ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

RECHERCHE Accueil Mises en garde Documentation ATILF ARTFL Courriel

Previous article

HISTOIRE NATURELLE, MÉTALLURGIE. |Travail du Fer - blanc, contenant 3 Planches. Premieres Instructions (Page 23:8:1)

Travail du Fer - blanc, contenant 3 Planches. Premieres Instructions .

POur une Manufacture de fer - blanc il faut un marti - net à queue, un à drosme, le premier pour mon - ter un marteau de trois à quatre cens, le second pour un marteau de sept à huit cens, le tout de fer sur des enclumes de fonte, plates & d'environ un pié & demi en quarré; le marteau du martinet de quatre pouces dérive sur un pié, & le gros marteau de quinze pouces dérive sur quatre pouces, arrondi d'environ un pouce de retraite sur les bords, les aires bien aciérées, le manche du marteau monté presque tout droit.

On prend du fer en barres qu'on chauffe dans une chaufferie haute, à un soufflet de cuir, pour être battu d'abord sur le martinet à queue & élargi d'un pouce; on replie & laisse une bavûre; cette premiere prépa - ration s'appelle languette, & doit faire deux feuilles. Les languettes préparées, on en porte deux à un second feu aussi à vent & charbon, & quand elles ont le de - gré de chaleur pour être battues, on prend deux lan - guettes à - la - fois pour être battues sous le gros mar - teau, ce qui les élargit d'environ un demi pié, & leur donne le nom de semelle; l'ouvrier pour empêcher qu'- elles ne fondent, les trempe dans les cendres du foyer.

Quand on a cinquante semelles, ce qu'on appelle une trousse, pour le petit modele, & vingt - cinq ou trente pour le grand, un goujard les trempe dans une eau d'argile, & on les porte dans un four de reverbere sur deux chenets de fonte; on y met jusqu'à cinq trous - ses à - la - fois. Les trousses sont tenues par les bouts par des liens de fer, & se chauffent sur le côté; quand elles sont au degré de chaleur convenable, on en saisit une avec une grosse tenaille pour être portée sous le gros marteau où les feuilles sont amincies, & de - là portées au four; la seconde fois qu'elle sort du marteau, l'ou - vrier examine les feuilles, & les arrange suivant qu'elles le demandent, mettant à l'extérieur celles qui étoient au milieu, de - là les porte au four pour la troisieme fois & acheve de les battre.

Les feuilles battues se coupent chaudes à la cisaille, elles sont de - là portées à la blancherie où il y a d'autres cisailleurs qui choisissent ce qui est bon à être blanchi, & lui donnent les proportions convenables.

Cela fait, on porte les feuilles dans une cave voûtée où il n'y entre point d'air, on laisse seulement la porte ouverte pour travailler; il y a toujours un brasier al - lumé & des tonneaux tout - autour de la cave remplis d'eau chaude & de seigle concassé auquel on donne un levain avec du verjus pour aigrir; on met de cet aigre dans chaque tonneau, & dans chaque tonneau une quantité de feuilles qu'on place debout; cet aigre doit durer quinze jours, en rafraîchissant néanmoins.

Chaque ouvrier a cinq tonneaux à gouverner. Dans le premier il met la tôle le matin, & le soir il retourne les feuilles de haut en bas; au bout de vingt - quatre heures les feuilles du premier tonneau se mettent dans le second, du second dans le troisieme, & on remet de nouvelles feuilles dans le premier, & ainsi tous les jours jusqu'au cinquieme tonneau. Au bout de vingt - quatre heures de séjour dans le cinquieme tonneau, on porte les feuilles au récurage, d'abord on les place dans des tonneaux remplis d'eau fraîche à portée des ouvriers.

L'attelier du récurage est une chambre bien fermée garnie d'auges de bois; sur le rebord des auges on rince les feuilles avec sable & guenilles; on prend soin, crainte de la rouille, de laisser le fer toujours dans des tonneaux pleins d'eau; quand elles sont récurées on les met dans des tonneaux remplis d'eau fraîche; tant que le fer est dans l'eau il ne se rouille point: une bonne ouvriere peut récurer cinq ou six cens feuilles par jour.

