ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Gelée blanche (Page 7:541)

Gelée blanche, (Physique.) c'est le nom que l'on donne à une multitude de petits glaçons fort menus qu'on apperçoit le matin vers la fin de l'autonne, en certains jours d'hyver, quelquefois même dans le printems, sur le gazon, sur les toîts des bâtimens, &c. où ils forment une couche, dont la blancheur égale presque celle de la neige. La gelée blanche, lorsqu'elle paroît, tient la place de l'humidité, dont la rosée mouille en d'autres tems la plûpart des corps terrestres. Il faut plus de froid pour la production de la gelée blanche, que pour humecter la terre de rosée. A cela pres, la disposition de l'atmosphere est absolument la même dans l'un & l'autre cas. La gelée blanche n'est donc qu'une rosée congelée. Voyez Rosée.

Toutes les especes de rosée peuvent se réduire à deux, dont l'une tombe de l'air, & l'autre s'eleve de la terre. Chacune de ces deux especes peut être changée en gelee blanche.

Les particules d'eau qui composent l'une & l'autre rosée, sont invisibles dans l'atmosphere; ou, si elles s'y rendent sensibles, c'est seulement sous la forme d'un brouillard peu épais: en un mot elles sont dans l'air en forme de vapeurs. Elles ne se réunissent en gouttes sensibles que sur la surface des corps, qui attirent avec une certaine force l'humidité de l'air. Or l'eau réduite en vapeurs, soit visibles, soit invisibles, ne se gele point tant qu'elle est dans cet état. C'est une vérité constante par toutes les observations, & qui doit passer pour un principe d'experience. L'eau, quand elle se convertit en neige ou en grêle, n'est plus en état de vapeurs. Voyez Neige & Grêle. Il suit évidemment de - là que la resée ne se gele point dans l'air, mais sur la surface de la terre, & de la plupart des corps terrestres, lorsqu'elle y rencontre un froid suffisant pour la glacer.

Une autre preuve que la rosée ne se gele point dans l'air, c'est que la gelée blanche adhere sensiblement à la surface des corps sur lesquels on l'apperçoit le matin. Or la glace n'adhere d'une maniere sensible aux autres corps solides, que quand l'eau dont elle est formée s'est glacée sur ces corps mêmes, qu'elle mouilloit auparavant. La neige & la grele n'adherent point aux corps sur lesquels elles tombent, lorsque ces corps sont bien sees, & qu'elles ne s'y fondent point pour geler de nouveau. De Chales, curfus mathemat. tome IV. de meteoris.

Ce que nous venons de dire, que la rosee se convertit en gelée blanche sur la surface des corps terrestres, & non dans l'air, est reconnu de tous les Physiciens.

On a donc de la gelee blanche toutes les fois que les petites gouttes d'eau, dont la rosee couvre les corps solides par lesquels elle est attirée, trouvent sur la surface de ces corps un froid assez considérable pour ôter à ces gouttelettes leur liquidité, & les changer en autant de petits glaçons. Celles de ces differentes gouttes qui se sont formées les premieres, sont aussi les premieres à se geler. A celles - ci il en succede d'autres qui se glacent de même, & ainsi de suite. Toutes ces particules d'eau très - deliées, & qui, comme nous venons de le dire, se sont glacées separement, s'unissent en un corps rare & leger. [p. 542] L'arrangement qu'elles prennent est sujet à plusieurs variétés, au - travers desquelles il est facile d'appercevoir quelque chose de constant. La gelée blanche est toûjours composée de plusieurs filets oblongs, diversement inclinés les uns par rapport aux autres, ce qu'on observe dans toutes les autres congelations.

Chacun des petits glaçons qui composent la gelée blanche, étant vû séparément au microscope, est transparent; cependant la gelée blanche considérée en total ne l'est point; les intervalles très - peu réguliers que laissent entr'eux les petits glaçons qui se touchent par un petit nombre de points, donnent lieu à une forte réflexion de la lumiere: de - là l'opacité & la blancheur. C'est ainsi que le verre est blanc, quand il est pulvérisé. La blancheur de la neige dépend de la même cause. Voyez Neige.

Vers la fin de l'autonne l'atmosphere se refroidit; bien - tôt ce refroidissement se communique à la terre, qui par - là acquiert la froideur nécessaire pour la formation de la gelée blanche. Pendant l'hyver la terre est souvent froide au terme de la glace, & au - dessous; lorsque le tems s'adoucit après quelques jours de gelée, la froideur de l'air surpasse pendant quelque tems celle de l'atmosphere, parce que les corps plus denses s'échauffent plus difficilement. Dans ces circonstances, si l'air est chargé de particules d'eau, on aura de la gelée blanche.

La gelée blanche doit être mise, comme la rosée, au nombre des météores aqueux. Voyez Météore.

Les corps que la rosée ne mouille point, ne se couvrent point de gelée blanche; ainsi on n'en voit jamais sur les métaux polis; au contraire elle est fort abondante sur le verre & la porcelaine, sur les plantes, & sur tous les autres corps qui attirent puissamment l'humidité de l'air. Voyez dans le recueil de l'académie des Sciences, année 1751. un excellent mémoire de M. le Roy docteur en Medecine, sur la suspension de l'eau dans l'air & sur la rosée. L'article Evaporation est du même auteur.

Dès que le soleil commence à faire sentir sa chaleur, la gelée blanche ne manque pas de se fondre & de se dissiper. Lorsqu'elle est fondue, elle se dissipe en deux manieres; ou elle entre dans les terres arides & dans les corps poreux, qui ont de la disposition à l'absorber; ou, ce qui est plus ordinaire, elle se réduit en vapeurs & s'éleve dans l'air.

La gelée blanche participe aux qualités souvent nuisibles de la rosée qui a servi à la former. De plus, par le froid qui l'accompagne, elle nuit à plusieurs plantes, sur - tout dans le printems, où les parties de la fructification qui alors commencent à paroître dans la plûpart des végétaux, sont fort tendres & fort délicates. Dans la même saison un soleil vif & ardent succede tout - à - coup à la grande froideur du matin; & ce contraste, toutes proportions gardées, n'est pas moins nuisible que celui que forme en hyver un dégel considérable & prompt après une forte gelée. Voyez ci - devant Gelée.

La gelée blanche ne differe pas essentiellement de ce qu'on appelle givre ou frimat. Voyez ci - après Givre. De Chales, Musschenbroek, Hamberger, Gerslen, &c. Article de M. de Ratte.

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