ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
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Phénomenes (Page 2:80)

Phénomenes du barometre. Ces phénomenes sont différens, & les auteurs ne sont pas plus d'accord sur leurs causes, que sur l'usage que l'on en peut faire pour prédire les changemens de tems. Sur le haut de la montagne de Snouden en Angleterre, qui a 1240 toises de hauteur, le docteur Halley trouva le mercure de trois pouces huit dixiemes plus bas qu'au pié; d'où il paroît que le mercure baisse d'un 1/10 de pouce par trente toises. Derham a fait pareillement des expériences de la hauteur du mercure sur le haut & au pié de cette montagne, & croit qu'il faut 32 toises d'élévation perpendiculaire, pour que le mercure baisse du 1/10 d'un pouce: d'où cet auteur a cru qu'on pouvoit tirer non - seulement la hauteur de l'atmosphere, mais aussi une méthode pour mesurer la hauteur des montagnes. Suivant cet auteur, si le mercure ici bas est à 30 pouces, à 1000 piés de hauteur, il sera à 28 9/10 pouces; à 2000 piés, à 27 86/100; à 3000, 26 85/100; à 4000, 25 85/100; à 5000, 24 93/100; à un mille, 24 67/100; à deux milles, 20 29/100; à cinq milles, 11 23/100; à dix milles, 4 24/100; à quinze milles, 1 60/100; à vingt milles, 0 95/100; à trente milles, 8/100; à quarante milles, 12/1000. Mais on suppose dans ce calcul que l'atmosphere est par - tout d'une densité à peu près égale, & que si on la divise en portions d'égale hauteur, le poids de ces portions est presque le même, ce qui est bien éloigné d'être vrai; car l'at<-> osphere devient continuellement moins dense à mesure qu'on s'éloigne de la terre, & ainsi une même quantité d'air occupe toûjours un volume de plus en plus grand. C'est pourquoi si on divise l'atmosphere en différentes couches toutes d'une hauteur égale, ces couches peseront d'autant moins qu'elles seront plus éloignées du centre de la terre. M. Mariotte, dans son essai sur la nature de l'air, a donné un calcul de la hauteur de l'atmosphere, fondé sur les observations du barometre faites au sommet des montagnes. Ce calcul est fondé sur ce principe, que l'air se condense en raison des poids dont il est chargé; l'auteur trouve 15 lieues environ pour la hauteur de l'atmosphere, qui est aussi à peu près la quantité que M. de la Hire trouve par la théorie des crépuscules. M. Mariotte ajoûte aussi à son calcul un essai de méthode pour déterminer par les mêmes principes la hauteur des montagnes: mais on regarde aujourd'hui assez généralement toutes ces méthodes, comme plus curieuses que sûres & utiles. Voyez Atmosphere.

On a trouvé que la plus grande hauteur du barometre à Londres, étoit à trente pouces 3/8, & son plus grand abaissement à 28 pouces; à l'observatoire de Paris, sa plus grande élévation est de 28 pouces 4/10, & sa moindre 26 4/10 sur la mesure du pié de Paris, qui est plus grand de 9/144 que celui de Londres: ces observations s'accordent à celles qui ont été faites par M. Wolf à Hall en Saxe. A Alger le mercure s'éleve à 30 pouces 2/10 ou 3/10 par le vent de nord, quoique ce vent soit souvent accompagné de pluie & d'orage. Il est vrai qu'il y a une expérience dans laquelle la hauteur du mercure surpasse de beaucoup ces nombres; le mercure étant partaitement purifié & suspendu dans un tube, à la maniere de Torricelli, monte à la hauteur de 75 piés, quoiqu'à la moindre secousse il baisse à la hauteur ordinaire. Ce phénomene n'a pas causé peu d'embarras lorsqu'il a été question d'en découvrir la cause. Voici l'explication que M. Musschenbroek en donne dans ses Essais de Physique. Lorsqu'on a purgé le mercure de l'air qu'il contient, il devient un corps beaucoup plus dense que lorsque l'air se trouvoit placé entre ses parties: ce mercure peut aussi alors s'attacher fort étroitement à la surface du verre; ce qui fait que ses particules y restent suspendues; & comme ces particules s'attirent très - fortement, elles soûtiennent des particules voisines, & le mercure demeure suspendu par ce moyen à une très - grande hauteur: mais si on secoue le tuyau, alors les particules du mercure qui étoient contiguës au verre en sont détachées, & tout retombe. On peut voir dans l'ouvrage cité l'explication plus détaillée de ce phénomene singulier, & la réfutation de toutes les autres hypotheses qu'on a imaginées pour en rendre raison.

