ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Amour conjugal (Page 1:369)

Amour conjugal. Les caracteres de l'amour conjugal ne sont pas équivoques. Un amant, dupe de lui - méme, peut croire aimer sans aimer en esset: un mari sait au juste s'il aime. Il a joüi: or la joüissance est la pierre de touche de l'amour; le véritable y puise de nouveaux feux: mais le frivole s'y éteint.

L'épreuve faite, si l'on connoît qu'on s'est mépris, je ne sai de remede à ce mal que la patience. S'il est possible, substituez l'amitié à l'amour: mais je n'ose même vous flatter que cette ressource vous reste. L'amitié entre deux époux est le fruit d'un long amour, dont la joüissance & le tems ont calmé les bouillans transports. Pour l'ordinaire sous le joug de l'hymen, quand on ne s'aime point on se hait, ou tout au plus les génies de la meilleure trempe se renferment dans l'indifférence.

Des vices dans le caractere, des caprices dans l'humeur, des sentimens opposés dans l'esprit, peuvent troubler l'amour le mieux affermi. Un époux avare prend du dégoût pour une épouse qui, pensant plus noblement, croit pouvoir régler sa dépense sur leurs revenus communs: un prodigue au contraire méprise une femme oeconome.

Pour vivre heureux dans le mariage, ne vous y engagez pas sans aimer & sans être aimé. Donnez du corps à cet amour en le fondant sur la vertu. S'il n'avoit d'autre objet que la beauté, les graces & la jeunesse, aussi fragile que ces avantages passagers, il passeroit bien - tôt comme eux: mais s'il s'est attaché aux qualités du coeur & de l'esprit, il est à l'épreuve du tems.

Pour vous acquérir le droit d'exiger qu'on vous aime, travaillez à le mériter. Soyez après vingt ans aussi attentif à plaire, aussi soigneux à ne point offenser, que s'il s'agissoit aujourd'hui de faire agréer votre amour. On ne conserve un coeur que par les mêmes moyens du'on a employés pour le conquérir. Des gens s'épousent, ils s'adorent en se mariant; ils savent bien ce qu'ils ont fait pour s'inspirer mutuellement de la tendresse; elle est le fruit de leurs égards, de leur complaisance, & du soin qu'ils ont eu de ne s'offrir de part & d'autre qu'avec un certain extérieur propre à couvrir leurs défauts, ou du moins à les empêcher d'être desagréables. Que ne continuent - ils sur ce ton là quand ils sont mariés? & si c'est trop, que n'ont - ils la moitié de leurs attentions passées? Pourquoi ne se piquent - ils plus d'être aimés quand il y a plus que jamais de la gloire & de l'avantage à l'être? Quoi, nous qui nous estimons tant, & presque toûjours mal à propos; nous qui avons tant de vanité, qui aimons tant à voir des preuves de notre mérite, ou de celui que nous nous supposons, faut - il que sans en devenir ni plus loüables ni plus modestes, nous cessions d'être orgueilleux & vains dans la seule occasion peut - être où il va de notre profit & de tout l'agrément de notre vie à l'être?

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