ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Aiguille (Page 1:203)

Aiguille, s. f. petit instrument d'acier trempé, délié, poli, & ordinairement pointu par un bout, & percé d'une ouverture longitudinale par l'autre bout. Je dis ordinairement, & non pas, toûjours percé & pointu; parce qu'entre les instrumens qui portent le nom d'aiguille, & à qui on a donné ce nom, à cause de l'usage qu'on en fait, il y en a qui sont pointus & non percés, d'autres qui sont percés & non pointus, & d'autres encore qui ne sont ni pointus ni percés. De toutes les manieres d'attacher l'un à l'autre deux corps flexibles, celle qui se pratique avec l'aiguille est une des plus étendues. Aussi distingue - t - on un grand nombre d'aiguilles différentes. On a les aiguilles à coudre ou de tailleur, les aiguilles de chirurgie, d'artillerie, de bonnetier ou faiseur de bas au métier, d'horloger, de cirier, de drapier, de guainier, de perruquier, de coëffeuse, de faiseuse de coëffe à perruque, de piqueur d'étuis, tabatieres & autres semblables ouvrages, de sellier, d'ouvrier en soie, de brodeur, de tapissier, de chandelier, d'embaleur, à matelas, à empointer, à tricoter, à enfiler, à presser, à brocher, à relier, à nater, à boussole ou aimantée, &c. sans compter les machines qu'on appelle du nom d'aiguille, par le rapport de leur forme avec celle de l'aiguille à coudre. Voyez Aiguille, Architecture.

Aiguille de tailleur ou à coudre. Cette aiguille qui semble avoir donné son nom à toutes les autres sortes, se fabrique de la maniere suivante. Ayez de l'acier d'Allemagne ou de Hongrie; mais surtout de Hongrie, car celui d'Allemagne commence à dégénérer. Voyez l'article Acier. Faites pas<cb-> ser cet acier soit au charbon de terre, soit au charbon de bois, selon l'endroit où vous fabriquerez. Mettez - le chaud sous le martinet pour lui ôter ses angles, l'étirer & l'arrondir. Lorsqu'il sera fort étiré & qu'il ne pourra plus soûtenir le coup du martinet, continuez de l'étirer & de l'arrondir au marteau. Ayez une filiere à différens trous; faites passer ce fil par un des grands trous de votre filiere, & trifilez - le. Ce premier trifilage s'appelle dégrossir. Quant aux machines dont on se sert pour trifiler. Voyez les articles épinglier & trifilerie. Après le premier trifilage oû le dégrossi, donnez un second trifilage par un plus petit trou de votre filiere, après avoir fait chauffer votre fil; puis un troisieme trifilage par un troisieme trou plus petit que le second. Continuez ainsi jusqu'à ce que votre fil soit réduit par ces trifilages successifs au degré de finesse qu'exige la sorte d'aiguilles que vous voulez fabriquer. Mais observez deux choses, c'est qu'il semble que la facilité du trifilage demande un acier ductile & doux, & que l'usage de l'aiguille semble demander un acier fin, & par conséquent très - cassant. C'est à l'ouvrier à choisir entre tous les aciers, celui où ces deux qualités sont combinées de maniere que son fil se tire bien, & que les aiguilles aient la pointe fine, sans être cassantes. Mais comme il y a peu d'ouvriers en général qui entendent assez bien leurs intérêts, pour ne rien épargner quand il s'agit de rendre leur ouvrage excellent; il n'y a guere d'aiguilliers qui ne disent que plus on casiera d'aiguilles, plus ils en vendront; & qui ne les fassent de l'acier le plus fin, d'autant plus qu'ils ont répandu le préjugé que les bonnes aiguilles devoient casser. Les bonnes aiguilles cependant ne doivent être ni molles ni cassantes. Graissez votre fil de lard, à chaque trifilage, il en sera moins revêche & plus docile à passer par les trous de la filiere.

