ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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ECRITURES, | (Page 19:21:1)

Contenant seize Planches.

ECRITURES, | |LE titre (Page 19:21:1)

LE titre forme la premiere Planche.

ECRITURES, | |PLANCHE II. (Page 19:21:1)

PLANCHE II. De la position du corps pour écrire, & de la tenue de la plume.

Avant de démontrer les principes de l'écriture, il est nécessaire d'expliquer la maniere dont on doit se pla - cer pour écrire, & comment l'on doit tenir la plume. Ces deux objets sont importans; l'un consiste dans l'at - titude gracieuse du corps, & l'autre dans la facilité de l'exécution. Il est une position convenable à chaque se - xe, quoique la plûpart des maîtres n'en reconnoissent encore qu'une. Je ne m'étendrai ici que sur la position qui est propre aux hommes, me réservant de parler dans la feuille suivante de celle qui regarde les demoiselles, que je ne crois pas moins essentielle que la premiere.

Sur la position du corps.

Trois choses sont nécessaires pour écrire; un beau jour, une table solide, & un siege commode. La lu - miere que l'on reçoit du côté gauche est toûjours favo - rable, lorsque de l'endroit où l'on écrit on peut voir le ciel. La table & le siege doivent être en telle propor - tion, que la personne assise puisse couler aisément les coudes dessus la table sans se baisser. Cette attitude étant la plus naturelle, on doit la préférer à toute autre. Une table trop haute pour le siege, empêche le bras d'agir, & rend l'écriture pesante; une table trop basse fait re - garder de près, fatigue le corps & force les effets de la plume. Il faut donc autant qu'il est possible, se procurer toutes ses commodités, afin que l'écriture acquierre plus de hardiesse & de légéreté.

Quoiqu'on recommande aux jeunes gens de tenir le corps droit vis - à - vis la table, le bras dont ils écrivent n'agiroit pas avec assez de liberté, s'ils suivoient ce pré - cepte avec trop de rigueur. Pour que rien n'en gêne le mouvement, il faut qu'ils approchent la partie gauche du corps de la table sans s'y appuyer, ni même y tou - cher, & qu'ils en éloignent la partie droite à une dis - tance de quatre à cinq doigts.

Le bras gauche doit avancer sur le devant de la table, & y poser depuis le coude jusqu'à la main, dont les doigts seuls doivent tenir le papier dans une direction toûjours verticale, le faisant monter ou descendre, & le conduisant à droite ou à gauche, selon les circons - tances.

Les différens genres d'écritures reglent l'éloignement que le bras doit avoir du corps; la ronde en exige plus que la batarde & la coulée. En divisant l'avant - bras en trois parties, les deux tiers seulement poseront sur la table, & l'autre tiers terminé par le coude la surpassera. La tenue de la plume donne naturellement à la main une forme circulaire; cette main qui n'a d'appui sur le pa - pier que par le dessous du poignet & par l'extrémité des deux derniers doigts, n'en doit plus recevoir que du bec de la plume. Il faut laisser un vuide raisonnable en - tre ce poignet & les deux derniers doigts, afin que la plume ne se renverse point en - dehors, ce qu'il est im - portant de ne point négliger.

Le corps doit être baissé un peu en - devant, & la tête cuéir à cette inclination sans pencher absolument sur au - plne épaule. Les yeux doivent se fixer sur le bec de la tcume, & les jambes se poser à terre; il faut que la gau - he se mette vis - à - vis le corps en obliquité, & que l'au - re s'en éloigne en se portant sur la droite.

C'est de l'observation de toutes ces regles que résulte une maniere aisée d'écrire. Pour rendre cette position plus sensible, on l'a représentée dans la seconde planche. La figure est entre les quatre lignes perpendiculaires A. B. Un leger examen de cette attitude comparée à l'explica - tion suffira pour en donner l'intelligence.

Sur la tenue de la plume.

On tient la plume avec trois doigts, qui sont le pou - ce, l'index & le major. L'extrémité du major à côté de l'ongle la soutient par en bas & au milieu de sa grande ouverture. Le pouce la conduit perpétuellement en la soutenant sans la couvrir entre la premiere jointure du doigt index & l'extrémité de ce même doigt, & par le haut elle doit passer entre la deuxieme & la troisieme jointure du même doigt index. On doit éviter le jour entre la plume & les doigts index & major. Les doigts ne doivent encore ni trop serrer la plume, ni être allon - gés avec trop de roideur. Les deux de dessous qui sont l'annullaire & l'auriculaire doivent s'éloigner un peu du major, pour ne point gêner les autres dans leurs fle - xions. Le poignet doit être placé vis - à - vis l'épaule droi - te, & dans la même ligne oblique du bras, ne posant que foiblement sur la table ou sur le papier.

Comme dans le bas de la deuxieme planche on a placé quelques - uns des instrumens qui servent à l'art d'écrire, on trouvera au bas de la troisieme & dans une forme étendue, une main tenant une plume suivant les regles que l'on vient d'établir. Pour l'instruction de ceux qui auront recours à ces principes, cette main sera remplie de numéros dont les explications seront à côté.

Il faut observer que l'on tient la plume plus courte dans les doigts pour les écritures que l'on veut peindre que pour celles qui sont expédiéés, & que les doigts concourent à la formation de l'écriture. Le pouce en est le principal; c'est lui qui fait mouvoir la plume & qui lui fait opérer tous ses effets. L'index, quoique la cou - vrant par - dessus, aide infiniment à donner les coups de force de concert avec le pouce; celui - ci les produit en montant, & celui - là en descendant. Le major soûtient la plume, & fait que la main peut écrire long tems sans se fatiguer. Les deux autres doigts portent la main en la conduisant de la gauche à la droite par le moyen du dégagement dont je parlerai à la suite de cet ouvrage.

Sur la disposition en général.

Il est des sujets en qui le talent pour l'écriture semble né, avec de la bonne volonté & un travail suivi, on leur voit faire en peu de tems des progrès sensibles dans cet art. Il en est d'autres, au contraire, en qui il ne se trouve aucune disposition. Ceux - ci ayant à combattre leur na - ture rétive, ne parviennent à la réduire que par l'exer - cice & la pratique. Il leur faut plus de tems pour arri - ver au même but que les premiers. Mais n'en sont - ils pas bien récompensés par l'avantage qu'ils en retirent?

ECRITURES, | |PLANCHE III. (Page 19:21:1)

PLANCHE III. Sur la position des jeunes demoiselles pour écrire.

Après avoir parlé de la position qui convient aux hommes pour écrire avec grace, il est à propos de ren - dre compte de celle qui est propre aux demoiselles. Elle est de la plus grande importance, puisque son exacte observation conserve la taille & maintient les épaules dans une justesse égale. La voici: lorsqu'elles sont assises sur un siege proportionné à leur grandeur naturelle & à la table, ainsi qu'il a été dit ci - dessus, il faut qu'elles tiennent le corps droit, & que les épaules soient éle - vées à la même hauteur. Que leurs bras à une égale dis - tance du corps n'avancent sur la table que des deux tiers de l'avant - bras, & que l'autre tiers la déborde. Que le corps ne la touche point, & en soit éloigné d'un travers de doigt. Que leur tête, qui ne doit incliner d'aucun côté, soit un peu baissée sur le devant, de maniere que les yeux se fixent sur le bec de la plume pour conduire [p. 21:2] tous les mouvemens qu'elle fera sur le papier, lequel doit être positivement en face de la tête, & que les doigts de la main gauche dirigent en le tenant par en bas. Que les jambes posent toutes deux à terre vis - à - vis le corps; qu'elles soient peu éloignées l'une de l'autre, & que leurs piés soient tournés en - dehors. Je ne répé - terai point ce que j'ai dit dans les observations précé - dentes sur la tenue de la plume, qui est la même pour les personnes du sexe que pour les hommes; j'observe - rai seulement qu'elle doit être placée dans les doigts de façon qu'elle se trouve dans la même ligne du bras. Dans le cas qu'une demoiselle écrivît de l'écriture françoise, comme il s'en voit plusieurs, elle auroit attention d'é - carter plus ses bras du corps que ne le demandent les autres écritures. On sentira mieux l'esprit de cette posi - tion en examinant l'attitude de la planche troisieme, où la figure se trouve mesurée par les lignes perpendi - culaires A. B.

Mon intention n'est pas en donnant cette nouvelle méthode, de décréditer celle dont on s'est presque toû - jours servi, mais on conviendra qu'elle est beaucoup meilleure pour les hommes dont rien ne gêne les mou - vemens, que pour les demoiselles que l'on assujettit dès le bas âge à des corps de baleine ou d'autre matiere aussi peu fléxible, & pour lesquelles il faut chercher une position qui n'ajoûte point à la contrainte où elles sont déja. J'ai éprouvé plusieurs fois celle que j'annonce ici, & le succès a toujours répondu à mon attente. Ainsi les meres, qui pour conserver la taille de leurs filles, les privent la plûpart d'une connoissance utile dans quelque état qu'elles se trouvent, n'auront à craindre aucun ac - cident, si le maître, chargé de la leur donner, la met en usage. On peut l'employer aussi pour les personnes de distinction, qui écrivant peu, peuvent se dispenser de poser le corps sur le bras gauche.

Sur la représentation d'une main qui tient la plume.

Comme la main est représentée dans le bas de la plan - che troisieme, ainsi que je l'avois promis ci - devant, il est juste d'expliquer ce que l'on entend par les numéros qui l'environnent. Cette double instruction, quoique peu étendue, fera mieux comprendre la vraie maniere de tenir la plume.

Le chiffre 1. fait voir l'extrémité du doigt major qui soutient la plume à côté de l'ongle & au milieu de sa grande ouverture.

Le 2. expose le pouce qui la conduit & la soutient entre la premiere jointure du doigt index & l'extrémité du même doigt.

Par en haut on voit au nombre 3. que la plume passe en - dehors, & entre la deuxieme & troisieme jointures du doigt index.

Les chiffres 4. & 5. font connoître les doigts annu - laire & auriculaire, qui s'éloignent du doigt major un peu en - dessous pour venir en avant, & posent légére - ment sur le papier.

Le 6. fait voir le poignet posant très - foiblement sur le papier, quoique la main s'y soutienne en partie.

Le 7. exprime le jour qui doit se trouver sous la main, & entre le poignet & les deux doigts annulaire & auriculaire.

Le 8. annonce l'extrémité du doigt index qui couvre la plume dans toute sa longueur.

Le 9. enfin marque le bec de la plume sur lequel porte tout le poids de la main.

Pour accompagner la main dont je viens de parler, on a ajoûté trois instrumens convenables à l'art d'é - crire. Le premier désigné par la lettre C. représente le canif ordinaire; le D. le canif fermant, & la lettre E. le gratoire.

Sur la fléxion & l'extension des doigts.

La fléxion & l'extension sont positivement les deux facultés des doigts, qui sont la base de l'écriture; c'est de leur agilité, de leur souplesse, qu'elle emprunte sa beauté & son élégance. J'ai consulté la nature pour en connoître la véritable source. Sans recourir à des obser - vations anatomiques, l'expérience d'accord avec la rai - son m'a fait reconnoître une liqueur onctueuse appellée par les Anatomistes sinoviale, qui se filtrant par des glandes qui portent son nom, arose, pénetre, humecte les ligamens, les nerfs, & leur donne le jeu, le ressort que demande l'articulation la plus facile & la plus com - plette. Si cette liqueur pénetre avec trop d'abondance, elle amollit, dilate les nerfs; de - là naissent les tremble - mens & les foiblesses. Si au contraire elle passe avec trop de lenteur, ce qui peut arriver par l'âge ou par un vice caché ou apparent, elle desseche, appauvrit les nerfs; de - là l'irritation, la pénible contrainte dans le mouve - ment des doigts. Il faut donc, pour que la main soit adaptée (pour parler le langage de l'art) à l'écriture, que cette substance onctueuse ne coule qu'autant qu'il en faut, pour que la fléxion & l'extension soient libres. En partant d'un tel principe, qui me paroît clair & con - vaincant, il ne faut pas s'étonner si les mains soit dures ou foibles, se corrigent à la longue. Dans le premier cas, il faut faire des fléxions & extensions longues & fré - quentes sans trop serrer la plume; la raison en est qu'en facilitant le cours de la liqueur sinoviale, elle rendra le mouvement des doigts plus libre & plus régulier. Dans le second cas on doit appuyer & serrer davantage la plume, parce que la fléxion étant plus roide & moins précipitée, la liqueur coule avec moins de vîtesse, & laisse aux nerfs une force, une consistance plus ménagée, par conséquent plus analogue à l'écriture.

ECRITURES, | |PLANCHE IV. (Page 19:21:2)

PLANCHE IV. Sur la taille de la Plume.

Si la position du corps & la tenue de la plume sont les premieres choses auxquelles on doive s'attacher lors - que l'on veut parvenir à une écriture aisée & méthodi - que, il en est encore une qui n'est pas moins impor - tante. C'est celle de bien tailler la plume. Tout ce que j'ai à dire sur ce sujet se réduit à trois articles: sur la ma - niere de tenir la plume & le canif pour la tailler; sur les coupes différentes par où elle passe avant d'arriver à sa taille parfaite; enfin sur les proportions qu'elle doit avoir lorsqu'elle est taillée.

Sur la maniere de tenir la plume & le canif.

La plume se tient par les trois premiers doigts de la main gauche, & le canif se trouve dans la main droite. Il n'est guere possible d'expliquer la position de l'un & l'autre instrument; il faut se conformer à ce que la qua - trieme planche expose à la vue. On observera pourtant que la plume doit être droite vis - à - vis le corps pour commencer sa taille; que les doigts index & major de la main gauche la soutiennent par - dessous, pendant que le pouce en - dessus lui fait faire tous les viremens que sa taille exige. La lame du canif déborde la main droite pour pouvoir couper la plume qui pose sur le pouce droit. Le canif ne se meut que par les quatre derniers doigts de la main droite, qui enveloppe le manche.

Sur les coupes différentes de la plume.

Comme la taille de la plume renferme des termes qui lui sont propres, il est nécessaire pour l'intelligence de toutes ses coupes, de les connoître même sur la plume. La figure A. qui représente une plume sur le côté les dé - montre. Le chiffre 1. fait voir le côté du ventre; le 2. le côté du dos; le 3. le commencement de la grande ou - verture; le 4. la carne du pouce; le 5. la carne des doigts; le 6. la fente & l'extrémité du bec; le 7. l'angle du pouce, & le 8. l'angle des doigts. Instruit par ces lé - geres notions, il est d'usage avant de tailler la plume de la redresser lorsqu'elle n'est pas droite; après cela on commence par couper obliquement un peu du bout de la plume du côté du ventre, en tirant devant soi; on en fait autant du côté du dos; ces deux premiers degrés de la coupe se voyent aux figures B. & C. Ils servent à la préparer pour recevoir la fente. Cette fente qui se fait du côté du dos est le canal par où s'écoule l'encre; elle se commence avec le tranchant du canif que l'on sou - leve un peu dans le tuyau, & elle se continue avec le bout du manche du même canif que l'on souleve aussi pour allonger cette fente, ayant soin de mettre le pouce gauche à l'endroit où l'on veut l'arrêter. La figure D. exprime cette fente. Ensuite on retourne la plume, & on lui fait une grande ouverture sur le ventre, ainsi [p. 21:3] qu'on le voit à la figure E. Ces préparations données, il faut mettre la plume sur le côté droit pour l'évider sur la gauche, en formant la carne du pouce au - dessus de la fente, en arrondissant & en se rapprochant de la mê - me fente comme les lettres F. & G. le font voir pour les deux côtés. Quand la plume se trouve dans cette der - niere position, on en met une autre en - dedans pour produire le bec. Ce bec se fait en commençant de dimi - nuer un peu en - dessus du tuyau, & un peu aussi du côté du pouce, & en plaçant ensuite le canif sur le tranchant à l'endroit où l'on veut couper. Ce dernier coup que les maîtres de l'art appellent le tact, doit être fait subi - tement, en balançant la lame de droite à gauche, & en la renversant un peu sur le devant, ayant soin en même tems que le manche soit tiré du côté du coude plus ou moins, suivant l'oblique que l'on veut donner à la plu - me. La figure H. expose cette manoeuvre, & la figure I. la représente dans sa taille finie. Regle générale en toute écriture, l'angle du pouce est un peu plus long & plus large que celui des doigts.

