ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
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Poudre a canon (Page 13:190)

Poudre a canon, composition qui se fait avec du salpêtre, du soufre, & du charbon mêlés en semble, & mise en grains qui prennent aisément feu, & qui se raréfient ou s'étendent avec beaucoup de violence par le moyen de leur vertu élastique. Voyez Élasticité, Raréfaction, &c.

C'est à cette poudre que nous devons tout l'effet des pieces d'artillerie & de mousqueterie, de sorte que l'art militaire moderne, les fortifications, &c. en dépendent entierement. Voyez Canon, Artillerie, Fortiscation , &c.

L'invention de la poudre est attribuée par Polydore Virgile, à un chimiste, qui ayant mis par hasard une partie de cette composition dans un mortier, & l'ayant couvert d'une pierre, le feu y prit & fit sauter la pierre en l'air avec beaucoup de violence.

Thevet dit que la personne dont on vient de parler étoit un moine de Fribourg, nommé Constantin Anelzen; mais Belleforest & d'autres auteurs soutiennent, avec plus de probabilité, que ce fut un nommé Barlholde Schwartz, qui en allemand signifie [p. 191] le noir: on assure du moins que ce fut le premier qui enseigna l'usage de la poudre aux Vénitiens en 1380, pendant la guerre qu'ils eurent avec les Génois; qu'elle fut employée pour la premiere fois contre Laurent de Médicis, dans un lieu qui s'appelloit autrefois fossa Clodia, aujourd'hui Chioggia, & que toute l'Italie s'en plaignit comme d'une contravention manifeste aux lois de la bonne guerre.

Mais ce qui fait connoître que l'invention de la poudre est beaucoup plus ancienne, c'est que Pierre Mexia dit, dans ses leçons diverses, que les Mores étant assiégés en 1343, par Alphonse XI. roi de Castille, ils tirerent certains mortiers de fer, qui faisoient un bruit semblabie au tonnerre; ce qui est confirmé par dom Pedre, évêque de Léon, qui dans la chronique du roi Alphonse, qui fit la conquête de Tolede, rapporte que dans un combat naval, entre le roi de Tunis & le roi more de Séville, il y a plus de 400 ans, ceux de Tunis avoient certains tonneaux de fer dont ils lançoient des foudres. Ducange ajoute que les registres de la chambre des comptes font mention de poudre à canon dès l'année 1338. Voyez Canon.

En un mot, il paroit que Roger Bacon eut connoissance de la poudre plus de 150 ans avant la naissance de Schwartz. Cet habile religieux en fait la description en termes exprès dans son traité de nullitate magioe, publié à Oxfort en 1216. Vous pouvez, ditil, exciter du tonnerre & des éclairs quand vous voudrez; vous n'avez qu'à prendre du soufre, du nitre, & du charbon, qui séparément ne font aucun effet, mais qui étant mêlés ensemble & renfermés dans quelque chose de creux & de bouché, font plus de bruit & d'éclat qu'un coup de tonnerre.

Maniere de faire la poudre à canon. Il y a plusieurs compositions de la poudre à canon, par rapport aux doses de ces trois ingrédiens; mais elles reviennent à - peu - près au même dans la plûpart des écrivains pyrotechniques.

Le soufre & le salpêtre ayant été purifiés & réduits en poudre, on les met avec de la poussiere de charbon dans un mortier humecté d'eau ou d'esprit - de - vin, ou de quelque chose de semblable: on pile le tout pendant vingt - quatre heures, & l'on a soin de mouiller de tems en tems la masse pour l'empêcher de prendre feu; enfin on passe la poudre au crible, ce qui lui donne la forme de petits grains ou globules que l'on fait sécher pour la derniere façon; car la moindre étincelle que l'on feroit tomber dessus d'un briquet, enflammeroit le tout sur - le - champ, & causeroit un éclat des plus violens.

