ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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BLASON OU ART HÉRALDIQUE, |L'origine des armoiries (Page 19:7:1)

L'origine des armoiries est très - ancienne. On s'étoit fait des armes offensives, & des armes dé - fensives.

Les armes défensives étoient des boucliers qu'on op - posoit du bras gauche pour parer les coups portés par l'ennemi; ces boucliers étoient d'un cuir bien apprêté, couverts de lames de fer ou d'airain, pour résister aux sabres, aux masses, & à d'autres instrumens de guerre.

L'usage de ces boucliers devint si fréquent par son utilité, qu'il n'y eut pas un homme qui fît profession des armes, qui n'eût son bouclier. Il vint un tems où, pour se faire distinguer dans la mêlée, on peignit sur son bouclier quelques figures de fantaisie, sans y rien déterminer pour les couleurs, sans conséquence pour la postérité, ni pour les successions dans les familles. Il fut libre à chacun de prendre telle figure qu'il vou - loit, jusqu'au onzieme siecle, que l'empereur Fréderic Barberousse établit des regles, dont l'exécution fut confiée à des hérauts, juges en cette partie. Alors les figures peintes sur les boucliers, passerent à la postérité; mais ce qui acheva de donner au Blason la forme d'un art, ce fut le voyage que le roi de France Louis VII. dit le Jeune, fit en 1147, pour recouvrer les saints lieux.

Ce pieux roi se croisa avec plusieurs monarques chré - tiens de différentes nations, qui prirent tous la croix de formes & de couleurs différentes. Il se sit de si belles actions dans cette guerre, que les descendans de ceux qui s'y signalerent, songerent à en perpétuer la mé - moire; & ce fut ainsi que s'introduisit la succession des armoiries dans les familles.

C'est à l'empereur Fréderic Barberousse qu'on doit les regles de l'Art héraldique, ou de la science du Bla - son; elles naquirent au milieu des tournois qu'il inven - ta en 1150 & 60, pour exercer la noblesse en tems de paix, afin de la tenir toujours prête à combattre, lors - qu'il en seroit besoin.

On n'admit à ces jeux militaires & publics, que des personnes d'une qualité remarquable, & l'on régla les pieces qu'elles devoient porter sur leurs boucliers, afin que l'on reconnût plus facilement leur noblesse. Une cérémonie suivoit l'admission au tournoi; on étoit con - duit au son des fanfares & des trompettes, en un lieu destiné pour poser & attacher le bouclier: ce lieu étoit ordinairement le château d'un grand seigneur, ou le cloître de quelque célebre abbaye.

On appelloit cette exposition faire fenêtre; & les boucliers ou écussons de tous les chevaliers reçus pour le tournoi, tant en assaillant qu'en défendant, étoient exposés, afin qu'il fût permis à chacun de les aller re - connoître, & de faire des plaintes contre ceux à qui ils appartenoient, s'il y en avoit à faire. Si la plainte étoit grave, il falloit y satisfaire ou être exclus du tour - noi.

Ces fanfares & ces sons de trompettes, qui décla - roient la noblesse du gentilhomme, donnerent en mê - me tems à l'Art héraldique le nom de Blason.

Un gentilhomme qui s'étoit trouvé plusieurs fois à des tournois, pouvoit l'indiquer par deux ou plusieurs cornets qu'il mettoit en cimier sur son héaume; & lorsqu'il se présentoit à un autre tournoi, il ne lui falloit pas d'autres preuves de noblesse pour y être re - çu; l'usage en subsiste encore dans les maisons de Ba - viere, d'Erpach, & quantité d'autres familles Alle - mandes.

Blasen signifie en allemand sonner ou publier, d'où l'on a fait le mot Blason.

Celui d'armoiries vient des boucliers qui, portés par les gens de guerre, leur servoient d'armes défensives.

Et l'on a dit l'Art héraldique, parce que cet art étoit l'é - tude des hérauts qui anciennement se trouvoient à l'en - trée de la barriere du tournoi, & y tenoient registre des noms & des armes des chevaliers qui se présen - toient pour entrer dans la lice. Ce sont eux aussi qui au commencement de l'établissement des armoiries, en nommerent, composerent & réglerent les pieces; & dans la suite, lorsque les souverains récompenserent du titre de noble les belles actions de quelques - uns de leurs sujets, ils laisserent à ces hérauts le soin d'ordon - ner les pieces des écussons des nouveaux ennoblis.

De la différence des armoiries. Il y en a de six sortes. Premiere. Armes de domaines.

Elles doivent être considérées sous trois aspects.

1°. Il y a des armoiries de domaine pures & pleines, comme celles de France.