Du récurage on porte le fer à l'étamage. Le creuset est de fonte, & garni avec des rebords, monté sur un fourneau. Il peut contenir mille à douze cens livres d'étain avec une partie de cuivre rouge. Quand le mé - lange a le degré de chaleur convenable, on y jette du suif noir qui reste & bouillonne dessus, à travers lequel passent les feuilles toutes mouillées, & on trempe à - la fois trente feuilles tenues par une tenaille; au sortir du creuset on pose les feuilles dans des casses séparées pour égoutter; on les remet toutes chaudes à des frotteuses au son. Elles sont examinées par un ouvrier; celles qu'on trouve bien se trempent par bord dans un creuset rond où il y a de l'étamage en bain & sans suif, pour leur faire la lisiere; on comprime & enleve l'excédent de l'étamage en frottant la lisiere avec de la mousse. De - là on passe les feuilles dans une chambre garnie d'un poële chauffé avec du bois; il y a des frotteuses qui dégraissent les feuilles avec du son qui a déjà servi, ce qui se fait deux fois, la troisieme fois on employe du son neuf; on ôte le son avec un morceau d'étoffe de lai - ne; on met ensemble plusieurs feuilles & on les bat sur un bloc de bois bien uni avec un marteau de fer bien poli, ce qu'on appelle parer; ensuite on fait le triage, & on range les feuilles en quatre classes; les plus min - ces se nomment fleurs, celles qui suivent la simple croix; ensuite la double croix, finalement la triple croix. Le pe - tit modele a un pié sur neuf pouces, le grand modele quinze sur douze. Les barils en France sont de trois cens feuilles, en Allemagne de quatre cens cinquante. Une feuille de grand modele pese environ une livre; le baril du petit modele pese de cent cinquante à cent quatre - vingt livres.

Secondes instructions.

Maniere de monter un creuset propre à étamer dix - huit cens feuilles de tôle petit modele, tous les jours de travail sans interruption, & des ustensiles & ingrédiens nécessaires.

Le creuset est de fonte & a quatre faces, quinze pou - ces de profondeur sur quinze pouces de la face du de - vant à celle de derriere, & treize pouces de la face droite à la face gauche; dans cette forme, enchâssé dans un fourneau de briques pour être chauffé, au - dessus est un mur vis - à - vis l'étameur, il est élevé de cinq piés & demi en maçonnerie, il est garni de planches pour re - cevoir les parcelles d'étain qui peuvent sortir lors du travail.

Autour du creuset il y a quatre platines de fonte po - sées en pente douce pour laisser couler l'étain quand on le décrasse; les joints de ces platines & du creuset sont bien mastiquées pour que les gouttes d'étain ne puissent passer.

Chacune de ces platines porte dix - sept pouces de large, & les deux bouts sont taillés en losange, celle de devant & de derriere de quatre piés de long, celles des côtés de quatre piés deux pouces. A droite de ces deux platines il y a une grande table de fonte de qua - tre piés deux pouces de long sur un pié huit pouces de large, avec un reverbere de la hauteur d'un pouce & demi.

Une grande tenaille de fer pour mettre les paquets de tôle dans le creuset; quatre autres tenailles tant grandes que petites; une grande écuelle de fer pour décrasser & purifier l'étain; une écumoire de fer pour écumer le suif noir, & beaucoup d'autres petits outils.

Deux grillages de fer en forme de herse, l'un d'un pié & demi de long, & l'autre de trois sur dix pouces [p. 8:2] de largeur, pour poser les feuilles lorsqu'elles sortent du creuset, afin que l'étain s'égoutte.

Un petit creuset de fonte posé sur un fourneau de briques avec une grande cuiller de fer, pour faire la lisiere; ce creuset est de dix - sept pouces de longueur en - dedans, & en - dehors vingt deux pouces, deux pou - ces de largeur au fond, & quatre pouces en haut, le tout en - dedans, & neuf pouces de surface en largeur; profondeur en - dedans cinq pouces, & en - dehors six pouces de hauteur, sur lequel il y a une table de fonte de trois piés & demi de long sur vingt - trois pouces de largeur, avec une ouverture au milieu de même gran - deur que celle du creuset.