M. Boyle remarque que les phénomenes du barometre sont si variables, qu'il est extremement difficile de donner des regles générales de son élévation, ou de son abaissement. Il semble cependant que ce soit une regle assez générale, que quand les vents soufflent de bas en haut, le mercure est le plus bas: mais cela n'est pas toûjours vrai. L'illustre M. Halley nous a donné les observations suivantes. Dans un tems calme, quand il doit pleuvoir, le mercure est communément bas, & il s'éleve quand le tems doit être serein. Quand il doit faire de grands vents accompagnés de pluies, le mercure descend plus ou moins bas, selon le vent qui souffle. Toutes choses égales, la grande élévation du mercure arrive quand les vents soufflent de l'est, ou du nord - est. Après que le vent a soufflé violemment, le mercure qui pendant le tems que le vent souffloit étoit fort bas, s'éleve avec rapidité. Dans un tems calme, pendant lequel il gele, le mercure se tient haut. Dans les lieux les plus exposés au nord, le mercure souffre plus de variation que dans les lieux exposés au midi: à Naples il varie rarement de plus d'un pouce; au lieu qu'à Upminster il varie de 2 5/10 pouces, & à Petersbourg de 3 31/100, Transact. Phil. n°. 434, p<-> 402. Entre & proche les tropiques, le mercure no varie que peu ou point du tout.

Le docteur Beal remarque, que toutes choses égales, le mercure est plus haut dans l'hyver que dans l'été, & ordinairement le matin qu'à midi; qu'il l'est encore dans un tems serein un peu plus que devant ou après, ou que quand il pleut; & qu'il descend ordinairement plus bas après la pluie qu'auparavant: s'il arrive qu'il s'éleve après qu'il a plû, c'est ordinairement une indice de beau tems. Il arrive cependant des changemens considérables dans l'air, sans que le barometre varie sensiblement.

Par rapport à l'usage des barometres, un habile Physicien remarque que par son secours, nous recouvrons la connoissance qui est dans les animaux, & que nous avons perdue, parce que nos corps ne sont [p. 81] point exposés à l'air comme les leurs: & parce que nous nous livrons à l'intempérance, & que nous corrompons la sensibilité de nos organes. Par rapport aux prédictions des barometres, M. Halley déja cité trouve que l'élévation du mercure présage le beau tems après la tempête, & que le vent soufflera de l'est ou du nord - est; que son abaissement marque que ce seront les vents de sud ou d'ouest qui regneront avec la pluie, ou préfage des vents de tempètes, ou tous les deux; que dans l'orage, si le mercure vient à s'élever, c'est une marque que la tempête passera bien - tôt.

M. Patrick remarque qu'en été l'abaissement du mercure annonce le tonnerre; & que quand l'orage arrive immédiatement après la chûte du mercure, il est rarement de longue durée: la même chose s'observe du beau tems, s'il arrive immédiatement après l'élévation du mercure. Enfin Derham comparant avec ses observations celles que Scheuczer a faites à Zurich, sur les barometres, remarque que dans le cours de l'année le mercure varie plus à Zurich, quelquefois d'un & même de deux pouces; & il conclud de - là que la situation de Zurich est de près du 1/14 d'un mille d'Angleterre plus haute que celle d'Upminster. Il trouve d'ailleurs un accord remarquable entre les observations faites à Zurich & les siennes; un des barometres suivant à peu près les mêmes variations que l'autre: cependant cet accord n'est pas si parfait que celui des barometres des endroits plus proches, comme ceux de Londres, de Paris, &c.

