ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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ALÉSOIR (Page 1:254)

ALÉSOIR, s. m. en terme de la Fonderie des Canons, est une machine assez nouvellement inventée, qui [p. 255] sert à forer les canons, & à égaliser leur surface intérieure.

L'alésoir est composé d'une forte cage de charpente ABCD, (Planche de la Fonderie des Canons) établie sur un plancher solide EE, élevé de huit ou dix piés au - dessus du sol de l'attelier. Cette cage contient deux montans à languettes FF, fortement fixés à des pieces de bois GG, qui portent par leurs extrémités sur les traverses qui assemblent les montans de la cage. On appelle ces montans à languettes coulisses dormantes. Leurs languettes, qui sont des pieces de bois de quatre pouces d'équarrissage, clouées sur les montans, doivent se regarder & être posées bien d'aplomb, & parallelement dans la cage; leur longueur doit être triple, ou environ, de celle des canons qu'on y veut aléser.

Sur ces coulisses il y en a deux autres à rainure 22, qui s'y ajustent exactement. Ce sont ces dernieres qui portent les moises 333, entre lesquelles la piece de canon H se trouve prise; ensorte que les deux coulisses à rainure, les moises & la piece de canon, ne forment plus qu'une seule piece au moyen des gougeons à clavettes ou à vis qui les unissent ensemble; ensorte que le tout peut couler entre les deux coulisses dormantes par des cordages & poulies mouflées K K K K, attachées au haut de l'alésoir & à la culasse de la piece de canon. Le bout des cordages va se rouler sur un treuil L, aux deux extrémités duquel sont deux roues dentées MM du même nombre de dents. Les tourillons du treuil sont pris dans des colets, pratiqués entre les montans antérieurs de la cage & des dosses 44 qui y sont appliquées. Voyez même Planche, fig. 2.

Les deux roues dont nous venons de parler, engrennent chacune dans une lanterne N N d'un même nombre de fuseaux. Ces lanternes sont fixées sur un arbre commun PP, dont les tourillons sont pris de même par des colets, formés par les deux montans de la cage & les dosses 5 qui y sont appliquées. Les parties de cet axe qui excedent la cage, sont des quarrés sur lesquels sont montées deux roues à chevilles OO, au moyen desquelles les ouvriers font tourner les lanternes fixées sur le même axe, & les roues dentées qui y engrennent; & par ce moyen, élever ou baisser les moises, les coulisses à rainares, & la piece de canon qui leur est assujettie par les cordages qui se roulent sur le treuil ou axe des roues dentées MM.

Sur le sol de l'attelier, directement au - dessous des coulisses dormantes, est fixé un bloc de pierre Q solidement maçonné dans le terre - plein. Cette pierre porte une crapaudine de fer ou de cuivre R, qui doit répondre directement aplomb au - dessous de la ligne parallele aux languettes des coulisses dormantes, & qui sépare l'espace qu'elles laissent entre - elles en deux parties égales. Nous appellerons cette ligne la ligne de foi de l'alésoir. C'est dans cette ligne qui est à plomb, que l'axe vrai de la piece de canon, dont la bouche regarde la crapaudine, doit se trouver, ensorte que le prolongement de cet axe, qui doit être parallele aux languettes des coulisses dormantes, passe par cette crapaudine.

Toutes ces choses ainsi disposées, & la machine bien affermie, tant par des contrevents que par des traverses qui unissent les montans à la charpente du comble de l'attelier, on présente le foret à la bouche du canon, s'il a été fondu plein, pour le forer, ou s'il a été fondu avec un noyau, pour faire sortir les matieres qui le composent. Le foret a (fig. 3.) est fait en langue de carpe, c'est - à - dire à deux biseaux; il est terminé par une boîte d, dans laquelle entre la partie quarrée b de la tige du foret, qui est une forte barre de ser, ronde dans la partie qui doit entrer dans le canon, & terminée en pivot par sa partie inférieu<cb-> re, laquelle porte sur la crapaudine R dont on a parlé.