Sur les proportions d'une plume taillée.

Une plume pour être suivie strictement dans toutes ses coupes peut bien ne pas avoir ses justes proportions. La grande ouverture peut être trop grande ou trop pe - tite, le bec trop long ou trop court, la fente trop pe - tite ou trop longue. Pour obvier à ces inconvéniens, il faut considérer la plume dans la planche entre les qua - tre lignes horisontales A. B. partagée en trois parties égales. La premiere depuis l'extrémité 1 du bec de la plume jusqu'aux carnes 2; depuis les carnes jusqu'au mi - lieu 3 de la grande ouverture; & depuis ce milieu jus - qu'au 4 où commence cette grande ouverture. Ces re - gles donnent à n'en pas douter de la grace à la plume, mais pas toujours de la bonté. Si l'angle des doigts est plus long & plus large que celui du pouce, la plume jet - tera l'encre sur les revers; si les carnes sont trop courtes & trop fermées, l'encre coulera avec précipitation; si la fente est trop longue pour une main pesante, les ca - racteres seront écrasés; si la plume est trop dégarnie en - dessus avant le tact, elle ne pourra écrire long - tems à cause de la foiblesse de son bec; si son tuyau est trop épais du côté de l'angle du pouce qui produit les liai - sons, ces mêmes liaisons deviendront trop grosses; mais il est aisé de remédier à ces défauts, & l on sent assez ce qu'il faut faire. Il ne reste plus qu'un mot à dire sur la plume, dont les carnes doivent être plus cavées si l'on écrit la ronde, & son bec plus oblique; la batarde moins que la ronde & un bec moins oblique; la coulée autant que la batarde, mais une fente plus longue. On peut consulter au surplus les trois figures C. D. E. où l'on trouvera la définition des regles que je viens de pres - crire. Si je n'ai rien dit de plus positif sur la fente qui doit être faite avec la plus grande netteté, c'est qu'elle dépend entiérement de la main. Une main légere a be - soin d'une fente plus grande qu'une lourde. A l'égard de la plume, pour expédier je renvoie à l'explication de la douzieme planche.

Sur l'utilité de savoir tailler la plume.

On néglige trop en général la taille de la plume, que l'on regarde comme une chose peu essentielle, quoi - qu'elle contribue beaucoup à la netteté & à la forme de l'écriture. Il est certain d'après l'expérience que j'en ai, qu'une personne qui taille sa plume pour elle - même, écrit mieux que si cette plume eût été taillée par une main étrangere. La raison c'est qu'elle la taille suivant sa main, dont elle connoît la position, & selon le dégré de grosseur qu'elle veut donner à son écriture, une au - tre plume souvent ne produit pas le même effet, parce qu'elle se trouve ou plus ou moins oblique ou plus ou moins grosse, ou enfin plus ou moins fendue, ce qu'il est facile de reconnoître aux caracteres qu'elle trace, pour peu qu'on veuille y faire attention. Je conclus d'a - près cela qu'il faut s'attacher à la taille de sa plume en observant que pour une main renversée en - dehors, elle doit être plus oblique; droite ou à peu de chose près, pour une autre qui n'incline d'aucun côté, & sur l'o - blique des doigts pour une main renversée en - dedans. Telles sont les regles sur la taille de la plume en général (il est des cas où il faut s'en écarter), mais toujours est - il qu'on tirera plus de service d'une plume fendue que d'une autre qui ne le seroit pas assez, excepté les mains foibles ou tremblantes, qui étant forcées d'y prendre un point d'appui, doivent nécessairement faire à leur plume une fente plus courte pour lui donner plus de consistance.

ECRITURES, | |PLANCHE V. (Page 19:21:3)

PLANCHE V. Des situations de la plume.

La premiere connoissance à acquérir après la tenue de la plume, est celle de ses différentes situations pour tou - tes les écritures. Elle est d'autant plus nécessaire que sans elle il est impossible de former un caractere régulier & gracieux. Pour aller tout d'un coup à l'essentiel, je n'en démontrerai que trois qui suffisent à toutes les opéra - tions que la plume produit. Vouloir en présenter davan - tage, ce seroit tomber dans une prolixité ennuyeuse & embrouillée, plutôt que d'éclaircir & de parvenir à l'exé - cution d'un art nécessaire à tous les hommes.

Premiere situation.

La premiere situation est celle que l'on appelle à face, c'est - à - dire la plume droite devant le corps, & dont les angles placés sur la ligne horisontale, ne sont pas plus élevés l'un que l'autre, tant au sommet qu'à la base d'un à plomb ou d'un jambage. Chaque extrémité de ce jam - bage, qui a toute la largeur du bec de la plume, pré - sente deux angles. Celui qui est à droite s'appelle l'an - gle des doigts, parce qu'il est produit du coin de la plu - me qui est du côté des doigts; l'autre par la même rai - son se nomme l'angle du pouce, parce qu'il est aussi pro - duit du coin de la plume qui est du côté du pouce. Il faut bien distinguer ces angles, car ce sont d'eux que dépendent toutes les situations de la plume, & c'est de ces situations bien entendues & bien rendues que pro - vient la beauté de l'écriture. Que l'on jette un coup d'oeil sur la premiere démonstration, on connoîtra pre - mierement que les lignes horisontales A. B. passent au sommet & à la base de l'aplomb sans aucun excédent, ce qui n'arriveroit pas si les angles étoient inégaux. Se - condement, on distinguera par les chiffres 1. & 2. les angles du pouce pour le haut & le bas; de même par le 3. & le 4. les angles des doigts au sommet & à la base.

Cette situation n'est affectée à aucune écriture. Elle ne sert uniquement que pour la terminaison de plusieurs lettres finales & autres effets de plume dont je parlerai dans la suite. Son principal mérite est de donner l'intel - ligence des angles, laquelle est indispensable pour exé - cuter tous les mouvemens employés dans l'art d'écrire.

Seconde situation.

La seconde situation est oblique. On entend par ce terme que la plume est placée de maniere que l'angle des doigts surmonte celui du pouce de la moitié de l'é - paisseur de l'aplomb, au lieu qu'à la base, l'angle du pouce est plus bas que celui des doigts de la moitié de l'épaisseur du même aplomb, par la raison que ce qui est de moins sur le haut, doit se trouver de plus sur le bas. La seconde démonstration rend cette situation sensible; les lignes A B qui sont en obliquité parallele renferment l'aplomb dans le biais qu'il exige, & les lignes C D ho - risontales font voir au sommet l'angle des doigts 1. qui excede de la moitié, comme à la base l'angle du pouce 2. qui descend de même de la moitié.

Cette seconde situation est employée pour l'exécu - tion de l'écriture ronde, qui étant droite, exige plus d'oblique. Elle est aussi destinée pour les écritures ba - tarde & coulée; mais comme on est obligé de rappro - cher un peu le bras du corps pour donner à ces deux dernieres écritures la pente qu'elles doivent avoir, il arrive que l'angle des doigts pour le haut, & l'angle du pouce pour le bas, sont moins sensibles. Par ce principe, il est aisé de concevoir que la situation oblique est gé - néralement consacrée à toutes les écritures; la différence consiste dans le plus ou le moins, le plus pour la ronde & le moins pour la batarde & la coulée. [p. 21:4]

Troisieme situation.

La troisieme situation est de travers, parce que la plume placée presque de côté, produit un aplomb de gauche à droite en descendant. Les lignes A B obliques paralleles qui renferment le jambage, démontrent com - bien la plume doit être tournée sur le côté du pouce, & les lignes horisontales C D sont voir que l'angle des doigts 1. est élevé considérablement sur celui du pou - ce, de même que celui du pouce 2. descend en même proportion au - dessous de celui des doigts.

Cette troisieme situation, qui n'est propre à aucune écriture, est cependant utile pour plusieurs lettres tant mineures que majeures, & pour placer les pleins, soit courbes ou quarrés en - dessus & en - dessous, comme j'au - rai soin de le faire connoître dans les occasions.

C'en est assez sur les situations de la plume que l'u - sage & un peu d'application rendront familieres, si l'on observe la position du corps & la tenue de la plume suivant les regles décrites aux explications des premieres planches.

Sur les pleins, les deliés & les liaisons.

La connoissance des effets de la plume dépend de la distinction des pleins, des déliés & des liaisons. On ap - pelle plein, tout ce qui n'est pas produit du tranchant de la plume; il n'importe de quelle situation ce plein soit formé. On nomme délié le trait le plus menu que la plume produise. On appelle liaisons tous les traits fins qui attachent les lettres les unes aux autres. Il est aisé de concevoir que le délié & la liaison ne sont pas la même chose. Les maîtres de l'art les distinguent en considérant que le délié fait partie de la lettre même, au lieu que la liaison ne sert que pour la commencer, la finir & la join - dre. Les liaisons dans l'écriture ne doivent point être négligées; elles sont à cet art ce que l'ame est au corps. Sans les liaisons point de mouvement, point de feu, point de cette vivacité qui fait le mérite de l'écriture expédiée.

Toutes les liaisons & quelques - uns des déliés sont produits par l'action du pouce & par l'angle de la plume qui appartient à ce même doigt. Comme cet angle fati - gue le plus dans la construction des lettres, c'est par cette raison qu'il est plus long & plus large dans la taille de la plume. Suivant mon principe, toutes les liaisons sont courbes, & elles ont plus de grace que toutes celles qui sont produites par la ligne diagonale. Il y a toutes sortes de liaisons, de rondeurs à jambages, de jambages â rondeurs, de rondeurs à rondeurs, de jambages à jam - bages, de piés en têtes, & plusieurs autres que l'on pourra remarquer dans les pieces d'écritures & les alpha - bets liés.

ECRITURES, | |PLANCHE VI. (Page 19:21:4)

PLANCHE VI. Des figures radicales.

L'art d'écrire a des élémens primitifs, dont la pratique est indispensable pour acquerir la construction de ceux qui composent tout son ensemble. Ces élémens se rédui - sent, ainsi que dans le dessein, à deux lignes, qui sont la droite & la courbe; ce sont elles qui servent à pro - duire toutes les formes que l'esprit peut fournir, & que la main peut exécuter.

Sur les deux lignes radicales.

La premiere démonstration expose au trait simple, tant pour la ronde que pour la batarde, entre les deux lignes horisontales A B, les deux élémens qui sont la source de tous les autres; c'est - à - dire les lignes courbes & droites. La premiere C est une ligne droite descen - dante depuis 1. jusqu'à 2. La seconde D est une partie courbe descendante depuis 3. jusqu'à 4. La troisieme E est une autre partie courbe en remontant depuis 5. jus - qu'à 6. Enfin la quatrieme F est encore une ligne droite en remontant depuis 7. jusqu'à 8. On a choisi avant d'en venir aux effets de la plume, la démonstration du trait simple, comme étant celle qui peut donner une idée plus précise de ces deux lignes primordiales.

De la réduction des deux lignes aux pleins.

Pour réduire ces lignes originaires aux pleins conve - nables, il faut les exécuter suivant l'art. Cette exécution est aussi simple que naturelle. De toutes les figures ren - fermées dans les lignes horisontales A B, on commence par celle du C, qui est droite pour la ronde & penchée pour la batarde & la coulée, & au chiffre 1. en descen - dant & en pliant verticalement les doigts, la plume étant dans la situation requise à l'écriture que l'on veut tracer, pour finir au nombre 2. La figure D courbe se com - mence par le trait délié 3. de droite à gauche en descen - dant & en pliant les doigts, observant à l'étoile qui est au centre & où se trouve le plein de la plume, de reti - rer insensiblement sur la droite (plus pour la ronde que pour la batarde & la coulée) en pliant les doigts sur le poignet pour arrondir & finir par le trait délié 4. La figure E courbe se commence par le trait délié 5. en re - montant & en allongeant les doigts, de maniere qu'à l'étoile placée au centre, on arrondit davantage sur la gauche en y poussant la plume avec modération (plus pour la ronde que pour les autres écritures), pour ter - miner enfin par le trait délié 6. La figure F est une ligne droite qui prend sa naissance au nombre 7. & qui va en remontant & en allongeant les doigts pour finir au chif - fre 8.

C'est de tous ces élémens que dérivent les caracteres de l'écriture; & il est de l'ordre des choses de faire con - noître que c'est de l'attention que l'on aura eu de les bien peindre, que résulte un caractere régulier. Il n'est pas besoin d'expliquer combien l'usage en est essentiel. A la vue d'un simple alphabet, on distinguera que tou - tes les lettres en sortent; que tout jambage perpendieu - laire ou penché naît des figures droites; que toutes par - ties concaves ou convexes, soit droites ou penchées, proviennent des figures courbes. Que de la jonction des deux lignes radicales sont émanées aussi toutes les lettres mineures à têtes & à queues, passant au - dessus & au - dessous d'un corps d'écriture, & que les majeures mê - mes en tirent leur origine.

Sur la démonstration de la ligne mixte.

La ligne mixte n'est point une figure radicale comme plusieurs l'ont prétendu. Tous les Géometres la définis - sent une ligne composée de parties droites & courbes. Suivant ce raisonnement, cette ligne ne peut être radi - cale, puisque les lignes courbes & droites en font l'es - sence. Quoi qu'il en soit, il faut convenir que l'exercice de cette figure après celles dont je viens de parler, est très - propre à conduire aux lettres majeures, parce qu'elle donne de la fléxibilité aux doigts. Pour parvenir à l'exé - cution de cette ligne, on doit la considérer sous trois formes entre quatre lignes horisontales A B: dans son rapport avec les figures radicales; dans la disjonction de ses parties, & dans sa construction totale. Expliquons mieux tous ces objets. Dans le premier exemple C la ligne mixte qui est au simple trait se trouve dans la dé - monstration conforme à son origine. On voit que la courbe du haut 1. produit un cercle sur la droite, de même que la courbe du bas 2. produit un cercle sur la gauche. Le centre 3. expose la ligne droite qui est très - nécessaire à cette figure. La démonstration simple de cette ligne étoit à sa place; elle sert de préparation à l'exemple D, où les trois parties distinctes & au plein de la plume font plus d'impression. Dans l'exemple E la ligne est rendue dans tout son effet. Elle commence par un trait délié 1. de droite à gauche, en courbant & en formant dans la descente sans cesser de plier les doigts l'aplomb 2. pour arrondir ensuite insensiblement sur la gauche, & terminer par le trait délié 3. On observera que dans la ronde la ligne mixte doit être perpendicu - laire & penchée, ou sur la ligne oblique dans les autres écritures.

Sur le mouvement que la main doit conserver en écrivant.

