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Bête (Page 2:215)
Encommençant, chaque joüeur met devant soi une siche & deux jettons, l'un pour le jeu, & l'autre pour le roi de triomphe, quoique celui qui l'a ne joüe pas; suffisant pour cela que le coup se joüe; & celui qui méle y en ajoûte un troisieme, qui le fait reconnoître pour avoir mélé les cartes. Celui qui gagne tire les jettons & une fiche, & ainsi des autres à tous les coups, jusqu'à ce que toutes les fiches soient gagnées; après quoi chacun en remet une autre, & l'on recommence comme auparavant. Celui qui fait joüer, & a toutes les mains, gagne tous les jettons, tout ce qui est sur jeu, fût - ce des bêtes qui n'y auroient pas été mises pour le coup, & même les fiches; & outre cela chaque joüeur est encore obligé de lui payer un jetton: s'il ne fait pas toutes les mains, il n'a pour l'avoir entrepris, que la peine & le chagrin de ne les avoir pas faites. Mais lorsque celui qui fait joüer ne leve pas trois mains, ou les deux premieres, lorsqu'elles sont partagées entre les joüeurs, il fait la bête, c'est - à - dire, qu'il met autant de jettons qu'il en auroit tiré s'il eût gagné. Ainsi si le coup étoit simple, c'est - à - dire, qu'il n'y eût pas sur le jeu des bêtes faites précédemment, & si l'on étoit cinq, celui qui feroit la bête ne la feroit que de onze jettons, parce que la fiche & le jetton que chacun met devant soi en fait dix, & celui qui mêle met le onzieme. Cependant il peut avoir été réglé entre les joüeurs de mettre moins devant soi; alors la bête seroit proportionnee au nombre de jettons fixé.
L'on voit que dans les onze jettons dont nous venons de parler plus haut, nous ne comprenons pas celui qui est destiné pour le roi de triomphe, qu'il laisseroit cependant, si faisant joüer il perdoit le coup: mais quand le roi les tire, chaque joüeur en met de nouveaux pour le coup suivant. Toute bête simple doit aller sur le coup où elle a été faite; & s'il y en avoit plusieurs simples faites d'un même coup, elles iroient toutes ensemble. Mais les bêtes doubles doivent aller les unes après les autres dans les coups suivans, & toûjours les plus grosses les premieres.
Lorsqu'il y a une bête sur le jeu, les autres joüeurs ne mettent point de jettons, excepté celui qui mêle, qui donne le sien à l'ordinaire. Celui qui gagne lors qu'il y a une bête double au jeu, leve outre la bête une fiche, & tous les jettons qui sont au jeu; & fait la bête proportionnellement au gain, lorsqu'il perd. Quand nous avons dit que pour gagner il falloit au moins faire les deux premieres mains, c'est bien entendu qu'aucun des joüeurs n'en fait trois; puisqu'alors on perd comme si on les eût faites le dernier.
Il arrive assez souvent dans ce jeu que deux joüeurs se disputent le gain du coup, parce que celui qui a fait joüer d'abord, n'empêche point de joüer aussi qui conque se trouve un assez beau jeu pour l'emporter sur lui & sur tous les joüeurs qui se liguent contre lui en faveur du premier joüeur; parce que le second risque de perdre le double de ce qui est au jeu: ce qui fait voir qu'on ne dit point contre, sans un très beau jeu. On n'est plus reçû à le dire, quand une fois la premiere carte est jettée. Toute l'habileté des joüeurs consiste à forcer celui qui fait joüer à surcouper, ou à se défaire de leurs bonnes cartes à propos, pour donner plus de force à ceux qui sont en état de le faire perdre; ce qui cependant n'est de loi que dans le cas où il n'y a point de vole à craindre. On doit au contraire garder tout ce qui peut l'empêcher, lorsqu'on en est menacé. On doit encore fournir de la couleur joüée; couper si l'on n'en a point; & si quelque autre avoit déjà coupé, il faudroit le [p. 216]
Lorsque tous les joüeurs ont vû leur jeu & passé,
chacun peut aller en curieuse, en mettant un jetton
au jeu. Voyez
Pour faire joüer au jeu, il faut avoir en main un jeu dont on puisse faire trois mains, ou deux tout au moins, que l'on doit se hâter de faire le premier pour gagner. L'expérience apprendra bientôt quels sont les jeux qu'on peut joüer.
Celui qui renonce fait la bête; celui qui donne mal en est quitte pour un jetton à chacun, & refait: lorsque le jeu de cartes est faux, le coup où il est trouvé tel est nul; mais les précédens sont bons.
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