ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Mercure (Page 10:374)

Mercure, (Mat. med. & Pharm.) ou remedes mercuriels, tant simples que composés.

Les remedes mercuriels communément employés en Médecine, sont le mercure courant, coulant ou crud; le mercure uni plus ou moins intimément au soufre; sçavoir, le cinnabre & l'éthiops minéral, plusieurs sels neutres ou liqueurs salines, dont le mercure est la base; savoir, le sublimé corrosif, le sublimé doux & mercure doux, ou aquila alba; le calomelas des Anglois, la panacée mercurielle, le précipité blanc & l'eau phagédenique, la dissolution de mercure & le précipité rouge, le turbith mineral ou précipité jaune, & le précipité verd. Toutes ces substances doivent être regardées comme simples en Pharmacie, voyez Simple, Pharmacie. Les compositions pharmaceutiques mercurielles les plus usitées, dont les remedes mercuriels sont l'ingredient principal ou la base, sont les pillules mercurielles de [p. 375] la pharmacopée de Paris; les pillules de Belloste, les dragées de Keyser, le sucre vermifuge & l'oprate mésenterique de la pharmacopée de Paris, la pommade mercurielle, onguent néapolitain ou onguent à frictions, l'onguent gris, l'onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l'emplâtre de vigo, &c.

De ces remeues quelques uns s'emploient, tant intérieurement qu'extérieurement; quelques autres ne sont d'usage que pour l'intérieur; & enfin, il y en a qu'on n'applique qu'extérieurement.

Les premiers sont le mercure coulant, le cinnabre, le sublimé corrosif & le sublimé doux, le précipite rouge & le précipité verd.

Ceux de la seconde classe sont le mercure violet, l'éthiops mineral, le calomelas, la panacée, le précipité blanc, le turbith mineral, les pillules mercurielles, les pillules de Belloste, les dragées de Keyser, le sucre vermifuge & l'opiate mésenterique.

Et enfin, les derniers ou ceux qu'on n'applique qu'extérieurement sont la dissolution de mercure, l'eau phagedenique, la pommade mercurielle, l'onguent gris, l'onguent mercuriel pour la gale, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium, l'emplâtre de vigo.

Voyez à l'article Mercure (Chimie) quelle est la nature de tous ceux de ces remedes que nous avons appellé simples. Voici la préparation des compositions mercurielles pharmaceutiques connues.

Pillules mercuriellès de la Pharmacopée de Paris; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre en poudre deux gros, diagrede en poudre une once, resine de jalap & rhubarbe en poudre, de chacun demi - once; éteignez parfaitement le mercure dans un mortier de fer ou de marbre avec le sucre, un peu d'eau & une partie du diagrede: ensuite ajoutez la résine de jalap, le reste du diagrede & la rhubarbe; mêlez exactement en battant très long - tems, faites une masse, &c.

La composition des pillules de Belloste n'est point publique; on croit avec beaucoup de fondement, qu'elles sont fort analogues aux précedentes.

Prenez du mercure, réduisez - le en poudre noire par la trituration. Distillez, remettez en poudre noire. Mettez cette poudre en un matras, versez dessus du vinaigre autant que vous voudrez; chauffez, même jusqu'à bouillir. Lorsque la liqueur se troublera par des nuages, décantez. A mesure que la liqueur décantée se refroidira, elle formera des cristaux presque semblables à ceux du sel sédatif; le mercure y est saturé d'acide. Faites - en des pilules avec la manne, & ces pilules seront celles qu'on appelle dragées de Keyser.

Sucre vermifuge; prenez mercure revivifié du cinnabre une once, sucre blanc deux onces; broyez - les ensemble dans le mortier de marbre, jusqu'à ce que le mercure soit parfaitement éteint.

Opiate mésenterique; prenez gomme ammoniac demi - once, feuilles de séné six gros, mercure sublimé doux, racine d'arum & aloës succotrin de chacun deux gros; poudre cornachine, rhubarbe choisie de chacun trois gros; limaille de fer préparée demi-once. Mettez en poudre ce qui doit être pulvérisé, & incorporez le tout avec suffisante quantité de syrop de pommes composé, faites une opiate.