Il n'est pas difficile de rendre compte de cet effet, car le charbon qui se trouve sur le grain où tombe l'étincelle, prenant du feu comme une amorce, le sel & le nitre se fondent promptement, le charbon s'enflamme, & dans le même instant tous les grains contigus subissent le même sort; on sait d'abord que le salpêtre étant igné, se raréfie à un degré prodigieux. Voyez Salpêtre & Raréfaction.

Newton raisonne sur cette matiere en ces termes: Le charbon & le soufre qui entrent dans la poudre prennent feu aisément & allument le nitre; & l'esprit de nitre étant raréfié par ce moyen se tourne en vapeur & s'échappe avec éclat, à - peu - près de la même maniere que la vapeur de l'eau sort d'un éolipyle; de même le soufre étant volatile, il se change en vapeur & augmente l'éclat. Ajoutez que la vapeur acide du soufre, & en particulier celle qui se distille sous une cloche, en huile de soufre, venant à entrer avec violence dans le corps fixe du nitre, déchaîne l'esprit du nitre, & excite une plus grande fermentation, ce qui augmente encore la chaleur, de sorte que le corps fixe du nitre en se raréfiant, se change aussi en fumée, & rend l'explosion plus promte & plus violente; car si on mêle du sel de tartre avec de la poudre à canon, & que l'on échauffe ce mélange jusqu'à ce qu'il prenne feu, l'explosion sera plus prompte & plus violente que celle de la poudre seule, ce qui ne peut venir que de la vapeur de la poudre qui agit sur le sel de tartre, & raréfie ce sel. Voyez Poudre fulminante.

L'explosion de la poudre à canon naît donc de l'action violente par laquelle tout le mélange étant promptement échauffé, se rarésie, & se change en fumée & en vapeur par la violence de cette action, s'échaussant au point de jetter une lueur; elle paroit aux yeux en forme de sumée. Voyez Feu.

M. de la Hire attribue toute la force & tout l'effet de la poudre au ressort ou élasticité de l'air renfermé dans les différens grains de la poudre, & dans les intervalles ou espaces qui se trouvent entre ces grains: la poudre étant allumée donne du jeu au ressort de toutes ces petites parties d'air & les dilate tout - à - la - fois; c'est - là ce qui fait l'effet, la poudre même ne servant qu'à allumer un feu qui puisse mettre l'air en mouvement, après quoi tout le reste se fait par l'air seul. Voyez Air.

La poudre à canon est une matiere de grande conséquence, tant pour la spéculation que pour la guerre, & pour le commerce, dans lequel il s'en fait un débit incroyable, & elle mérite que nous entrions dans un détai! encore plus particulier sur ce qui la regarde.

