ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Verrerie en bouteilles en charbon (Page 17:102)

Verrerie en bouteilles en charbon, les matieres à faire le verre sont la cendre nouvelle, la charée, ou la cendre lessivée & la soude, que l'on appelle varech, & le sable, la cendre nouvelle ou fine se ramasse dans les villes & dans les campagnes circonvoisines.

Il en est de même de la cendre lessivée.

Pour la soude ou varech, elle se fait sur les côtes de la Normandie, avec une herbe saline, qu'on appelle kaly. Cette herbe croît sur les rochers, sur les pierres, au bord de la mer. On la ramasse au mois de Juin; on la répand au soleil pour la faire sécher. Puis on fait des fosses, au fond desquelles on place quelques pierres; on allume du feu dans ces fosses, & l'on jette sur ce feu de ces herbes séchées qui s'enflamment; on continue d'en jetter, à mesure qu'elles se consument. Leurs cendres se réduisent en masse. Dans la masse de ces cendres, on trouve des pierres: ces pierres ont été ramassées avec l'herbe; mais la plus grande partie y a été mêlée frauduleusement par ceux qui font le varech: car le varech se vend à la livre, & la pierre en augmente le poids. [p. 103]

Le sable se prend dans la terre, les montagnes, les rivieres & les mers.

Les cendres nouvelles ou fines sont plus ou moins fortes en sels, selon les bois d'où elles sont provenues. Les bois durs, comme le chêne, le hêtre, le charme, &c. les donnent excellentes pour l'usage des verreries. Les bois blancs les donnent moins bonnes, les cendres en sont légeres & spongieuses: la différence des contrées influe aussi sur la qualité des cendres. On méle beaucoup d'ordures à celles qui se font dans les maisons, en balayant les chambres à feu; d'ailleurs ceux qui font métier de les ramasser, les gâtent encore en y ajoutant du sable ou d'autres matieres étrangeres, pour en augmenter la mesure; les cendres de fougere, d'épines, d'orties, &c. sont fort bonnes.

Dans toute verrerie où l'on se sert de charbon de terre, il faut des caves, dans lesquelles l'air puisse entrer & passer librement à - travers la grille, & la braise du charbon qui est au - dessus. L'action de cet air augmentera considérablement l'ardeur du feu. Les caves doivent répondre aux soufflets dont elles font les fonctions, leur longueur, largeur & hauteur, selon le plan: on les construit ou de pierres ou de briques.

Les piliers servent à soutenir la voûte, sur laquelle le four est construit.

On donne le nom de grille à cet assemblage de barres de fer qui forment le fond du foyer, & sur lesquelles on fait le feu. Il y en a quatre ou cinq à discrétion; on les appelle barres de travers ou dormans: elles servent à soutenir les barres mobiles. Ces barres dernieres sont mobiles, afin que l'on puisse plus aisément dégager la grille, & faire passer les crayers ou mâchefer ou mousse.

Crayers ou mousse. C'est la cendre du charbon que la violence de la chaleur convertit en une espece de verre ou de matiere vitrifiée en forme de croute; cette croute couvre la grille, & étoufferoit le four en empêchant l'air de traverser la grille, si l'on n'avoit le soin de l'en dégager.

Dégager la grille. C'est séparer à coup de barres les crayers qui s'attachent aux sieges, & les nettoyer de cette croute en la rompant.

On appelle sieges deux bancs solides sur lesquels sont posés les pots; ils sont construits de la même matiere dont on s'est servi pour l'intérieur du four.

Foyer. C'est l'espace d'entre les deux sieges, dont la grille forme le fond. Il est terminé par les tonnelles: c'est le vase ou le bassin à contenir l'échauffage.

Tonnelles. Ce sont deux arcades par lesquelles on fait entrer les pots neufs, & sortir les pots cassés: elles terminent le foyer, & servent aussi à introduire le charbon dont on nourrit le feu par le moyen des tisonniers.

Tisonniers. Ce sont deux trous pratiqués dans les murailles qui ferment les tonnelles, par lesquels on jette le charbon à pelletées.

Chambres. Il y a autant de chambres que de pots; elles sont pratiquées dans les murailles du four & au niveau des sieges pour la commodité de tourner les pots, quand ils seront cassés; elles ont six pouces de largeur sur huit de hauteur.

Les ouvroirs sont des trous par lesquels on remplit les pots, & l'on tire la matiere dont on fait la marchandise; il y en a autant que de pots.

Lunettes. Il y en a six; quatre aux arches à pots, & deux aux arches à cendriers. Ce sont des trous par lesquels passe le feu du four dans les arches. On les a pratiquées pour attremper les pots, & cuire les matieres. Les lunettes des arches à pots ont sept pouces en quarré, & celles des cendriers six pouces & demi.

Les corniers. Ce sont au - dedans du four les quatre coins des sieges aux lunettes des arches à pots.

Couronne, calotte ou voûte. C'est la partie supérieure du four: elle est massive & faite de briques composées d'un sable dur à fohdre, avec la terre glaise qui résiste au feu, ou bien avec la terre dont on fait les pots.