La vîtesse dans l'écriture est l'ouvrage de la pratique & du tems. Une main qui commence à écrire ne doit pas se précipiter; elle ne doit pas non plus agir avec trop de lenteur. Ces deux contrastes produisent un effet éga - lement dangereux. La précipitation donne une écriture inégale & sans principes; la grande lenteur, un carac - tere pesant, tatonné, & quelquefois tremblé. Il faut donc [p. 21:5] prendre un milieu entre ces deux extrêmes. Lorsque la main familiere avec les préceptes est parvenue à un cer - tain point de perfection, elle peut accélérer ses mouve - mens par degré, & acquerir cette grande liberté que l'on demande à ceux qui se destinent à occuper des em - plois.

ECRITURES, | |PLANCHE VII. (Page 19:21:5)

PLANCHE VII. De la hauteur, largeur, & pente des écritures.

Il n'est aucun art qui ne soit assujetti à des regles & à des proportions que le bon goût a fait éclore & que l'u - sage a consacrées. Celui de l'écriture en a de moins com - pliquées que les autres; tout s'y mesure par corps & par becs de plume, & c'est de la précision & de la justesse que dépend la régularité des caracteres. Pour que ces principes ne se confondent point dans l'esprit du lecteur qui veut les mettre en pratique, je vais les expliquer sé - parément & le plus clairement qu'il me sera possible.

Sur la ronde.

La ronde porte quatre becs de plume d'élevation; elle a le défaut d'être maigre lorsqu'on l'écrit plus lon - gue, & d'être trop pesante lorsqu'on l'écrit plus courte. La démonstration A, qui annonce cette élevation, fait voir l'aplomb mesuré à côté sur les quatre becs de plume. Ces quatre becs joints ensemble, font ce que les Ecri - vains appellent un corps de hauteur en ronde. Le bec de la plume n'est autre chose en tout genre d'écriture, que la production en quarré de l'extrémité de la plume, com - me il le paroît au chiffre 5. On sent assez que plus la plu - me est grosse, plus le quarré que son bec produit est fort, ainsi il diminue ou il augmente à proportion du plus ou du moins de grosseur qu'il possede.

La ronde est droite, c'est - à dire qu'elle n'incline d'au - cun côté. La démonstration B fait voir la ligne perpen - diculaire depuis 1. jusqu'à 2. qui traverse l'à - plomb & le coupe en parties égales. Les lignes obliques D B E prouvent que l'à - plomb est juste dans sa direction, & qu'il ne penche ni de gauche à droite, ni de droite à gau - che. Tel est le caractere françois qui tient encore par sa droiture à l'écriture gothique moderne, d'où il tire son origine.

Enfin la ronde a une largeur égale à sa hauteur, parce qu'elle est quarrée. La démonstration C le présente. On voit par deux à - plombs éloignés suivant l'art, & mesu - rés au - dessus, que quatre becs de plume forment toute sa largeur. Au - dessous on remarquera que la distance entre deux jambages est toujours de deux travers de bec.

Sur la batarde & la coulée.

La batarde porte sept becs de plume d'élevation. On peut voir cette mesure à la démonstration A, où ces becs sont marqués à côté de l'à - plomb.

La pente de cette écriture est de trois becs de plume relativement à la perpendiculaire. En regardant la dé - monstration B ce principe se développe aisément. On voit d'abord la ligne perpendiculaire depuis 1. jusqu'à 2. ensuite l'à - plomb qui s'éloigne de cette ligne par son sommet de trois becs, & qui s'en rapproche dans sa base par le secours de la pente jusqu'à toucher la même per - pendiculaire par l'angle du pouce.

Enfin la batarde a de largeur cinq becs de plume pris en - dehors. La démonstration C fait connoître cette lar - geur par les cinq becs exprimés au - dessus des deux jam - bages. Au - dessous est marqué la largeur qui doit être en - tre chaque à - plomb, & cette largeur est de trois becs.

Il est à - propos de faire remarquer ici qu'il y a une dif - férence de corps entre la ronde & la batarde. En ronde un corps de hauteur est égal à celui de largeur, parce que l'un & l'autre ont quatre becs de plume, ce qui est différent dans la batarde. Comme dans celle - ci le corps de hauteur est plus grand que celui de largeur, il faut toujours distinguer dans cette écriture si c'est un corps de hauteur ou un corps de largeur.

Tout ce que j'ai dit pour la batarde peut servir pour la coulée, qui a les mêmes proportions. On peut aussi exécuter cette derniere sur six becs de plume de hauteur, & quatre & demi de largeur.

De l'O rond.

L'O rond peut se démontrer par deux principes: par le quarré & par le cercle. Je me dispenserai de parler de la premiere figure, étant plus facile par la seconde de parvenir à la formation de cette lettre, à laquelle on est déja préparé par les deux parties courbes radicales de la planche précédente, qu'il ne s'agit que d'unir pour qu'elle se trouve parfaite. J'éclaircis cette exposition en décrivant la conduite que les doigts doivent tenir pour former cette lettre que je conviens être de difficile exé - cution, & qui pourtant n'a que deux mouvemens aussi naturels que faciles. Plier les doigts en descendant la pre - miere partie courbe qui commence par le trait délié 1. de droite à gauche; allonger les doigts en remontant la deuxieme partie courbe qui semble commencer en - des - sous & au trait délié 2. pour terminer en arrondissant par un plein, dont les angles sensibles viennent se re - poser sur le premier délié. Voilà tout. Que l'on jette les yeux sur la démonstration de cet O, on trouvera qu'il est rendu d'abord à la figure A par un cercle tout sim - ple; à la figure B par son plein & ses mesures; que deux déliés & deux pleins le composent; que les deux déliés ont chacun un travers de bec; que l'O est fait sans inter - ruption en soutenant avec soin la situation de la plume; enfin que cet O doit finir un peu en pointe & au milieu de sa largeur, comme la ligne perpendiculaire 3. & 4. le fait voir.

De l'O batarde & coulée.

L'O batarde de même que l'O rond, peut aussi se dé - montrer par deux principes; celui du parallélograme & celui de l'ovale. Je m'arrête au dernier, parce qu'il se rapproche des deux lignes courbes radicales. Les deux mouvemens employés pour l'O rond font le même of - fice pour l'O batarde, qui doit être un ovale parfait; l'écrivain dans cette figure doit faire avec la plume ce que le mathématicien fait avec le compas. Suivant la dé - monstration on trouve à la figure A un ovale simple qui prépare pour la figure B où l'O est en plein & dans sa justesse. Pour l'exécution on plie les doigts en descen - dant la premiere partie courbe qui prend sa naissance au trait délié 1. de droite à gauche. On allonge les doigts en remontant la deuxieme partie, dont l'origine est en - dessous & au trait délié 2. pour achever en arrondissant de maniere que le plein se termine sur le premier délié & au milieu de la largeur de la lettre, comme la ligne oblique 3. & 4. le fait voir sans qu'on puisse trouver le point de la jonction. Cet O a deux déliés & deux pleins; chaque délié n'a qu'un travers de bec. Il faut maintenir dans cette lettre la situation de la plume, qui est, com - me je l'ai dit aux observations de la planche 5. moins oblique que dans la ronde, c'est ce qui fait que l'O en batarde ne finit pas par un plein positif, mais par un plein qui se perd insensiblement à mesure qu'il approche au premier délié auquel il se joint.

Sur la forme.

La belle forme de l'écriture dépend de l'exacte ob - servation des regles & d'un travail suivi. C'est par les gros caracteres & par la connoissance parfaite des angles de la plume, qu'elle s'acquiert; cette connoissance doit être tellement familiere à l'écrivain, que sans recherche & à l'instant il puisse représenter avec sa plume toutes les situations qui sont requises par l'art.

Je dois dire encore à l'égard de la forme, qu'il faut qu'elle soit bien sure avant de passer aux écritures expé - diées, car si elle peche par l exactitude dans les carac - teres réguliers, ce défaut deviendra bien plus grand dans les écritures faites avec promptitude.

ECRITURES, | |PLANCHE VIII. (Page 19:21:5)

PLANCHE VIII. Des exercices préparatoires.

Lorsque l'on est instruit des premiers élémens de l'art d'écrire, on doit passer aux exercices préparatoires qui se font avec la plume grosse. J'appelle ces exercices pré - paratoires, parce qu'ils conduisent à la formation de tous les caracteres. Ceux que la planche VIIIe. présente sans être trop compliqués, ont la propriété de donner plus de fléxibilité aux jointures des doigts, & d'insinuer de la légéreté à l'avant - bras. On sent par ces raisons que ces exercices sont absolument nécessaires, & qu'ils doi - vent précéder & suivre le travail des lettres tant mineu - res que majeures. Pour arriver à leur exécution, on [p. 21:6] commencera par passer dessus pendant quelques mo - mens avec une plume sans encre. Cette occupation est utile; elle fait que la main s'accoûtume aux différens coutours, & que tous les effets de la plume qui les com - posent, se gravent dans l'esprit ou dans la mémoire. Je ne conseille pourtant pas d'embrasser tous ces exercices à la fois; ce seroit en confondant les uns avec les autres, sacrifier plus de tems qu'il ne faut pour y parvenir. On ne passera à la seconde ligne que quand on sçaura exé - cuter la premiere un peu librement & régulierement, & ainsi des autres, parce que les premieres étant plus aisées, elles conduisent naturellement aux suivantes, qui sont plus difficiles. Il est parmi les artistes une vérité constante, que l'on ne doit pas ignorer; c'est qu'on ne parvient aux grandes difficultés qu'après l'exercice des plus petites. Pour donner une plus forte idée de ces exer - cices, je vais dire un mot sur chacun.

Sur le premier exercice.

Il roule entierement sur la ligne droite, qui est la plus facile à tracer. Tout ce qui le compose, sont des pleins descendans & montans, qui se font les premiers en pliant les doigts & les autres en les allongeant. Il est en - core nécessaire d'observer que le courbe qui se trouve dans le bas des jambages se produit en arrondissant par l'action du pouce qui met la plume insensiblement sur son angle pour former une liaison en remontant & en soulageant. Le mouvement simple des doigts est le seul suffisant pour la formation de cet exercice.

Sur le second.

Il présente des parties courbes tant descendantes que montantes, & qui s'exécutent par le mouvement natu - rel des doigts, pliant & allongeant.

Sur le troisieme.

Il est établi sur des lignes mixtes descendantes & mon - tantes, & liées les unes aux autres sans changer la plu - me de situation. Il faut pour la pratique de cet exercice, plus d'action dans les doigts & plus de légéreté dans l'ap - pui de l'avant - bras sur la table.

Sur le quatrieme.

Il offre des lignes mixtes & autres effets de plume liées de pié en tête, qui se font sur la deuxieme situa - tion & de l'action simple des doigts. A l'égard des grandes queues qui sont semées dans cet exercice, & qui n'ont aucune mesure, elles se jettent du bras, la plume placée sur la troisieme situation. Lorsqu'il se trouve plusieurs têtes de lettres de suite, la seconde l'emporte sur la pre - miere tant en largeur qu'en hauteur, & ainsi des autres s'il s'en trouve. C'est la même chose pour les piés, le second l'emporte par la longueur ou la largeur sur le premier.

Sur le cinquieme.

Il fait voir des parties montantes & descendantes qui se forment par une action aisée des doigts. Le mérite de cet exercice est de donner à l'avant - bras l'habitude de monter & de descendre facilement; c'est pour cela qu'il ne doit poser que superficiellement sur la table.

Sur le sixieme.

Il expose des parties descendantes & montantes. Son usage est le même qu'à l'exercice précédent.

Sur le seotieme.

Il est fondé totalement sur la troisieme situation qui produit des pleins en - dessus & en - dessous. Il faut se ren - dre familier cet exercice, qui se fait de l'action très - aisée des doigts, l'avant - bras coulant plus vîte sur la table.

Sur le huitieme.

Il a pour fondement des cercles ou des ovales joints ensemble. C'est précisément ce que l'on appelle dans la Géométrie des épicyles. Ils sont commencés sur la direc - tion de gauche à droite, & continués sur celle de droite à gauche pour finir par une ligne ondée, qui commen - çant à la lettre A, va se terminer vers B. Tout ce que renferme cet exercice se fait par l'action simple & libre des doigts, l'avant - bras coulant sur la table.

Sur le neuvieme.

Ce dernier est la récapitulation de tous les précédens, il contient en raccourci tous les effets de la plume, dont presque tous les autres sont composés. On ne sçauroit trop recommander l'usage de ces exercices, d'autant qu'ils donnent à la main les avantages de monter, de descendre, d'aller à droite, de revenir à la gauche, la plume ne posant toujours que sur l'extrémité de son ca - non. C'est par la grande pratique de ces différens mou - vemens que la main s'assure peu à peu des effets de la plume. Quoique ces exercices soient donnés sur la ligne perpendiculaire, on peut aussi les former sur l'oblique de droite à gauche. Le maître ne peut pas fixer à celui qui apprend, le tems qu'il doit s'occuper de ces exer - cices, cela dépend de sa disposition; une main dure ou roide, & où la fléxion ne se fait qu'avec peine, doit y travailler plus long - tems & les former d'une grandeur plus considérable, en s'attachant à soutenir les pleins re - vers, tant dans les parties droites que dans les courbes.

Sur les mouvemens.

Tout ce qui compose l'écriture est produit par deux mouvemens: celui des doigts & celui du bras.

Le mouvement des doigts qui sert pour les lettres mineures comme pour les majeures qui se font plus vîte, n'a que deux effets: la fléxion pour descendre en tout sens, & l'extension pour remonter de même.

Le mouvement du bras, si nécessaire pour les lettres capitales & les traits, a quatre effets. Il s'allonge pour monter; il s'écarte pour aller à droite; il se rapproche du corps pour la gauche, & il se plie au coude pour descendre. Ces quatre effets sont plus ou moins étendus suivant la grandeur des figures que l'on veut exécuter.

Plusieurs auteurs ont admis le mouvement du poi - gnet, lequel n'a point été adopté par les plus grands maîtres. Le poignet n'a point d'effet primitif; il n'agit que fort peu, & quand il est forcé d'obéir au mouve - ment des doigts.

ECRITURES, | |PLANCHE IX. (Page 19:21:6)

PLANCHE IX. Des alphabets des lettres rondes.

Si l'Encyclopédie rend compte des alphabets de tou - tes les langues du monde, à plus forte raison doit - elle donner ceux qui sont en pratique dans le pavs où cet ou - vrage a pris naissance. Ce n'est pas assez d'en présenter les simples figures, il faut encore en démontrer quel - ques principes Mais je n'en dirai que ce qui est le plus nécessaire, les bornes que je me suis prescrites ne me per - mettent pas de trop m'étendre. J'ai fait connoître au mot écriture, que trois différens caracteres étoient en usage parmi les François; son caractere distinctif est celui par où je commencerai; on l'appelle communément écriture ronde. Il se partage, ainsi que les deux autres, en mineur & majeur. Le mineur comme le plus petit, parce qu'il ne comprend qu'un corps, excepté les lettres à têtes & à queues, est celui dont on se sert pour une suite d'ouvrage. Le majeur est plus grand; on l'emploie toujours pour le commencement des phrases, des noms propres & de toutes les choses qui subsistent réellement.

Du Mineur.