Causes des phénomenes du barometre. Les hypotheses par lesquelles on a voulu expliquer les phénomenes du barometre sont presque infinies. Il est vrai que le poids de l'atmosphere est généralement regardé comme la cause principale des mouvemens du barometre, & les altérations de l'air comme la cause accidentelle; cependant cette opinion n'est pas suivie universellement. Un savant auteur, par exemple, regarde les changemens du barometre, comme étant causés par le froid & par la chaleur. Il dit avoir souvent remarqué que dans les orages, &c. quand le mercure est bas, il se divise & pousse en en - haut des particules, qu'il appelle des especes de pellicules ou d'écorchures; & il soûtient que toutes les fois que le mercure descend, il est plus ou moins dégagé de ces pellicules: que dans ce mouvement les parties du mercure sont resserrées ensemble, & que c'est par cette raison qu'il descend; que de plus il s'échappe alors de petites particules d'air, qui étoient renfermées dans le mercure, & qui s'élevant dans la partie supérieure du tuyau, forcent le mercure à descendre, les colonnes en étant raccourcies par la sortie de ces particules, & par leur position dans la partic supérieure du tuyau: c'est pourquoi, ajoûte - t - il, le mercure s'éleve dans le tems très - froid à la même hauteur que dans le tems très - chaud, entre les deux tropiques, parce qu'il est est dans son état naturel; & il baisse dans les degrés intermédiaires de chaud & de froid, parce qu'il est resserré, & que ses parties sont comme refoulées & comprimées ensemble. Mais ce sentiment ne rend pas de raison fort vraissemblable des phénomenes.

Les variations de l'atmosphere doivent être regardées comme la cause de celles du barometre: mais il n'est pas aisé de déterminer d'où viennent ces variations dans l'atmosphere, puisqu'il est difficile de trouver un seul principe dans la nature auquel on puisse rapporter des variations si grandes & si irrégulieres. Il est probable que les vents qui soufflent de tel ou tel endroit les occasionnent, de même que les vapeurs & les exhalaisons de la terre: les changemens d'air dans les régions voisines, & même le flux & le reflux que la lune occasionne dans l'air, peuvent y contribuer également.

Cette derniere cause doit certainement entrer parmi celles qui produisent les variations du barometre: mais son effet ne doit pas être fort considérable à cet égard; quoique l'action de la lune éleve à une hauteur très - grande les eaux de l'Océan. Voici la raison de cette différence: supposons que l'eau s'éleve en pleine mer à la hauteur de 60 piés par l'action de la lune: qu'on mette à la place de l'Océan l'atmosphere ou tel autre fluide qu'on voudra, il est certain qu'il devra s'élever à peu près à la même hauteur; car l'atmosphere ayant moins de parties que l'Océan, il y aura, à la vérité, une moindre masse à mouvoir, mais aussi la force qui agite cette masse en attirant chacune de ses parties, sera aussi plus petite en même raison. L'air s'élevera donc à la hauteur de 60 piés en montant, & descendra au - dessous de sa hauteur naturelle de l'espace de 60 piés, c'est - à - dire qu'il variera en hauteur de 120 piés en tout. Or le mercure étant 11000 fois plus pesant que l'air, une variation de 120 piés dans une colonne d'air, ne doit faire varier le mercure que d'environ deux lignes. C'est à peu près la quantité dont on trouve qu'il doit hausser sous l'équateur, dans la supposition que le vent d'est y fasse 8 piés par seconde. Or comme il y a une infinité d'autres causes qui font varier le barometre, il n'est pas surprenant que l'on n'ait pas distingué la petite variation que l'action du soleil & de la lune y peuvent produire en élevant ou en abaissant les colonnes de l'atmosphere. Cependant il seroit à souhaiter que les observateurs s'y rendissent attentifs dans la suite. Rech. sur les vents. Paris 1746.

Le savant Halley croit que les vents & les exhalaisons suffisent pour produire les variations du barometre; & d'après cette opinion il en a donné une explication probable: nous allons donner la substance de son discours sur ce sujet. 1°. Ce sont, dit - il, les vents qui alterent le poids de l'air dans un pays particulier, & cela, soit en apportant ensemble & en accumulant une grande quantité d'air, & en chargeant ainsi l'atmosphere dans un endroit plus que dans l'autre, ce qui arrive lorsque deux vents soufflent en même tems de deux points opposés; soit en enlevant une partie de l'air, & en déchargeant parlà l'atmosphere d'une partie de son poids, & lui donnant le moyen de s'étendre davantage; soit enfin en diminuant & soûtenant, pour ainsi dire, une partie de la pression perpendiculaire de l'atmosphere, ce qui arrive toutes les fois qu'un seul vent souffle avec violence vers un seul côté; puisqu'on a expérimenté qu'un souffle de vent violent, même artificiel, rend l'atmosphere plus légere, & conséquemment fait baisser le mercure dans le tube qui se trouve proche de l'endroit où se fait ce souffle, & même dans un tube qui en est à une certaine distance. Voyez Transactions Philosop. n°. 292.