Lorsque l'acier est suffisamment trifilé, on le coupe par brins à - peu - près d'égale longueur; un ouvrier prend de ces brins autant qu'il en peut tenir les uns contre les autres étendus & paralleles, de la main gauche. Voyez cet ouvrier aiguillier Pl. I. fig. 1. a. II est assis devant un banc. Ce banc est armé d'un anneau fixe à son extrémité c. Il est échancré circulairement à son extrémité b. L'anneau de l'extrémité c reçoit le bout long, de la branche d'une cisaille ou force d. A l'échancrure circulaire b, est ajusté un seau rond; l'ouvrier tient l'autre branche de la cisaille de la main droite a, & coupe les brins de fil d'acier qui tombent dans le seau. Ces bouts de fil d'acier coupés passent entre les mains d'un second ouvrier qui les palme. Palmer les aiguilles, c'est les prendre quatre à quatre, plus ou moins, de la main gauche, par le bout qui doit faire la pointe, placé entre le pouce & l'intervalle de la troisieme & de la seconde jointure de l'index, de les tenir divergentes, & d'en applatir sur l'enclume l'autre bout. Ce bout fera le cul de l'aiguille. Voyez fig. 4. un ouvrier qui palme: Voyez la même manoeuvre, même Planche figure 16. k est la main de l'ouvrier palmeur: l sont les aiguilles à palmer sur l'enclumeau. On conçoit aisément que ce petit applatissement fera de la place à la pointe de l'instrument qui doit percer l'aiguille: mais pour faciliter encore cette manoeuvre, on tache d'amollir. la matiere. Pour cet effet, on passe toutes les aiguilles palmées par le feu, on les laisse refroidir; & un autre ouvrier tel que celui qu'on voit fig. 2. assis devant un billot à trois piés d, prend un poinçon à percer, l'applique sur une des faces applaties de l'aiguille, & frappe sur le poinçon; il en fait autant à l'autre face applatie, & l'aiguille est percée. On voit cette manoeuvre séparée, même Planche, fi<pb-> [p. 204] gure 15. n est la main de l'ouvrier armée du marteau à percer; m est l'autre main avec le poinçon. On apperçoit sous le poinçon l'aiguille, & l'aiguille est posée sur l'enclumeau. On transporte les aiguilles percées sur un bloc de plomb, où un ouvrier qu'on voit fig. 3. ôte à l'aide d'un autre poinçon le petit morceau d'acier qui est resté dans l'oeil de l'aiguille, & qui le bouche. Cet ouvrier s'appelle le troqueur; & sa manoeuvre, troquer les aiguilles. Les aiguilles troquées passent entre les mains d'un ouvrier qui pratique à la lime cette petite rainure qu'on apperçoit des deux côtés du trou & dans sa direction; c'est ce qu'on appelle les évider. Quand les aiguilles sont évidées; & que la canelle ou la rainure ou la railure est faite, & le cul de l'aiguille arrondi, ce qui est encore de l'affaire de l'évideur; on commence à former la pointe à la lime; ce qui s'appelle pointer l'aiguille; & de la même manoeuvre, on en forme le corps, ce qui s'appelle dresser l'aiguille. Quand les aiguilles sont pointées & dressées, on les range sur un fer long, plat, étroit & courbé par le bout. Voyez ce fer en p, fig. 13. avec la pince dont on prend ce fer, quand il est chaud. Quand il est tout couvert, on fait rougir sur ce fer les aiguilles, à un feu de charbon. Rouges on les faits tomber dans un bassin d'eau froide pour les tremper. C'est cette opération qu'on voit même Pl. fig. 5. c'est la plus délicate de toutes. C'est d'elle que dépend toute la qualité de l'aiguille. Trop de chaleur brûle l'aiguille; trop peu la laisse molle. Il n'y a point de regle à donner la - dessus. C'est l'expérience qui forme l'oeil de l'ouvrier, & qui lui fait reconnoître à la couleur de l'aiguille quand il est temps de la tremper. Après la trempe, se fait le recuit. Pour recuire les aiguilles, on les met dans une poele de fer, sur un feu plus ou moins fort, selon que les aiguilles sont plus ou moins fortes. L'effet du recuit, est de les empêcher de se casser facilement. Il faut encore avoir ici grande attention au degré de la chaleur. Trop de chaleur les rend molles & détruit la trempe; trop peu, les laisse inflexibles & cassantes. Il arrive aux aiguilles dans la trempe, où elles sont jettées dans l'eau fraîche, de se courber, de se tordre & de se défigurer. C'est pour les redresser & les restituer dans leur premier état, qu'on les a fait recuire. On les redresse avec le marteau; cette manoeuvre s'appelle dresser les aiguilles de marteau. Il s'agit ensuite de les polir. Pour cet effet, on en prend douze à quinze mille qu'on range en petits tas, les uns auprès des autres, sur un morceau de treillis neuf couvert de poudre d'émeri. Quand elles sont ainsi arrangées, on répand dessus de la poudre d'émeri; on arrose l'émeri d'huile; on roule le treillis; on en fait un espece de bourse oblongue, en le liant fortement par les deux bouts, & le serrant par tout avec des cordes. Voyez fig. 24. les aiguilles rangées sur le treillis, & fig. 12. le treillis roulé & mis en bourse. On prend cette bourse ou ce rouleau; on le porte sur la table à polir; on place dessus une planche épaisse, chargée d'un poids & suspendue par deux cordes. Un ou deux ouvriers font aller & venir cette charge sur le rouleau ou la bourse, pendant un jour & demi & même deux jours de suite. Par ce moyen, les aiguilles enduites d'émeri sont continuellement frottées les unes contre les autres selon leur longueur, & se polissent insensiblement. V. cette manoeuvre même Pl. fig. 6. L est la table; M est la planche; n est le poids dont elle est chargée; o o les cordes qui tiennent le tout suspendu; p l'ouvrier. On peut polir de plusieurs manieres; à deux, ou à un: à deux, le poids est suspendu par quatre cordes égales, & la table est horisontale: à un, il n'y a que deux cordes & la table est inclinée. L'ou<cb-> vrier tire la chargè, & la laisse ensuite aller. E Allemagne, on fait aller ces machines ou d'autres semblables par des moulins à eau. La machine qu'on voit figure 6 s'appelle polissoire; & son effet est le poliment. Lorsque les aiguilles sont polies, on délie les deux extrémités du rouleau, s'il n'y en avoit qu'un sous la polissoire; car on peut très - bien y en mettre plusieurs. Le rouleau délié; on jette les aiguilles dans de l'eau chaude & du savon; ce mêlange en détache le camboui formé d'huile, de parties d'acier & de parties d'émeri dont elles sont enduites; & cette manoeuvre s'appelle lessive. Lorsque les aiguilles sont lessivées; on prend du son humide, qu'on étale; on répand les aiguilles encore humides sur ce son. Elles s'en couvrent, en les remuant un peu. Quand elles en sont chargées, on les jette avec ce son dans une boëte ronde qui est suspendue en l'air par une corde & qu'on agite jusqu'à ce qu'on juge que le son, & les aiguilles sont secs & sans humidité. C'est ce qu'on entend par vanner les aiguilles. Mais il est plus commode d'avoir pour van, une machine telle qu'on la voit fig. 8. même Planche. C'est une boîte a b quarrée, traversée par un axe, à une des extrémités duquel est une manivelle qui met en mouvement la boîte, avec le son & les aiguilles qu'elle contient. Après que les aiguilles sont nettoyées par le van, où on a eu le soin de les faire passer par deux ou trois sons différens, on les en tire, en ouvrant la porte b du van qui est tenue barrée. On les met dans des vases de bois. On les trie. On sépare les bonnes des mauvaises; car on se doute bien qu'il y en a un bon nombre dont la pointe ou le cul s'est cassé sous la polissoire & dans le van. Ce triage, & l'action de leur mettre à toutes la pointe du même côté, s'appelle détourner les aiguilles: il n'est plus question que de les empointer, pour les achever. C'est ce qu'un ouvrier placé comme dans la fig. 7. exécute sur une pierre d'émeri qu'il fait tourner comme on voit même fig. tenant la manivelle de la roue d'une main, & roulant la pointe de l'aiguille sur la pierre d'émeri qui est en mouvement. Voilà enfin le travail des aiguilles achevé. La derniere manoeuvre que nous venons de décrire s'appelle l'affinage.

