ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Pourpre (Page 13:245)

Pourpre, (Littéral.) les anciens ont tous connu les étoffes de laine, teintes en pourpre; j'ai déja dit que cette couleur étoit employée chez les Hébreux, dans les ornemens du grand prêtre, elle entroit aussi dans plusieurs ouvrages du tabernacle. On la tiroit [p. 246] des deux petits coquillages de mer nommés le murex & le purpura; tous les deux sont univalves, alongés en voûte, terminés en pointe, & hérissés de piquans; ils contiennent un petit poisson, dont le suc servoit à la teinture pourpre. La pêche de ces deux coquillages se faisoit sur les côtes de Phénicie, d'Afrique, de Grece, & autour de quelques îles de la Méditerranée.

Les Grecs nommoient A(/LDRGI\DES2, les habits teints dans cette pourpre marine, & cette couleur étoit affectée particulierement au vêtement du roi de Perse; les autres grands seigneurs de l'état portoient à la vérité des robes pourpres, mais d'une teinture différente.

Les Tyriens excelloient dans l'art de teindre la pourpre, soit par quelques secrets particuliers, soit qu'ils donnassent à leur pourpre plus de teint qu'aux pourpres ordinaires; de - là vient qu'on lit dans les poëtes Tyrioque ardebat murice lana. Horace appelle la pourpre par excellence lana tyria; Virgile, sarranum ostreum; Juvenal, sarrana purpura. La beauté & la rareté de cette couleur l'avoient rendu propre aux rois de l'Asie, aux empereurs romains & aux premiers magistrats de Rome. Les dames même n'osoient l'employer dans leurs habits; elle étoit reservée pour les robes prétextes de la premiere magistrature. De - là viennent ces expressions vestis purpurea, pour signifier une robe éclatante, & au figuré un sénateur, un consul.

Il y avoit des pêcheurs pour le coquillage qu'on nommoit purpurarii piscatores, des teinturiers en pourpre, tinctores purpurarii, des magasins de pourpre, officina purpuraria.

Alexandre s'étant rendu maître de Suze, trouva dans le château cinquante millions d'argent monnoyé: outre une si grande quantité de meubles, & d'autres richesses, qu'on ne pouvoit les nombrer, dit Plutarque; entr'autres effets des plus précieux, on y trouva cinq mille quintaux de la riche pourpre d'Hermion, qu'on y avoit rassemblée pendant plus d'un siecle, & qui conservoit encore tout son lustre. On concevra quelle immense richesse c'étoit, quand on saura que cette pourpre se vendoit jusqu'à cent écus la livre, ce qui feroit sur ce pié cent cinquante millions de notre monnoie. Ainsi les trésors immenses que plusieurs rois avoient formés pendant des sie cles, passerent dans une heure de tems entre les mains d'un seul prince étranger.

On avoit extrèmement perfectionné chez les anciens les teintures en pourpre, dont on faisoit diverses nuances, depuis le violet mêlé de rouge, jusqu'au rouge clair le plus brillant. Les Romains vouloient que la pourpre frappât doucement & agréablement la vûe d'une maniere moins vive, que ne fait le rubis, & c'est aussi le goût moderne pour l'écarlate. La pourpre & le murex servent encore aujourd'hui en Sicile à la teinture; on tire également cette couleur du buccin. A Panama dans le Perou sur la mer du Sud, on tire une couleur pourpre de la coque persique que l'on appelle pourpre de Panama, & dont on teint les étoffes de coton, faites de fils de plantes. Mais toute l'Europe fait la couleur pourpre beaucoup mieux, & dans toutes sortes de nuances, avec la cochenille ou la graine d'écarlate, & un pié de pastel; il est vraissemblable que la pourpre ancienne n'étoit pas plus belle que la nôtre, & qu'on n'a cessé de s'en servir, que parce que la pourpre moderne se fait à moins de frais, & est plus éclatante.

On trouve dans les mers des Indes occidentales espagnoles, une espece de poisson à coquille, de la gueule duquel on tire une teinture de pourpre, qui ne cede point à celle des anciens. Les îles Antilles françoises ont aussi leur pourpre marine; le poisson dont on la tire s'appelle burgau de teinture, il est de la grosseur du bout du doigt, & ressemble aux limaçons qu'on nomme des vignaux. Sa chair est blanche; ses intestins sont d'un rouge très - vif, dont la couleur paroît au travers de son corps, & c'est ce qui teint l'écume qu'il jette quand il est pris; cette écume étant reçue sur un linge, se change en un rouge de pourpre en se séchant, mais elle s'affoiblit peu - à - peu, & se dissipe entierement à mesure qu'on lave le linge qui en a été teint.

Le pere Labatte dit qu'on trouve encore aux Antilles une plante qui donne une teinture pourpre, & qu'il appelle par cette raison lianne à sang. Cette plante, quand on la coupe sur pié, jette une liqueur rouge comme du sang de boeuf, & teint les toiles qu'on y trempe d'un rouge vif; mais cette teinture a le même defaut que celle qui vient de l'écume du coquillage dont nous venons de parler, c'est - à - dire qu'elle n'est pas durable, qu'elle se décharge & se dissipe finalement, en lavant l'étoffe de laine, de coton, ou de fil qui en est teint. (D. J.)

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