Pour faire donc de la bonne poudre, il faut avoir soin que le salpêtre soit bien purifié, & qu'il paroisse comme de beaux morceaux de crystal, autrement il faut le purifier en lui ôtant tout le sel fixe ou commun & les parties terrestres: cela fait, il faut dissoudre dix livres de nitre dans une quantité suffisante d'eau claire; faites reposer, filtrer, & évaporer le tout dans un vaisseau verni jusqu'à ce qu'il soit diminué de moitié, ou jusqu'à ce qu'il paroisse au - dessus une petite peau; pour - lors vous pouvez ôter le vaisseau de dessus le feu & le mettre à la cave. En vingt - quatre heures de tems, les crystaux s'étant formés, il faut les séparer de la liqueur; continuez de même à crystaliser ainsi plusieurs fois la liqueur jusqu'à ce que tout le sel en soit tiré; mettez ensuite ces crystaux dans un chaudron, & le chaudron sur une fournaise où il n'y ait d'abord qu'un feu modéré, que vous augmenterez par degrés jusqu'à ce que le nitre commence à fumer, à s'évaporer, à perdre son humidité, & à devenir d'un beau blanc. Pendant ce tems - là il faut le remuer continuellement avec une cuillere à pot, de peur qu'il ne reprenne sa premiere forme, par ce moyen vous lui ôterez toute sa graisse & ordure. Versez ensuite dans le chaudron assez d'eau pour en couvrir le nitre; & lorsqu'il se trouve dissout & réduit à la consistance d'une liqueur épaisse, il faut le remuer avec la cuillere, sans aucune interruption, jusqu'à ce que toute l'humidité se soit évaporée de nouveau, & que le nitre soit réduit à une forme seche & blanche. Il faut prendre les mêmes précautions pour le soufre, en choisissant celui qui se trouve en gros volume, clair, & d'un beau jaune, qui ne soit point extrèmement dur ni compacte, mais poreux; cependant il ne faut pas qu'il soit trop luisant; si en l'approchant du feu il se consomme entierement & ne laisse après lui que peu ou point de matiere, c'est une marque de sa bonté; de même, si on le presse entre deux plaques de fer assez chaudes pour le faire couler, & qu'en coulant il paroisse jaune, de sorte cependant que la matiere qui reste soit de couleur rougeâtre, on peut conclure qu'il fera de la bonne poudre: mais si le soufre renferme beaucoup de matieres hétérogenes, on peut le purifier de cette maniere: Faites fondre le soufre dans une grande cuillere ou pot de ser sur [p. 192] un petit feu de charbon bien allumé, mais qui ne jette point de flamme; écumez tout ce qui vient au - dessus & qui nage sur le soufre: immédiatement après ôtez - le du feu & passez - le dans un linge double, sans rien presser ni précipiter, & vous aurez du soufre bien purifié, puisque toute la matiere hétérogene sera restée dans le linge.

A l'égard du charbon, qui est le troisieme ingrédient, il faut le choisir gros, clair, exempt de noeuds, bien brûlé & cassant.

Il y a trois sortes de poudre, savoir de la poudre à canon, de la poudre à fusil, & de la poudre à pistolet; & il y a deux especes de chacune de ces sortes de poudre, savoir de la forte & de la foible; mais toutes ces différences ne viennent que des différentes proportions des trois ingrédiens.

Voici ces proportions. Pour la forte poudre à canon on prend ordinairement 100 livres de salpêtre, 25 livres de soufre & autant de charbon: & pour la foible 100 liv. de salpêtre, 20 livres de souffre, & 24 livres de charbon. Pour la forte poudre à fusil 100 livres de salpêtre, 18 de soufre, & 20 de charbon: pour la foible 100 livres de salpêtre, 15 de soufre & 18 de charbon. Pour la forte poudre à pistolet 100 livres de salpêtre, 12 de soufre, & 15 de charbon: & pour la foible 100 livres de salpêtre, 10 de soufre, & 18 de charbon.

D'autres auteurs prescrivent d'autres proportions. Semienowitz veut que pour la poudre à mortier on prenne 100 livres de salpêtre, 15 de soufre, & autant de charbon. Pour la poudre à gros canon 100 livres de salpêtre, 15 de soufre, & 18 de charbon. Pour la poudre à fusil & à pistolet 100 livres de salpetre, 8 de soufre, & 10 de charbon.

Miethius veut que sur une livre de salpêtre on mette 3 onces de charbon, & 2 onces ou 2 onces & un quart de soufre, & il assure qu'il n'est pas possible de faire de la poudre à canon meilleure que celle - ci. Il ajoute que c'est sans aucun fondement que l'on a introduit la coûtume de faire de la poudre plus foible pour les mortiers que pour les canons, & que c'est pour multiplier les frais sans nécessité, puisqu'au lieu de 24 livres de poudre commune qu'il faut pour charger un gros mortier, & par conséquent 240 liv. pour dix charges, il fait voir par son calcul que 180 livres de poudre forte produiront le même effet.

