ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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ADAMITES ou ADAMIENS (Page 1:127)

ADAMITES ou ADAMIENS, s. m. pl. (Théolog.) Adamistoe & Adamiani, secte d'anciens hérétiques, qu'on croit avoir été un rejetton des Basilidiens & des Carpocratiens.

S. Epiphane, après lui S. Augustin, & ensuite Theodoret, font mention des Adamites: mais les critiques sont partagés sur la véritable origine de cette secte, & sur le nom de son auteur. Ceux qui pensent qu'elle doit sa naissance à Prodicus, disciple de Carpocrate, la font commencer au milieu du 11. siecle de l'Eglise: mais il paroît par Tertullien & par Saint Clément d'Alexandrie, que les sectateurs de Prodicus ne porterent jamais le nom d'Adamites, quoique dans le fond ils professassent les mêmes erreurs que ceux - ci. Saint Epiphane est le premier qui parle des Adamites, sans dire qu'ils étoient disciples de Prodicus: il les place dans son Catalogue des Hérétiques après les Montanistes & avant les Théodotiens, c'est - à - dire, sur la fin du II. siecle.

Quoi qu'il en soit, ils prirent, selon ce Pere, le nom d'Adamites, parce qu'ils prétendoient avoir été rétablis dans l'état de nature innocente, être tels qu'Adam au moment de sa création, & par conséquent devoir imiter sa nudité. Ils détestoient le mariage, soûtenant que l'union conjugale n'auroit jamais eu lieu sur la terre sans le péché, & regardoient la joüissance des femmes en commun comme un privilége de leur prétendu rétablissement dans la Justice originelle. Quelqu'incompatibles que fussent ces dogmes infames avec une vie chaste, quelques-uns d'eux ne laissoient pas que de se vanter d'être continens, & assûroient que si quelqu'un des leurs tomboit dans le péché de la chair, ils le chassoient de leur assemblée, comme Adam & Eve avoient été chassés du Paradis terrestre pour avoir mangé du fruit défendu; qu'ils se regardoient comme Adam & Eve, & leur Temple comme le Paradis. Ce Temple après tout n'étoit qu'un soûterrain, une caverne obscure, ou un poële dans lequel ils entroient tout nuds, hommes & femmes; & là tout leur étoit permis, jusqu'à l'adultere & à l'inceste, dès que l'ancien ou le chef de leur société avoit prononcé ces paroles de la Genese, chap. 1. v. 22. Crescite & multiplicamini. Théodoret ajoûte que, pour commettre de pareilles actions, ïls n'avoient pas même d'égard à l'honnêteté publique, & imitoient l'impudence des Cyniques du paganisme. Tertullien assûre qu'ils nioient avec Valentin l'unité de Dieu, la nécessité de la priere, & iaitoient le martyre de folie & d'extravagance. Saint Clément d'Alexandrie dit qu'ils se vantoient d'avoir des livres secrets de Zoroastre, ce qui a fait conjecturer à M. de Tillemont qu'ils étoient adonnés à la magie. Epiph. hoers. 52. Théodoret, liv. I. hicar. fabular. Tertull. contr. Prax. c. 3. & in Scorpiac. c. 15. Clem. Alex. Strom. lib. 1. Tillemont, ome Il. page 280.

Tels furent les anciens Adamites. Leur secte obscure & détestée ne subsista pas apparemment longtems, puisque Saint Epiphane doute qu'il y en eût encore, lorsqu'il écrivoit: mais elle fut renouvellée dans le XII. siecle par un certain Tandème connu encore sous le nom de Tanchelin, qui sema ses erreurs à Anvers sous le regne de l'Empereur Henri V. Les principales étoient qu'il n'y avoit point de distinction entre les Prêtres & les laïcs, & que la fornication & l'adultere étoient des actions saintes & méritoires. Accompagné de trois mille scélérats armés, il accrédita cette doctrine par son éloquence & par ses exemples; sa secte lui survécut peu, & fut éteinte par le zele de Saint Norbert.

D'autres Adamites reparurent encore dans le XIV. siecle sous le nom de Turlupins & de pauvres Freres, dans le Dauphiné & la Savoie. Ils soûtenoient que l'homme arrivé à un certain état de perfection, étoit affranchi de la loi des passions, & que bien loin que la liberté de l'homme sage consistât à n'être pas soûmis à leur empire, elle consistoit au contraire à secouer le joug des Lois divines. Ils alloient tous nuds, & commettoient en plein jour les actions les plus brutales. Le Roi Charles V. secondé par le zele de Jacques de Mora, Dominicain & Inquisiteur à Bourges, en fit périr plusieurs par les flammes; on brûla aussi quelques - uns de leurs livres à Paris dans la Place du marché aux pourceaux, hors la rue Saint Honoré.

Un fanatique nommé Picard, natif de Flandre, ayant pénétré en Allemagne & en Boheme au commencement du XV. siecle, renouvella ces erreurs, & les répandit sur - tout dans l'armée du fameux Zisca malgré la sévérité de ce Général. Picard trompoit les peuples par ses prestiges, & se qualifioit fils de Dieu: il prétendoit que comme un nouvel Adam il avoit été envoyé dans le monde pour y rétablir la loi de nature, qu'il faisoit sur - tout consister dans la nudité de toutes les parties du corps, & dans la communauté des femmes. Il ordonnoit à ses disciples d'aller nuds par les rues & les places publiques, moins réservé à cet égard que les anciens Adamites, qui ne se permettoient cette licence que dans leurs assemblées. Quelques Anabaptistes tenterent en Hollande d'augmenter le nombre des sectateurs de Picard: mais la séverité du Gouvernement les eut bientôt dissipés. Cette secte a aussi trouvé des partisans en Pologne & en Angleterre: ils s'assemblent la nuit; & l'on prétend qu'une des maximes fondamentales de leur société est contenue dans ce vers,

Jura, perjura, secretum prodere noli.

Quelques Savans sont dans l'opinion que l'origine des Adamites remonte beaucoup plus haut que l'établissement du Christianisme: ils se fondent sur ce que Maacha mere d'Asa, Roi de Juda, étoit grande Prêtresse de Priape, & que dans les sacrifices nocturnes que les femmes faisoient à cette idole obscène, elles paroissoient toutes nues. Le motif des Adamites n'étoit pas le même que celui des adorateurs de Priape; & l'on a vû par leur Théologie qu'ils n'avoient pris du Paganisme que l'esprit de débauche, & non le cuite de Priape. Voyez Priape. (G)

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