ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Moulin a scier le bois (Page 10:813)

Moulin a scier le bois, est une machine par le moyen de laquelle on refend les bois soit quarrés ou en grume. Le méchanisme d'un moulin à scier se réduit à trois choses: 1°. à faire que la scie hausse & baisse autant de tems qu'il est nécessaire, 2°. que la piece de bois avance vers la scie, 3°. que le moulin puisse s'arrêter de lui - même après que les pieces sont sciées. Il y a des moulins de différentes constructions, & même on peut employer à cet usage la force du vent.

Celui dont il va être question est mû par un courant: une roue à aubes A de douze piés de diametre, placée dans un coursier, en reçoit l'impression, & devient le moteur de toute la machine; l'arbre de cette roue placé horisontalement, porte l'hérisson B de cinq piés de diametre garni de trente - deux dents, qui engrene dans une lanterne C de huit fuseaux: l'arbre de cette lanterne est coudé; ce qui forme une manivelle d'environ quinze pouces de rayon, dont le tourillon est embrassé par les collets de fonte qui remplissent le vuide de la fourchette pratiquée à la partie inférieure D de la chasse D E, d'environ huit piés de longueur: la partie supérieure E de cette chasse est assemblée à charniere avec la traverse inférieure du chassis de la scie; toutes ces pieces sont dans la cave du moulin.

Sur le plancher du moulin sont fixées deux longues coulisses fg, fg, composées chacune d'une piece de bois évuidée en équerre, & deux fois aussi longues que le chariot auquel elles servent de guide; leur direction est perpendiculaire à celle - de l'axe de la roue à aubes, & aussi au plan du chassis de la scie.

Le chariot est aussi composé de deux brancards ou longues pieces de bois hk, hk, de neuf à dix pouces de gros, unies ensemble par des entretoises de trois piés ou environ de longueur: ce chariot peut avoir trente ou trente - six piés de long; il est garni de roulettes de fonte de quatre pouces de diametre, espacées de deux piés en deux piés pour façiliter son mouvement le long des longues coulisses qui lui servent de guide; ces roulettes sont engagées dans la face insérieure du chariot qu'elles desafleurent seulement de quatre lignes: il y a aussi de semblables roulettes encastrées dans les faces latérales extérieures du chariot; ces dernieres roulent contre les faces latérales intérieures des longues coulisses, & servent à guider en ligne droite le mouvement du chariot.

A côté & au milieu des longues coulisses, sont placées verticalement deux pieces de bois lm, lm, de douze piés de longueur, évuidées aussi en équerre comme les longues coulisses, & qui en servent en effet au chassis de la scie; ces pieces sont sixées par de forts boulons de fer qui les traversent aux faces latérales de deux poutres, dont l'inférieure fait partie du plancher au - dessus de la cave, & l'autre fait partie d'une des fermes du comble qui couvre l'attelier dans lequel toute la machine est renfermée.

Le chassis de la scie est composé de deux jumelles no, no, de huit piés de longueur, assemblées par deux entretoises nn, oo, dont l'inférieure oo est racordée à charniere avec la châsse DE: la supérieure nn est percée de deux trous dans lesquels passent les boulons à tête & à vis pp, par le moyen desquels on éleve une troisième entretoise mobile par ses extrémités terminées en tenons dans deux longues rainures pratiquées aux faces intérieures des jumelles du chassis; c'est par ce moyen que l'on bande la feuille ou les feuilles de scie, car on en met plusieurs qui sont arrêtées haut & bas par des étriers de fer qui embrassent l'entretoise inférieure & l'entretoise mobile dont on vient de parler. Il faut remarquer aussi que le plan du chassis répond perpendiculairement sur l'axé de la lanterne E, dont la manivelle communique le mouvement vertical au chassis de la scie.

Le chassis de la scie est retenu dans les feuillures de ses coulisses par des clés de bois, trois de chaque côté; ces clés dont la tête en crossette recouvrent de deux pouces le chassis, & sont arrêtées aux coulisses après les avoir traversées par des clavettes qui en traversent les queues.