A l'égard du détail de l'opération, il faut réduire d'abord en poudre très - fine, tous les ingrédiens, les humecter ensuite avec de l'eau claire ou du vinaigre, ou de l'esprit - de - vin, ou avec de l'eau & de l'esprit - de - vin mêlés ensemble, ou avec de l'urine dont on se sert ordinairement, les bien battre pendant vingt - quatre heures pour le moins, & les réduire en grains. Pour cet effet on prend un crible, avec un fond de parchemin épais & plein de petits trous ronds, on mouille la premiere masse de poudre pilée avec 20 onces d'esprit de vinaigre, de vin, 13 d'esprit de nitre, 2 d'esprit de sel ammoniaque, & une de camphre, dissous dans de l'esprit - de - vin; on mêle toutes ces choses ensemble, ou bien on prend 40 onces d'eau - de - vie & une de camphre que l'on mêle & que l'on dissout pour faire le même effet. Après qu'on a formé toute la composition en grosses boules comme des oeufs, on les met dans le crible avec une boule de bois que l'on agite dans le crible, afin qu'elle brise les boules de poudre; celle - ci en passant ainsi par les petits trous, se forme en petits grains proportionnés à ces trous.

Quand on veut faire une grande quantité de poudre, on se sert de moulins, avec lesquels on fait plus d'ouvrage dans un jour, qu'un homme n'en pourroit faire en cent. Voyez Moulin.

On peut faire la poudre à canon de différentes couleurs, mais la noire est la meilleure.

Pour faire de la poudre blanche, prenez 10 livres de salpêtre, une de souffre, & deux de scieure de sureau, ou du même bois réduit en poudre; mêlez le tout ensemble, & faites l'opération de la maniere qu'il est dit ci - dessus; ou bien mêlez deux livres de scieure de bois, avec dix livres de nitre & une livre & demie de souffre, seché & réduit en poudre fine, ou bien encore du bois pourri, seché & pulvérisé, avec deux livres trois onces de sel de tartre, faites en de la poudre, & enfermez - là pour la garentir de l'air.

Il faut observer aussi, qu'en faisant de la poudre à pistolet, si vous la voulez forte, il faut la remuer plusieurs fois pendant qu'elle est dans le mortier, la mouiller avec de l'eau distillée d'écorce d'orange & de citron, & la battre pendant vingt heures.

La poudre grenue a plus de force que celle qui est en poussiere; parce que l'air se trouve comprimé dans chacun de ses grains, & les gros grains font plus d'effet que les petits; c'est pourquoi les grains de poudre à canon sont toujours plus gros que ceux des autres poudres, & en chargeant une piece d'artillerie, il ne faut point briser les grains.

Il y a trois manieres d'éprouver la bonté de la poudre. 1°. A la vue; car si elle est trop noire, c'est une marque qu'elle a été trop mouillée, ou qu'on y a mis trop de charbon; de même si on la frotte sur du papier blanc, elle le noircit plus que la bonne poudre; mais si elle est d'une espece de couleur d'azur tirant un peu sur le rouge, c'est un signe qu'elle est bonne. 2°. Au tact; car si en la pressant entre les extrémités des doigts, les grains se brisent aisément, & retournent en poussiere douce, c'est un signe qu'il y a trop de charbon; ou si en la pressant avec les doitgs sur une planche dure & unie, on trouve des grains plus durs les uns que les autres qui impriment dans les doigts une espece de dentelure, c'est un signe que le soufre n'a point été mêlé comme il faut avec le nitre, & que par conséquent la poudre ne vaut rien. 3°. Par le feu; car si l'on met des petits tas de poudre sur du papier blanc, à la distance de trois pouces ou davantage les uns des autres, & qu'en mettant le feu à un de ces tas, il se consume tout seul avec promptitude, & presqu'imperceptiblement, sans mettre le feu aux autres, mais en donnant un petit coup, & en faisant monter en l'air une petite fumée blanche, en forme de cercle, c'est un signe que la poudre est bonne; si elle laisse des taches noires sur le papier, c'est qu'elle a trop de charbon, on que le charbon n'est point assez brûlé; si elle y fait des taches de graisse, c'est que le soufre ou le nitre n'ont point été assez bien purifiés; si l'on met deux ou trois grains sur un papier, à un pouce de distance les uns des autres, & qu'en mettant le feu à l'un ils prennent tous à - la - fois, sans laisser derriere eux d'autre marque qu'une petite fumée blanche, & sans endommager le papier, c'est encore un signe que la poudre est bonne: il en est de même en mettant le feu à quelques grains de poudre dans la main d'une personne, ils ne brûlent point la peau; mais si l'on remarque des taches noires, c'est une marque que la poudre fait son effet en bas, qu'elle n'est point assez forte, & qu'elle manque de nitre.