Lorsque les aiguilles sont affinées, on les essuie avec des linges mollets, secs, & plûtôt gras & huilés qu'humides. On en fait des comptes de deux cens cinquante qu'on empaquete dans de petits morceaux de papier bleu que l'on plie proprement. De ces petits paquets on en forme de plus gros qui contiennent jusqu'à cinquante milliers d'aiguilles de différentes qualités & grosseurs; on les distingue par numero. Celles du numero 1 sont les plus grosses; les aiguilles vont en diminuant de grosseur jusqu'au numero 22, qui marque les plus petites. Les 50 milliers sont distribués en treize paquets, douze de 4 milliers, & un paquet de deux milliers. Le paquet de quatre milliers est distribué en quatre paquets d'un millier, & le paquet d'un millier en quatre paquets de deux cens cinquante. Chaque paquet porte le nom & la marque de l'ouvrier. Le paquet de deux cens cinquante est en gros papier bleu; les autrès en papier blanc; tous sont encore couverts de gros papiers blancs en six ou sept doubles, qui font leur enveloppe commune: cette enveloppe est bien ficelée; on la recouvre de deux vessies de cochon qu'on ficelle, & les vessies de cochon, d'une grosse toile d'emballage. Toutes ces précautions sont nécessaires, si l'on ne veut pas que les aiguilles se rouillent. Le paquet tel que nous venons de le former, est marqué à l'extérieur avec de l'encre, des différens numeros des aiguilles qui y sont contenues.