Les faces intérieures des coulisses du chassis de la scie sont revêtues de regles de bois d'environ dix pouces d'épaisseur; ces regles sont mises pour pouvoir être renouvellées lorsque le frottement du chassis les ayant usées, il a trop de jeu, & ne descend plus bien perpendiculairement, sans quoi il taudroit réparer ou rapprocher les coulisses qui sont fixes à demeure. Ces regles aussi bien que toutes les autres parties frottantes de cette machine, doivent être graissées ou enduites de vieux - oing.

Pour refendre une piece de bois, soit quarrée ou en grume, on la place sur le chariot, où on l'affermit dans deux entailles pratiquées à deux coussinets; ces coussinets sont des morceaux de madriers entaillés en - dessous de maniere à entrer d'environ deux pouces entre les brancards du chariot, & au milieu en - dessus d'une entaille assez grande pour recevoir en tout ou en partie la piece de bois que l'on veut débiter; c'est dans ces entailles qu'elle est affermie avec des coins ou avec des crochets de fer. Les coussinets sont aussi fixés sur les brancards, le long desquels ils sont mobiles par des étriers, dont la partie inférieure embrasse le dessous des brancards, & la supérieure les coins, au moyen desquels on affermit les coussinets à la longueur des pieces que l'on veut refendre, ou bien on fixe les coussinets par des vis [p. 814] dont la partie inférieure applatie embrasse le dessous des brancards, & la supérieure terminée en vis est reçue dans un écrou que l'on manoeuvre avec une clé percée d'un trou quarré qui embrasse le corps de l'écrou.

La piece de bois à refendre ayant donc été amenée sur le chariot, & l'extrémité par laquelle le sciage doit finir ayant été posée sur un coussinet, ou sur l'entretoise du chariot qu'elle couvre d'environ deux pouces, on place un coussinet sous cette même piece à l'extrémité par laquelle la scie doit entrer, sur lequel on l'affermit: ce coussinet est fendu verticalement par autant de traits qu'il y a de feuilles de scie, & dans lesquels pour lors les feuilles sont engagées de toute leur largeur, & encore deux ou trois pouces au - delà. C'est sur cet excédent que repose la piece de bois que l'on veut débiter, où elle est affermie par quelqu'un des moyens indiqués ci - dessus.

Au dessous & tout le long des deux brancards sont fixées deux cramailleres de fer dentées dans toute leur longueur; les dents de ces cramailliers engrenent dans des lanternes de même métal fixées sur un arbre de fer horisontal, qui porte une roue dentée en rochet. C'est par le moyen de cette roue que le chariot, & par conséquent la piece de bois dont il est chargé, avancent à la rencontre de la scie.

Le rochet dont on vient de parler est poussé du sens convenable pour faire avancer le chariot sur la scie à chaque relevée, & cela par une bascule dont l'extrémité terminée en pié de biche, s'engage dans les dents du rochet pour empêcher celui G de rétrograder. Il y a un cliquet ou volet mobile à charniere sur le plancher, & disposé de maniere à retomber dans les dentures à mesure qu'elles passent devant lui. Voyez les fig. & leur explication en Charpenterie.

C'est du nombre plus ou moins grand des dents du rochet, que dépend le moins ou le plus de vitesse du chariot, & par conséquent du sciage. Cette vitesse doit être moindre quand le chassis porte plusieurs scies que quand il n'en porte qu'une, puisque la résistance qu'elles trouvent est proportionnelle à leur nombre. On refend de cette maniere des troncs d'arbres jusqu'en dix - huit ou vingt feuillets de trois ou quatre lignes d'épaisseur, qu'on appelle feuillets d'Hollande, & dont les Menuisiers, Ebénistes, &c. font l'emploi.

Reste à expliquer comment, lorsque la piece est sciée sur toute sa longueur à un pouce ou deux près, la machine s'arrête d'elle - même: pour cela il y a une bascule par laquelle la vanne qui ferme le coursier est tenue suspendue, & le coursier ouvert: la corde par laquelle l'autre extrémité de la bascule est tenue abaissée, est accrochée à un déclict placé près d'une des coulisses du chassis de la scie, & tellement disposée, que lorsque l'extrémité du chariot est arrivée jusque là, un index que ce même chariot porte fait détendre le déclict qui lâche la corde de la bascule de la vanne; cette vanne chargée d'un poids venant à descendre, ferme le coursier & arrête par ce moyen toute la machine.

