ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Magnésie blanche (Page 9:858)

Magnésie blanche, (Chimie & Mat. medic.) c'est le nom le plus usité aujourd'hui d'une poudre terreuse blanche, & qui a été connue aussi auparavant sous les noms de panacée solutive, de panacée angloise, de fécule alkaline, de panacée anti - hyppocondriaque, de poudre du comte de palma, de poudre de sentinelli. Voici la préparation qu'en donne M. Baron dans ses odditions au cours de Chimie de Lémery.

Mettez la quantité qu'il vous plaira d'eau - mere des salpétriers dans une terrine de grais; versez dessus parties égales d'huile de tartre par défaillance ou de dissolution de cendres gravelées, peu de tems après le mélange se troublera; mais il reprendra sa limpidité aussi - tôt qu'il aura déposé un sédiment blanchâtre qui le rendoit laiteux: décantez alors la liqueur qui surnage le précipité, lavez le à plusieurs reprises, & mettez - le égoutter sur un filtre; faites - le sécher ensuite jusqu'à ce qu'il soit réduit en une poudre blanche.

Il y a deux autres procédés pour préparer la magnésie, l'un & l'autre plus anciens que le précédent. Le premier consiste à évaporer jusqu'à siccité de l'eaumere de salpêtre, à calciner le produit de cette dessiccation, jusqu'à ce qu'il ne donne plus de vapeurs acides, à l'édulcorer ensuite par des lotions répétées avec l'eau bouillante, & enfin à le faire égoutter & sécher selon l'art. La magnésie préparée ainsi est peut être moins subtile, moins divisée que celle qu'on obtient par la précipitation, ce qui suffit pour rendre cette derniere préférable dans l'usage medicinal; mais d'ailleurs les produits de ces deux procédés sont parfaitement semblables. L'eau - mere du nitre étant composée du mélange de nitre à base terreuse & de sel marin à base terreuse (Voyez Nitre), qui sont l'un & l'autre des sels neutres eminemment solubles par l'eau, il est clair que la portion de ces sels, qui pourroient avoir été épargnés dans la calcination, est infailliblement enlevée par les lotions réitérées.

L'outre procédé consiste à précipiter l'eau - mere du nitre par l'acide vitriolique: celui - ci est absolument défectueux; ce n'est qu'un faux précipité qu'on obtient par ce moyen (voyez Précipitation); c'est un sel seleniteux produit par l'union de l'acide vitriolique à une partie de la terre qui sert de base aux sels neutres contenus dans l'eau - mere du salpêtre, & dont nous avons déja fait mention. Je dis une portion, car ce n'est pas une seule espece de terre qui fournit la base de ces sels. Une portion seulement est calcaire & produit le faux précipité avec l'acide vitriolique; l'autre portion est analogue à la base du sel de seidlitz & d'ébsham, & elle constitue, avec l'acide vitriolique un sel neutre soluble, & qui reste suspendu par conséquent dans la liqueur. Voyez Sel marin, Sel de seidlitz, Sel d'ebsham , sous l'article général Sel.

C'est evidemment à cette terre que j'appelle seidlitiene que la magnésie doit la propriété que Hoffman y a remarquée de fournir une dissolution saline amere & salée, lorsqu'on la dissout dans de l'esprit de vitriol, tandis que les terres purement calcaires ne donnent avec le même acide qu'une liqueur très peu chargée de sel qui n'est ni amere ni salée, & qui est même presqu'absolument insipide.

La magnésie est donc à mon avis une terre absorbante mélangee d'une porrion de terre calcaire & d'une portion de terre analogue à la base du sel de seidlitz.

La comparaison que fait Hoffman de l'eau - mere des salpetriers & de la liqueur saline appellée huile de chaux, provenant de la decomposition du sel ammoniac par la chaux, relativement à la propriété de produire la magnésie blanche; cette comparaison, dis - je, n'est point exacte.

Le D. Black, medecin à Edimbourg, qui a pris comme une matiere absolument semblable à la magnesie blanche, la terre qui sert de base au sel d'ebsham (voyez recueil de medecine de Paris, vol. VIII.), a donné dans une erreur opposée. Le précipité de l'huile de chaux est entierement calcaire, & celui du sel d'ebsham est entierement seidlitien; ni l'un ni l'autre n'est par conséquent la magnésie blanche, quoique leurs vertus medicinales soient peut - être les mêmes, ce qui est cependant fort douteux & qui reste à éprouver.

