ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

RECHERCHE Accueil Mises en garde Documentation ATILF ARTFL Courriel

Previous article

AGAPES (Page 1:165)

AGAPES, s. f. termes de l'Hist. ecclesiast. Ce mot est tiré du Grec A'GAW=H\, amour, & on l'employoit pour signifier ces repas de charité que faisoient entr'eux les premiers Chrétiens dans les Eglises, pour cimenter de plus en plus la concorde & l'union mutuelle des membres du même corps.

Dans les commencemens ces agapis se passoient sans désordre & sans scandale, au moins les en bannissoit - on séverement, comme il paroît par ce que S. Paul en écrivit aux Corinthiens. Epit. I. ch. XI. Les Payens qui n'en connoissoient ni la police ni la fin, en prirent occasion de faire aux premiers Fideles les reproches les plus odieux. Quelque peu fondés qu'ils fussent, les Pasteurs, pour en bannir toute ombre de licence, défendirent que le baiser de paix par où finissoit cette assemblée se donnât entre les personnes de sexe différent, ni qu'on dresât des lits dans les Eglises pour y manger plus commodément: mais divers autres abus engagerent insensiblement à supprimer les agapes. S. Ambroise & S. Augustin y travaillerent si essicacement, que dans l'Eglise de Milan l'usage en cessa entierement, & que dans celle d'Afrique il ne subsista plus qu'en faveur des Clercs, & pour exercer l'hospitalité envers les étrangers, comme il paroît par le troisieme Concile de Carthage. Thomass. Discip. de l'Eglise, part. IIIe ch. XLVII. n° I.

Quelques Critiques pensent, & avec raison, que c'est de ces agapes que parle S. Paul dans l'endroit que nous avons déjà cité. Ce qu'ils ajoûtent n'est pas moins vrai; savoir, que la perception de l'Eucharistie ne se faisoit pas dans les agapes mêmes, mais immédiatement après, & qu'on les faisoit en mémoire de la derniere cene que Jesus - Christ célébra avec ses Apôtres, & dans laquellle il institua l'Eucharistie: mais depuis qu'on eut réglé qu'on recevroit ce Sacrement à jeun, les agapes précéderent la communion.

D'autres Ecrivains prétendent que ces agapes n'é<cb-> toient point une commémoration de la derniere cene de Jesus - Christ, mais une coûtume que les nouveaux Chrétiens avoient empruntée du paganisme. Mos vero ille, ut referunt, dit Sédulius sur le chap. XI. de la premiere Epit. aux Corinth. de gentili adhuc superstitione veniebat. Et S. Augustin rapporte que Fauste le Manichéen reprochoit aux Fideles qu'ils avoient converti les sacrifices des Payens en agapes: Christianos sacrificia Paganorum convertisse in agapas.

Mais outre que le témoignage de Fauste, ennemi des Catholiques, n'est pas d'un grand poids, son objection & celle de Sédulius ne sont d'aucune force, dès qu'on fait attention que les Juifs étoient dans l'usage de manger des victimes qu'ils immoloient au vrai Dieu, & qu'en ces occasions ils rassembloient leurs parens & leurs amis. Le Christianisme qui avoit pris naissance parmi eux, en prit cette coûtume, indifférente en elle - même, mais bonne & loüable par le motif qui la dirigeoit. Les premiers fideles d'abord en petit nombre, se considéroient comme une famille de freres, vivoient en commun: l'esprit de charité institua ces repas, où régnoit la tempérance: multipliés par la suite, ils voulurent conserver cet usage des premiers tems; les abus s'y glisserent, & l'Eglise fut obligée de les interdire.

On trouve dans les Epitres de S. Grégoire le Grand que ce Pape permit aux Anglois nouvellement convertis de faire des festins sous des tentes ou des feuillages, au jour de la dédicace de leurs églises ou des fêtes des Martyrs, auprés des églises, mais non pas dans leur enceinte. On rencontre aussi quelques traces des agapes dans l'usage où sont plusieurs Eglises Cathédrales & Collégiales de faire, le Jeudi - saint, après le lavement des piés & celui des autels, une collation dans le Chapitre, le Vestiaire, & même dans l'Eglise. Tertull. orig. Clem. Alex. Minut. Felix. S. Aug. S. Chrysost. S. Greg. Ep. 71. L. IX. Baronius, ad ann. 57. 377. 384. Fleury, Hist. eccles. tome I. page 94. Liv. I.

Next article


The Project for American and French Research on the Treasury of the French Language (ARTFL) is a cooperative enterprise of Analyse et Traitement Informatique de la Langue Franšaise (ATILF) of the Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), the Division of the Humanities, the Division of the Social Sciences, and Electronic Text Services (ETS) of the University of Chicago.

PhiloLogic Software, Copyright © 2001 The University of Chicago.