ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Mercure (Page 10:376)

Mercure, (Mythol.)

Le dieu dont l'aîle est si legere, Et la langue a tant de douceur; C'est Mercure. c'est celui de tous les dieux, à qui la Fable donne le plus de fonctions; il en avoit de jour, il en avoit de nuit. Ministre & messager de toutes les divinités de l'olympe, particulierement de Jupiter son pere; il les servoit avec un zele infatigable, quelquefois même dans leurs intrigues amoureuses ou autres emplois peu honnêtes. Comme leur plénipotentiaire, il se trouvoit dans tous les traités de paix & d'alliance. Il étoit encore chargé du soin de conduire & de ramener les ombres dans les enfers. Ici, c'est lui qui transporte Castor & Pollux à Pallene. Là, il accompagne le char de Pluton qui vient d'enlever Proserpine. C'est encore lui qui assiste au jugement de Paris, au sujet de la dispute sur la beauté, qui éclata entre les trois déesses. Enfin, on sait tout ce que Lucien lui fait dire de plaisanteries sur la multitude de ses fonctions.

Il étoit le dieu des voyageurs, des marchands, & même des filous, à ce que dit le même Lucien, qui a rassemblé dans un de ses dialogues, plusieurs traits de filouteries de ce dieu. Mais les allégoristes prétendent que le vol du trident de Neptune, celui des fleches d'Apollon, de l'épée de Mars, & de la ceinture de Venus, signifient, qu'il étoit habile navigateur, adroit à tirer de l'arc, brave dans les combats, & qu'il joignoit à ces qualités toutes les graces & les agrémens du discours.

Mercure, en qualité de négociateur des dieux & des hommes, porte le caducée, symbole de paix. Il a des aîles sur son pétase, & quelquefois à ses piés, assez souvent sur son caducée, pour marquer la légereté de sa course. On le représente en jeune homme, beau de visage, d'une taille dégagée, tantôt nu, tantôt avec un manteau sur les épaules, mais qui le couvre peu. Il est rare de le voir assis; ses différens emplois au ciel, sur la terre, & dans les enfers, le tenoient toujours dans l'action. C'est pour cela que quelques figures le peignent avec la moitié du visage claire, & l'autre moitié noire & sombre.

La vigilance que tant de fonctions demandoient, fait qu'on lui donnoit un coq pour symbole, & quelquefois un bélier; parce qu'il est, selon Pausanias, le dieu des bergers. Comme il étoit la divinité tutélaire des marchands, on lui met à ce titre une bourse à la main, avec un rameau d'olivier, qui marque, dit - on, la paix, toujours nécessaire au commerce. Aussi les négocians de Rome célébroient une fête en l'honneur de ce dieu le 15 de Mai, auquel jour on lui avoit dédié un grand temple dans le grand cirque, l'an de Rome 675. Ils sacrifioient au dieu une truie pleine, & s'arrosoient de l'eau de la fontaine nommée aqua Mercurii, priant Mercure de leur être favorable dans leur trafic, & de leur pardonner, dit Ovide, les petites supercheries qu'ils y feroient. C'est pourquoi son culte étoit très grand dans les lieux de commerce, comme, par exemple, dans l'île de Crete.

Ce dieu étoit aussi particulierement honoré à Cyllene en Elide, parce qu'on croyoit qu'il étoit né sur le mont Cyllene situé près de cette ville. [p. 377] Pausanias dit qu'il y avoit une statue posée sur un piédestal, mais dans une posture fort indécente. Il avoit aussi un oracle en Achaie qui ne se rendoit que le soir. Amphion est le premier qui lui ait élevé un autel. On offroit à ce dieu les langues des victimes, pour marque de son éloquence; comme aussi du lait & du miel, pour en exprimer la douceur.

C'est par ces beaux côtés, qu'Horace nous le peint dans l'ode qu'il lui adresse: « Petit - fils d'Atlas, divin Mercure, lui dit - il, c'est vous qui entreprîtes de façonner les premiers hommes, qui cultivâtes leur esprit par l'étude des sciences les plus propres à lui ôter sa premiere tudesse, & qui formâtes leur corps par les exercices capables de leur donner de la vigueur & de la grace; permettez - moi de chanter vos louanges. Vous êtes l'envoyé de Jupiter, l'interprete des dieux, & l'inventeur de la lyre, &c.»