L'alphabet mineur mesuré que la neuvieme planche offre aux yeux, est composé des caracteres usités de l'é - criture ronde. Ces caracteres, qui se font de l'action sim - ple des doigts, ont chacun des proportions particulie - res, sur lesquelles je ne parlerai qu'en général. Les lignes horisontales A B renferment le caractere proprement mineur; on sait que ce caractere en ronde est établi sur quatre becs de plume. Toutes les têtes passantes au - des - sus de ce corps mineur, ont un corps & un bec de plu - me; c'est ce que rendent sensible les points forts tracés à la droite de toutes les lettres. Il faut pourtant excepter de cette regle le D, l'S, le T & le Z, qui ne passent que d'un demi - corps, & encore les têtes de l'E & de l'S brisé, qui ne surmontent que d'un bec de plume. Voilà en peu de mots pour les têtes; voyons ce qui regarde les queues. Toutes les queues passantes au - dessous du corps mineur, ont un corps & demi; ce qui est exprimé par les points forts. On exceptera de cette loi commune les dernieres parties courbes de l'H & de l'N finale qui n'ont qu'un corps. C'est à présent de la largeur des unes & des autres dont il faut parler. La largeur des têtes n'est que d'un corps; ce qui se manifeste par les lignes per - pendiculaires tirées à la gauche & à la droite de ces tê - tes, qui peuvent quelquefois être plus larges; mais cette [p. 21:7] licence n'appartient qu'à un habile écrivain, qui sait sui - vant les circonstances, se mettre au - dessus des regles. La largeur des queues est plus ou moins considérable; les unes ont un corps, les autres un corps & demi; ceux - ci deux corps & demi, & ceux - là trois corps & demi. A l'extrémité de beaucoup de ces queues, il se trouve un bouton qui doit tenir au plein revers, & n'avoir d'é - levation que deux becs de plume, ainsi que les trois points forts qui sont à côté le sont connoître. Toutes ces différentes proportions sont rendues clairement dans l'alphabet par les lignes perpendiculaires dont j'ai déja parlé; lesquelles lignes marquent en même tems la lar - geur du corps mineur, & prouvent que la ronde est droite par sa nature. Il est encore d'autres lignes qui sont obliques, & tirées au - dessus & au - dessous de chaque lettre, pour faire sentir que la situation de la plume l'est aussi. On distinguera aisément les caracteres qui dérivent de la ligne droite, & sur - tout ceux qui proviennent de la courbe. Pour une plus grande utilité, j'ai crû néces - saire la distinction de lettres initiales, médiales & fina - les. Les initiales marquées du chiffre 1. ne conviennent qu'au commencement des mots; les médiales annoncées par 2. ne sont propres qu'au milieu; enfin les finales marquées par 3. ne se placent qu'à la fin. Cet éclaircisse - ment, tout utile qu'il est, n'instruit pas assez. Il y a des lettres qui servent aux trois objets à la fois; elles seront désignées par les nombres 1. 2. & 3. Il en est d'autres qui ne sont qu'initiales & médiales, les chiffres 1. & 2. les marqueront; enfin il s'en trouve qui ne sont que sim - plement finales; on les trouvera cottés du nombre 3. Ces explications étoient importantes, car rien ne gâte plus un mot & ne blesse tant le coup d'oeil, qu'une lettre mal placée, sur - tout dans un titre qui est ordinairement en gros caracteres. Il reste encore à dire que l'Y grec, le Z & la tête de l'R final se font sur la troisieme situation; que l'L final, l'S brisé & le T final, se finissent en met - tant la plume sur la premiere. A l'égard de l'exécution des lettres mineures, on s'attachera à les examiner avec soin, & à faire des lignes entieres de chacune, toujours en se conformant aux principes démontrés aux planches précédentes, & à ce qui est expliqué plus particuliere - ment sur ce sujet au commencement de chaque lettre de ce Dictionnaire.

Du majeur.

Les lettres majeures sont ainsi appellées parce qu'elles ont trois corps mineurs, & qu'elles se placent toujours les premieres. Elles se font d'une action libre des doigts, l'avant - bras coulant avec plus de vîtesse sur la table. Quelquefois ces lettres se jettent du bras, mais il n'ap - partient qu'à une main adroite, à un maître, de les jus - tement approprier à la grandeur des corps d'écriture. Cette grande justesse, que les connoisseurs admirent, est le fruit d'un travail long & appliqué. L'alphabet majeur se trouve à la planche neuvieme, mesuré & enfermé dans les quatre lignes horisontales A B. Il faut pourtant excepter de la mesure ordinaire de trois corps mineurs la lettre M, qui ne possede que deux corps & un bec de plume; l'A & l'X, qui n'ont que deux corps, ainsi que les têtes de l'Y grec & du Z. A l'égard des queues, elles ne passent en - dessous que de deux corps seulement, & quelquefois moins, étant libre de les diminuer lors - que l'on prévoit qu'elles peuvent causer de la confusion. On ne parlera point de la largeur de toutes ces lettres; les lignes perpendiculaires tirées sur chacune exprime - ront la quantité de corps qu'elles ont; lequel corps de largeur est conforme à celui de hauteur. On observera que tous les caracteres marqués par une étoile se font de la troisieme situation; que les dernieres parties de l'N & de l'V se font du bras, ainsi que les queues de l'Y grec & des ZZ. Je dirai encore que toutes les majeures se tra - vaillent dans un corps d'écriture avec la plume qui a for - mé ce même corps d'écriture, & que l'on ne sauroit trop s'appliquer à l'imitation de ces lettres, dont la jus - tesse & la beauté contribuent autant à la perfection de l'écriture qu'à son agrément.

De l'alphabet lié.

L'exercice de l'alphabet lié est très - utile. On doit y travailler beaucoup après la forme particuliere de cha - que lettre & avant de passer aux mots. Comme il est mefuré, il sera facile avec un peu d'attention d'en re - marquer les principes & de les exécuter.

Sur le toucher de la plume.

Il faut distinguer deux sortes de toucher; celui qui vient de la nature & celui que l'art communique.

Celui de la nature l'emporte; c'est lui qui donne la maniere de rendre les choses dans ce précieux qui paroît également dans les parties frappées & non frappées. On peut être un habile maître & ne pas posséder ce trésor. La nature ne distribue pas à tous ces dons.

Celui de l'art ne donne pas la même délicatesse; il s'acquiert par l'exercice, par la légéreté de la main, & par la façon de tailler & de tenir la plume plus ou moins serrée dans les doigts.

Ce que l'on doit rechercher en général dans le tou - cher, c'est ce tendre, ce moëlleux, que l'on estime dans l'écriture, & non cette fermeté & ce lourd que les ca - racteres gravés présentent, qui est par conséquent moins estimable.

ECRITURES, | |PLANCHE X. (Page 19:21:7)

PLANCHE X. Des alphabets des lettres batardes.

Après l'écriture ronde vient naturellement celle que l'on appelle italienne, & communément batarde. Elle se distingue aussi en mineur & majeur; le mineur sert pour une suite d'ouvrage, & le majeur pour les noms propres & pour les premieres lettres des mots qui com - mencent les phrases. Toutes les lettres qui composent les alphabets de cette écriture ont une simplicité agréa - ble, qui auroit dû engager toutes les nations à n'adop - ter que ce seul caractere. Il est le plus aisé à lire, & c'est la raison sans doute, pourquoi il est le mieux reçû à la Cour, & employé pour les manuscrits que l'on veut con - server.

Du mineur.

La dixieme planche expose tous les caracteres mineurs mesurés de l'écriture batarde. Ils se font tous de l'action simple des doigts, pliant & allongeant, & sont tous assujettis à des proportions dont je ne dirai que le plus important. Les lignes horisontales A B renferment tou - tes les lettres mineures: on a dû voir par la planche sep - tieme & par ses explications, que le corps de ce carac - tere en batarde est établi sur sept becs de plume de hau - teur, cinq de largeur & trois de pente. Toutes les têtes qui passent au - dessus de ce corps mineur ont un corps de hauteur, qui est de sept becs; & un bec de plus au delà. Les points forts tracés à la droite de ces lettres, annon - cent ce principe. On exceptera de cette loi générale le D courbe, qui n'a qu'un corps, & le T qui ne possede qu'un demi - corps. C'est tout ce qui concerne la hauteur des têtes: voyons l longueur des queues. Les queues qui passent au - dessous du corps mineur ont un corps & demi, ce que les points forts feront remarquer; cette re - gle est sans exception. Voilà pour la hauteur des têtes & la longueur des queues; il s'agit maintenant de parler de la largeur des unes & des autres. Comme les têtes ne sont point courbes, il n'y en a que deux, qui sont la grande & la petite F, qui n'ont chacune qu'un corps de largeur qui est de cinq becs; ce corps est exprimé par des lignes obliques tirées à la gauche & à la droite de ces têtes. La largeur des queues n'est point la même par - tout; les unes ont un corps, les autres un corps & demi; il en est encore qui ont deux corps & demi. Toutes ces différences sont rendues sensibles par les lignes obliques dont j'ai déja parlé, lesquelles étant tirées dessus, font connoître que le corps de largeur est moins grand que celui de hauteur, & que cette écriture est penchée. Les boutons qui terminent les queues ne doivent avoir d'é - levation que deux becs de plume; ce que les trois points forts marqués à côté font sentir. Les lignes obliques ti - rées au - dessus & au - dessous de chaque caractere font connoître que la situation de la plume est aussi oblique. Avec un peu d'attention on distinguera bien vîte les let - tres qui proviennent de la ligne droite, de même que celles qui dérivent de la courbe. Distinguons à présent les lettres initiales, médiales & finales. On suit la même méthode qu'à la planche précédente. Les initiales sont marquées par le chiffre 1; les médiales par le nombre 2, & les finales par le nombre 3. Celles qui servent aux trois [p. 21:8] distinctions sont désignées par les trois chiffres, & celles qui ne sont qu'initiales & médiales n'ont précisément que les nombres qui indiquent leur usage. Reste encore à dire que l'R brisé & tous les Z Z se font sur la troisie - me situation, & que la troisieme S ainsi que le troisieme T se terminent en mettant la plume sur la premiere. Pour ce qui regarde la pratique des lettres mineures batardes, on suivra ce que j'ai dit aux explications de la planche précédente. Quoique l'écriture soit différente, les mêmes préceptes pour l'exercice peuvent lui servir.

Du majeur.

Les lettres majeures batardes se font de l'action libre des doigts, l'avant - bras coulant avec facilité sur la table. On se sert aussi du bras pour jetter ces sortes de lettres; mais je ne conseillerois qu'à une main exercée long - tems de s'y exposer, par la difficulté qu'il y a de les faire justes & suivant les regles. Dans la planche dixieme, ces lettres sont mesurées & enfermées dans les quatre lignes horisontales A B. Elles ont trois corps mineurs d'éleva - tion, chaque corps étant de sept becs de plume. Il faut pourtant excepter de ce principe la deuxieme M, qui n'a que deux corps & un bec de plume; le deuxieme V, qui n'a que deux corps, ainsi que la premiere partie de l'Y grec, qui ne possede qu'un corps. A l'égard des queues, elles ne passent que d'un corps & demi, & quelquefois davantage, suivant la place & les circonstances. Pour ce qui est de la largeur de ces lettres, elle est exprimée par des lignes obliques tracées sur chacune, lesquelles mar - quent la quantité de corps qu'elles ont; ce corps de lar - geur est de cinq becs de plume, comme je l'ai déja dé - montré. On remarquera que tous les caracteres où il se trouve une étoile, se font de la troisieme situation. Que les deux dernieres parties de l'N & de l'V se jettent du bras, ainsi que les queues de l'Y grec & des ZZ. Ces principes sont ce qu'il est le plus intéressant de savoir sur les lettres majeures batardes qui doivent être d'une très - grande simplicité dans leur forme, & d'une précision délicate dans les parties courbes. On parvient à la belle formation de ces lettres, comme de toutes les autres, par un grand exercice.

De l'alphabet lie.

L'alphabet lié demande beaucoup de travail. On doit être persuadé que plus on l'exécutera régulierement, & plûtôt on réussira dans les mots. On a eu l'attention de le mesurer pour la facilité de ceux qui voudront l'imi - ter; par ce moyen on distinguera toutes les différentes largeurs, hauteurs des têtes, longueurs des queues, & plusieurs autres principes.

Sur le dégagement des doigts.

Pour écrire de suite & de maniere que la main ne change pas de position, il faut dégager les deux doigts de dessous, qui sont ceux que l'on nomme annulaire & auriculaire. Ce dégagement se fait en retirant ces deux doigts sur la droite, & toujours dans la direction de la ligne horisontale. Le point essentiel consiste à savoir de combien l'on doit dégager; l'expérience a fait connoître que l'on devoit se régler sur les largeurs des écritures, plus pour la batarde & la coulée, & moins pour la ronde.

Le dégagement qui transporte la main de gauche à droite, ne se fait que dans les parties angulaires, & ja - mais dans celles qui sont courbes. Pour dégager, il faut que la main s'arrête, ce qui seroit dangereux dans les rondeurs, puisque par - là, elles acquerroient de la du - reté & du talon.

L'avantage que l'on retire du dégagement est de for - mer des lignes droites & fort longues, & d'empêcher que la main ne se renverse en - dehors, & que la plume ne porte sur l'angle des doigts.

ECRITURES, | |PLANCHE XI. (Page 19:21:8)

PLANCHE XI. Des alphabets des lettres coulées.

L'écriture coulée est aujourd'hui la plus en usage, parce qu'elle s'écrit plus vîte que les deux autres écri - tures. La promptitude avec laquelle on agit dans cette écriture & souvent trop tot recherchée, fait que dans le général elle manque de forme, que les liaisons n'y paroissent pas, & que la plume ne trace que des lignes droites & courbes. Ce qui contribue encore à la défec - tuosité de ce caractere, c'est que l'on a introduit dans les bureaux le goût singulier de l'écrire plus droite & plus longue que son principe ne le permet, & presque toujours sans queues ni têtes. Ce n'est pas là assurément l'esprit d'un art si utile pour la propagation des sciences, & qui n'a été assujetti à des regles que pour le rendre plus beau à la vue & plus facile à la lecture. Ne devroit - on pas savoir que les choses ne sont correctes, qu'au - tant qu'elles sont exécutées dans les principes reçus, & suivant les modeles que les grands maîtres nous ont laissés. Je veux bien que l'on prenne quelques licences que la vivacité peut permettre, mais ces licences ne doi - vent jamais détruire le fond; or le fond de l'écriture con - siste dans l'exécution de la forme particuliere à chaque lettre. La cause ordinaire des mauvaises écritures est que l'on ne travaille pas avec assez d'assiduité chez les maî - tres, que l'on néglige la connoissance des regles & la pratique des gros caracteres. Elles viennent encore de l'abus où l'on est de placer les jeunes gens chez les Pro - cureurs. C'est là que le meilleur caractere se corrompt, c'est là que se gâtent les mains qui promettoient le plus. L'étude de la pratique est à la vérité nécessaire, mais je voudrois que les humanités faites, on commençât par ce genre d'occupation avant d'apprendre à écrire. C'en est assez sur les causes qui rendent les écritures difformes, & sur - tout la coulée. Entrons dans le détail simple des principes de cette derniere.

Du mineur.

Les lettres mineures de l'alphabet coulé, mesurées à la onzieme planche, & renfermées dans les lignes hori - sontales A B, se font toutes de l'action simple des doigts, pliant & allongeant. Le corps de hauteur en cette écri - ture, ainsi que je l'ai dit aux explications de la septieme planche, est de sept becs de plume ou de six, & celui de largeur est de cinq ou de quatre & demi. Toutes les têtes en coulée sont doubles, à dessein de les lier plus ai - sément, & portent d'élevation un corps & un bec de plume, à l'exception pourtant des deux D & du T, qui n'ont qu'un demi - corps. Les points forts à côté de tou - tes les lettres expriment aux yeux cette hauteur, ainsi que les longueurs. Les queues n'ont de longueur qu'un corps & demi, & quelquefois davantage lorsqu'on les rend saillantes & que l'ouvrage le permet. Pour ce qui est de la largeur, les têtes n'ont simplement qu'un corps, & les queues tantôt un corps, tantôt un corps & demi, quelquefois deux corps & demi. Les lignes obliques ti - rées sur toutes les lettres font distinguer ces diverses lar - geurs. Les autres lignes obliques placées au - dessus & au - dessous de tous les caracteres, annoncent que la situa - tion de la plume est oblique. Les chiffres 1. 2. & 3. mar - quent les lettres initiales, médiales & finales dans le même ordre qu'il a été dit aux explications des planches précédentes. Je répete que l'X finale & tous les ZZ se font sur la troisieme situation; & que l'L finale, la fin des SS finales, & le T final se terminent sur la premiere situation. On suivra ce que j'ai dit aux deux dernieres planches pour l'exercice, en faisant observer que la plume en coulée se tient plus longue dans les doigts, que dans les autres écritures.