2°. Les parties nitreuses & froides, & même l'air condensé dans les pays du Nord, & chassé dans un autre endroit, chargent l'atmosphere & augmentent sa pression.

3°. Les exhalaisons seches & pesantes de la terre augmentent le poids de l'atmosphere & sa force élastique, de même que nous voyons la pesanteur spécifique des menstrues être augmentée par la dissolution des sels & des métaux.

4°. L'air étant rendu plus pesant & plus fort par les causes que nous venons de rapporter, devient plus capable de supporter des vapeurs, qui étant mêlées intimement avec lui & y surnageant, rendent le tems beau & serein; au contraire l'air étant rendu plus léger par les causes opposées à celles que nous venons de dire, devient hors d'état de soûtenir les vapeurs dont il est chargé, lesquelles venant à se précipiter en - bas, se ramassent en nuages, qui par la suite se réunissent en gouttes de pluie. Cela étant [p. 82] ainsi, il paroît assez évident que les mêmes causes qui augmentent le poids de l'air, & le rendent plus propre à soûtenir le mercure dans le barometre, occasionnent pareillement le beau tems & le chaud; & que la même cause qui rend l'air plus léger & moins capable de soûtenir le mercure, produit les nuages & la pluie: ainsi, 1°. quand l'air est très - léger & que le mercure du barometre est le plus bas, les nuées sont basses & vont fort vîte; & quand après la pluie les nuages se dissipent & que l'air devenant calme & serein s'est purgé de ses vapeurs, il paroît extrèmement net, & on y peut voir des objets à une distance considérable.

2°. Quand l'air est plus grossier & que le mercure est haut dans le tube, le tems est calme, quoiqu'il soit en même tems quelquefois un peu couvert, parce que les vapeurs sont dispersées également: s'il paroît alors quelques nuages, ces nuages sont hauts & se meuvent lentement; & quand l'air est très - grossier & très - lourd, la terre est ordinairement environnée de petits nuages épais, qui paroissent y être formés par les exhalaisons les plus grossieres, que l'air inférieur est encore capable de soûtenir, ce que ne peuvent plus faire les parties supérieures de l'air, qui sont trop légeres pour cela.

3°. Ainsi, ce qui est cause qu'en Angleterre, par exemple, le mercure est au plus haut degré dans le tems le plus froid quand le vent est nord ou nord - est, c'est qu'alors il y a deux vents qui soufflent en même tems, & de deux points à peu près opposés; car il y a un vent de sud - ouest constant, qui souffle dans l'Océan atlantique à la latitude qui répond à l'Angleterre; à quoi on peut ajoûter que le vent de nord y amene l'air froid & condensé des régions du nord.

4°. Dans les régions du nord la variation du mercure est plus sensible que dans celles du midi, les vents étant plus fréquens, plus violens, plus variables & plus opposés l'un à l'autre dans les pays septentrionaux que dans les méridionaux.

Enfin, il s'ensuit de - là qu'entre les tropiques la variation du mercure est très - peu sensible, parce que les vents y sont très - modérés, & qu'ils soufflent ordinairement dans le même sens.

Cette hypothese, quoiqu'elle paroisse propre à expliquer plusieurs mouvemens du barometre, n'est pas cependant à l'abri de toute critique; car 1°. si le vent est le seul agent qui produise ces altérations, il ne se fera pas d'altération sensible si le vent ne l'est pas, & il n'y aura jamais de vent sensible sans variation du mercure, ce qui est contraire à l'expérience.