Mercuri facunde, nepos Atlantis, Qui feros cultus hominum recentum Voce formasti catus, & decoroe More palestroe: Te canam, magni Jovis & deorum Nuntium, curvaque lyroe parentem. Od. x. l. I.

Les Mythologistes font Mercure pere de plusieurs enfans; ils lui donnent Daphnis qu'il enleva dans le ciel, le second Cupidon qu'il eut de Vénus, AEthalide de la nymphe Eupolemie, Linus d'Uranie, & finalement Autolycus de Khioné. Mais le nom de ce dieu est véritablement d'origine égyptienne. Les anciens historiens nous parlent de Mercure II. égyptien, comme d'un des plus grands hommes de l'antiquité. Il fut surnommé trismegiste, c'est - à - dire, trois fois grand. Il étoit l'ame des conseils d'Osiris & de son gouvernement. Il s'appliqua à faire fleurir les arts & le commerce dans toute l'Egypte. Il acquit de profondes connoissances dans les Mathématiques, & sur - tout dans la Géométrie; & apprit aux Egyptiens la maniere de mesurer leurs terres dont les limites étoient souvent dérangées par les accroissemens du Nil, afin que chacun pût reconnoître la portion qui lui appartenoit. Il inventa les premiers caracteres des lettres; & régla, dit Diodore, jusqu'à l'harmonie des mots & des phrases. Il institua plusieurs pratiques touchant les sacrifices & les autres parties du culte des dieux. Des ministres sacrés portoient ses livres dans une procession solemnelle, qui se faisoit encore du tems de Clement d'Alexandrie. Ils se sont tous perdus; & nous apprenons de Jamblique qu'il étoit difficile de démêler les véritables ouvrages de Mercure trismegiste parmi ceux que les savans d'Egypte avoient publiés sous son nom.

Les fables qu'on débita dans la Grece sur Mercure, ont été cause que c'est un des dieux que les anciens ont le plus multiplié. Cicéron même dans son III. liv. de nat. deor. en admet cinq qui se réduisent à un seul, comme l'a prouvé M. Fourmont, dans les Mém. de littév. tome X. Celui que Cicéron appelle fils du Ciel, est le même que le fils de Jupiter; Ciel & Jupiter étant chez les Latins, deux noms différens de la même divinité. Celui que Cicéron appelle Trophonius fils de Valens, n'est aussi que le même personnage sous différens noms; Valens n'étant qu'une épithete de Jupiter, & Trophonius un surnom de Mercure. Le quatrieme Mercure à qui Cicéron donne le Nil pour pere, ne peut être fils de FPOYRW=V *NEI=LOS2; parce que son culte étoit connu dans la Grece long - tems avant ce roi d'Egypte, & qu'une pareille filiation désigne plutôt chez les anciens, le lieu de la naissance, que les parens de qui les héros la tenoient. D'ailleurs ce quatrieme Mercure n'est pas different du cinquieme, qui selon Ci<cb-> céron, tua Argus, régna en Egypte, inventa les lettres, étoit révéré sous le nom de *FA, sils de Kneph, qui n'étoit autre que le Jupiter des Grecs & autres peuples. Il résulte donc que les quatre Mercure de Cicéron se réunissent avec son troisieme Mercure sils de Maïa & de Jupiter Ammon. De même, les trois meres que Cicéron donne à Mercure, n'en font qu'une seule. Je ne crois pas qu'on puisse rien objecter au sujet de Maïa. Comme elle étoit fille d'Atlas, on sent combien elle rapproche Mercure de l'Egypte. A l'égard de Phoronis, qui ne voit que c'est une épithete, pour signifier pharaonide, & marquer par - là que Mercure descendoit d'une maison qui régnoit, ou avoit régné dans le pays? Quant aux principaux noms que les poëtes lui ont donnés, ils font autant de petits articles, dont l'explication se trouve dans cet Ouvrage.

Au reste, on a trouvé à Langres, en 1642, dans les fondemens des anciens murs de cette ville, une consécration de monument que firent à Mercure surnommé Moccus, Lucius Masculus & Sedatia Blandula sa mere, pour l'accomplissement d'un voeu; mais j'ignore ce que veut dire le surnom de Moccus donné à Mercure dans cette inscription. (D.J.)

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