Un petit fourneau semblable à celui où l'on fond la mine de fer pour fondre les crasses d'étain provenant du creuset à étamer, avec un récipient de fonte, au - dessous duquel est une chaudiere de fonte pour rece - voir l'étain que l'on distribue dans des especes de léche - frites de tôle qui font des pains d'étain d'environ cin - quante ou soixante livres.

Une grande chaudiere de fonte pour fondre les sau - mons d'étain de deux piés huit pouces de diametre, vingt pouces de profondeur, ladite chaudiere posée sur un fourneau de briques.

L'on met dans cette chaudiere quinze à seize cens livres d'étain en saumons, pour le faire fondre & le tirer en pain comme ci - dessus d'environ cinquante à soixante livres chacun.

Un poële de fonte de quatre piés de toutes faces, pour entretenir les feuilles chaudes quand elles sont étamées, afin de les récurer au son.

Une grande table de fonte posée sur un fourneau de brique de la longueur de trois piés huit pouces sur treize pouces de largeur, pour poser les feuilles quand on veut les dresser, étant nécessaire qu'elles soient chau - des pour les bien parer avec un marteau de fer pesant dix livres, à manche court, le martinet bien poli.

Une chaudiere de même grandeur que celle à fondre l'étain, pour chauffer l'eau pour le décapage.

Trois paires de cisailles pour donner la hauteur & largeur à la feuille de tôle qu'elle doit avoir, au moyen d'une mesure de fer que chaque compagnon a pour se modeler.

Manoeuvre.

Pour faire travailler le creuset ainsi détaillé pendant les jours ouvrables de toute l'année, à raison de dix - huit cens feuilles par jour, il faut,

Un maitre Etameur.

Cinq Compagnons.

Deux Goujards.

Six Récureuses.

On commence par cisailler les tôles qui viennent de la platinerie, & leur donner la hauteur & largeur con - venables.

Après cette premiere manoeuvre chaque compagnon gouverne cinq tonneaux dans la voûte du décapage, & pour les cinq compagnons il faut vingt - cinq tonneaux.

Cette voûte doit être construite de façon qu'il n'y ait aucun jour; les tonneaux rangés autour doivent être reliés de fer; on entretient toujours dans cette voûte une chaleur suffisante pour que l'eau des ton - neaux soit toujours tiede: on consumme pour cet effet trois grands paniers de charbon pour vingt - quatre heures.

Quand la voûte est échauffée, on met dans chaque tonneau rempli d'eau chaude à pouvoir y souffrir la main, deux mesures & demie de seigle concassé seule - ment, & chaque compagnon va faire la manoeuvre sui - vante.

Par exemple pour cinq tonneaux. Le premier Janvier à huit heures du matin il met le reigle dans les ton - neaux, restant dans cet état jusqu'au lendemain, auquel tems un compagnon porte deux paquets de tôle, de soixante - six paires chacun, & en met un dans le pre - mier tonneau, & l'autre dans le second.

Le 3 Janvier à huit heures du matin, ce compagnon ôte les deux paquets du premier & second tonneaux, & les porte dans le troisieme & quatrieme, & met un autre paquet dans le premier, & un dans le second ton - neau.

Le 4 Janvier à huit heures du matin, le compagnon ôte les paquets du troisieme & quatrieme tonneaux, les met tous les deux ensemble dans le cinquieme ton - neau; ensuite il ôte les paquets du premier & second, & les met dans le troisieme & quatrieme; il met un nouveau paquet dans le premier, & un autre dans le second.

Le 5 Janvier à huit heures du matin, on ôte les pa - quets du cinquieme tonneau, ils se trouvent décapés; après quoi l'ouvrier ôte du troisieme & quatrieme ton - neaux deux paquets qu'il met dans le cinquieme, il ôte ceux qui sont dans le premier & le second, & les remet dans le troisieme & quatrieme, & met de nouveaux paquets dans le premier & second.