Ce sont les Merciers & les Aiguilliers - Alèniers qui [p. 205] font le négoce des aiguilles; il est considérable on les tire de Rouen & d'Evreux. L'Allemagne en fabrique beaucoup; il en vient sur - tout d'Aix - la - Chapelle. On n'en fabrique plus guere à Paris; si on y trouve encore quelques Aiguilliers, ce sont de ceux qui font de grandes aiguilles à broder, pour la tapisserie, pour les métiers à bas; en un mot des seules sortes qui se font à peu de frais, & qui se vendent cher. Il y a des aiguilles à tapisserie qu'on vend jusqu'à six sols la piece. Il n'étoit guere possible qu'une Communauté d'ouvriers fabriquant l'aiguille à coudre, qui demande tant de préparations, & qui se donne à si bon marché, se formât & se soûtînt dans une ville capitale où les vivres sont chers, à moins qu'elle n'en eût eu le privilége exclusif: mais il me semble qu'il n'y a qu'un seul cas où les priviléges exclusifs puissent être accordés sans injustice; c'est celui ou c'est l'inventeur d'une chose utile qui le demande. Il faut récompenser les inventeurs, afin d'exciter entre les sujets d'un état l'esprit de recherche & d'invention: mais accorder à une Compagnie le privilége exclusif de la fabrication d'un ouvrage que beaucoup de gens peuvent faire, c'est vouloir que cet ouvrage, au lieu de se perfectionner, aille toûjours en dégénérant, & soit toûjours vendu plus cher; le fabriquant privilégié sûr de vendre, met à ce qu'il fait le moins d'étoffe & de perfection qu'il peut; & le Marchand est contraint d'acheter sans mot dire. Dans l'impossibilité de se mieux pourvoir ailleurs, il faut qu'il se contente de ce qu'il trouve.

Les aiguilles à Tailleur se distribuent en aiguilles à boutons, à galons, & à boutonnieres, & en aiguilles à rabattre, à coudre, & à rentraire. L'aiguille dont le Tailleur se sert pour coudre, rentraire, & rabattre, est la même: mais entre les Tailleurs, les uns font ces manoeuvres avec une aiguille fine, les autres avec une aiguille un peu plus grosse. Il en est de même des aiguilles à boutons, à galons, & à boutonnieres; il ne seroit pourtant pas mal de prendre l'aiguille à boutons & à galons, un peu plus forte que l'aiguille à boutonnieres, parce qu'elle a plus de résistance à vaincre.