2°. Si le vent est le seul agent, les altérations de la hauteur du mercure doivent être en différens sens dans les différens lieux de la terre, selon que le vent y souffle ou n'y souffle pas; ainsi, ce qu'un tube perdra à Londres, sera regagné sur un autre à Paris, ou à Zurich, &c. mais selon plusieurs Physiciens, on remarque le contraire; car dans toutes les observations faites jusqu'à présent, les barometres de différens lieux, disent - ils, s'élevent & baissent en même tems, de sorte qu'il faut qu'il y ait une égale altération dans le poids absolu de l'atmosphere, qui occasionne ces variations. Ce fait est - il bien vrai?

Enfin, en omettant toute autre objection, la chûte du mercure avant la pluie, & son élevation après la pluie, semblent être inexplicables dans cette hypothese; car en supposant deux vents contraires qui chassent les colonnes d'air qui sont au - dessus de Londres, tout ce qu'ils pourront faire, sera de couper une certaine partie de l'air qui est au - dessus de Londres: en conséquence il pourra arriver que le mercure baisse, mais il n'y a pas de raison apparentè pour que la pluie s'ensuive. Il est vrai que les vapeurs pourront s'abaisser, mais seulement jusqu'à ce qu'elles viennent dans un air de la même pesanteur spécifique qu'elles, & arrivées là, elles y resteront sans descendre plus bas. Leibnitz a tâché de suppléer au défaut de cette hypothese, & d'en donner une nouvelle. Il prétend donc qu'un corps plongé dans un fluide, ne pese avec ce fluide que pendant qu'il en est soûtenu; de sorte que quand il cesse de l'être, c'est - à - dire qu'il tombe, son poids cesse de faire partie de celui du fluide, qui par ce moyen devient plus léger. Ainsi, ajoûte - t - il, les vapeurs aqueuses, pendant qu'elles sont soûtenues dans l'air, augmentent son poids: mais quand elles tombent, elles cessent de peser avec lui, & le poids de l'air est diminué; le mercure baisse donc, & la pluie tombe. Mais le principe de Leibnitz est faux, comme il paroît par les expériences du docteur Desaguliers. D'ailleurs, en supposant que les vapeurs par leur condensation sont forcées de descendre, & cessent de peser avec l'atmosphere, elles baisseront jusqu'à ce qu'elles arrivent à la partie de l'atmosphere, qui est de la même pesanteur spécifique qu'elles, &, ainsi que nous l'avons déjà dit au sujet de M. Halley, y resteront suspendues comme auparavant. Si le mercure baisse, ce sera seulement durant le tems de cet abaissement des vapeurs; car les vapeurs étant une fois fixées & en repos, la premiere pesanteur renaîtra, pour ainsi dire, ou si elle ne revient pas, au moins la pluie ne suivra pas la chûte du mercure.

Quelques auteurs, pour expliquer ces mêmes variations, ont imaginé l'hypothese suivante. Que l'on suppose un nombre de vésicules d'eau flottantes sur une partie de l'atmospheré, & sur une partie déterminée de la surface du globe terrestre; par exemple, sur A B, fig. 2 1; si les vésicules supérieures sont condensées par le froid des régions supérieures, leur gravité spécifique s'augmentera & elles descendront; la couche horisontale 1, par exemple, descendra à 2, 2 à 3, &c. là se rencontrant avec d'autres vésicules qui ne sont pas encore précipitées, elles s'amoncelent & se changent en vésicules plus grandes, comme il doit s'ensuivre des lois de l'attraction.

Si nous choisissons le vent pour agent, supposons qu'il souffle horisontalement ou obliquement: dans le premier cas les vésicules 8 seront chassées contre 9, celles - ci contre 10, &c. dans le second cas la vésicule 7 sera chassée contre 4, 8 contre 3, &c. par ce moyen les particules s'augmenteront & formeront de nouvelles & de plus grandes vésicules qu'auparavant; de sorte que leur nombre, qui auparavant étoit; si l'on veut, un million, sera alors réduit, par exemple à 100000.

M la même réunion par laquelle leur nombre est diminué, augmente en quelque maniere leur pesanteur spécifique; c'est - à - dire qu'il y a plus de matieres sous d'égales surfaces: ce qui est aisément prouvé par les principes géométriques; car dans l'augmentation de la masse des corps homogenes, celle de la surface n'est pas aussi grande que celle de la solidité: celle de la premiere est comme le quarré du diametre; & celle de l'autre, comme son cube.

