ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Aigle a queue blanche (Page 1:195)

Aigle a queue blanche. Cet oiseau tire son nom de la couleur blanche qu'il a sur la queue, selon la description que Willughby a faite d'un mâle de cette espece dans son Ornithologie, page 31. Il pese huit livres & demie; il a environ deux piés & demi depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & seulement vingt - six à vingt - sept pouces si on ne prend la longueur que jusqu'au bout des pattes; l'envergure est de six piés quatre pouces. Le bec a presque deux pouces de longueur depuis la pointe jusqu'aux narines, & trois jusqu'aux angles de la bouche, & presque trois jusqu'aux yeux. Le bec a près d'un pouce un quart de largeur; l'extrémité crochue de la partie supérieure du bec excede presque d'un pouce la partie inférieure: l'ouverture des narines est longue d'un demi - pouce, & se trouve dans une direction oblique. Le bec est d'un jaune clair, de même que la peau qui recouvre sa base & qui environne les narines. La langue est large, charnue, & noire par le bout; son impression est marquée sur le palais par une cavité; il a de grands yeux enfoncés sous une prééminence de l'os du front. Ses yeux sont de couleur de noisette pâle. Willughbi en avoit vû d'autres de la même espece avec des yeux jaunes & rouges; celui - ci a les piés d'une couleur jaune claire avec de grands ongles crochus; celui de derriere, qui est le plus grand, a un pouce de longueur; le doigt du milieu a deux pouces. La tête de l'oiseau est blanchâtre; la côte des petites plumes pointues est noire: il n'y a point de plumes entre les yeux & les narines, mais cet espace est couvert de soies cotoneuses par le bas. Les plumes du cou sont fort étroites, & les premieres un peu roussâtres. Le croupion est noirâtre, & tout le reste du corps de couleur de fer. Il y a environ vingt - sept grandes plumes dans chaque aile, qui sont très - bonnes pour écrire; la troisieme & la quatrieme sont les plus longues; la seconde a un demi - pouce de moins que la troisieme, & la premiere environ trois pouces & demi moins que la seconde. Toutes les grandes plumes des ailes sont noirâtres, & les plus petites sont de couleur cendrée par le bord. Les ailes repliées ne vont pas jusqu'au bout de la queue. La queue est composée de douze plumes, & longue de près de onze pouces; la partie supérieure des plumes est blanchâtre, & l'inférieure noire. Willughbi avoit vû un autre oiseau de cette espece, dont la queue étoit blanche à son origine, & noire par le bout. Dans celui - ci les plumes extérieures de la queue sont moins longues que celles du milieu, & leur longueur diminue par degrés à mesure qu'elles en sont éloignées.

Willughby trouva cet aigle à Venise, & il le rapporta à l'espece dont il s'agit à cause du blanc de la queue. La couleur de la tête & du bec de cet oiseau suffit, selon l'auteur qui vient d'être cité, pour le distinguer de l'aigle royal, dont la queue est traversée par une bande blanche.

Cette description de l'aigle à queue blanche, n'est pas d'accord avec celle d'Aldrovande dans son Ornithologie, liv. 11. cap. 5.

