autorité qu'ils auroient dû faire si c'eût été un original. Si l'on en avoit eu cette idée, l'auroit - on laissé périr dans l'Eglise? Si saint Matthieu avoit écrit en hébreu, trouveroit - on dans son ouvrage l'interprétation des noms hébreux en grec? Y citeroit - il l'Ecriture, comme il la cite, suivant les Septante? La langue grecque étoit alors commune dans tout l'Orient, dans tout l'Empire, à Rome même, puisque saint Paul écrit en grec aux Romains, saint Pierre & saint Jacques écrivent dans la même langue aux Juifs dispersés en Orient, & saint Paul aux Hébreux de la Palestine. Enfin, pendant que tous les autres auteurs du nouveau - Testament ont écrit en grec, pourquoi veuton que saint Matthieu seul ait écrit en hébreu?
Mais ces raisons ne sont pas sans réplique. Car 1°. les anciens témoignent que saint Matchieu avoit écrit en hébreu, & ils le disent pour avoir vû & consulté cet évangile écrit en cette langue. Si leur témoignage n'est pas uniforme, c'est qu'il y avoit deux sortes d'évangile attribué à saint Matthieu: l'un pur & entier, dont ils ont parlé avec estime; l'autre altéré, qu'ils ont jugé faux & apocryphe. 2°. On convient que la langue grecque étoit vulgaire en Palestine, mais il n'en est pas moins vrai que le commun du peuple y parloit ordinairement hébreu, c'est - à - dire, un langage mélé de chaldaique & de syriaque. Saint Paul ayant été arrêté dans le temple, harangua la multitude en hébreu, act. XXI. v. 4. 3°. Les noms hébreux, expliqués en grec dans saint Matthieu, prouvent que le traducteur est grec & l'original hébreu. 4°. Saint Matthieu ne cite que dix passages de l'ancien - Testament, dont sept sont plus approchans du texte hébreu que de la version des Septante, & les trois autres ne paroissent conformes aux Septante que parce que dans ces passages les Septante eux - mêmes sont conformes au texte hébreu. 5°. La perte de l'original ne détruit pas la preuve de son existence, les églises l'abandonnerent insensiblement parce que les Ebionites le corrompoient, le grec qui étoit demeuré pur fut conservé & regardé comme seul authentique. Voilà pourquoi l'on négligea l'hébreu, mais s'ensuit - il de - là qu'il n'ait pas existé? 6°. Quoique les autres Apôtres aient écrit en grec aux Juifs de la Palestine, & à ceux qui étoient dispersés en Orient, on n'en sauroit conclure que saint Matthieu n'ait pas écrit en hébreu pour ceux de la Palestine qui parloient l'hébreu vulgaire plus communément que le grec. Enfin, on ne prétend pas que saint Matthieu ait absolument été obli<cb->
Le but de saint Matthieu dans son évangile a été, selon le vénérable Pierre Damien, de montrer que Jesus - Christ étoit le Messie. Pour cela il montre par ses miracles qu'il est le Christ, que Marie sa mere est Vierge, que Jesus - Christ n'est point venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir, & que ses miracles vraiment divins sont des preuves incontestables de sa mission. On remarque dans saint Matthieu une assez grande différence dans l'arrangement des saits depuis le chap. iv. v. 22. jusqu'au chap. xiv. v. 13. d'avec l'ordre que suivent les autres évangelistes, mais cela ne préjudicie en rien à la vérite de ces faits. On a attribué à saint Matthieu quelques ouvrages apocryphes, comme le livre de l'enfance de Jesus - Christ, condamné par le pape Gelase, une liturgie éthiopienne, & l'évangile selon les Hébreux dont se servoient les Ebionites, c'est - à - dire, un évangile altéré dont le fonds étoit de saint Matthieu, mais non les parties surajoutées. Calmet, aictionn. de la Bille, tom. III. pag. 646 & suiv.
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