ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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AMMONIAC (Page 1:363)

AMMONIAC, sel AMMONIAC ou ARMONIAC, sal ammoniacus seu armeniacus. (Hist. nat.) Nous ne connoissons le sel ammoniac des anciens que par les descriptions qu'ils en ont laissées: autant que nous pouvons en juger aujourd'hui, il paroît que ce sel étoit assez semblable à notre sel gemme. Les anciens lui ont donné le nom de sel ammoniac, parce qu'on le trouvoit en Libye aux environs du temple de Jupiter - Ammon. Quelques - uns l'ont appellé sel armoniac, ou armeniac, peut - être à cause du voisinage de l'Ar<cb-> ménie. On ne sait pourquoi tant d'Auteurs ont dit que ce sel venoit de l'urine des chameaux, laquelle etant desséchée par l'ardeur du soleil, laissoit un sel sublimé sur les sables brûlans de l'Arabie & des autres lieux arides de l'Afrique & de l'Asie, où il passe beaucoup de chameaux pendant les longs voyages des caravanes: cette opinion est peut - être fondée sur ce que l'on a dit que l'urine des chameaux entre dans la composition du sel ammoniac, que l'on nous apporte aujourd'hui d'Egypte & de Syrie. Mais ce sel n'a de commun que le nom avec le sel ammoniac des anciens.

Nous connoissons aujourd'hui deux sortes de sel ammoniac, le naturel & le factice.

Le sel ammoniac naturel se tire des soufrieres de Pouzzol dans cette grande fosse dont il est fait mention à l'article de l'Alun. Voyez Alun. Il y a des fentes dans quelques endroits, d'où l'on voit sorir de la fumée le jour, & des flammes la nuit. On entasse sur ces fentes des monceaux de pierres; les évaporations salines qui sont continuellement élevées par les feux soûterrains, passent à travers ces monceaux, & laissent sur les pierres une suie blanche, qui forme après quelques jours une croûte de sel. On ramasse cette incrustation, & on lui donne le nom de sel ammoniac. Cette suie blanche ou ces fleurs ont vraiment un goût de sel; elles se fondent dans l'eau, & elles se crystallisent en tubes, qui ne paroissent pas différens de ceux du sel marin. Ce sel paroît approcher beaucoup du sel ammoniac des anciens; & il paroît qu'on en doit trouver de la même nature dans plusieurs autres endroits, où il se fait des évaporations de sel fossile par les feux soûterrains.

M. d'Herbelot rapporte dans sa Bibliotheque orientale, que dans le petit pays de Boton en Asie, il y a une grotte où l'on voit de la fumée pendant le jour, & des flammes pendant la nuit, & qu'il se condense sur les parois de cette cavité un sel ammoniac, que les habitans du pays appellent nuschader. La vapeur qui forme ce sel est si pénétrante, que les ouvriers qui travaillent dans cette grotte, y périssent lorsqu'ils y restent un peu trop long - tems.

Nous avons deux sortes de sel ammoniac factice; l'une vient des Indes; elle est de couleur cendrée & en pains de figure conique, comme nos pains de sucre. Nous tirons l'autre d'Egypte & de Syrie, par la voie de Marseille; elle est en forme de pains ronds & plats, d'un palme ou deux de diametre, & de trois ou quatre doigts d'épaisseur, concaves sur l'une des faces, & convexes sur l'autre, avec uno petite cavité au centre de cette face. Ces pains sont raboteux & de couleur cendrée au - dehors, & blanchâtres, transparens, & cannelés au - dedans. Leur goût est salé, acre & piquant. Cette seconde sorte de sel ammoniac est beaucoup plus commune que la premiere, qui commence à être fort rare en ce paysci.

Il y a eu plusieurs opinions sur la formation & sur la composition du sel ammoniac factice. Les uns disoient qu'il venoit des urines que les chameaux répandent sur les sables de la Libye, & que c'étoit le sel fixe de ces urines que la chaleur des sables faisoit sublimer; mais cela n'est rapporté par aucun auteur digne de foi. Cette opinion paroît aussi fausse, par rapport à notre sel ammoniac, que par rapport à celui des anciens, comme on l'a déjà dit. D'autres croyoient que pour faire le sel ammomac, on ramassoit l'urine des chameaux ou des autres bêtes de charge, qu'on la faisoit évaporer; & qu'après plusieurs lotions, on modeloit le résidu en forme de pains. Enfin d'autres prétendoient que ce sel étoit composé de cinq parties d'urine d'homme, d'une partie de sel marin & d'une demie - partie de suie; que l'on faisoit évaporer toute [p. 366] garni de feuilles entassées, soit petites & disposées en écailles à la partie où ce sarment ne porte point de follicules, soit de six feuilles plus longues qui environnent chaque follicule, comme si elles en étoient le calice. Trois de ces longues feuilles sont de la longueur d'un demi - pouce; & les trois autres sont un peu plus courtes: elles sont toutes minces, fibreuses, acres, odorantes, souvent retirées à leur sommet, rarement entieres, de sorte qu'à peine s'étendent - elles au - delà des grains de l'amome; ce qui vient, comme il est croyable, de ce qu'elles se froissent mutuellement, & se brisent à leur extrémité dans le transport. La grosseur & la figure de ces grains d'amome est semblable à celle d'un grain de raisin: ils ont une petite tête, ou plûtôt un petit mammelon à leur pointe, & à leur extérieur des filets très - minces, & des nervures comme des lignes dans toute leur longueur: ils ont encore trois petits sillons, & autant de petites côtes qui répondent aux trois rangs de graines qui remplissent l'intérieur des follicules, & qui sont chacun séparés par une cloison membraneuse. Chaque rang contient beaucoup de graines anguleuses, enveloppées d'une membrane mince, si étroitement que ces trois rangs ne forment que trois graines oblongues. La couleur du bois & des grappes est la même: dans les unes elle est pâle, dans d'autres blanche ou roussâtre; mais dans les follicules blancs, les graines sont ordinairement avortées, au lieu que dans les roussâtres, elles sont plus solides & plus parfaites. Ces graines sont anguleuses, d'un roux foncé en - dehors, & blanches en - dedans: mais elles sont plus solides que celles du cardamome. Les grappes ont une odeur vive qui approche de celle de la lavande ordinaire, mais plus douce: séparées de leurs follicules, les graines ont une odeur plus forte & plus acre, & qui tient de celle du camphre.

L'amome renferme beaucoup d'huile essentielle aromatique, subtile & volatile, qu'on en tire par la distillation après l'avoir fait macérer dans l'eau.

Il faut choisir le plus récent, le plus gros, assez pesant & rempli de grains bien nourris, de couleur purpurine, odorans, acres au goût; il en faut séparer la coque blanchâtre, qui n'est bonne à rien, afin d'avoir les grains purs & nets: on nous l'apporte des îles Philippines. Il incise, il digere, résiste au venin, chasse les vents, fortifie l'estomac; il donne de l'appétit & de la vigueur, & provoque les mois aux femmes.

L'amomum, ou sium aromaticum, sion officinarum, Tourn. Inst. 308. est une semence chaude, seche, atténuante, bonne pour lever les obstructions, chasser le gravier des reins, & exciter l'urine & les regles; elle passe pour alexipharmaque; on l'employe quelquefois pour l'amome véritable, celui dont nous avons donné d'abord la description. (N)

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