ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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AZYME (Page 1:913)

AZYME, adj. (Théolog.) A'UMO, qui n'a pas fermenté ou qui est sans levain. Ce nom originairement Grec est formé d'A privatif, & de UMH, ferment ou levain. Le mot azyme est fort usité dans les disputes [p. 914] entre l'église Greque & l'église Latine, sur la nature du pain, qui fait une partie de la matiere du sacrement de l'Eucharistie avant la consécration. La derniere soûtient que ce pain doit être azyme, c'est - à - dire sans levain, comme le pain dont les Juifs se servoient dans la célébration de leur pâque, Jesus - Christ n'en ayant pas employé d'autre pour l'institution de l'Eucharistie qu'il établit dans la derniere cene, après avoir fait la pâque avec ses disciples à la maniere & selon le rit des Juifs. Les Grecs au contraire défendent leur opinion avec force, & se fondent sur la tradition & l'usage constant de leur église. Il est indubitable qu'ils en donnerent de bonnes preuves lorsqu'il s'agit de leur réunion au concile de Florence, puisqu'on y décida que chaque église suivroit sur cette matiere l'usage dont elle étoit en possession.

Aussi ce point n'avoit - il pas d'abord été un prétexte de la rupture & du schisme des Grecs: il y avoit déjà plus de 200 ans que Photius s'étoit séparé de l'église Romaine, lorsque le patriarche Michel Cerularius, dans l'onzieme siecle, excommunia les Latins, parce que dans le sacrifice ils se servoient de pain azyme.

S. Thomas, in IV. sent. dist. ij. quoest. II. art. 2. quoestiuncul. iij. rapporte que dans les premiers siecles de l'église on n'usa que de pain azyme dans l'Eucharistie jusqu'au tems des Ebionites, qui soûtinrent que toutes les observances de la loi de Moyse étoient encore en vigueur malgré la venue de Jesus - Christ; que pour ne leur laisser aucun prétexte, l'une & l'autre église userent du pain levé; que la Greque resta en possession de cet usage, mais que la Latine reprit celui du pain sans levain.

Le P. Sirmond, loin de convenir de ce fait, montre dans une dissertation particuliere sur ce sujet, que les Latins ont usé de pain levé dans le sacrifice jusqu'au x. siecle: on a du moins des monumens qui le prouvent jusqu'au VII. siecle. Et d'ailleurs le cardinal Bona, Liturg. ch. xxiij. page 185. rejette l'autorité de S. Thomas sur ce point de critique. Il paroît cependant qu'avant le tems de Photius, c'est - à - dire avant l'an 866, l'église Romaine consacroit avec du pain azyme; & que c'étoit dans tout l'Occident l'usage le plus universel: car Alcuin qui mourut en 794, écrivant contre quelques personnes qui mêloient du sel au pain destiné à être consacré, dit nettement: Panis qui in Christi corpus consecratur, absque fermento ullius alterius infectionis debet esse mundissimus. Et Raban Maur son disciple, dans son I. livre de l'Institution des cleros, ch. xxxj. dit, Panem infermentatum . . . .in sacramento corporis Christi...sanctificari oportet; ce qui ne s'accorde pas exactement avec la prétention du P. Sirmond. (G)

L'azyme, ainsi que le biscuit de mer, est, au sentiment de Galien, fort mal - sain. Tout le monde sait qu'en mêlant de la fleur de farine avec de l'eau, il se forme une pâte ténace & visqueuse: il arrive la même chose au biscuit de mer, lorsqu'il vient à se ramollir dans l'estomac, à moins que la faculté digestive ne soit extrèmement forte. La fermentation détruit cette viscosité, & rend les végétaux farineux plus aisés à digérer, mais en même tems plus sujets à s'aigrir. C'est pourquoi le pain sans levain ne convient qu'à ceux dont l'estomac est rempli d'acides. Aux autres il pese sur l'estomac, & ne fait qu'incommoder sans procurer aucun avantage; car le chyle qui en résulte est visqueux, épais, gluant, & chargé d'impuretés. (N)

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