Les Chirurgiens se servent d'aiguilles ordinaires pour coudre les bandes, & autres pieces d'appareils. Il y en a de particulieres pour différentes opérations. On se sert d'aiguilles pour la réunion des plaies & pour la ligature des vaisseaux. Ces aiguilles sont courbes (V. les figures 6 & 7. Pl. III.) on y considere trois parties, la tête, le corps, & la pointe. La tête doit avoir moins de volume que le corps; elle est percée d'une ouverture longuette entre deux rainures latérales plus ou moins profondes, suivant la dimension de l'aiguille. L'usage de ces rainures est de contenir une partie des fils qui traversent l'oeil, afin qu'ils passent facilement dans les chairs. Les rainures & l'oeil doivent se trouver du côté des tranchans. Le corps de l'aiguille commence où finissent les rainures; il doit être rond, & commencer un triangle en approchant de la pointe. La pointe est la partie la plus large de l'aiguille: elle doit en comprendre le tiers. Elle forme un triangle dont la base est plate en - dehors; les angles qui terminent cette surface sont tranchans, & par conséquent très - aigus. Le commencement de cette pointe est large, & diminue insensiblement jusqu'à l'extrémité qui doit être assez fine pour faire le moins de douleur qu'il est possible, mais en même tems assez solide pour ne point s'émousser en perçant le tissu de la peau. La base du triangle dont nous avons parlé forme le ds ou la convexité de l'aiguille; la surface concave est double: ce sont deux biseaux séparés par une vive arrête. Par cette constraction, le corps & la tête armée des fils passent facilement par l'ouverture que la pointe a faite; & le Chirurgien ne risque point de se blesser, le corps de l'aiguille n'étant point tranchant; condition que la plûpart des Couteliers négligent. La courbure mal faite donne une grande imperfection aux aiguilles; & cette imperfection est commune. Il ne faut pas que la courbure soit particulierement affectée à la pointe; tout le corps de l'aiguille doit contribuer à former un arc; car l'aiguille en pénétrant à une certaine distance d'une levre de la plaie pour passer par son fond, & sortir à pareille distance de l'autre levre, doit décrire une ligne courbe dans toute son étendue; & si toute l'aiguille ne contribue pas également à la formation de sa courbure, l'opération sera très - douloureuse, & sujette à accidens; parce que la tête & le corps formant unc ligne droite, ne pourroient traverser les chairs qu'en froissant considérablement le passage. Il y a des aiguilles de différentes grandeurs & de différens degrés de courbure, selon la profondeur des plaies; on proportionne toûjours le volume du fil à celui des aiguilles, comme l'aiguille à la plaie. Voyez Plaie.

Les aiguilles pour la suture des tendons (Voyez fig. 8. Pl. III.) ont le corps rond; la pointe ne coupe point sur les côtés: elles sont plates par cette extrémité où il n'y a qu'un tranchant dans la concavité, la partie convexe étant arrondie & mousse; cette construction a été imaginée pour que l'aiguille ne fasse qu'écarter les fibres tendineuses qui sont disposées parallelement. L'oeil de cette aiguille doit par la même raison répondre à son tranchant & à son dos, afin que le fil passe plus facilement, & n'écarte pas la plaie. Les habiles Chirurgiens ne se servent pas de suture pour la réunion des tendons, ce qui supprime l'usage de ces aiguilles. Voyez Plaie des tendons.

Les aiguilles pour le bec de lievre (fig. 9. Pl. III.) sont toutes droites; leur corps est exactement cylindrique, & elles n'ont point d'oeil. Leur pointe est applatie, tranchante sur les côtés, & a la forme d'une langue de vipere, afin de couper en perçant, & de faire une voie large au reste de l'aiguille. Quelques Praticiens veulent que ces aiguilles soient d'or, pour ne se point rouiller dans la plaie.

M. Petit a imaginé des épingles d'or ou d'argent à deux têtes pour l'opération du bec de lievre. (fig. 11. Pl. III.) Les aiguilles qui sont destinées à les conduire sont en forme de lardoires. (fig. 10. Pl. III.) Leur corps est cylindrique; leur tête est fendue pour loger une extrémité des épingles: la pointe est un peu courbe, triangulaire, & tranchante sur les côtés. Voyez Bec de lievre.

Il y a une aiguille particuliere pour la ligature de l'artere intercostale. On en doit l'invention à M. Goulard, Chirurgien de Montpellier, & de la Société Royale des Sciences de cette ville. Elle ressemble à une petite algalie; sa tête est en plaque, son corps qui a trois pouces de longueur, est cylindrique: sa pointe qui est tranchante sur les côtés, & percée de deux trous, est à l'extrémité d'un demi - cercle capable d'embrasser une côte. Il y a une rainure sur la convexité pour loger les fils. Nous parlerons de ce moyen en parlant de la ligature de l'artere intercostale.

