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Papier de coton (Page 11:850)
Ce papier s'appelle en grec
Ce fut au neuvieme siecle ou environ que l'on commença dans l'empire d'orient à en faire du papier: en voici les preuves. Il y a plusieurs manuscrits grecs, tant en parchemin ou vélin, qu'en papier de coton, qui portent la date de l'année où ils ont été écrits; mais la plûpart sont sans date. Sur les manuserits datés on juge plus sûrement, par la comparaison des écritures, de l'âge de ceux qui ne le sont pas. Le plus ancien manuscrit de papier de coton, que le pere Montfaucon ait vû avec la date, est celui du roi, numéroté 2889, qui fut écrit en 1050; un autre de la bibliotheque de l'empereur, qui porte aussi sa date, est de l'année 1095. Mais comme les manuscrits sans date sont incomparablement plus nombreux que ceux qui sont datés, ce pere s'est encore exercé sur ceux - là; & par la comparaison des écritures, il croit en avoir découvert quelques - uns du dixieme siecle, entr'autres un de la bibliotheque du roi, coté 2436. Si l'on faisoit la même recherche dans toutes les bibliotheques, tant de l'orient que de l'occident, on en trouveroit apparemment d'autres, environ du même tems.
Il juge donc que ce papier bombycien ou de coton, peut avoir été inventé sur la fin du neuvieme siecie ou au commencement du dixieme. A la fin du onzieme & au commencement du douzieme, l'usage en étoit répandu dans tout l'empire d'orient, & même dans la Sicile. Roger, roi de Sicile, dit dans un diplome écrit en 1145, rapporté par Rocchus Pirrhus, qu'il avoit renouvellé sur du parchemin une charte qui avoit été écrite sur du papier de coton, in chartâ cuttuneâ, l'an 1102, & une autre qui étoit datée de l'an 1112. Environ le même tems, l'impératrice Irene, femme d'Alexis Comnene, dit dans sa regle faite pour des religieuses, qu'elle avoit fondées à Constantinople, qu'elle leur laisse trois exemplaires de la regle, deux en parchemin, & un en papier de coton. Depuis ce tems - là, ce papier fut encore plus en usage dans tout l'empire de Constantinople. On compte aujourd'hui par centaines les manuscrits grecs de papier [p. 851]
Cette découverte fut fort avantageuse dans un tems où il paroît qu'il y avoit grande disette de parchemin; & c'est en mûme tems ce qui nous a fait perdre plusieurs anciens auteurs: voici comment. Depuis le douzieme siecle, les Grecs plongés dans l'ignorance, s'aviserent de racler les écritures des anciens manuscrits en parchemin, & d'en ôter autant qu'ils pouvoient toutes les traces, pour y écrire des livres d'église: c'est ainsi qu'au grand préjudice de la république des Lettres, les Polybes, les Dions, les Diodore de Sicile, & d'autres auteurs que nous n'avons plus, furent métamorphosés en triodions, en pentécostaires, en homélies, & en d'autres livres d'église. Après une exacte recherche, faite par le pere Montfaucon, il assure que parmi les livres écrits sur du parchemin depuis le douzieme siecle, il en avoit plus trouvé dont on avoit raclé l'ancienne écriture que d'autres; mais que comme tous les copistes n'étoient pas également habiles à effacer ainsi ces premiers auteurs, il s'en trouvoit quelques - uns où l'on pouvoit lire au - moins une partie de ce qu'on avoit voulu raturer.
Ce fut donc l'invention de ce papier de coton qui fit
tomber en orient le papier d'Egypte. S'il en faut croire
Eustathe qui écrivoit vers la fin du douzieme siecle,
l'usage de ces feuilles du papier d'Egypte, qu'il appelle
Le savant grec, qui fit du tems de Henri II. un catalogue des manuscrits grecs de la bibliotheque du roi, appelle toujours le papier bomby cien ou de coton, charta damascena, le papier de Damas; se oit - ce parce qu'il y avoit en cette ville quelque célebre manufacture de papier de coton? quoi qu'il en soit, voyez Montfaucon, paloeograph. groec. lib. J. c. ij. lib. IV. c. vj. &c. Maffei, histor. diplomat. lil. II. ou biblioth. italiq. tom. II. (D. J.)
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