Cette manoeuvre se continue avec le premier déca - page pendant quatorze jours, au bout duquel tems on renouvelle le décapage en mettant dans chaque ton - neau une mesure & demie de seigle, lequel décapage doit durer encore quinze jours, après lequel tems on met hors, & on recommence un nouveau décapage.

Ces cinq tonneaux ainsi manoeuvrés par un compa - gnon, le cinquieme jour de ce travail les deux paquets qu'on retire du cinquieme tonneau se portent au récu - rage, & successivement tous les jours cette même quan - tité pendant un mois se porte au récurage.

Nota que ces paquets sortant du décapage se jettent dans des tonneaux remplis d'eau fraîche, d'où on les retire à fur & mesure du récurage.

Il est à observer qu'il arrive très - souvent qu'une par - tie des feuilles retirées du cinquieme tonneau ne se trouvent pas bien décapées, ce que l'on connoît à la sortie du récurage; en ce cas on remet ces feuilles dans le décapage qui sera renouvellé, en attendant ce renou - vellement on les tient dans un tonneau d'eau fraîche; si la voûte du décapage est en bon train, cet intermé - diaire n'a pas lieu, on remet ces feuilles tout - de - suite dans l'un des cinq tonneaux, suivant la quantité.

Après que ces feuilles sont bien décapées on les porte au récurage, pour être récurées par huit récu - reuses ou compagnons.

La chambre du récurage doit être pourvûe d'autant de baquets en quarré qu'il y a de récureuses, entre deux desquelles récureuses il y a un tonneau rempli d'eau fraîche, où chacune d'elles dépose les feuilles qu'elle a récurées.

Nota. Ces baquets en quarré forment une espece de mangeoire; ils sont séparés & construits de façon à contenir l'eau où l'on jette une quantité de feuilles pour être récurées.

On porte ensuite ces feuilles bien récurées dans l'éta - merie, on les met dans un tonneau rempli d'eau fraî - che qui est auprès du creuset, jusqu'à la concurrence de dix - huit cens feuilles petit modele, laquelle quantité finit la tâche d'un maître Etameur depuis six heures du matin jusqu'à environ cinq heures après midi.

Manoeuvre de l'Etamage.