Du majeur.

L'alphabet majeur coulé que la planche onzieme pré - sente, n'expose simplement que les lettres qui sont pro - prement de cette écriture; on peut y substituer les lettres majeures batardes. Ces caracteres se font d'une action prompte des doigts, l'avant - bras coulant avec vîtesse sur la table. On peut aussi les jetter du bras. Toutes ces lettres qui n'ont que trois corps mineurs de hauteur, sont mesurées & enfermées dans les quatre lignes hori - sontales A B. On exceptera de cette regle la premiere M; la premiere partie du Q, la deuxieme X, & la pre - miere partie de l'Y grec, qui n'ont que deux corps. Les queues ne passent que d'un corps & demi. A l'égard des corps de largeur, ils sont exprimés par des lignes obli - ques tirées sur chaque lettre. L'étoile annonce comme dans les planches précédentes, les majeures qui se font sur la troisieme situation. Voilà le précis le plus néces - saire de toutes ces lettres que l'exercice fera exécuter avec justesse. [p. 21:9]

Sur l'alphabet des lettres brisées.

Les lettres brisées ne sont point gothiques, comme beaucoup de personnes l'ont pensé. Ce sont des élémens où l'on affecte de produire des angles dans le haut & le bas, lesquels élémens forment une écriture qui tient souvent la place d'un titulaire ou d'une grosse batarde. Pour l'ordinaire, cette écriture est perpendiculaire; elle est quelquefois penchée, mais rarement. La hauteur de ce caractere est de sept becs de plume sur cinq de large & trois de pente lorsqu'elle est couchée. La plume est tenue sur la seconde situation pour favoriser les angles, & le bras éloigné du corps de même que dans la ronde. Les têtes ont un corps & un bec de plume d'élevation, & les queues un corps & demi de longueur. Ces prin - cipes généraux & plusieurs autres, seront aisés à remar - quer dans l'alphabet de la planche onzieme, où il est mesuré & enfermé dans les lignes horisontales A B. On peut assurer qu'un titre ou un sous - titre de cette écriture fait un très - bel effet; c'est pourquoi je conseille à ceux qui font usage de la plume, de la mettre en pratique dans leurs ouvrages.

Sur l'ordre dans l'écriture.

Savoir écrire selon les regles; mais n'avoir point l'es - prit d'ordre, c'est ne posséder qu'une partie de l'art. Pour acquerir cette qualité, il faut avoir, ainsi que je l'ai ob - servé en plusieurs occasions, de l'invention & du goût.

L'invention embellit, augmente & donne de l'effet. Le goût examine, dispose & empêche que cet effet ne déplaise à la vue. Tout l'ordre est renfermé en ce peu de mots. Ainsi tout sujet qui possédera ces talens, sera sûr d'exécuter avec beaucoup plus de régularité qu'un autre. Son ouvrage sera suivi, soutenu dans son corps, correct dans la distance de ses mots & de ses lignes, recherché dans le choix de ses letttes, & dégagé de cette superfluité de parties qui laisse presque toujours aux yeux la repré - sentation d'objets irréguliers ou difformes.

ECRITURES, | |PLANCHE XII. (Page 19:21:9)

PLANCHE XII. De la plume à traits.

La plume à traits est ainsi nommée parce qu'elle sert à produire les lettres capitales ou majuscules, & les traits que l'on appelle cadeaux. C'est au commencement du siécle dernier que cette plume a été employée pour les traits. Elle se taille différemment que les autres, & elle est plus convenable qu'aucune pour les grands coups de main, c'est - à - dire pour ceux que le bras exécute, parce qu'ils ont plus d'apparence & de complication. L'encre étant la nourriture de cette plume, on a coutume de l'y laisser tremper, afin qu'elle soit plus obéissante à la cons - truction des traits, en observant pourtant qu'elle n'y trempe pas trop, parce qu'elle s'amoliroit plus qu'il ne faut. Le point juste de cette plume pour opérer consiste à n'être ni trop dure ni trop foible par le bout; l'un & l'autre étant contraires à la correction des traits. Après avoir donné une idée légere de cette plume, il faut par - ler des regles de sa taille & de ses positions particulieres, car sans cette connoissance il est impossible de bien exé - cuter & les traits & les lettres capitales.

Sur la taille de la plume à traits.

La plume à traits se partage, ainsi que les autres plumes, & comme la planche douzieme le fait voir, en trois par - ties égales, & entre les quatre lignes horisontales A B. La premiere depuis 1. jusqu'à 2. où sont les carnes; la seconde depuis 2. jusqu'au 3. milieu de la grande ouver - ture, & la troisieme depuis 3. jusqu'au 4. commencement de cette grande ouverture. Le canon de cette plume n'est point cavé; il est en fausset, & se termine en pointe, comme on peut le remarquer au chiffre 1. Les angles de l'extrémité du bec sont égaux, tant en largeur qu'en lon - gueur. La fente si essentielle à cette plume doit être nette, & ne contenir que toute la longueur de la premiere par - tie. Cette plume sert aussi pour l'écriture expédiée, avec cette différence qu'elle est un peu moins fendue, & que les carnes sont un peu plus cavées.

Sur la premiere position.

La premiere position est celle que l'on appelle à face, parce que la plume est tenue presque vis - à - vis le corps, & de maniere qu'elle produit sur la ligne perpendicu - laire ou sur l'oblique, des pleins en descendant. La dé - monstration expose non - seulement la position de cette plume, mais encore les effets qu'elle procure dans les lignes mixtes, courbes & spirales, où tous les pleins marqués par les lignes perpendiculaires A B, se trouvent en descendant soit sur la gauche, soit sur la droite. Dans cette position le bras est peu éloigné du corps. Si cepen - dant on vouloit former des contours plus vastes, il fau - droit l'écarter davantage.

Cette position est employée dans les traits, & sur - tout pour plusieurs lettres capitales.

Sur la seconde.

La deuxieme position est de côté, parce que la plume est tenue de façon que le bec est dans la direction de la ligne horisontale pour produire des pleins dans cette mê - me ligne, ainsi qu'au - dessus & au - dessous des parties courbes. La planche douzieme exprime cette position & les effets qui en dérivent, lesquels effets font voir les pleins que les lignes horisontales A B exposent placés positivement comme je viens de le dire. Le bras dans cette position est un peu éloigné du corps; les doigts qui tiennent la plume sont dans une forme circulaire. A l'égard de la main, elle doit être plus ou moins renversée en - dehors, suivant ce qu'on veut lui faire exécuter; plus renversée pour des lignes mixtes, spirales, queues d'y grec & autres traits, & moins pour des bouts de lignes & autres effets de plume.

Cette position est la plus usitée; elle sert dans tous les traits & dans le plus grand nombre des lettres capitales.

Sur la troisieme.

La troisieme position est appellée inverse, parce que la plume, de la maniere dont elle est tenue, produit des pleins en remontant. On voit dans la planche douzieme la position de la plume avec les effets qui en résultent. Les pleins que ces effets produisent sont annoncés par les lignes obliques A B. Le bras est un peu plus éloigné du corps que dans les deux autres positions, & la main fait la forme circulaire en avançant sur le devant du papier.

Cette position est la moins usitée de toutes. Elle ser - voit autrefois pour exécuter l'ecriture à la duchesse qui ne se fait plus actuellement. Voyez ce qu'il est dit de cette écriture au mot Chemise, Ecriture.

Sur les traits.

Les traits ou cadeaux sont des coups de plume qui ser - vent aux maîtres Ecrivains pour embellir leurs pieces d'écritures, & aux Commis pour donner de l'éclat à un titre & à toutes sortes d'ouvrages. L'origine des traits, à ce qu'on prétend, vient des Arabes ou des Maures. Dans les seize & dix - septieme siecles on les exécutoit avec la plume grosse ou moyenne, mais depuis on s'est toujours servi d'une plume taillée exprès pour cela, com - me je l'ai déja dit.

Les traits se font du bras & à la volée; on les fait aussi quelquefois des doigts. Les traits qui représentoient des figures d'hommes, des oiseaux, ont été recherchés dans le siecle dernier, & même dans celui qui l'a précédé; mais dans celui où nous vivons on les veut plus simples & plus naturels.

La beauté des traits consiste dans une grande justesse & dans la nécessité de les approprier au caractere de cha - que écriture. Il faut que dans la ronde ils soient plus ri - ches & un peu plus composés que dans les autres écri - tures. Dans la batarde, au contraire, ils doivent être de la plus grande simplicité; & pour la coulée, ils doivent tenir le milieu entre les deux; elle ne veut ni du trop sim - ple, ni du trop chargé.

Il faut pour réussir dans les traits, avoir de l'invention, du goût, de l'ordre & de l'adresse. De l'invention, pour varier & ne pas faire des répétitions; du goût, pour dis - cerner ce qui peut être convenable; de l'ordre, pour évi - ter la confusion; de l'adresse enfin, pour placer toutes choses dans le tour le plus régulier & le plus agréable.

S'il est vrai que la justesse des traits annonce une main habile, il est vrai aussi qu'ils donnent beaucoup d'effet & de lustre à une piece d'écriture. Quand ils manquent tout paroît nud, & ne satisfait pas les yeux. C'est beaucoup qu'un excellent caractere, mais il faut qu'il soit décoré; c'est par les traits que l'on y parvient. Ils sont à l'écriture ce que sont les habits à une belle personne, qui ajoutent [p. 21:10] à ses graces naturelles; ils ne font pas l'essence d'une piece d'écriture, mais ils la font paroître & lui donnent un brillant qui séduit.

En terminant, je dirai que dans l'exécution des traits, il est important pour que l'oeil ne soit point offusqué, de savoir que deux pleins ainsi que deux déliés ne se cou - pent jamais, & que l'on doit éviter le plus qu'on peut, le mesquin & le colifichet. Il est des occasions où un trait simple frappé avec feu, vaut mieux qu'un autre où la composition se fait sentir.

ECRITURES, | |PLANCHE XIII. (Page 19:21:10)

PLANCHE XIII. Des lettres capitales & des passes.

Les lettres capitales qui sont aussi nommées majus - cules, se placent toujours au commencement d'un titre & de tel ouvrage que ce puisse être. On les appelle en - core lettres d'apparat, parce qu'étant plus grandes que toutes les autres, elles font un bel effet, & qu'on peut les embellir de traits ou de cadeaux. Le grand exercice de ces lettres donne beaucoup de légéreté à la main, car comme elles se font du bras & à la volée, elles accou - tument ce même bras à ne se soutenir que sur le bec de la plume. La grandeur de ces lettres se regle sur la gros - seur du caractere que l'on trace, c'est - à - dire que si le ca - ractere est gros, les majuscules seront grandes; si au con - traire le caractere est petit, les majuscules seront aussi petites: les traits se gouvernent sur le même principe. On doit savoir que toutes les parties qui composent une piece d'écriture doivent être proportionnées & faites les unes pour les autres; sans cela point de grace & d'har - monie. Ces lettres suivent encore le caractere distinctif de chaque écriture, elles sont droites & plus ornées pour la ronde; elles sont penchées & simples pour la batarde. Enfin tout ce que l'on peut dire de plus tou - chant ces lettres, c'est qu'elles demandent du génie & de l'adresse. Du génie, pour les diversifier suivant les occa - sions; de l'adresse, pour les jetter sur le papier dans une forme gracieuse, & qui annonce un principe.

Sur les lettres capitales.

Les lettres capitales se mesurent pour l'ordinaire par les principes mêmes des lettres majeures. Elles ont trois corps de hauteur, mais le corps de hauteur n'a point de mesure fixée par un certain nombre de becs de plume; il est plus ou moins grand, suivant la grandeur de la let - tre. Les largeurs se reglent de même. Ceci bien entendu, il est facile en voyant la planche treizieme, de distinguer toutes les proportions de ces lettres. Elles sont enfer - mées entre les quatre lignes horisontales A B; ce qui produit directement les trois corps d'élevation dont je viens de parler. Les queues n'ont point de longueur fixe; elles sont plus ou moins grandes, selon que la place ou le goût le décide. Après ces principes généraux, il faut distinguer les lettres qui se font sur la premiere, seconde & troisieme positions. On croit avoir rendu cette distinc - tion sensible en plaçant au - dessus de chaque lettre des chiffres qui désignent ces différentes positions. Le chif - fre 1. marque la premiere; le 2. la seconde, & le 3. la troisieme. Voilà tout ce qu'on peut dire en raccourci de plus important au sujet de ces lettres; il s'agit mainte - nant de parler sur la maniere de les exécuter. Ces lettres qui se placent toujours hors d'oeuvre, c'est - à - dire dans les marges, autant qu'il est possible, se font du bras plus éloigné du corps pour les droites que pour les penchées, & avec la plume à traits. On peut cependant les jetter avec la plume grosse, mais elles n'ont pas à beaucoup près, la même beauté & le même piquant. Pour arriver à la justesse de ces lettres, & les placer dans un régulier parfait, il faut un grand exercice, & savoir se posséder, c'est - à - dire ne pas opérer avec une précipitation non ré - fléchie, ni avec une lenteur affectée. Il faut voir la lettre avant son exécution, & bien distinguer son effet; sans cela on risque de gâter son ouvrage, & d'y placer un dis - gracieux qui choquera les moins connoisseurs. Tout ce que je viens d'expliquer peut s'appliquer aux passes sur lesquelles je vais donner quelques instructions.

Des passes.

Les passes dont on voit un modele dans le bas de la planche 13. ne sont autre chose que des abbréviations de mots, c'est - à - dire des mots où l'on a retranché plu - sieurs lettres pour y ajouter différens coups de plumes entrelassés les uns dans les autres. Ces sortes de mouve - mens qui se font tantôt du bras plus ou moins éloigné du corps, & tantôt des doigts, sont les amusemens d'une main légere & vive qui veut s'égayer. Les passes se tirent plus de la ronde que de toute autre écriture. La batarde simple par sa nature n'en exige aucun. La coulée, com - me une écriture prompte, en peut recevoir beaucoup d'ornemens. Je m'étens peu ici sur les passes, parce que dans l'observation suivante, où je parlerai des licences, j'aurai occasion d'en dire encore quelque chose. L'exer - cice de ces sortes de caracteres ne doit pas être négligé, parce qu'il donne de la facilité à la main pour écrire.

Des licences.

Les licences ne sont autre chose dans l'écriture que des traits de plumes composés & exécutés par un écri - vain pour orner les pieces qu'il met au jour, & qui sor - tent de sa main. Elles sont à dire vrai, contre les princi - pes; mais quand on les emploie avec jugement, & qu'- elles se présentent dans des proportions justes, elles peu - vent servir d'exemples, & prouver en même tems qu'un artiste expérimenté peut se mettre quelquefois au - dessus des regles.

On peut distinguer trois sortes de licences: licences d'abbréviations, licences de lettres, & licences de cadeaux ou traits.