A trois ou quatre piés au - dessus de la crapaudine est fixée sur la tige du foret, qui est quarré en cet endroit, une forte boîte de bois ou de fer S, au - travers de laquelle passent les leviers ST que des hommes ou des chevaux font tourner. Au moyen de ce mouvement & de la pression de la piece de canon sur la pointe du foret, on vient à - bout de la percer aussi avant que l'on souhaite. Les parties que le foret détache, & qu'on appelle alésures, sont reçûes dans une auge V posée sur la boîte des leviers, ou suspendue à la partie inférieure des coulisses dormantes.

Lorsque la piece est forée assez avant, ce que l'on connoît lorsque la bouche du canon est arrivée à une marque faite sur la tige du foret, à une distance convenable de sa pointe, on l'éleve au moyen du rouage expliqué ci - devant, jusqu'à ce que le foret soit sorti de la piece. On démonte ensuite le foret de dessus sa tige, & on y substitue un alésoir ou équarrissoir à quatre couteaux. L'alésoir représenté, figure 3. est une boîte de cuivre D de forme cylindrique, au milieu de laquelle est un trou quarré, capable de recevoir la partie quarrée & un peu pyramidale B de la tige sur laquelle précédemment le foret étoit monté. Cette boîte a quatre rainures en queue d'aronde, paralleles à son axe, & dans lesquelles on fait entrer quatre couteaux d'acier trempé. Ces couteaux sont des barres d'acier C en queue d'aronde, pour remplir les rainures de la boîte. Ils entrent en coin par la partie supérieure, pour qu'ils ne puissent sortir de cette boîte, quoique la piece de canon les pousse en embas de toute sa pesanteur. Les couteaux doivent excéder de deux lignes, ou environ, la surface de la boîte, & un peu moins par le haut que par le bas, pour que l'alésoir entre facilement dans la piece de canon, dont on accroît l'ame avec cet outil, en faisant tourner la tige qui le porte comme on a fait pour forer la piece.

Après que cet alésoir a passé dans la piece, on en fait passer un autre de cinq couteaux, & on finit par un de six, où les surfaces tranchantes des couteaux sont paralleles à l'axe de la boîte, & seulement un peu arrondies par le haut pour en faciliter l'entrée. Cet alésoir efface toutes les inégalités que les autres peuvent avoir laissées, & donne à l'ame du canon la forme parfaitement cylindrique & polie qu'elle doit avoir.

Le canon ainsi alésé, est renvoyé à l'attelier des Cizeleurs où on l'acheve & repare. On y perce aussi la lumiere; & il en sort pour être monté sur son affut. Il est alors en état de servir, après néanmoins qu'il a été éprouvé. Voyez Canon.

On a pris le parti de fondre les canons solides, & de les forer & aléser à l'aide de cette machine, parce qu'on est sûr par ce moyen de n'avoir ni soufflures, ni chambres; inconvéniens auxquels on est plus exposé en les fondant creux par le moyen d'un noyau. Le premier alésoir a été construit à Strasbourg. On en fit long - tems un secret, & on ne le montroit point. Il y en a maintenant un à l'arsenal de Paris que tout le monde peut voir. Un seul alésoir suffit pour trois fourneaux; cette machine agissant avec assez de promptitude, elle peut forer autant de canons qu'on en peut fondre en une année dans un attelier.

Alésoir (Page 1:255)

Alésoir, outil d'Horlogerie, espece de broche d'acier trempé. Pour qu'un alésoir soit bien fait, il faut qu'il soit bien rond & bien poli, & un peu en pointe. Il sert à rendre les trous durs, polis & bien ronds. Ces sortes d'outils sont enmanchés comme une lime dans un petit manche de bois, garni d'une virole de cuivre. Leur usage est de polir intérieurement & d'accroître un peu les trous ronds dans les<pb-> [p. 256] quels on les fait tourner à force. Voyez fig. 39. Pl. XIV. d'Horlogerie. (T)

Alésoir (Page 1:256)

Alésoir, en terme de Doreur, est une autre espece de foret qui se monte sur un fut de vilebrequin. On s'en sert pour équarrir les trous d'une piece. Voyez la fig. 22. Pl. du Doreur.

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