Il y a des aigles sur le mont Caucase, sur le Taurus, au Pérou, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, en Suede, en Danemarc, en Prusse, en Russie, & en général dans tout le Séptentrion, où ils trouvent des oiseaux aquatiques qui sont aisés à prendre parce - qu'ils volent difficilement, & quantité d'animaux, &c. Ils habitent les rochers les plus escarpés, & les arbres les plus élevés. Ils se plaisent dans les lieux les plus reculés & les plus solitaires, fuyant non - seulement les hommes & leurs habitations, mais aussi le voisinage des autres oiseaux de proie. Il y a deux especes d'aigles qui semblent être plus familiers: l'aigle à queue blanche, qui approche des villes & qui séjourne dans les bois & dans les plaines; & le huard qui reste sur les lacs & les étangs. En général ils se nourrissent de la chair des poissons, des crabes, des tortues, des serpens, des oiseaux, tels que les pigeons, les oies, les cygnes, les poules, & beaucoup d'autres. Ils n'épargnent pas même ceux de leur espece, lorsqu'ils sont affamés. Ils enlevent les lievres; ils attaquent & ils déchirent les brebis, les daims, les chevres, les cerfs, & même les taureaux; enfin ils tombent sur toute sorte d'animaux, & quelquefois le berger n'est pas en sûreté contr'eux auprès de son troupeau. L'aigle est très - chaud. On a prétendu qu'il s'approchoit jusqu'à trente fois au moins de sa femelle en un seul jour; & on a ajoûté que la femelle ne refusoit jamais le mâle même après l'avoir reçu tant de fois. Les aigles font leur aire sur les rochers les plus escarpés ou sur le sommet des arbres les plus élevés. Quelquefois les bâtons dont l'aire est composée tien [p. 196] nent d'un côté à un rocher & de l'autre à des arbres. On a vû des aires qui avoient jusqu'à six piés en quarré; elles sont revêtues de morceaux de peaux de renard ou de lievre & d'autres pelleteries pour tenir les oeufs chauds. La ponte est ordinairement de deux oeufs, & rarement de trois: ils les couvent pendant vingt ou trente jours; la chaleur de l'incubation est très - grande: on croît qu'il n'éclôt ordinairement qu'un seul aiglon: le pere & la mere ont grand soin de leurs petits; ils leur apportent dans leur bec le sang des animaux qu'ils ont tués, & ils leur fournissent des alimens en abondance, souvent même des animaux, comme des lievres, ou des agneaux encore vivans sur lesquels les aiglons commencent à exercer leur férocité naturelle. Lorsqu'on peut aborder une aire, on y trouve différentes parties d'animaux, & même des animaux entiers bons à manger, du gibier, des oiseaux. &c. On les enleve à mesure que l'aigle les apporte, & on retient l'aiglon en l'enchaînant pour faire durer cet approvisionnement: mais il faut éviter la présence de l'aigle; cet oiseau seroit furieux, & on auroit beaucoup à craindre de sa rencontre; car on dit que sans être irrité, il attaque les enfans. On dit aussi que l'aigle porte son petit sur ses ailes, & que lorsqu'il est assez fort pour se soûtenir, il l'éprouve en l'abandonnant en l'air, mais qu'il le soûtient à l'instant où les forces lui manquent. On ajoûte que dès qu'il peut se passer de secours étrangers, le pere & la mere le chassent au loin, & ne le souffrent pas dans leur voisinage non plus qu'aucun autre oiseau de proie. Mais la plûpart de ces faits n'ont peut - être jamais été bien observés; il faudroit au moins tâcher de les confirmer. Je ne parlerai pas de ceux qui sont démentis par l'expérience, ou absurdes par eux - mêmes: par exemple, la pierre d'aigle qui tempere la chaleur de l'incubation, & qui fait éclorre les petits: Voyez Pierre d'Aigle: l'épreuve qu'ils font de leurs petits en les exposant aux rayons du Soleil, & en les abandonnant s'ils ferment la paupiere: la maniere dont les vieux aigles se rajeunissent; & tant d'autres faits qu'il est inutile de rapporter.

Les Naturalistes assûrent que l'aigle vit longtems, & peut - être plus qu'aucun autre oiseau. On prétend que lorsqu'il est bien vieux, son bec se courbe au point qu'il ne peut plus prendre de nourriture. Cet oiseau est un des plus rapides au vol & des plus forts pour saisir sa proie. Il est doüé à un degré éminent de qualités, qui lui sont communes avec les autres oiseaux de proie, comme la vûe perçante, la férocité, la voracité, la force du bec & des serres, &c. Voyez Oiseau de proie. (I)

*l'Aigle est un oiseau consacré à Jupiter, du jour où ce Dieu ayant consulté les augures dans l'isle de Naxos, sur le succès de la guerre qu'il alloit entreprendre contre les Titans, il parut un aigle qui lui fut d'un heureux présage. On dit encore que l'aigle lui fournit de l'ambroisie pendant son enfance, & que ce fut pour le récompenser de ce soin qu'il le plaça dans la suite parmi les astres. L'aigle se voit dans les images de Jupiter, tantôt aux piés du Dieu, tantôt à ses côtés, & presque toûjours portant la foudre entre ses sees. Il y a bien de l'apparence que toute cette fable n'est fondée que sur l'observation du vol de l'aigle qui aime à s'élever dans les nuages les plus hauts, & à se tenir dans la région du tonnerre. C'en fut là tout autant qu'il en falloit pour en faire l'oiseau du Dieu du ciel & des airs, & pour lui donner la foudre à porter. Il n'y avoit qu'à mettre les Payens en train, quand il falloit honorer leurs Dieux: la superstition imagine plûtôt les visions les plus extravagates & les plus grossieres, que de rester en repos. Ces visions sont ensuite consacrées par le tems & la crédulité des peuples, & malheur à celui qui sans être appellé par Dieu au grand & périlleux état de missionnaire, aimera assez peu son repos & connoîtra assez peu les hommes, pour se charger de les instruire. Si vous introduisez un rayon de lumiere dans un nid de hibous, vous ne ferez que blesser leurs yeux & exciter leurs cris. Heureux cent fois le peuple à quila religion ne propose à croire que des choses vraies, sublimes & saintes, & à imiter que des actions vertueuses; telle est la nôtre, où le Philosophe n'a qu'à suivre sa raison pour arriver aux piés de nos Autels.

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