Les licences d'abbréviations sont positivement ce que M. Lesgret, habile maître en cet art, attaché à la cour à la fin du dernier siecle, appelloit hâtes, & que nous appellons maintenant passes. On entend, comme je l'ai déja dit, par abbréviations, des mots auxquels on re - tranche une ou plusieurs lettres, pour y suppléer par de beaux mouvemens qui sont en usage ou inventés exprès.

Les licences de lettres tant mineures que majeures & capitales, sont ce que M. Allais, savant maître écrivain, appelloit lettres sans aucune mesure, parce que l'écrivain peut les augmenter ou les diminuer, pour y ajouter tous les contours qu'il juge à propos pour leur donner de l'étendue & de l'effet.

Les licences de cadeaux sont les mouvemens que l'on ajoute ou que l'on invente pour amplifier un cadeau ou trait simple.

Toutes les licences ne sont permises qu'autant qu'elles peuvent donner de la variété & de la grace à une piece d'écriture, & faire juger de l'adresse & du goût de l'ar - tiste, autrement elles deviennent inutiles & même dan - gereuses, parce qu'elles gâtent tout.

La difficulté des licences consiste à leur donner les plus exactes proportions qu'il est possible. C'est un travail qui demande avec un goût sûr & vrai, la connoissance par - faite des effets de la plume; sans cela on ne réussit point, & toutes les jettées se trouvent altérées.

ECRITURES, | |PLANCHE XIV. (Page 19:21:10)

PLANCHE XIV. Des différentes écritures de rondes.

J'ai présenté d'abord les principes de l'art d'écrire ré - duits aux démonstrations les plus simples & les plus vraies; ils ont été suivis des alphabets mesurés que les François ont en usage; il s'agit maintenant de donner des modeles d'écritures. Comme je ne pouvois m'éten - dre beaucoup, j'ai partage chacune de ces écritures en cinq classes. Ce développement, quoique leger, sera plus que suffisant pour faire connoître le génie particulier de ces diverses écritures, & les distinguer par - tout où elles se trouveront. Cependant si l'on desiroit des pieces plus étendues, plus composées de lignes, & plus propres à copier, on pourroit s'adresser à l'auteur de ce petit ou - vrage. Il est professeur en cette partie, & tient chez lui académie d'Ecriture & d'Arithmétique. Il peut même satisfaire les amateurs, en leur faisant voir non - seulement une collection de pieces à la main des plus habiles maî - tres, mais encore la plus grande partie des ouvrages gravés que les artistes célebres en Ecriture ont donné au public depuis près de deux cens ans; dans l'une & l'autre de ces productions, on trouvera des beautés aussi ingénieuses que surprenantes. [p. 21:11]

Sur la premiere ronde.

Il convenoit de commencer par la grosse ronde, qui est celle que l'on donne aux jeunes gens après qu'ils ont été exercés sur les principes & les caracteres. Le point essentiel de ce degré d'écriture est de donner la facilité de la forme & plus d'action & de justesse aux doigts. La quitter trop promptement pour passer à des carac - teres plus petits, ce seroit vouloir perdre le fruit de son travail. On doit savoir qu'elle est le fondement de toutes les autres, & que plus on la trace long - tems, & plûtôt l'on parvient à la formation aisée & correcte de l'Ecri - ture. Cet avis pour l'exercice de la grosse ronde, qui re - garde aussi les grosses des autres écritures, ne doit pas être négligé. Dans la pratique de cette écriture, & gé - néralement de toutes les autres, on doit s'attacher à l'é - galité, & à ne laisser en chaque mot que la distance de deux corps. Celle des lignes, tel qu'on le voit à la qua - torzieme planche, est de quatre corps, chaque corps de quatre becs de plume. Cette distance adoptée par les grands maîtres, est la moins embarrassante; les têtes & queues des lettres pouvant se placer sans crainte que les unes passent par - dessus les autres.

Sur la deuxieme.

Cette ronde est celle que l'on appelle moyenne. Une main exercée long - tems à la grosse, & qui la rend selon les regles, peut s'occuper à cette écriture. C'est elle ordi - nairement qui sert pour les sous - titres, en la traçant plus ou moins grosse, suivant la place & la nature des ou - vrages. La distance des lignes se regle sur celle de la grosse, c'est - à - dire de quatre corps.

Sur la troisieme.

Cette ronde est la petite; elle s'écrit posément. On ne doit l'entreprendre que quand on est avancé dans la moyenne. Il faut y travailler beaucoup, parce que les ef - fets de la plume y sont plus difficiles à soutenir que dans la grosse. La distance des lignes est de cinq corps, par la raison que plus l'écriture est petite, & plus cette dis - tance doit être grande, à cause des majeures & têtes & queues des lettres mineures que l'on fait un peu vastes pour donner plus de relief à cette sorte d'écriture & faire voir en même tems la dextérité de la main.

Sur la quatrieme.

Dans la forme de la derniere ronde, il s'en fait une autre que l'on nomme financiere, & qui s'écrit plus vîte. Elle est semblable à l'écriture coulée qui en tire son ori - gine; la seule différence qu'il y a entre les deux, c'est que l'une est droite & nourrie, & l'autre penchée & maigre. En faisant cette écriture plus grosse & plus lâche, on formera précisément la grosse de procureur, dont il est parlé au sixieme tome de ce Dictionnaire au mot Expé - dition. On tient pour la financiere la plume plus lon - gue dans les doigts, & le bras moins appuyé sur la table. La plume doit être plus fendue que pour la petite ronde posée. Pour ce qui est de la distance des lignes, elle se regle sur cinq corps.

Sur la cinquieme.

Cette écriture est de la plus petite ronde, que l'on appelle minute lorsqu'elle est travaillée dans le goût de la financiere. Rien n'est si flatteur que cette petite écri - ture quand elle est posée, soutenue, & qu'elle expose aux yeux la régularité des principes, la délicatesse du toucher, & une certaine gaveté qui la rend pétillante. J'avouerai pourtant qu'elle est difficile, & qu'elle de - mande avec la main la plus juste, l'attention la plus ré - fléchie. Pour l'ordinaire dans cette petite écriture, les queues sont plus longues & plus frappées; celles qui vont en se courbant sur la gauche doivent être termi - nées par un bouton arrondi & sensible. Quoique la dis - tance des lignes soit fixée à six corps, cette regle cepen - dant peut varier; on en donne davantage lorsque l'on veut l'orner de passes & de majeures; on en donne moins, lorsque modérant la hauteur des têtes & la lon - gueur des queues, on veut placer beaucoup d'écritures dans un petit espace. Quand elle se trouve dans ce der - nier cas, elle devient une des cinq écritures expédiées dont il est parlé dans le tome sixieme du Dictionnaire, au mot Expédition.

Sur les moyens d'aller droit en écrivant.

On va de travers par différentes causes; lorsque la tête n'est pas droite, lorsque le bras est trop près ou trop loin, lorsque le corps penche à droite ou à gauche. Expliquons mieux ces objets, qui sont intéressans au public.

On va de travers quand la tête incline sur les épaules; si c'est à droite, les lignes descendent; si c'est à gauche, les lignes montent. En mettant la tête dans la direction verticale, on remédiera à ces défauts.

On va de travers quand le bras droit n'est pas posé selon les regles. Lorsqu'il est trop éloigné du corps, il fait monter les lignes & former un caractere pointu; lorsqu'il en est trop près, il fait descendre les lignes & faire un caractere quarré. On évitera ces défauts en se réglant sur les explications de la seconde Planche.

On va de travers quand le corps est mal placé. S'il avance trop sur la droite, il gêne le bras & fait monter les lignes; & s'il penche sur la gauche, les lignes des - cendent. En se conformant aux regles de la position du corps, on ne tombera pas dans cette faute.

On va encore de travers en écrivant les écritures ba - tardes & coulées, dont l'effet de la pente est d'entraîner naturellement les lignes en bas quand on n'a pas l'at - tention d'élever chaque lettre un peu plus que celle qui la précede, mais d'une maniere insensible, c'est - à - dire que s'il y a plusieurs jambages de suite, le second doit être imperceptiblement plus haut que le premier, en observant de le descendre imperceptiblement moins bas, & ainsi des autres. Cette regle est immanquable lors - qu'elle se pratique sans excès.

ECRITURES, | |PLANCHE XV. (Page 19:21:11)

PLANCHE XV. Des différentes écritures de batardes.

De même que l'écriture ronde, celle que l'on appelle italienne & plus ordinairement batarde, sera distribuée en cinq classes. Des pieces dans chaque genre plus lon - gues auroient mieux convenu, mais cela ne pouvoit se faire dans cet ouvrage, où l'on étoit fixé à un certain nombre de planches. Quoi qu'il en soit, j'ai fait ensorte dans le peu que j'ai donné, de conserver l'esprit de cha - cune de ces écritures. Quant à la pratique, on suivra tout ce que j'ai dit aux explications de la planche précédente au sujet de la ronde. Je me restrains ici à ne parler seu - lement que sur ce qui concerne chaque écriture en par - ticulier.

Sur la premiere.

Cette premiere est précisément ce qu'on nomme grosse batarde. C'est par cette écriture que l'on commence un jeune homme qui n'a pas besoin de la ronde. Quand ce caractere est d'une bonne grosseur, on l'appelle titulaire, étant toujours employé aux titres supérieurs des ouvra - ges. Comme le génie de cette écriture est la simplicité, sur - tout en grosse, c'est la raison pour laquelle les lignes n'ont de distance que trois corps. L'exercice de ce ca - ractere est excellent pour former la main, en s'attachant à l'égalité des lettres, à la justesse de la pente & à la situa - tion de la plume. Souvent, lorsque cette situation est négligée, il arrive que la plume se trouve sur l'oblique des doigts; ce qui est un grand défaut, & par consé - quent le plus à éviter.

Sur la seconde.

Cette seconde, qui est de la moyenne, est le caractere qui suit la grosse. Il sert pour les sous - titres & pour perfe - ctionner la main des éleves dans son soutien, ce qui n'est pas le plus aisé. La distance des lignes est de trois corps seulement, & celle entre chaque mot dans toutes les écritures est de deux corps. La distance réglée pour les lignes ne cause aucun embarras, parce que dans le tra - vail de la batarde, on suit strictement les principes dans la hauteur des têtes & la longueur des queues, ce qui ne s'observe pas avec tant d'exactitude dans les autres écritures, où la main peut prendre plus d'essor.

Sur la troisieme.

C'est de la petite batarde posée & ordinaire. Comme elle est assez difficile, elle exige dans l'artiste une sureté de main inconcevable, ainsi que toutes les petites en général. Cette écriture n'est susceptible d'aucun orne - ment étranger; la simplicité en est la base, & sa beauté est le fruit du travail & de l'application. [p. 21:12]

Sur la quatrieme.

Cette quatrieme espece de batarde est celle que l'on appelloit batarde coulée, & qui étoit en usage dans le siecle passé & au commencement de celui - ci. Cette écri - ture, à laquelle les gens de cour donnent avec raison la préférence, la moins en pratique dans le public, mé - riteroit d'être adoptée par toutes les dames & les per - sonnes de condition, à cause de sa netteté, qui la rend d'une lecture très - facile. Elle se lie de piés en têtes, non pas comme la coulée ordinaire, dont les jambages sont arrondis à la base & angulaires à leur sommet, mais en faisant sortir la liaison du bas positif des jambages qui sont angulaires, pour être portés au sommet de chacun de ces jambages qui sont arrondis dans le haut. Toutes les têtes sont doublées pour mieux les joindre, & les queues sont terminées sans bouton. La coutume est en - core de n'employer dans cette écriture que des lettres semblables & les plus simples, sans chercher à varier leurs formes comme dans les autres écritures. Par toutes ces regles, cette écriture qui se fait en tenant la plume longue dans les doigts, est la seule en batarde qui soit réservée pour l'expédition; aussi est - elle une des cinq dont il est fait mention au sixieme tome de ce Diction - naire au mot Expédition. La distance ordinaire des li - gnes est de quatre corps; on peut cependant n'en don - ner que trois en raccourcissant les têtes & les queues. Enfin cette écriture doit être légere, un peu longue, & ne rien tenir absolument de ce qui pourroit contribuer à la rendre pesante.

Sur la cinquieme.

La cinquieme batarde représente l'écriture usitée pour les manuscrits, sur - tout pour ceux qui sont latins. Elle doit être de la plus grande simplicité, & d'un caractere nourri sans être lourd, & parfaitement soutenu. Les ma - jeures pour l'ordinaire sont romaines, souvent faites en or & remplies d'ornemens. Ce genre d'écriture en ma - nuscrits peut être orné de vignettes, soit simples, soit colorées avec des traits aussi nouveaux que précieux. La distance des lignes varie beaucoup. Pour avoir un prin - cipe certain sur ce sujet, j'ai consulté divers ouvrages remarquables par leur brillante exécution. Dans les unes j'ai trouvé deux corps, alors les têtes n'ont d'élevation qu'un demi - corps, & les queues n'ont de longueur que les trois quarts de ce même corps. Dans les autres la dis - tance est de deux corps & demi, alors les têtes s'élevent d'un demi - corps, & les queues descendent d'un corps entier. Il en est encore d'une troisieme espece dont les distances sont de trois corps. C'est celle qui m'a servi de loi, parce qu'elle communique plus de légereté. Dans cette derniere regle les têtes passent d'un corps, & les queues baissent d'un corps & demi. Voilà tout ce que l'on peut dire de plus intéressant sur ce genre d'écrire, qui est beau à la vûe, & long dans l'exécution.

Sur les titres, sous - titres & notes marginales.

Il est peu d'ouvrages en écriture, où il n'y ait un ti - tre superieur, & quelquefois un sous - titre. L'usage est d'employer la grosse batarde pour l'exécuter, & c'est pour cette raison qu'elle est appellée titulaire. On se sert aussi pour le même objet de l'écriture brisée, mais cela est rare. A l'égard des sous - titres, ils se font en moyenne ronde, & aussi en moyenne batarde, lorsque l'on ne fait pas le caractere françois.

Un titre doit être fait proprement & avec symétrie. Il est des occasions où il produit de beaux effets; c'est au génie de l'artiste à les saisir.

La ronde & la coulée ne sont jamais employées pour les titres supérieurs, encore moins certaines écritures que l'on appelle, l'une coupée, & l'autre ondée, que les ignorans nomment aussi tremblée. Ces deux dernie - res, qui sentent le colifichet, sont entierement mépri - sées, & ne servent que pour amuser les enfans & les gens sans goût.

On est obligé souvent de placer dans les marges de quelques ouvrages des notes ou des observations im - portantes. Elles se font en petite ronde minute, ou en petite batarde. Toutes deux doivent avoir un caractere plus fin que celui de la piece qu'elles accompagnent. Toutes deux doivent avoir de la netteté & de la précision.

ECRITURES, | |PLANCHE XVI. (Page 19:21:12)

PLANCHE XVI. Des différentes écritures de coulée.

L'écriture coulée doit être divisée, ainsi que les pré - cédentes, en cinq classes, sur chacune desquelles je ne dirai qu'un mot. En général cette écriture est celle qui est la plus en regne & la plus recherchée, parce qu'elle s'écrit plus promptement que les deux autres; mais elle veut être bien faite & bien frappée, pour que la lecture en soit plus facile & plus belle aux yeux, autrement elle fatigue & dégoûte. L'on s'occupe fi peu à cette écriture chez les maîtres, qu'il est impossible qu'on puisse l'exé - cuter dans un bon goût, & lui donner en expédiant une forme correcte & gracieuse. D'où viennent cette négli - gence & ces mauvaises écritures que l'on voit tous les jours, sinon du peu de cas que l'on fait d'un art qu'on ne peut disconvenir être une des parties essentielles de l'éducation.