Pour racommoder la poudre gâtée, les marchands ont coutume de l'étendre sur une voile de navire, de la mêler avec une quantité égale de bonne poudre, de la bien remuer avec une pelle, de la faire sécher au soleil, de la remettre dans des barrils, & de la garder dans un lieu propre & sec.

D'autres racommodent la poudre, quand elle est fort mauvaise, en la mouillant avec du vinaigre, de l'eau, de l'urine & de l'eau - de - vie, en la pilant bien fin, en la tamisant, & en ajoutant à chaque livre de poudre une once & demie ou deux onces de salpêtre fondu suivant le point auquel elle est gâtée; ensuite [p. 193] il faut mouiller & mêler ces ingrédiens, de maniere que dans la composition il ne paroisse aucune différence. Pour cet effet on coupe la masse & on l'examine, & si elle est bien uniforme, on la met en grain comme il est dit ci - dessus.

Au cas que la poudre soit absolument gâtée, tout ce qu'on peut faire, c'est d'en extraire le salpêtre avec de l'eau, en la faisant bouillir, filtrer, évaporer & crystalliser à l'ordinaire, & en la mêlant de nouveau avec du souffre & du charbon. Chambers.

Outre les observations qu'on vient de voir, qui servent à décider de la bonté de la poudre, on s'est servi de différentes machines propres à cet effet, appellées éprouvettes. Voyez Eprouvette. Comme ces instrumens ne servoient qu'à comparer les poudres les unes avec les autres, sans faire juger de leur force particuliere, on en a quitté l'usage, & l'on se sert aujourd'hui pour éprouver la poudre, d'un petit mortier qui porte un boulet de fonte de 60 livres, lorsque trois onces de poudre mises dans ce mortier, qui est toujours pointé à 45 degrés, chassent le boulet à 50 toises, c'est la vraie force de la poudre de guerre, à 45 toises, c'est celle de la poudre défectueuse que l'on a raccommodée. Mémoires d'Artillerie de S. Remy, troisieme édition. Voyez ce mortier & les autres especes d'éprouvettes, Pl. II. de fortification.

Cette derniere maniere d'éprouver la poudre paroit la moins fautive & la plus exacte; cependant ses effets sont fort variables, mêmes avec la même poudre: car il arrive que la même quantité de poudre dans la même épreuve porte quelquefois à 55 toises, & ensuite à 30. Cette distance du jet varie aussi suivant les degrés de chaud ou de froid, de condensation & raréfaction de l'air. M. Belidor avoit fait cette observation dans ses expériences aux écoles d'artillerie de la Fere. Les épreuves des poudres faites à Essonne au mois de Juin 1744, ont donné la même chose, c'est - à - dire, que ces épreuves qui furent commencées à sept heures du matin, & qui durerent jusqu'à midi, donnerent des distances qui allerent toujours en diminuant; ce qui est conforme aux épreuves de M. Belidor, qui avoit remarqué que les portées des pieces sont plus longues le matin où l'air est frais, que vers le milieu du jour où il est plus chaud.