Or lorsque la même quantité de matiere se trouve sous une moindre surface, elle doit perdre moins de son poids par la résistance du milieu: car il est évident qu'un corps qui se meut dans un fluide, perd une partie de sa pesanteur par le frottement de ses parties contre celle du fluide. Or ce frottement est évidemment en raison de la surface; c'est pourquoi la surface devenant moindre à proportion de la masse, la résistance l'est aussi: conséquemment les vésicules, dont la pesanteur, avant la jonction, étoit égale à la résistance du milieu, trouvant cette résistance diminuée, descendront avec une vîtesse proportionnelle à la diminution réelle de leur surface.

Quand elles descendent & qu'elles arrivent aux parties plus grossieres de l'atmosphere, par exem<pb-> [p. 83] ple, aux points 4, 5, &c. leur masse & leur surface sont augmentées par de nouvelles réunions; & ainsi par de nouvelles & constantes augmentations, elles deviennent de plus en plus capables de surmonter la résistance du milieu, & de continuer leur chûte à travers toutes les couches de l'air jusqu'à ce qu'elles atteignent la terre; leur masse étant alors excessivement grossie, & forme des gouttes de pluie.

Maintenant dans la descente des vapeurs, il faut considérer comment le barometre est affecté par cette descente. Avant qu'aucune des vésicules commence à baisser, soit par l'action du froid, ou par celle du vent, elles nagent toutes dans la partie de l'atmosphere A B D C, & pesent toutes vers le centre E. Or chacune d'elles demcurant respectivement dans une partie du milieu, qui est d'une pesanteur spécifique égale, perdra une partie de son poids égale à celle d'une partie du milieu qui auroit le même volume; c'est - à - dire, que chacune d'elles perdra toute sa pesanteur: mais alors cette pesanteur qu'elles auront perdue, sera communiquée au milieu qui pressera sur la surface de la terre A B, avec son propre poids joint à celui de ces vésicules. Supposez alors que cette pression conjointe agisse sur le mercure élevé dans le barometre à trente pouces: par la réunion des vésicules, faite comme nous avons dit ci - dessus, leur surface, & conséquemment leur frottement, est diminué: c'est pourquoi elles communiqueront moins de leur pesanteur à l'air, c'est - à - dire une partie moindre que tout leur poids; & conséquemment elles descendront avec une vîtesse proportionnelle à ce qui leur reste de pesanteur, ainsi que l'on vient de le dire. Or comme les vésicules ne peuvent agir sur la surface de la terre A B que par la médiation de l'air, leur action sur la terre sera diminuée en même proportion que leur action sur le milieu; d'où il est évident que la surface de la terre A B, sera alors moins pressée qu'auparavant; & plus les vésiculés garderont de leur poids qu'elles n'auront point communiqué au milieu, plus elles accélereront leur propre descente; c'est - à - dire, que la vîtesse de l'abaissement des vésicules ira toûjours en augmentant: en effet, quand les vésicules descendent, la masse augmente continuellement, & au contraire la résistance du milieu & la pression sur la terre diminuent, & le mercure baissera par conséquent pendant tout le tems de leur chûte. De - là il est aisé de concevoir que les vésicules qui ont une fois commencé à tomber, continuent; que le mercure commence à tomber en même tems, & qu'il continue & cesse en même tems qu'elles.

On peut faire une objection contre ce système; savoir, que les vésicules étant mises en mouvement, & heurtant contre les particules du milieu, rencontrent une résistance considérable dans la force d'inertie du milieu, par laquelle leur descente doit être retardée, & la pression de l'atmosphere rétablie. On peut ajoûter que la pression additionnelle sera plus grande à proportion de la vîtesse de la chûte des vésicules, une impulsion forte étant requise pour surmonter la force d'inertie des particules contigues du milieu.

Mais les partisans de l'opinion que nous rapportons, croyent pouvoir renverser cette objection par la raison & l'expérience: car, disent - ils, outre que la force d'inertie de l'air peut être très - foible à cause de son peu de densité, nous voyons que dans l'eau, qui est un milieu fort dense & non élastique, un morceau de plomb, en descendant à - travers le fluide, pese considérablement moins que quand il y est soûtenu en repos. Cependant ce fait est nié par M. Musschenbroek. Essays de Physique, §. 234.