Sur la premiere.

Lorsqu'on s'est suffisamment exercé aux lettres, on doit s'appliquer à la grosse coulée, il saut, comme je l'ai déjà dit, que la plume soit plus fendue, & qu'elle soit tenue un peu plus longue dans les doigts, pour fa - ciliter la liberté qui dans ce caractere ne s'acquiert que par un grand travail; mais il ne faut pas d'abord préci - piter ses mouvemens. Ce n'est qu'après avoir commen - cé par écrire posément & dans les principes les plus réguliers, qu'on peut les accélérer, en se soutenant dans la même vîtesse. On exerce ainsi la fléxion & l'ex - tension des doigts, l'on se fortifie sur la forme, & l'on donne l'habitude au bras de couler légerement sur la table. La distance des lignes doit être de quatre corps. Si cette coulée étoit ornée de passes, on seroit forcé d'en donner cinq & même six.

Sur la deuxieme.

On appelle ce caractere moyenne coulée. On doit y travailler jusqu'à ce qu'elle soit soutenue & parfaitement formée; l'écrire ensuite avec plus de vîtesse, sans pour - tant se trop précipiter, & en liant les mots tous en - semble s'il est possible. La distance des lignes est de qua - tre corps.

Sur la troisieme.

La petite coulée posée & ordinaire est l'écriture de la troisieme classe. Elle doit être exercée avec beaucoup d'attention & assez de tems pour se rendre sûr dans ce caractere d'où dépend l'écriture coulée financiere. Il est évident que plus on aura travaillé à la posée, & plus on brillera dans l'expédition. C'est en faisant cette petite, que l'on doit s'occuper à écrire de la grosse prompte - ment & de suite, comme je l'ai déjà observé, parce qu'elle entretient la forme, donne de la consommation, & empêche le progrès des défauts qui pourroient naî - tre. La distance des lignes est de cinq corps.

Sur la quatrieme.

Celle - ci s'appelle coulée financiere, parce qu'elle est usitée dans les bureaux. Cette écriture doit être longue, légere, & tous les mots & caracteres doivent se join - dre les uns aux autres. La distance des lignes est de trois corps; par la raison que l'on ne donne qu'un corps d'é - lévation aux têtes, de même qu'un corps de longueur aux queues. Cette regle n'est cependant pas générale; car souvent on fait les têtes & queues plus courtes, ce qu'on appelle coulée tondue. Plusieurs peuples embarras - sent leur écriture courante, en la faisant avec des têtes & queues plus grandes qu'il ne faut. Les François ont donné dans l'excès opposé, puisque leur expédition est dénuée de ces parties saillantes. L'une & l'autre sont contraires à cette loi sage qui défend de tomber dans les extrèmes; la premiere gâte tout, parce qu'on ajoute plus qu'il ne faut; la seconde n'a plus de forme, & ne peut se lire aisément, parce qu'on sépare d'elle une partie essentielle. Tout ce qui sort des principes perfec - tionnés par le tems, soutenus par le goût, enseignés par les grands maîtres, tient du bisarre & du ridicule. Cette coulée fait partie des cinq écritures expédiées, dont il est parlé au tome sixieme de ce Dictionnaire, au mot Expedition. [p. 21:13]

Sur la cinquieme.

La coulée de la cinquieme classe est celle que l'on ap - pelle minute ou de la plus petite coulée. Elle se fait posé - ment & selon les regles; on l'emploie aussi dans l'ex - pédition. Dans le premier cas elle sert pour les ouvra - ges en beau, & où il faut également de la régularité & de la délicatesse. Dans le second, elle est employée dans les affaires qui demandent la plus grande promptitude. Cette écriture doit avoir du feu, & être égayée par des têtes un peu longues, & par des queues un peu frap - pées. On doit pourtant éviter la rencontre de toutes les parties qui pourroient causer de la confusion, & blesser cette belle ordonnance que l'oeil aime à trouver dans tout ce qu'il voit. Cette coulée est une des cinq dont il est fait mention au tome sixieme de ce Diction - naire, au mot Expedition. Pour la posée la distance des lignes est de six corps; elle varie pour l'expédiée à la volonté des personnes.

Sur les modeles à copier.

Les limites qu'on a fixées à cet ouvrage, n'ayant pas permis de donner des exemples où tous les principes soient exécutés, on a cru nécessaire de dire un mot sur cet objet avantageux pour l'avancement des éleves.

Les exemples sont les pieces d'écritures que l'on donne à imiter aux jeunes gens qui apprennent à écri - re. Il en est de deux sortes, la simple & la composée.

La simple est celle que l'on donne à un écolier qui commence. Elle doit être facile, réguliere dans le prin - cipe, & peu chargée de cadeaux.

La composée est pour ceux qui sont avancés, & dont la main est parvenue à une certaine sureté. Elle doit être variée, d'une correction parfaite, & renfer - mer des beautés aussi nouvelles qu'ingénieuses. C'est dans ces sortes de pieces où le maître fait voir l'étendue de son génie & la justesse de sa main, que l'éleve trou - ve toujours à profiter.

Un exemple trop fort pour un commençant, re - tarde ses progrès, le rebute, & lui fait perdre du tems; il en est de même pour un éleve avancé, aux yeux du - quel on expose un exemple où le maître n'a fait que se répéter.

Rien n'est plus contraire encore à l'avancement, que de copier de mauvaises pieces. Elles gâtent le goût, & conduisent à la défectueuse construction des lettres. Tout ce qu'on donne à imiter en un mot, doit être proportionné à la conception & à la force de celui qui apprend, & ne présenter par - tout que la grace & la perfection.

Principes particuliers de chacune des lettres des alpha - bets, ronde, batarde & coulée, conformément aux démonstrations & instructions des Planches de l'Ecri - ture, destinées pour le Dictionnaire encyclopédique.

Dans l'écriture ronde la lettre A est composée d'un O, sur la partie montante duquel on place la premiere partie de la même lettre O. On observera que les pleins du centre de ces deux parties courbes doivent se trou - ver posés l'un sur l'autre. Voyez la Pl. VII. où est la dé - monstration de l'O, & Pl. IX. de l'alphabet rond.

L'A batarde, est composé d'un C & d'un J. Il se commence par un plein revers en remontant. Ce plein revers est précisément ce qui forme la tête du C, le - quel ne doit avoir qu'un bec de plume d'élévation. Cette tête est suivie de la premiere partie courbe de l'O, qui se termine par un délié élevé de l'angle du pouce à la tête du C. Le pouce ensuite remet la plume sur le plein, pour former un à - plomb panché ou un J. Cet J prend sa source un demi - bec de plume au - dessus de la tête du C. En descendant il renferme cette tête, & pro - duit au bas de l'à - plomb une rondeur suivie d'une liai - son remontante. Voyez l'alphabet batarde, Pl. X.

Dans la coulée il se trouve deux sortes d'A. L'un se fait comme celui de ronde, mais panché & plus long. L'autre ne differe en rien à celui de batarde. Voyez la Pl. VII. de la démonstration de l'O, & la Pl. XI. de l'alphabet coulée.

L'action simple des doigts pliant & allongeant, suffit pour exécuter tous ces différens A.

Le B rond dans l'écriture commence par un plein re - vers en remontant, ce qui produit la tête, laquelle ne doit avoir qu'un bec de plume fort. Ce plein est suivi des deux premieres parties de la ligne mixte, au bas de laquelle on ajoute la fin de la partie descendante de l'O, ainsi que la partie remontante entiere de la même let - tre O. On ne doit pas s'arrêter dans l'exécution de cette lettre. Voyez la démonstration de la ligne mixte, Pl. VI. celle de l'O, Pl. VII. & l'alphabet rond, Pl. IX.

Le B batarde est composé d'un à - plomb sur la ligne oblique, à l'extrémité duquel se trouve le bas de la partie descendante de l'O, suivie de la partie montante entiere de la même lettre O. On observera que le B batarde se commence par un trait délié courbe, enlevé de l'angle du pouce, sur lequel l'à - plomb retombe. Voyez la démonstration de l'O, Pl. VII. & l'alphabet batarde, Pl. X.

Le B coulée est semblable à celui de batarde, excep - té cependant que sa tête est courbe, &, pour ainsi di - re, double, puisqu'elle compose deux parties, l'une montante, & l'autre descendante. Cette lettre commen - ce, la plume étant dans la situation requise, par un dé - lié oblique, courbe & en montant; ce qui produit in - sensiblement un plein & une largeur qui doit répondre à celle que cette lettre exige. Voyez l'alphabet coulée, Pl. XI.

Les doigts, dans la formation de ces trois lettres, n'ont d'autres mouvemens que ceux d'allonger pour commencer, de plier pour continuer, & d'allonger en - core pour finir.

Dans les trois écritures les C ont une intime ressem - blance. Ils sont composés de la partie courbe descen - dante radicale, auxquelles on ajoute en commençant un plein revers de la hauteur d'un bec de plume fort. Ces trois lettres se finissent par une liaison produite de l'angle du pouce. On observera que dans l'écriture ronde le C est perpendiculaire & panché, & plus long dans les autres écritures. Voyez les figures radicales; Pl. VI. & les alphabets, Pl. IX. X. & XI.

Dans la formation de ces trois C, le mouvement des doigts est simple, c'est - à dire allongeant & pliant éga - lement.

Dans les trois écritures la lettre D se fait de la même maniere & sur les mêmes regles. Il est droit en ronde, & panché & plus long en batarde & coulée. Le D est composé de la partie courbe descendante radicale, ou de la premiere partie de l'O, ainsi que de la seconde partie de la même lettre O, en observant pourtant que cette seconde partie doit être élevée en courbant d'un demi - corps au - dessus de la premiere, & venir se ter - miner par un délié vis - à - vis d'elle à la gauche. Voyez les figures radicales, Pl. V. la démonstration de l'O, Pl. VII. & les Pl. IX. X. & XI. des alphabets.

Le mouvement des doigts, quoique simple, est un peu plus sensible dans l'extension pour la partie mon - tante. Il le seroit encore davantage, si l'on vouloit éle - ver les dernieres parties des D plus hautes, ainsi qu'on peut les voir dans la deuxieme ligne de la Pl. VIII. des exercices préparatoires.

La lettre E dans l'écriture ronde est composée de la partie courbe descendante radicale, terminée par une liaison formée de l'angle du pouce, & d'une pareille rondeur infiniment plus petite, mise sur l'extrémité du délié d'en - haut. Cette tête ou cette petite rondeur n'a qu'un bec de plume de profondeur; & elle ne doit en - trer que très - peu dans l'intérieur de la premiere par - tie. Il est encore un autre E rond, qui est final dans une ronde posée, & qui se met indifféremment par - tout dans une ronde financiere. On fait cet E en commen - çant par un trait délié montant de gauche à droite, continué d'un plein arrondi, où se trouve à la suite la partie courbe descendante radicale qui vient tomber [p. 21:14] sur le trait délié fin qui a commencé cette lettre, le - quel délié doit se trouver précisément au milieu de la rondeur descendante.

Les E batarde & coulée sont semblables à ce dernier; la seule différence consiste dans la longueur & la pente, & dans les têtes qui sont un peu plus larges. Voyez pour les uns & les autres de ces E, la Pl. VI. des figures ra - dicales, & les Pl. IX. X. & XI. des alphabets.

Le mouvement simple des doigts suffit pour former tous ces E.

Dans les écritures rondes, batardes & coulées, la lettre F est assez semblable. Pour parvenir à la forma - tion de cet élément, on doit s'exercer à la ligne mixte, dont la démonstration se voit à la Pl. VI. Cette ligne mixte donnera indubitablement la lettre F, en y ajou - tant par en haut un plein revers de la hauteur d'un fort bec de plume; & par en bas un autre plein aussi revers, en remontant pour arrondir en - dedans, & finir par un bouton. Ce dernier plein revers se fait en allongeant les doigts, & en tenant la plume avec plus de fermeté pour mieux le soutenir. On observera que cette lettre se fait depuis la tête jusqu'au bouton sans aucune repri - se, sans changement de situation, & qu'elle se tranche précisément à la hauteur du corps de l'écriture. Voyez les Pl. IX. X. & XI. des alphabets.

Le plus grand mouvement des doigts dans l'exécu - tion de cette lettre, est celui de la fléxion, le pouce pliant dans ses deux jointures un peu fortement.

Dans l'écriture ronde la lettre G est composée d'un O & des deux portions de la ligne mixte, auxquelles on ajoute en bas un plein courbe, revers en remontant pour finir en formant un bouton. On observera que le commencement de ce qui concerne la ligne mixte, doit se prendre au milieu & sur le plein positif de la partie montante de l'O. Il est un autre G en ronde, conforme au premier quant à la tête, mais il differe dans le pié, en ce qu'il n'a qu'un corps de largeur, & qu'il se ter - mine par une liaison qui au - dessous de la tête coupe le plein pour passer en - dehors. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, la Pl. VII. de la démonstration de l'O, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Le G batarde & coulée est composé d'un C & des deux dernieres parties de la ligne mixte, auxquelles on joint un plein revers courbe en remontant avec un bou - ton. Il est à observer que le commencement de la ligne mixte se prend un demi - bec de plume au - dessus de la tête du C, sur laquelle elle retombe en descendant; & que l'on éleve du bas du C au commencement de la li - gne mixte, un délié courbe formé de l'angle du pouce. Il est encore un autre G pour la coulée qui est sembla - ble au second de ronde, puisqu'il commence par un O. Les queues des G coulée sont plus ou moins grandes, selon la volonté de l'écrivain, & suivant le caractere de l'ouvrage. Voyez les Pl. X. & XI. des alphabets.

Dans le travail de toutes ces lettres, la fléxion des doigts est plus forte que l'extension.

La lettre H dans l'écriture ronde a deux parties dis - tinctes. La premiere commence par la tête du C, au - quel se joignent les deux premieres portions de la ligne mixte. La seconde, qui est toute courbe, se prend à la premiere partie un peu au - dessus de sa base, par un trait délié arrondi, qui se continue sur le plein en descendant, & qui va ensuite à gauche pour remonter en courbant vis - à - vis la ligne mixte. Cette derniere partie se termine par une liaison, qui en sortant sur la droite, passe sur la rondeur descendante. Voyez la Pl. VI. des figures radi - cales, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

L'H en batarde & coulée, est composée d'un grand à - plomb précédé d'une liaison courbe enlevée par l'an - gle du pouce sur lequel il retombe. A cette premiere par - tie on ajoute une rondeur à droite, & descendante à la même base de l'à - plomb prise par un trait délié dans l'à - plomb même; cette rondeur se finit par une liaison qui la coupe au tiers d'en - bas en remontant & en sor - tant en - dehors. Il y a pourtant une différence entre ces deux H. Celui de coulée a plus que l'autre, en ce que la tête est courbe & double, ressemblante à celle du B, sur laquelle on pourra se conformer. Voyez les alpha - bets batardes & coulées, Pl. X. & XI.

La fléxion des doigts est le mouvement le plus consi - dérable pour l'exécution de ces trois lettres.

Dans les écritures rondes, batardes & coulées, les I sont semblables & se font de la même maniere. Ils com - mencent par un trait délié montant de gauche à droite, suivi d'un à - plomb descendant, ordinairement perpen - diculaire pour la ronde, & panché pour la batarde & la coulée. Cet à - plomb se termine par une rondeur & une liaison remontante produite de l'angle du pouce. Il est encore un autre I qui a une queue. Il est formé des deux dernieres portions de la ligne mixte, aux - quelles on ajoute un plein revers courbe en remon - tant sur la gauche, terminé par une liaison qui passe sur la ligne mixte en sortant sur la droite. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & celles des alphabets IX. X. & XI. On observera que le point se met positivement au - dessus de cette lettre à un corps d'élevation, & que ce point doit former un quarré dans l'obliquité que la situation de la plume exige pour le caractere qu'elle exécute. Le mouvement des doigts est simple. Il y a seu - lement dans l'J à queue plus de fléxion.