Pour connoître la force ou l'extension de la poudre, « on a fait, dit M. Dulacq (théorie nouvelle sur le méchanisme & l'artillerie), plusieurs expériences en mettant de la poudre au centre de plusieurs circonférences concentriques, à - l'entour desquelles on a rangé de la poudre. On a vu que la poudre s'enflammoit circulairement, puisque toute une circonférence prenoit feu à - la - fois. On a vu aussi par l'éloignement des circonférences qui s'enflammoient l'une & l'autre, l'etendue de la dilatation de la poudre. Conséquemment à ces expériences & à quelques autres à - peu - près semblables, faites avec toutes les précautions nécessaires pour bien s'en assurer, on a fixé le volume du fluide (ou celui qui forme la poudre entierement enflammée) environ à 4000 fois le volume de la poudre en grains. Ensorte que si l'on prend quelque quantité de poudre que l'on voudra, la flamme de cette poudre formera un volume 4000 fois plus grand », c'est - à - dire, qu'une sphere de poudre étant enflammée librement au milieu de l'air, formeroit une autre sphere dont le diametre seroit seize fois plus grand; car on sait que les spheres sont entr'elles comme les cubes des diametres, & par conséquent les diametres, comme les racines cubes des spheres, c'est - à - dire, dans cet exemple, comme la racine cube de 1, qui est 1, est à la racine cube de 4000, qui est àpeu - près 16.

« Pour m'assurer, dit le même M. Dulacq, de l'extension de la poudre enflammée, j'ai fait mettre sur une grande table de noyer bien polie, dans une chambre bien fermée, un grain de poudre seul, & ensuite prenant huit fois le diametre de ce grain de poudre, j'ai rangé plusieurs autres grains seuls de cette poudre à cette distance, & donnant le feu à un seul de ces grains de poudre, la flamme s'étant étendue seize fois plus loin, a toujours communiqué le feu d'un grain à l'autre.

J'ai ensuite pris environ une demi - amorce, & ayant pris huit fois le diametre de cette masse de poudre, que j'ai mis le plus régulierement qu'il m'a été possible sur la table, j'en ai rangé plusieurs autres de la même maniere à cette distance; le feu d'une de ces amorces a toujours communiqué le feu d'amorce en amorce à toutes les autres. J'ai fait les mêmes épreuves en augmentant les quantités de la poudre, & les éloignant de leurs diametres, la chose m'a toujours réussi de même.

Pour voir si la poudre s'étendoit circulairement étant sur un plan.... j'ai tracé un quarré dont les côtés étoient divisés également en un nombre égal de parties, ce qui formoit dans ce grand quarré plusieurs petits quarrés, dont chaque côté étoit huit fois celui de l'axe de la poudre, qui étoit régulierement, & en égale quantité répandue sur chacun de leurs angles; le feu d'un de ces tas de poudre a toujours successivement communiqué de l'un à l'autre, à ceux qui étoient dans chaque angle des petits quarrés, ce qui prouve que toutes les extensions étoient égales, &c.

Pour m'assurer si cette extension ne pouvoit point excéder huit fois le diametre d'un tas à l'autre, j'ai recommencé mes expériences. Au - lieu de ranger les tas à des distances égales, jai rangé le deuxieme tas de poudre à huit diametres; le troisieme à neuf, le quatrieme à dix, le cinquieme à onze, en augmentant toujours d'un diametre chaque fois, j'ai trouvé qu'ils alloient quelquefois jusqu'à dix diametres; mais jamais ils ne l'ont pu surpasser. Si cela arrivoit toujours ainsi dans toutes les poudres, on voit que le globe enflammé seroit environ 8000 fois plus grand que le globe de poudre, puisque son axe seroit vingt fois plus grand. Ce plus ou moins d'extension dépend de la bonne ou mauvaise qualité de la poudre, de la nature de l'air qui environne la poudre, & du soufre & du salpêtre plus ou moins rafiné dont elle est composée ».

Toutes ces observations se rapportent assez à celles de M. Bigot de Moragues, officier d'artillerie dans la marine, d'un mérite distingué; il dit dans son essai sur la poudre, qu'il en a trouvé qui augmentoit 5600 fois son volume étant enflammée, & d'autre qui ne l'augmentoit que 4000 fois; mémoires d'artillerie de Saint Remy, troisieme édition. M. Belidor a aussi donné une théorie sur la poudre; on la trouve dans son bombardier françois, & dans l'édition des mémoires qu'on vient de citer. (Q)

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