Nous avons cru devoir rapporter assez au long cette explication qui, quoiqu'ingénieuse, n'a pas, à beaucoup près, toute la précision qu'on pourroit désirer. Mais dans une matiere si difficile, il ne nous resté presque autre chose à faire, que d'exposer ce que les philosophes ont pensé. Voyez une dissertation curieuse, de M. de Mairan, sur ce sujet, Bordeaux 1715. Voyez aussi Musschenbroek. Cet auteur regarde avec raison les prédictions du barometre, comme peu sûres.

Voici, selon M. Musschenbroek, la meilleure maniere de faire un barometre ordinaire ou commun; ces sortes de barometres étant les meilleurs de tous, à cé qu'il prétend. Premierement, on doit prendre du mercure bien pur, & être bien assûré qu'il ne soit pas salsifié; il faut le passer par un cuir bien net, & le verser dans un poellon neuf & verni, que l'on couvre d'un couvercle qui s'y ajuste bien. On doit mettre ce poellon couvert sur un feu de charbon bien pur, & faire bouillir le mercure: il devient alors volatil, mais on le retient à l'aide du couvercle qui est posé dessus. En faisant ainsi bouillir le mercure, on le purifie de l'eau & de l'air qui se tenoient entre ses parties. On doit avoir des tuyaux de verre nouvellement faits, dont on se sert pour les barometres; & afin qu'ils ne soient ni sales en - dedans, ni remplis d'air, il faut avoir soin de les faire sceller hermétiquement de chaque côté dans la Verrerié, avant que de les transporter. Lorsqu'on voudra les remplir, on peut les ouvrir par un bout avec une lime, & les tenit pendant ce tems - là près d'un feu oblong, pour les rendre également chauds, & même fort chauds, afin que l'humidité & l'air qui tient aux parois, se détache & se dissipe. Si on néglige de prendre cette précaution, l'air s'y attache avec tant de force, qu'il ne peut être chassé par le mercure qu'on verse dans le tuyau, mais il réste suspendu en plusieurs endroits. Pour réussir encore mieux à purger ce tuyau d'air, on ne fera pas mal d'attacher à un fil d'archal un morceau de chamois ou de cuir, & d'en former comme un piston de pompe, que l'on fera passer dans le tuyau de haut en bas, & de bas en haut à diverses reprisés, pour détacher l'air qui y tient. Par ce moyen, le mercure qui est tout bouillant, pourra alors dissiper l'air, en le faisant sortir du tuyau chaud. On forme ensuite d'un tuyau large de barometre un petit entonnoir de verre, & en l'allongeant on le réduit en un tuyau capillaire, lequel doit être un peu plus long que le tuyau qu'on doit remplir. Il faut d'abord bien nettoyer la partie supérieure de ce petit entonnoir, & la rendre bien seche & bien chaude en l'exposant devant le feu: on l'introduit ensuite dans le tuyau du barometre, ensorte qu'il pénetre jusqu'au fond, & on verse alors le mercure tout bouillant dans ce petit entonnoir, qui doit être blen chaud, afin que la chaleur du mercure ne le fasse pas sauter en pieces. Dès qu'on verse le mercure, il se précipite en bas, remplit le tuyau, & s'éleve ensuite lentement. On doit avoir soin de verser dans l'entonnoir sans aucune interruption, afin que le mercure continue toûjours de tomber sans s'arrêter, & que l'air n'ait pas lieu de s'insinuer entre ses parties. Lorsque le tuyau se trouve plein, on retire doucement le petit entonnoir. Voilà de quelle maniere en peut remplir le tuyau aussi juste qu'il est possible, & il paroît alors dans toute sa longueur de couleur brune, & sans la moindre pente bulle d'air. Si l'on n'a point de tuyaux scellés, il faut avant que de remplir celui dont on se sert, le bien nettoyer en - dedans, en le lavant avec de l'esprit - devin bien rectifié, & en attachant au bas d'un fil de laiton une petite couroie en maniere de piston de pompe, que l'on pousse souvent dans le tuyau pour en détacher l'air, qui sans cela ne manquéroit pas d'y rester suspendu. Après avoir ainsi nettoyé ce tuyau, on doit le faire sécher devant le feu, & le chauffer.

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