Dans l'écriture ronde l'L est composée de la tête du C avec les deux premieres parties de la ligne mixte, auxquelles on ajoute pour terminer une rondeur & une liaison remontante produite par l'angle du pouce. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & la Pl. IX de l'alpha - bet rond.

Dans la batarde un grand à - plomb panché, précédé d'une liaison courbe qui monte au sommet, quoique cette liaison ne paroisse qu'au milieu, parce que l'à - plomb retombe dessus en descendant, compose cette lettre. A la base de cet à - plomb est une rondeur suivie d'une liaison remontante. Voyez l'alphabet batarde, Pl. X.

L'L coulée se termine de même que celle de batarde; la seule différence qu'il y a de cette lettre à l'autre, con - siste dans la tête qui est courbe, & qui est semblable à celle du B. Consultez l'explication de cette lettre, & voyez l'alphabet coulée, Pl. XI.

Dans la forme de ces trois lettres, les doigts ont plus de fléxion que d'extension.

L'M dans l'écriture ronde commence par un délié montant de gauche à droite, suivi d'un à - plomb des - cendant & arrondi dans la base où se trouve ensuite un délié courbe formé par l'angle du pouce. Ce délié monte à la tête du second à - plomb, lequel se termine de même que le premier, pour aller au troisieme à - plomb ou jambage qui finit ainsi que les autres, par une rondeur & une liaison. Pour rendre cette lettre dans la perfec - tion, on observera les préceptes suivans. Que les à - plombs ne doivent point en descendant retomber sur les déliés; qu'avant de produire chaque jambage, il faut remettre la plume sur sa situation requise; qu'il faut dégager les doigts de dessous dans le haut de chaque à - plomb; que les rondeurs du bas des jambages ne doi - vent avoir qu'un bec de plume & demi de plein courbe; que tous les à - plombs doivent être perpendiculaires & égaux, tant à la sommité qu'à la base. Enfin que cette lettre doit être faite sans interruption. Voyez l'alphabet rond, Pl. IX. & les instructions de la Pl. X. sur le dé - gagement des doigts.

L'M batarde commence par un délié montant de gau - che à droite, suivi d'un jambage panché & angulaire dans ses extrémités. Au tiers du bas de ce jambage, la plume placée sur l'angle du pouce fait sortir un délié courbe, qui dans le haut produit, en remettant la plu - me sur le plein par l'action du pouce, une rondeur con - tinuée d'un à - plomb. Au tiers encore de ce second à - plomb, se prend de même un délié, qui dans le haut forme une rondeur, & ensuite le troisieme à - plomb ou jambage arrondi dans le bas, ayant après une liaison re - montante. Il est à remarquer dans cette lettre, que les jambages doivent être égaux & dans une égale pente; qu'elle se fait sans reprise, & en dégageant les deux [p. 21:15] doigts de dessous dans le bas de chaque à - plomb; que les rondeurs du haut des deux derniers jambages, n'ont de plein courbe qu'un bec de plume & demi. Voyez l'alphabet batarde, Pl. X.

L'M coulée se fait de la même maniere que celle de ronde, & elle y ressemble beaucoup. Elle y differe pour - tant en ce qu'elle est panchée & plus longue. Voyez l'al - phabet coulée, Pl. XI.

Dans la construction de ces lettres, le mouvement des doigts est simple; l'extension étant égale à la fléxion.

L'on ne s'étendra pas sur les N ronde, batarde & coulée, par la raison qu'elles s'exécutent comme les M. Consultez les explications de ces lettres, & voyez les alphabets, Pl. IX. X. & XI.

Il est encore en ronde & en coulée une autre N, qui a une queue, & qui ne se place qu'à la sin des mots. Elle est composée de la partie droite descendante radi - cale, & d'une partie courbe prise par un délié au milieu de l'à - plomb, & qui s'arrondissant sur la droite, va en gagnant la gauche, se terminer un corps au - dessous de l'à - plomb par un délié. On observera qu'à la sommité, la rondeur est élevée au même niveau de l'à - plomb. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & celles des alpha - bets ronde & coulée, IX. & XI.

Le mouvement simple des doigts est le seul en usage dans toutes ces lettres, il y a seulement dans les N à queue un peu plus de fléxion.

On ne parlera point ici des principes de la lettre O. Elle est démontrée & expliquée à la Pl. VII. que l'on pourra consulter. Voyez les alphabets, Pl. IX. X. & XI.

Dans l'écriture ronde, le P est composé des deux der - nieres portions de la ligne mixte, auxquelles on ajoute en - bas un plein revers courbe en remontant sur la gau - che, avec un bouton à l'extrémité. Les trois quarts de l'O forment la tête de cette lettre; c'est sur le plein de la ligne mixte, & à un demi - corps plus bas que son som - met, que l'on commence à poser cette tête. Le P n'est point fermé. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Le P batarde est formé des deux dernieres parties de la ligne mixte, terminées par un plein revers & bouton. Un peu au - dessous de la sommité de cette ligne mixte, commence la tête. Elle se forme par un trait délié & plein, en rondeur sur la droite, qui revient ensuite sur la gauche pour produire en - dedans un petit plein revers courbe, finissant par une liaison qui passe en - dehors au tiers d'en - bas de la rondeur de la tête. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & la Pl. X. de l'alphabet batarde.

Le P coulée est semblable à celui de ronde, mais il est plus long & penché. Voyez la Pl. XI. de l'alphabet coulée.

La fléxion est plus grande que l'extension dans la for - mation de toutes ces lettres.

Dans l'écriture ronde le Q est composé d'un O sur la partie montante, duquel on fait tomber un grand à - plomb, précédé d'une petite rondeur venant de droite à gauche. Voyez la Pl. VII. de la démonstration de l'O, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Dans la batarde le Q est composé de la lettre C & d'un grand à - plomb qui retombe sur la tête & sur le dé - lié que l'angle du pouce y a conduit, parce que cette lettre se fait de suite. Voyez la Pl. X. de l'alphabet ba - tarde.

Le Q coulée est semblable à ce dernier. Il en est un autre, quoique penché, qui se trace comme celui de ronde, mais sans rondeur au commencement de l'à - plomb. Voyez la Pl. XI. de l'alphabet coulée.

La fléxion des doigts est le mouvement qui domine le plus dans la construction de ces lettres.

Dans l'écriture ronde, il est deux R en usage. Le pre - mier est brisé, & commence par un trait délié en mon - tant, suivi d'une rondeur qui avance un peu sur la droite, & qui ne doit être creuse que d'un fort bec de plume. Au - dessous de cette rondeur, & sans la quitter dans l'exécution, se produit la premiere partie courbe des - cendante radicale. Ces deux rondeurs ne se placent point vis - à - vis l'une de l'autre; au contraire, la plus petite ou la tête, doit avancer plus que la grande sur la gauche d'un bec de plume. Le second R est composé de la pre - miere partie droite descendante radicale, & de la partie montante de l'O joint ensemble & fait de suite. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, la Pl. VII. de la démons - tration de l'O, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Dans la batarde, il y a trois R différens. Le premier, qui est le plus usité, est formé d'un à - plomb penché & précédé d'un délié. Du tiers d'en - bas de cet à - plomb la plume sur l'angle du pouce, produit un délié qui re - monte en courbant jusqu'à la sommité de l'à - plomb pour former ensuite un plein en rondeur, qui n'a qu'un fort bec de plume. Le second est composé d'un J, & de la partie courbe montante de l'O. Le troisieme est ren - versé & brisé, c'est - à - dire qu'il commence par en - haut & par une rondeur penchée de droite à gauche, la - quelle ne doit descendre qu'aux deux tiers de sa hauteur. Au - dessous de cette rondeur, on en ajoute une autre, pareille quant à la forme, mais moitié plus petite. Cette derniere & petite rondeur doit se trouver avec la pre - miere ou la grande rondeur, dans la même ligne de pente. Voyez la Pl. X. de l'alphabet batarde.

En coulée il se forme quatre sortes d'R. Le premier est conforme à celui de ronde brisé. Les trois autres sont pareils à ceux de batarde, & dont je viens de donner une idée. Voyez la Pl. XI. de l'alphabet coulée.

Pour l'exécution de toutes ces lettres, l'action simple des doigts pliant & allongeant suffit.

Dans l'écriture ronde il y a deux S en usage. La pre - miere commence par un délié montant de gauche à droite, sur lequel on revient un peu pour former une rondeur d'une petite étendue & creuse d'un bec de plu - me. Elle est suivie d'une autre rondeur plus grande, & qui descendant en bombant sur la droite, va insensible - ment sur la gauche pour remonter par un plein revers courbe, & se terminer par un bouton en - dedans. La se - conde S est composée de trois parties courbes, dont la seconde est plus petite que les deux autres, se pose au milieu de la largeur que doit avoir la lettre, & sur le délié précisément qui a commencé la premiere rondeur. Voyez la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Dans la batarde les S sont semblables à celles de ronde, mais penchées & plus longues. Voyez la Pl. X. de l'al - phabet batarde.

Dans la coulée, c'est la même chose. Il y a pourtant encore une autre S qui ne se met qu'à la fin des mots, & qui est très en usage dans l'écriture financiere. Elle se commence par en - bas, en formant, en remontant sur le plein de la plume, une rondeur, suivie d'un délié courbe en - dedans, & qui avance sur la droite pour produire une autre rondeur qui prend sa naissance à l'extrémité de ce délié courbe; cette derniere rondeur en descen - dant sur la même pente de la premiere, se termine par une liaison. Voyez la Pl. XI. de l'alphabet coulée.

Dans toutes ses lettres, il ne faut que le mouvement simple des doigts.

Dans l'écriture ronde, il se trouve deux différens T. Le premier est formé d'un à - plomb précedé d'un délié, & terminé par une rondeur & une liaison. Ce T ne passe au - dessus de son tranchant que d'un demi - corps. L'autre T est composé d'un petit à - plomb, à la base du - quel on ajoute une rondeur, qui s'élevant d'un bec de plume fort, s'étend en descendant sur la droite pour finir par un plein arrondi en - dedans. Voyez la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Pour la batarde & la coulée, ce sont les mêmes T, mais penchés & plus grands. Voyez les Pl. X. & XI. des alphabets.

Les doigts plians & allongeans font le mouvement suffisant pour exécuter ces lettres.

Dans l'écriture ronde, de même que dans les écritures batardes & coulées, il est de deux sortes d'V; l'U voyelle & l'V consonne. L'U voyelle se commence par un trait [p. 21:16] délié, montant de gauche à droite, suivie de la partie droite descendante radicale, que l'on termine par une rondeur & un délié courbe produit de l'angle du pouce. On éleve ce délié au sommet du second à - plomb, que l'on fait ensuite retomber dessus. Le bas de ce second à - plomb s'arrondit, & se finit par une liaison de même que le premier. On observera que les rondeurs du bas des à - plombs ont deux becs de plume. Que le délié du premier jambage au second, doit être enfermé jusqu'au milieu de sa hauteur. Que cette lettre se fait de suite en mettant les deux jambages à la même sommité & base, & en prenant le soin de remettre la plume sur la posi - tion requise, avant de commencer le second jambage. L'V consonne commence par un délié en montant, sur lequel on retombe un peu pour former la premiere partie courbe de cette lettre. Vers le milieu, cette partie courbe revient toujours en descendant sur la droite, pour finir au milieu de sa largeur par un délié un peu arrondi. Presque au - dessus de ce délié d'en - bas, on éleve simplement la partie montante de l'O. On remarquera que cette lettre n'a qu'un bec de plume fort d'ouverture. Voyez la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Dans la batarde & la coulée ces deux V se font de la même maniere. Ils sont seulement penchés & plus longs. Voyez les Pl. X. & XI. des alphabets batarde & coulée.

Il ne faut, pour former ces lettres, que l'action sim - ple des doigts.

Dans les trois écritures, la lettre X est ressemblante. Elle est composée de deux rondeurs addossées ensem - ble, ou de deux C, l'un renversé & l'autre dans son sens naturel. La premiere partie commence par un délié en montant, suivie d'un plein courbe à droite, lequel re - vient à gauche pour finir par un revers de plume en re - montant, ou par un bouton. La seconde, qui s'applique sur la premiere, est positivement la figure courbe des - cendante radicale, précédée d'un plein revers à droite, qui lui sert de tête, & qui n'a d'élevation qu'un bec de plume. L'X en ronde, est perpendiculaire; dans les au - tres écritures, elle est penchée & plus longue. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & celles des alphabets, IX. X. & XI.

Pour cette lettre, il faut le mouvement simple des doigts.

L'Y grec dans l'écriture ronde se fait en tenant la plu - me sur la troisieme situation. Voyez la Pl. V. Il se com - mence par un trait délié montant de gauche à droite, suivi d'une petite rondeur en dedans, continuée d'un plein courbe en - dessous, & en descendant toujours sur la droite pour finir par un délié. Cette premiere partie est accompagnée d'une seconde à queue, qui acheve cette lettre. Elle se commence à son milieu par un délié pris dans le plein, & un peu en montant pour arrondir en descendant, & venir toucher à l'extrémité à droite de la premiere partie. Cette seconde partie se continue toujours en descendant, & en allant sur la gauche pour remonter par un plein courbe revers, & finir par un bouton en - dedans. Il est encore en ronde un autre Y grec qui commence par un trait délié courbe en mon - tant, suivi d'un plein arrondi, continué par un petit à - plomb terminé par un plein courbe & par une liaison montante au sommet de la seconde partie, qui en des - cendant, retombe dessus. Cette seconde partie est com - posée des deux dernieres portions de la ligne mixte, suivies d'un plein revers en remontant, & d'une liaison qui passe en - dehors au - dessous de la premiere partie. Voyez la Pl. VI. des figures radicales, & la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Les Y grecs batarde & coulée se rapportent à cette derniere; mais ils y sont penchés & plus longs. Voyez les Pl. X. & XI. des alphabets batarde & coulée.

Dans toutes ces lettres, la fléxion des doigts est très - forte.

La lettre Z dans l'écriture ronde, se commence par un délié courbe, en montant de gauche à droite, suivi d'un plein en rondeur à droite, & puis à gauche. Cette lettre se continue par une autre rondeur plus grande, qui va en descendant sur la droite, & puis revient in - sensiblement sur la gauche pour terminer par un plein revers en remontant, accompagné d'un bouton. Il y a encore un autre Z qui ne se place qu'à la fin des mots. Il se commence par la tête de l'R brisé, & se continue d'une ligne penchée de droite à gauche, avec une ron - deur ou un pié semblable à celui du T final. Ces deux lettres se font sur la troisieme situation. Voyez la Pl. IX. de l'alphabet rond.

Les Z dans les écritures batarde & coulée, ont la même figure, & se font de la même maniere; mais ils ont de la pente, & sont plus longs. Voyez les Pl. X. & XI. des alphabets batarde & coulée.

Le mouvement simple des doigts est employé dans la construction de ces lettres; la flexion cependant est beaucoup plus grande que l'extension.

Nous devons ces exemples & nos Pl. à M. Paillasson. [p. 21:] [omission: image; to see, consult fac-similé version] [p. 21:] [omission: image; to see, consult fac-similé version] [p. 21:] [omission: image; to see, consult fac-similé version] [p. 21:] [omission: image; to see, consult fac-similé version] [p. 22:1]

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