Nota qu'on n'emploie quelquefois dans la préparation de cet onguent, qu'une partie de mercure sur les deux parties de sain - doux.

Pommade mercurielle; prenez graisse de porclavée & mercure crud, de chacun une livre; mêlez jusqu'à ce que le mercure soit parfaitement éteint. Faites un onguent.

Onguent gris; prenez graisse de porc lavée une livre, térebenthine commune une once, mercure crud deux onces. Faites un onguent selon l'art.

Onguent mercuriel citrin pour la gale: prenez mercure crud deux onces, esprit de nure une quantité suffisante pour opérer la dissolution du mercure. Cette dissolution étant faite & la liqueur refroidre, prenez sain - doux deux livres, faites - le son lre à un fen doux, & mêlez - y peu - à - peu en agitant continuellement dans un mortier de bois votre dissolution de mercure; jettez votre mélange dans des moules que vous aurez formé avec du papier, il s'y durcira bien - tôt, & vous aurez votre onguent sous forme de tablettes.

Trochisques escharotiques: prenez sublimé corrosif une partie, amydon deux parties, mucilage de gomme adragant suffisante quantite: saites des trochisques selon l'art.

Tiochisques de minium: prenez minium demi - once, sublimé corrosit une once, mie de pain dessechée & réduite en poudre quatre onces, eau - rose suffisante quantité; faites des trochisques selon l'art.

Emplatre de vigo. Voyez sous le mot Vigo. Le plus ancien usage medicinal du mercure a eté borné à application extérieure. Les anciens l'ont regardé comme un excellent topique contre les maladics de la peau; mais ils ont cru que pris extérieurement il étoit un poison. Il est assez recu que c'est sur l'analogie déduite de ses proprietes reconnues pour la guérison des maladies de la peau, que se fonderent les premiers Médecins qui l'employerent dans le traitement des maladies véneriennes, dont les symptômes les plus sensibles sont des assections extérieures. Tout le monde sait que cette tentauve tur si heureuse, que le mercure fut reconnu dès - lors pour le vrai spécifique de la maladie vénerienoe, & que cette proprieté a été confirmée depuis par les succès les plus constans. L'usage principal essentiel fondamental du mercure & des diverses préparations mercurielles, c'est son administration contre la maladie vonerienne. Voyez Maladie venerienne.

Ce sont principalement tous ceux des remedes ci - dessus énoncés que nous avons appellés simples, qui sont usités contre cette maladie. On trouvera à l'article auquel nous venons de renvoyer les usages particuliers de chacun, leurs effets, leurs inconveniens, la discussion de la préference qui doit être accordée à leur application interioure ou exterieure, & quant aux diverses especes de cette derniere, aux lotions, aux fumigations, aux onctions ou frictions; & pour ce qui regarde la propriete singuliere que possedent les remedes mercuriels d'excirer la salivation, il en sera traité à l'article sialagogue. Voyez Sialagogue, &c.

Parmi les compositions particulieres pharmaceutiques, celles qu'on emploie vulgairement au traitement général de la maladie vénerienne sont la poinmade mercurielle, les pillules mercurielles & les dragées de Keyser. Les observations pratiques & nécessaires pour évaluer leurs bons & leurs mauvais effets, & pour diriger leur légitime administration, se trouveront aussi au mot Maladie vénerienne.

Le second emploi des remedes mercuriels, tant à l'interieur qu'à l'exterieur; c'est contre les maladies de la peau, & principalement contre les dartres & la gale. Voyez dartre, galeet maladie dela peau . Les piliules de Belloste jouissent de la plus grande réputation dans ces cas; il y a plusieurs observations fameuses de dartres très - malignes, guéries par leur usage continu, & entr'autres celle d'une maladie très - grave de ce genre parfaitement guérie chez un grand seigneur, déja fort avancé en âge. L'onguent pour la gale que nous avons décrit ci - dessus, guérit cette maladie très - promptement & presque infailliblement.

