ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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ADVERBE (Page 1:147)

ADVERBE, s. m. terme de Grammaire: ce mot est formé de la préposition Latine ad, vers, auprès, & du mot verbe; parce que l'adverbe se met ordinairement auprès du verbe, auquel il ajoûte quelque modification ou circonstance: il aime constamment, il parle bien, il écrit mal. Les dénominations se tirent de l'usage le plus fréquent: or le service le plus ordinaire des adverbes est de modifier l'action que le verbe signifie, & par conséquent de n'en être pas éloignés; & voilà pourquoi on les a appellés adverbes, c'est - à - dire mots joints au verbe; ce qui n'empêche pas qu'il n'y ait des adverbes qui se rapportent aussi au nom adjectif, au participe & à des noms qualificatifs, tels que roi, pere, &c. car on dit, il m'a paru fort changé; c'est une femme extrèmement sage & fort dimable; il est véritablement roi.

En faisant l'énumération des différentes sortes de mots qui entrent dans le discours, je place l'adverbe après la préposition, parce qu'il me paroît que ce qui distingue l'adverbe des autres especes de mots, c'est que l'adverbe vaut autant qu'une préposition & un nom; il a la valeur d'une préposition avec son complément; c'est un mot qui abrége; par exemple, sagement vaut autant que avec sagesse.

Ainsi tout mot qui peut être rendu par une préposition & un nom, est un adverbe; par consequent ce mot y, quand on dit il y est, ce mot, dis - je, est un adverbe qui vient du Latin ibi; car il y est est comme si l'on disoit, il est dans ce lieu - là, dans la maison, dans la chambre, &c.

est encore un adverbe qui vient du Latin ubi, que l'on prononçoit oubi, où est - il? c'est - à - dire, en quel lieu.

Si, quand il n'est pas conjonction conditionnelle, est aussi adverbe, comme quand on dit, elle est si sage, il est si savant; alors si vient du Latin sic, c'est - à - dire, à ce point, au point que, &c. c'est la valeur ou signification du mot, & non le nombre des syllabes, qui doit faire mettre un mot en telle classe plûtôt qu'en telle autre; ainsi à est préposition quand il a le sens de la préposition Latine à ou celui de ad, au lieu que a est mis au rang des verbes quand il signifie habet, & alors nos peres écrivoient ha.

Puisque l'adverbe emporte toûjours avec lui la valeur d'une préposition, & que chaque préposition marque une espece de maniere d'être, une sorte de modification dont le mot qui suit la préposition fait une application particuliere; il est évident que l'adverbe doit ajoûter quelque modification ou quelque circonstance à l'action que le verbe signifie; par exemple, il a été reçû avec politesse ou poliment.

Il suit encore de - là que l'adverbe n'a pas besoin lui - même de complément; c'est un mot qui sert à modifier d'autres mots, & qui ne laisse pas l'esprit dans l'attente nécessaire d'un autre mot, comme font le verbe actif & la préposition; car si je dis du Roi qu'il a donné, on me demandera quoi & à qui. Si je dis de quelqu'un qu'il s'est conduit avec, ou par, ou sans, ces prépositions font attendre leur complément; au lieu que si je dis, il s'est conduit prudemment, &c. l'esprit n'a plus de question nécessaire à faire par rapport à prudemment: je puis bien à la vérité demander en quoi a consisté cette prudence; mais ce n'est plus là le sens nécessaire & grammatical.

Pour bien entendre ce que je veux dire, il faut observer que toute proposition qui forme un sens complet est composée de divers sens ou concepts particuliers, qui, par le rapport qu'ils ont entr'eux, forment l'ensemble ou sens complet.

Ces divers sens particuliers, qui sont comme les pierres du bâtiment, ont aussi leur ensemble. Quand je dis le soleil est levé; voilà un sens complet: mais ce sens complet est composé de deux concepts particuliers: j'ai le concept de soleil, & le concept de est levé: or remarquez que ce dernier concept est composé de deux mots est & levé, & que ce dernier suppose le premier. Pierre dort: voilà deux concepts énoncés par deux mots: mais si je dis, Pierre bat, ce mot bat n'est qu'une partie de mon concept, il faut que j'énonce la personne ou la chose que Pierre bat: Pierre bat Paul; alors Paul est le complément de bat: bat Paul est le concept entier, mais concept partiel de la préposition Pierre bat Paul. [p. 149] re; nequaquam, haudquaquam, neutiquam, minimè, nullement, point du tout; nusquam, nulle part, en aucun endroit.

De diminution: fermè, ferè, penè, propè, presque; tantum non, peu s'en faut.

De doute: fors, forte, forsan, forsitan, fortasse, peut - être.

Il y a aussi des adverbes qui servent dans le raisonnement, comme quia, que nous rendns par une préposition & un pronom, suivi du relatif que, parce que, propter illud quod est; atque ita, ainsi; atqui, or; ergo, par conséquent.

Il y a aussi des adverbes qui marquent assemblage: una, simul, ensemble; conjunctim, conjointement; pariter, juxta, pareillement: d'autres division: seorsim, seorsum, privatim, à part, en particulier, séparément; sigillatim, en détail, l'un après l'autre.

D'exception: tantum, tantummodo, solum, solummodo, duntaxat, seulement.

Il y a aussi des mots qui servent dans les comparaisons pour augmenter la signification des adjectifs: par exemple on dit au positif pius, pieux; magis pius, plus pieux; maximè pius, très - pieux; ou fort pieux. Ces mots plus, magis, très - fort, sont aussi considérés comme des adverbes: fort, c'est - à - dire fortement, extrèmement; très, vient de ter, trois fois; plus, c'est - à - dire, ad plus, selon une plus grande valeur, &c. minus, moins, est encore un adverbe qui sert aussi à la comparaison.

Il y a des adverbes qui se comparent, surtout les adverbes de qualité, ou qui expriment ce qui est susceptible de plus ou de moins: comme diu, longtems; diutius, plus long - tems; doctè, savamment; doctius, plus savamment; doctissimè, très - savamment; fortiter, vaillamment; fortiùs, plus vaillamment; fortissimè, très - vaillamment.

Il y a des mots que certains Grammairiens placent avec les conjonctions, & que d'autres mettent avec les adverbes: mais si ces mots renferment la valeur d'une préposition, & de son complément, comme quia, parce que; quapropter, c'est pourquoi, &c. ils sont adverbes, & s'ils font de plus l'office de conjonction, nous dirons que ce sont des adverbes conjonctifs.

Il y a plusieurs adjectifs en Latin & en François qui sont pris adverbialement. transversa tuentibus hircis, où transversa est pour transversè, de travers; il sent bon, il sent mauvais, il voit ciair, il chante juste, parlez bas, parlez haut, frappez fort. (F)

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