2°. De domaine de présentation, comme elles sont aux rois d'Angleterre, qui portent les armes de France avec celles de leur nation.

3°. De domaine d'union; ce sont les armes de plu - sieurs royaumes jointes ensemble dans un même écus - son, comme on voit aujourd'hui les armes d'Angle - terre au premier & quatrieme de France & d'Angle - terre, au deuxieme d'Ecosse, au troisieme d'Irlande, depuis que le roi d'Ecosse, Jacques VI. & premier du nom, roi d'Angleterre, succéda à cette couronne, après la mort de la reine Elisabeth en 1603, & unit en un même écusson les armes de ces royaumes, en prenant le titre de roi de France & de la Grande - Bretagne.

Les armes d'union se rencontrent encore dans les armes d'Espagne, depuis le mariage de Ferdinand, cin - quieme roi d'Arragon, avec Isabelle, reine de Castille de Léon, qui lui apporta ces couronnes. Philippe V. & Charles III. en ont changé quelques dispositions.

2. Armes de dignité.

Il y a des armes de dignités intérieures & exté - rieures.

Les armes de dignités intérieures sont celles qu'une personne est engagée de porter comme marques de la dignité dont elle est revêtue. C'est ainsi que l'empereur porte l'aigle impérial.

Les électeurs, tant ecclésiastiques que séculiers, qui portent les armes de leur électorat.

Voyez les électeurs de Cologne & de Baviere dans l'explication de leurs armes.

En France les ducs & pairs ecclésiastiques portoient anciennement les armes de leur dignité au 1 & 4; au 2 & 3 celles de leurs maisons; mais à - présent ils en ont perdu l'usage.

Les armes de dignités extérieures sont toutes les mar - ques placées hors l'écu, & désignant la dignité de la personne.

Le pape porte pour marque de sa dignité papale, son écu timbré de la thiare avec deux clés.

Les cardinaux, le chapeau rouge ou de gueule; les archevêques, le chapeau vert ou sinople.

Les couronnes, les colliers des ordres, les mortiers & masses de chanceliers, maréchaux de France, an - cres d'amiraux, vice - amiraux, & généraux des galeres, étendards de colonels généraux de cavalerie, & dra - peaux d'infanterie, &c. sont des armoiries de dignités extérieures. [p. 7:2]

3. Armes de concession.

Ces armes contiennent des pieces des armoiries des souverains, ou même leurs armoiries entieres, accor - dées à certaines personnes pour les honorer ou récom - penser de quelque service.

Les grands ducs de Toscane de la maison de Médi - cis portoient d'or à six tourteaux de gueule posés 1. 2. 2. & 1. Le roi de France, Louis XII. du nom, changea le tourteau du chef, & permit à Pierre de Médicis, deuxieme du nom, grand duc de Florence, d'en met - tre un d'azur chargé de trois fleurs - de - lis d'or, à la place de celui du chef.

Plus récemment le roi Louis XV. a accordé à ma - dame Mercier sanourrice, l'ayant ennoblie, son époux, & toute sa postéritée née & à naître en légitime ma - riage, par lettres données à Paris au mois de Mars 1716, registrées en parlement le 5 Septembre, & en la chambre des comptes le 15 dudit mois de la même an - née, pour armoiries un écu coupé d'azur & d'or, l'a - zur chargé de deux fleurs de lis d'or, & l'or de deux dauphins adossés, d'azur, barbés, oreillés de gueule, une couronne royale d'or posée sur le coupé; & ce, en considération de ce que ladite dame eut le bonheur d'allaiter successivement deux fils de France, & deux dauphins.

La maison de Mascrany porte quatre concessions, l'aigle donné par l'empire; la clé, par le pape; le cas - que, d'un duc de Modene; & la fleur - de - lis, de Louis XIII.

4. Armes de patronage.

Il y en a de deux sortes, des villes, comme celle de Paris, qui portent les armes de leur souverain; des cardinaux, qui portent celles des papes qui les ont ho - norés de la pourpre.

Le cardinal Colonna, créé le 17 Mai 1706 par le pape Clement XI. porte des armes parties de celles du pape par patronage.

5. Armes de société.

1°. Comme armes de chapitres, de cathédrales.

2°. Armes de communautés religieuses.

3°. Armes d'universités.

4°. Armes de corps des marchands & artisans.

6. Armes de famille.

Il faut en distinguer de sept sortes.

1°. Des armes vraies & légitimes, pures & pleines, suivant l'art, comme Saint - Georges de Verac, d'ar - gent à la croix de gueule.