Pour amener les pieces de bois que l'on veut scier sur le chariot, il y a dans la cave du moulin un treuil armé d'une lanterne, disposé parallelement à l'axe de la roue à aubes. Ce treuil, monté par une de ses extrémités sur quelques - unes des pieces de la charpente qui, dans la cave du moulin, soutiennent les pivots de la roue à aubes & de la lanterne de la manivelle, est soutenu, du côté de la lanterne, par un chevron vertical; l'extrémité inférieure de ce chevion, terminée en tenon, est mobile dans une mortoise pratiquée à une semelle, posée au fond de la cave du moulin; l'extrémité supérieure du même chevron traverse le plancher par une ou verture aussi large que le chevron est épais, & longue autant qu'il convient pour que la partie supérieure de ce chevron, poussée vers l'une ou l'autre extrémité de cette ouverture, puisse faire engrener ou desengrener la lanterne du treuil avec les dents de l'hérisson. On arrête le chevron dans la position où il faut qu'il soit pour que l'hérisson puisse mener la lanterne, soit avec une cheville qui traverseroit l'ouverture qui lui sert de coulisse, ou avec un valet ou étai assemblé à charniere à l'autre extrémité de la même coulisse, & dont l'extrémité, terminée en tranchant, s'engage dans des crans pratiqués à la face du chevron.

Lorsqu'on veut faire cesser le mouvement du treuil, il n'est besoin que de relever le valet & de repousser le chevron vers l'autre extrémité de la coulisse où il reste arrêté par son propre poids, sa situation étant alors inclinée, & la lanterne, n'engrenant plus avec l'hérisson, cesse de tourner.

La corde du treuil, après avoir passé, en montant obliquement sur le plancher du moulin, par une ouverture où il y a un rouleau, est étendue horisontalement le long des coulisses du chariot, & est attachée à un autre petit chariot monté sur quatre roues, sur lequel on charge les pieces de bois que l'on veut amener dans le moulin pour y être débitées; la même corde peut aussi servir à ramener le chariot entre les longues coulisses, après que la piece de bois dont il est chargé auroit été débitée dans toute sa longueur. Pour cela il faut relever l'extrémité de la bascule qui engrene dans les dents du rochet & le cliquet qui l'empêche de rétrograder; on amarre alors la corde du treuil à la tête du chariot, après cependant qu'elle a passé sur une poulie de retour; &, relevant la vanne du coursier, la roue à aubes venant à tourner fera aussi tourner le treuil dont la lanterne est supposée engrener dans l'hérisson, & fera, par ce moyen, rétrograder le chariot dont les cremaillieres feront en même tems rétrograder le rochet, jusqu'à ce que la scie soit entierement dégagée de la piece qu'elle avoit refendue. En laissant alors retomber la vanne, elle fermera le coursier, & la machine sera alors arrêtée.

Dans les pays de montagnes où on trouve des chûtes d'eau qui tombent d'une grande hauteur, il y a des moulins à scier plus simples que celui dont on vient de voir la description. Ils n'ont ni hérisson ni lanterne, le mouvement de la scie dépendant immédiatement du mouvement de la roue à aubes, sur laquelle l'eau est conduite par une beuse ou canal de bois, dont l'ouverture est proportionnée à la grandeur des aubes qui peuvent être faites en coquilles, & à la quantité d'eau dont on peut disposer, ou on se sert d'une roue à pots dans lesquels l'eau est conduite par le même moyen.

Dans ces sortes de moulins, l'arbre de la roue porte la manivelle qui, par le moyen de la châsse, communique le mouvement à la scie. Le chariot & le reste est à - peu - près disposé de même.

La vîtesse de la scie est d'environ soixante - douze ou quatre - vingt relevées par minute, & la marche du chariot pendant le même tems est d'environ dix pouces; ainsi, en une demi - heure, une piece de bois de vingt - cinq piés peut être refendue d'un bout à l'autre. Pour ce qui concerne la forme des dentures des scies, voyez l'article Scie & Scieur de long . (D)

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