Les aiguilles à abattre la cataracte (fig. 12. Planche XXIII.) sont montées sur un manche d'ivoire, de bois, ou de métal, de trois pouces de long: elles sont droites, & la pointe est à langue de serpent bien tranchante. Il faut en avoir qui aient une petite rainure le long de leur corps pour conduire une lancette en cas de besoin. Ces aiguilles doivent être d'un acier bien pur & bien trempé; leur longueur au - delà du manche est d'un pouce trois ou quatre lignes; le manche peut leur servir d'étui. Voyez Cataracte.

L'aiguille à anevrisme (fig. 18. Pl. III.) a le corps cylindrique, sa tête est une petite palette qui sert à la tenir avec plus de sûreté; sa courbure est grande, & forme une panse pour donner plus de jeu à l'ins<pb-> [p. 206] trument. La pointe au lieu d'être triangulaire, comme aux autres aiguilles, est un cylindre applati dont les côtés sont obtus. L'extrémité de la pointe ne pique point; elle a un oeil à quelques lignes de sa pointe. On trouve une aiguille de cette forme, mais un peu plus matérielle, dans Ambroise Paré à l'article du point doré pour les hernies. Je n'ai pas pû découvrir à qui l'on devoit la perfection & l'application de cet instrument à l'opération de l'anevrisme. Saviard, Obs. 7. décrit cette aiguille dans l'appareil préparé pour l'opération d'un anevrisme en 1691, & en parle comme d'un instrument d'usage ordinaire. Voyez Anevrisme.

M. Petit a imaginé une aiguille pour l'anevrisme (Pl. XIX. fig. 3.) elle est plate, large, & un peu courbée en S. Elle a vers sa pointe qui est mousse deux ouvertures dans lesquelles on fait passer les deux bouts d'un ruban composé de trois ou quatre brins de fil. Lorsque cette aiguille est passée sous l'artere; on coupe l'anse du fil qu'elle portoit, & les deux bouts se trouvent d'un seul coup d'aiguille placés aux endroits où il faut faire la ligature. Cette aiguille convient aux anevrismes faux; on ne peut pas s'en servir aux anevrismes par dilatation, parce qu'il faudroit que la pointe de cette aiguille fût plus large que la poche, afin de porter d'un seul coup les fils au lieu où il le faut; & en outre il faudroit autant d'aiguilles qu'il peut y avoir de degrés différens de dilatation.

Il y a une aiguille pout l'opération de la fistule à l'anus; (Pl. XXVI. fig. 13.) cette aiguille doit être d'un argent mou & fort pliant: elle est longue de sept pouces, épaisse d'une demi - ligne, large de deux lignes à l'endroit de sa tête, & diminuant doucement pour se terminer en pointe. Il y a une ouverture ou chas de sept lignes de longueur à la tête de cet instrument; & on pratique sur une de ses surfaces une rainure qui commence à quelques lignes de son ouverture, & finit à quelques lignes de sa pointe. L'ouverture sert en cas de besoin à passer un séton, & la rainure à conduire un bistouri pour ouvrir un sinus, si on le juge à propos.

Il faut aussi que le Chirurgien porte dans son étui une aiguille à sétons. Je ne désigne pas par - là un mauvais instrument piquant & tranchant en forme de carrelet, pour percer la peau dans l'opération du séton, mais j'entends un stylet d'argent boutonné par une de ses extrémités, & avant à l'autre un oeil ou chas propre à porter une bandelette de linge effilée qu'on nomme séton, pour entretenir la communication de deux plaies. Voyez Séton & Opération du séton.

Comme il peut se trouver des plaies qui percent la cuisse de part en part, il faut que ie Chirurgien ait une aiguille fort longue; on la fait de deux pieces qui ont chacune environ cinq pouces de longueur. Une de ces pieces peut être appellée mâle, & l'autre femelle: celle - là a son extrémité antérieure boutonnée, & son autre extrémité est en vis. La piece femelle a un écrou dans son extrémité antérieure, & un oeil ou chas à son autre bout qui sert de tête à l'instrument. (Y)

* Ce sont les Couteliers qui font ces aiguilles; elles se forgent, s'émoulent, & se polissent comme les autres ouvrages de ces ouvriers. Voyez l'article Coutelier.

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