La magnésie blanche ordinaire, c'est - à - dire le précipité de l'eau - mere de nitre, purge très - bien presque tous les sujets à la dose d'une drachme ou de deux, ou même de demi - once pour les adultes, & à proportion pour les enfans. Il arrive quelquefois, mais rarement, qu'étant prise à la même dose, elle ne donne que des envies inutiles d'aller, & ne purge point du tout. Hoffman attribue cette diversité d'action à la présence ou à l'absence des acides dans les premieres voies. Si cette terre, purement absorbante & dépourvue, dit - il, de tout principe purgatif rencontre des acides dans les premieres voies, elle s'unit avec ces acides, & se change par - là en un sel neutre, âcre & stimulant: ce qu'il trouve évident par l'analogie qu'il admet entre ce sel formé dans les premieres voies, & celui qui résulte de l'union de cette terre à l'acide vitriolique. Cette explication n'est que du jargon tout pur, qu'une franche théorie à prendre ce terme dans son acception la plus défavorable; car, 1°. elle suppose tacitement que la présence des acides dans les premieres voies est le cas le plus fréquent, puisqu'en effet la magnésie purge le plus grand nombre de sujets; or cette supposition est démentie par l'expérience: 2°. elle indique l'inadvertence la plus puérile sur le degré d'acidité réelle des sucs acides contenus quelquefois dans les premieres voies: car il est de fait que même dans le de<pb-> [p. 859] gré extrème d'acidité de ces sucs concourant avec leur plus grande abondance, il n'y a jamais eu dans les premieres voies de quoi saturer dix grains de magnésie; & quand même on pourroit supposer qu'il s'y en trouvât quelquefois de quoi en saturer deux gros, cette quantité devroit être la dose extrème, & tout ce qu'on pourroit en donner au - delà seroit inutile. Or il est cependant prouvé par l'expérience que dans tous les cas l'activité de la magnésie est proportionnelle à sa dose: une once purge plus que demi - once. 3°. C'est gratuitement au - moins qu'on estime la nature du sel neutre formé dans les premieres voies par celles de celui qui résulte de la combinaison de l'acide vitriolique avec la même base. 4°. Enfin la diversité d'action reconnue même par Hoffman entre la magnésie blanche & les autres absorbans, prouve sans doute qu'il n'est point permis de considérer la magnésie comme un simple absorbant. On a presque regret au tems qu'on emploie à réfuter de pareilles spéculations; mais comme ce sont principalement les théories arbitraires & frivoles dont la Medecine est inondée, qui deshonorent l'art aux yeux des bons juges, & que celle que nous venons de discuter est défendue par l'appareil des principes chimiques exacts & lumineux en soi, & par une simplicité apparente qui séduit toujours les demi - savans, & dont les vrais connoisseurs se mésient toujours au contraire; pour toutes ces considérations, dis - je, on s'est permis d'attaquer ce préjugé plus sérieusement & avec plus de chaleur qu'il n'en mérite dans le fond.

Quant à l'utilité absolue de la magnésie, il est sûr que l'usage fréquent qu'elle a chez nous depuis quelque tems, a été principalement une affaire de mode, & qu'il a été soutenu principalement par l'avantage d'être un remede moins dégoûtant que les autres purgatifs. On doit pourtant convenir qu'on l'emploie avec assez de succès pour purger dans les affections hypocondriaques, & toutes les fois qu'on a à remplir la double indication d'absorber & de purger, comme dans la toux stomachale & l'asthme humide, & quelque cas même d'asthme convulsif. Elle est très - utile aussi dans la constipation qu'occasionne quelquefois le lait, voyez Lait. Hoffman remarque & l'observation journaliere confirme que cette poudre est sujette à causer des ventosités & de l'irritation dans les intestins, si on en fait un trop fréquent usage.

On la donne dans de l'eau, du bouillon, des infusions ou décoctions de plantes laxatives, dans des sucs de plantes émollientes, dans une émulsion, &c. (b)

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