Une troisieme proprieté géneralement reconnue [p. 376] des remedes mercuriels, c'est leur efficacité contre les vers & les insectes qui s'engendrent dans le corps de l'homme, ou qui se logeant dans les parties de la peau qui sont recouvertes de poils lui causent diverses incommodités. Voyez Vers, Vermifuge, Morpion, Poux, & Maladie pédiculaire

Quatriemement, les remedes mercuriels dont l'action est temperée sont de très - bons fondans, voyez Fondans, & vraissemblablement fébrifuges en cette qualité; on a conjecturé que l'anti - quartium ou febrifuge spécifique de Riviere étoit principalement composé de panacée mercurielle.

Cinquiemement, les remedes mercuriels ont été proposés comme le veritable antidote de la rage, par de Sault célebre médecin de Bordeaux; & ils fournissent réellement la principale ressource contre cette maladie. Voyez Rage.

Sixiemement, le mercure est encore le souverain remede des affections écrouelleuses. M. Bordeu célebre medecin de Paris, a proposé il y a environ dix ans dans une dissertation qui remporta le prix de l'académie de Chirurgie, un traitement de cette maladie dont le mercure fait la base.

Septiemement, ceux d'entre les remedes mercuriels dont nous avons dit que l'usage étoit borné à l'exterieur, & qui sont caustiques ou corrosifs; savoir la dissolution de mercure qu'on est obligé d'affoiblir avec de l'eau distillée, & qui s'appelle dans cet état eau mercurielle, l'eau phagedenique, les trochisques escharotiques, les trochisques de minium sont, aussi - bien que le précipité rouge & le précipité verd d'un usage très - ordinaire; lorsqu'on se propose de consumer de mauvaises chairs, d'agrandir des ouvertures, de détruire des verrues, d'ouvrir des loupes & autres tumeurs de ce genre, soit que ces affections soient véneriennes, soit qu'elles ne le soient pas.

Enfin, le mercure crud est regardé comme le principal secours qu'on puisse tenter pour forcer les especes de noeufs des intestins, ou pour mieux dire la constriction quelconque qui occasionne la passion iliaque, voyez Iliaque (Passion). On donne dans ce cas plusieurs livres de mercure coulant, & il est observé que le malade en rend exactement la même quantité, & que cette dose immense n'exerce dans le corps aucune action proprement médicamenteuse ou physique, pour parler le langage de quelques médecins. Il n'agit absolument que par son poids & par sa masse, que méchaniquement à la rigueur. Cette observation prouve 1°. de la maniere la plus démonstrative, que le mercure est en soi, un des corps de la nature auquel on a été le moins fondé à attribuer une qualité veneneuse. 2°. c'est principalement de cette expérience qu'on a inféré que le mercure crud ou coulant ne passoit pas dans les secondes voies. Le raisonnement est venu à l'appui de ce fait, & il a décidé que cette transmission étoit impossible, parce que le mercure n'étoit point soluble par les humeurs intestinales. La même théorie a statué aussi que le cinnabre & l'éthiops mineral (substances plus grossieres & tout aussi peu solubles que le mercure coulant) n'étoient point reçues dans les vaisseaux absorbans des intestins. Cependant il est prouvé par des observations incontestables, que ces trois remedes pris interieurement ont procuré chacun plus d'une fois la salivation; & quant au mercure coulant, c'est très - mal raisonner sans doute, que de conclure qu'une petite quantité ne peut point passer dans les secondes voies, & sur - tout lorsque cette petite quantité est confondue parmi d'autres matieres, comme dans les pillules mercurielles, &c. que de tirer cette conclusion, dis - je, de ce qu'une grande masse dont l'aggrégation n'est point rompue n'y passe pas; car l'u<cb-> nion aggrégative est un puissant lien, & sur - tout dans le mercure. D'ailleurs, l'efficacité d'une décoction de mercure contre les vers, voyez Vermifuge, prouve que le mercure peut imprégner les liqueurs aqueuses de quelque matiere médicamenteuse. (b)

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