L'on prend de ces pains d'étain, comme il a été ci - dessus dit, jusqu'à la concurrence de onze à douze cens livres pesant suivant la grandeur du creuset; quand cette matiere est fondue on jette dedans dix livres de rosette; ensuite on donne le degré de chaleur nécessaire à ces deux matieres jusqu'à ce qu'elles deviennent rou - ges; elles restent dans cet état environ une heure & demie, & peu - à - peu, dans l'espace de trois heures & demie, non compris le premier tems, cette chaleur se diminue assez pour que ces deux matieres soient mêlées avec une cuiller de fer à long manche, on les prend du fond du creuset, & l'ouvrier s'éleve le plus haut qu'il peut pour que le poids en tombant fasse remonter la crasse qui est au fond du creuset sur la surface de la matitre fondue; à fur & à mesure que la crasse vient sur cette surface, l'étameur a une écumoire de fer pour l'enlever. Cette manoeuvre se continue pendant l'espace de quatre à cinq heures; il y a des qualités d'étain où l'on n'employe pas tant de tems; quand cet étain [p. 8:3] & la rosette ne font plus qu'un seul corps, bien décrassé & purifié, on y jette pour la premiere fois en - viron dix livres de suif noir par morceaux, on le laisse sur la surface de la matiere jusqu'à ce qu'il soit fondu, & on jette dessus un peu d'eau fraîche pour le faire gon - fler. Après cette opération on prend dans le tonneau ci - devant designé un paquet de soixante - six feuilles, que l'on pose à gauche sur le bord du creuset, avec une te - naille de fer, on le met à plat dans le creuset, & avec un bâton on retourne ces feuilles deux ou trois fois, pendant ce tems elles doivent prendre l'étain; quand l'ouvrier voit qu'elles sont étamées, il les met debout dans le creuset, & prend ensuite un pareil paquet qu'il met encore dans le creuset, en observant toutefois que ce dernier paquet ne se mêle pas avec le premier, ce qui se fait par une feuille marquée; on recommence en - core à remuer avec un bâton les deux paquets, de fa - çon que les feuilles se trouvent à plat dans le creuset; en face duquel & à gauche de l'étameur est un compa - gnon qui retire du creuset avec une petite tenaille, feuille à feuille, le premier paquet déposé dans le creu - set, & les met sur une grille de fer en forme de herse, d'où l'étameur prend la feuille aussi avec une petite tenaille, & la trempe sur la vive - arête de sa hauteur, dans la séparation qui est dans le creuset; cette sépara - tion se fait avec une grande tôle courbée aux deux bouts, qui se pose dans le creuset: cette opération s'ap - pelle tirer les feuilles au clair; en les retirant ainsi l'éta - meur les met aussi sur une grllle de fer plus grande que la premiere, qui est posée à sa droite, auprès de la - quelle est un autre compagnon qui prend la feuille toute chaude, la regarde pour voir s'il n'y a pas de défectuosités, & s'il n'y en a point, il la fait passer à deux récureuses qui sont près du creuset, pour la pas - ser la premiere fois au son, c'est ce qu'on appelle ôter la premiere graisse; ensuite on pose ces feuilles sur un petit creuset dans lequel on fait la lisiere, auprès du - quel il y a deux compagnons ou ouvriers dont un met feuille à feuille dans le petit creuset, & l'autre la re - tire, & avec un paquet de mousse enleve les gouttes d'étain qui restent à la feuille sortant du grand creuset, c'est ce qu'on appelle faire la lisiere. Après la lisiere faite on porte les dix - huit cens feuilles dessus & aux côtés d'un grand poële à l'allemande, où elles chauffent suffisamment pour être passées une seconde fois au son, c'est ce qu'on appelle ôter la seconde graisse. Après cette opération on remet les feuilles une seconde fois sur le poële, & quand elles sont suffisamment chaudes, on les passe au son nouveau, c'est ce qu'on appelle frotter au clair; ensuite il y a un goujard qui prend ces feuilles & les torche les unes après les autres avec un morceau de gros drap, pour ôter une espece de farine provenant du son qui s'attache à la feuille.

Ces opérations ainsi faites, on porte ces dix - huit cens feuilles, ou partie, sur un banc de fonte posé sur des briques en forme de fourneau, sur lequel il y a un petit feu de charbon, pour donner un peu de chaleur à ces feuilles, pour être dressées sur un stoc avec un mar - teau de fer ci - dessus designé, c'est ce qu'on appelle parer les feuilles; on en pare ainsi trente ou quarante à - la - fois.

Ensuite on les embarille, mettant trois cens feuilles dans chaque baril avec un instrument de fer fait comme une langue de boeuf; l'on numérote ces barils, & l'on distingue la quantité de ces feuilles de fer - blanc par un X. qui signifie simple croix, deux X. double croix, & une autre plus bas: ce triage de feuilles est fait par le maître Etameur.

Observations sur l'étamage.

Après les six premiers barils blanchis qui peuvent avoir usé 19 livres d'étain chaque baril, rosette com - prise, l'Etameur retire du creuset environ 110 livres d'é - tain, & il en remet de nouveau assez pour remplir le creuset que l'on fait rougir avec la rosette pour être pu - rifié. On emploie à cette purification beaucoup moins de tems qu'à la premiere, parce que la majeure partie de la matiere qui reste dans le creuset, a été purifiée, comme il a été ci devant dit.

On ne peut spécifier la quantité de rosette qu'il saut chaque fois qu'on purifie l'étain, c'est le savoir & l'ex - périence de l'Etameur, ainsi que la quantité d'étain, qui déterminent à en mettre plus ou moins. Un habile Eta - meur connoît à la trempe d'une feuille s'il y en a trop ou trop peu. Par exemple, si la feuille est terne, & que le degré de chaleur convenable soit donné au creuset, c'est une marque qu'il n'y pas assez de rosette; si la feuille est jaune, & que ce même degré de chaleur y soit, c'est une marque qu'il y a trop de rosette. Cependant il ar - rive que sans qu'il y ait ni trop ni trop peu de rosette, la feuille peut être terne & jaune, alors la terne mar - que que l'étain n'est pas assez chaud; la jaune, c'est qu'il l'est trop: ce n'est que l'habitude & l'expérience de l'ouvrier qui peuvent éviter ces différences.