2°. Des armes parlantes, comme des trois maisons de Picardie, Ailly, Mailly, & Créquy, dont on a dit, tels noms, telles armes, tels cris.

2. Armes brisées.

Ce sont des armes pures que les cadets des maisons ont été obligés d'augmenter de quelques pieces pour se distinguer de leurs aînés.

M. le duc d'Orléans, régent du royaume de France, fils de M. Philippe de France, frere unique du roi Louis XIV. portoit les armes de M. son pere, qui sont de France au lambel d'argent; augmentation qu'il fut obli - gé de prendre pour le distinguer d'avec le roi qui porte les armes de France pleines.

Ce fut après la mort de Gaston. duc d'Orléans son oncle, qu'il prit cette brisure, à cause qu'il avoit le nom de duc d'Anjou, qu'il a porté jusqu'à la mort de son oncle Gaston qui n'avoit pas de postérité masculine; & pour lors feu M. prit la premiere brisure de la maison de France, par la mort de son oncle, qui lui étoit dûe comme fils de roi, & frere de roi.

Le duc de Bourbon, descendu de Louis premier du nom, prince de condé, frere d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, lequel roi de Navarre descendoit de Ro - bert de France, comte de Clermont, fils de saint Louis, porte un bâton raccourci de gueule, péri en bande, & posé en coeur, qui est l'ancienne brisure des ducs de Bourbon; le bâton n'ayant été raccourci que lorsque le roi Henri IV. est parvenu à la couronne de France.

Le prince de Conty, comme cadet de la branche de Bourbon - Condé, porte comme M. le duc de Bourbon; mais il soûbrise d'une bordure de gueule.

D'autres princes & seigneurs de grandes maisons bri - sent de la même maniere, suivant les degrés & les éloi - gnemens du tronc, & sur - tout les princes de la mai - son de Lorraine que nous avons en France.

3. Armes chargées.

Ce sont celles auxquelles on ajoute d'autres armes, par concessions ou substitutions.

Le maréchal de Luxembourg de la maison de Mont - morency, de la branche de Bouteville, qui portoit d'or à la croix de gueule, cantonnée de seize allerions d'a - zur pour Montmorency, chargea la croix d'un écusson de Luxembourg, dont il prit le nom, à cause de son mariage avec Madeleine - Bonne - Thérèse, héritiere du duché d'Epinay - Luxembourg, qui lui apporta ce duché. Les enfans portent aujourd'hui le nom de Luxembourg.

5. Armes substituées.

Les armes substituées ôtent la connoissance d'une maison, puisque par substitution de biens & d'armes, faite à une personne, elle est obligée de quitter son nom & ses armes, & de prendre celles du substituant par ma - riage, mais non pas toujours.

Le duc de Mazarin, du nom de la Porte, fils du ma - réchal de la Mesleraye, portoit de gueule au croissant d'argent chargé de cinq mouchetures d'hermines & de sable.

Le cardinal Mazarin le maria par contrat du 28 Fé - vrier 1661, à Hortence Mancini sa niece, & l'institua son héritiere universelle, à la charge de porter le nom & les armes pleines de Mazarin; ce qui fut confirmé par lettres vérifiées en parlement le 5 Août 1661, en vertu de quoi il fut obligé de prendre les armes de Ma - zarin.

6. Armes diffamées.

Elles ne sont pas agréables à porter; car elles mar - quent l'infamie & le crime d'une personne: aussi nous en avons peu d'exemples, je n'en rapporte qu'un du tems de S. Louis.

Jean d'Avenes, de la maison de Flandres, ayant mal - traité sa mere en présence du roi S. Louis, pour les in - térêts du comté de Flandres, dont il portoit les armes d'or au lion de sable, armé & lampassé de gueule, ce saint Roi ordonna que dorénavant il ne porteroit plus le lion de ses armes lampassé ni viré, pour marquer à la postérité qu'ayant manqué au respect qu'il devoit à sa mere, il étoit indigne d'avoir ni langue ni ongles ni postérité.

7. Armes à enquérir, ou fausses.

Godefroy de Bouillon, après avoir conquis le royau - me de Jérusalem, composa son écu d'argent, chargé d'une croix potencée d'or, cantonnée de quatre croi - settes de même.

Si l'on demande la raison de cette irrégularité, les savans dans l'histoire & dans l'art du Blason, diront que ce prince a voulu transmettre sur son bouclier la mémoire de sa conquête du royaume de Jérusalem.

Avant que de parler des couleurs, il faut faire con - noître la forme des boucliers ou écus que les métaux & couleurs doivent remplir, & leurs figures dans cha - que royaume.

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