Il y a encore un savoir - faire dans un habile ouvrier, c'est de donner une dose suffisante de rosette, pour que la feuille sortant du creuset s'égoutte facilement, qu'il n'y reste point de demi - ronds, comme aussi par ce mê - me degré la feuille aura un brillant net: enfin il n'y a que la longue habitude dans l'art d'étamer qui puisse don - ner les qualités ci - dessus, & éviter les défectuosités.

Façon de faire le suif noir.

Mettez dix livres de suif blanc dans un chaudron, & les faites chauffer jusqu'à qu'il soit noir, jettez - y en - suite environ une demi - livre de noir de Lyon, & avec une cuiller de bois vous remuez ces deux matieres, après vous y jettez quelques gouttes d'eau pour le faire gon - fler, vous continuez toujours à y mettre quelques gout - tes d'eau en remuant jusqu'à ce qu'il soit près de sortir de la chaudiere qui reste toujours sur le feu pendant cette manoeuvre; après laquelle vous prenez un seau dans le - quel vous mettez un verre d'eau fraîche que vous re - muez pour que le vase soit mouillé tout autour, & vous jettez dedans ce qui est dans la chaudiere; si la ma - tiere passoit par - dessus le seau, vous remuerez avec la cuiller pour l'empêcher de sortir, ensuite on la laisse re - froidir pour la retirer en pain.

Observations.

Quand on mettroit cette quantité de dix livres dans le creuset, on en retire suffisamment du dessus pour mettre dans une chaudiere avec du suif blanc qui se per - pétue de façon que vous n'en manquez point: quelque - fois il arrive qu'il est trop épais, ce qui se voit sur la feuille en sortant du creuset, alors vous le renouvellez avec du suif blanc.

Il faut huit livres de suif blanc pour chaque fois que l'on blanchit 1800 feuilles petit modele, & douze li - vres pour le grand modele.

Il faut une mesure de son par baril de petit modele, & deux par baril de grand modele.

Cette dépense n'est pas considérable, parce qu'on en retire à - peu - près le même prix pour engraisser les be - stiaux.

Une corde de bois pour étamer six barils petit mo - dele, & pour le grand modele, deux.

La chaudiere où l'on chauffe l'eau pour le décapage, peut être chauffée sur cette quantité de bois.

Une corde de bois par semaine pour le stouf ou grand poële.

Une voie ou panier de charbon pour faire les lisieres des six barils.

Une demi - voie sous la table du dressage pour lesdits six barils.

Soixante & dix mesures de seigle décaperont par jour seize paquets de soixante - six paires de tôle chacun, & successivement cette même quantité pendant 14 jours.

Il se pourra faire qu'il y aura quelque diminution sur cette quantité, parce que si la tôle est bossuée ou trop terreuse, on sera obligé de retarder un jour.

Maniere de faire le levain pour donner l'aigre aux tonneaux de décapage.

On prend une demi - mesure de farine de seigle dans deux ou trois pintes de verjus que l'on paîtrit comme si l'on vouloit faire du pain, que l'on laisse lever à la chaleur de la voûte ou d'une platine pendant trois jours; [p. 8:4] ensuite on emplit un tonneau d'eau tiede où l'on délaie deux mesures de farine de seigle, ensuite l'on en distri - bue quatre à cinq pintes dans chaque tonneau pour ai - grir.

Nota. Il faut au moins trois jours d'aigreur pour dé - caper, & huit jours feroient mieux, c'est - à - dire avant que d'y mettre de la tôle.

Next article


The Project for American and French Research on the Treasury of the French Language (ARTFL) is a cooperative enterprise of Analyse et Traitement Informatique de la Langue Franšaise (ATILF) of the Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), the Division of the Humanities, the Division of the Social Sciences, and Electronic Text Services (ETS) of the University of Chicago.

PhiloLogic Software, Copyright © 2001 The University of Chicago.