Chemise ou demi - chemise. C'est le revêtement de la couronne. Il est de la même terre dont on s'est servi pour les briques de la couronne: il doit avoir quatre pouces d'épaisseur. Il faut que cette terre soit molle, & de la même trempe que les briques. Quand je dis que les briques de la couronne n'ont que quatro pouces d'épaisseur, je parle de l'ordinaire, car rien n'empêche de leur en donner cinq, ou six, ou sept, &c.

Arche à pot. Il y a quatre de ces arches aux quatre coins du four. On y met attremper les pots: elles sont échauffées par la chaleur du four, qui y entre par les lunettes.

Attremper un pot. Pour attremper un pot, on bouche ou l'on marge avec le margeoir la lunette de l'arche à pot. On met sur trois petits piliers ou sur six moitiés de briques, dont deux moitiés forment chaque pilier, le fond du pot à attremper. On l'enferme dans l'arche par une légere maçonnerie faite de tuiles ou plaques de terre, selon qu'on jugera à propos. Cela fait, on tient d'abord le pot dans une chaleur modérée, plus ou moins de tems, selon qu'il étoit plus ou moins sec. Il reste dans ce premier état environ sept ou huit heures: puis on retire le margeoir d'environ deux pouces, & le pot reste dans ce second état environ le même tems. On retire le margeoir encore un peu, & on laisse encore de l'intervalle, & un troisieme retirement du margeoir, & ainsi de suite jusqu'à ce que le margeoir soit entierement retiré; on laisse le pot dans ce dernier état en pleine chaleur huit, dix, ou douze heures. A près lesquelles on jette du charbon par un trou pratiqué à la maçonnerie; & à mesure qu'il se consume, on en jette davantage, observant de le remuer de tems en tems avec un ferret. Lorsque l'arche sera blanche, la chaleur aura été assez poussée; le pot sera attrempé, on le tirera de l'arche, & on le transportera dans le four.

Arches - cendrieres. On donne ce nom à deux arches pratiquées au - dessus des glaies à recuire les matieres.

La glaie. C'est ainsi qu'on appelle la partie de la voûte, comprise depuis l'extérieur des deux tonnelles, & entre les arches à pots, jusqu'à l'extrémit du revêtement du four.

Margeoir. C'est une tuile faite avec de la bonne terre, c'est - à - dire du ciment & des épluchages de terre à pot, dont on bouche les lunettes des arches à pot, quand on veut donner le feu à attremper les pots.

Fourneau ou arche à recuire les bouteilles. Il y en a quatre, une à chaque coin de la hale: elles sont faites de briques ordinaires.

Cassette. Espece de boîte faite ou de brique ou de pierre, à mettre refroidir les cannes, & à conserver les meules qui s'en détachent. Il y en a quatre, chaque ouvrier a la sienne. Voyez la Planche.

Place. C'est l'endroit du four élevé de chaque côté d'environ quatorze pouces au - dessus de l'aire de la halle, où messieurs travaillent.

Loge. Trou pratiqué au - travers du four, & formant une seule ouverture avec la chambre. Son usage est de loger les pots cassés. Il y en a six. Voyez le plan du four.

Tour. Petite muraille à environ dix - huit pouces de l'ouvroir, à laquelle le crochet est scelle; elle sert à garantir l'ouvrier de la chaleur.

Croches. Machine de fer posée ou attachée autour, [p. 104] & à la même distance de l'ouvroir, dans laquelle l'ouvrier pose sa canne à chausser la paraison, & à mettre la cordeline sur l'embouchure de la bouteille.

Terre à pot. C'est une terre blanchâtre ou grise, ou couleur de souris, sans mélange d'autres couleurs; la terre jaune, rouge ne sont pas bonnes. On épluche soigneusement cette terre de toute ordure; on prend une partie de cette terre épluchée qu'on met dans une arche pour la bien cuire. Quand elle est bien cuite, on la transporte au moulin. On la passe au tamis, au sortir du moulin, dans un bagne ou un poinçon. Ensuite on fait moudre de la terre grasse aussi épluchée, & on la fait passer par le même tamis dans un autre bagne ou poinçon; puis on prend une mesure de terre grasse, & une de ciment ou de la terre cuite; ainsi mesure pour mesure de chaque sorte, autant qu'on en peut délayer à - la - fois dans un auge où l'on marche la terre. Cet auge a six piés de longueur, quatre piés & demi en largeur, & dix pouces de profondeur; penchant un peu en - dehors, formant un angle au fond d'environ cent cinq degrés; de planches de chêne d'un pouce d'épaisseur. On y fait le mélange, dont j'ai parlé ci - dessus, en bien retournant la terre; puis on y fait un creux, dans lequel on verse de l'eau; cette eau sert à détremper les terres auxquelles on donne la consistence du pain, puis on marche le mélange à pié nud. Marcher la terre, c'est, après l'avoir répandue sur le fond de l'auge, la fouler avec le pié pendant un certain tems; au bout duquel, on en releve la moitié qu'on met sur l'autre; alors une moitié de l'auge se trouve vuide & l'autre pleine: on recommence à marcher ou fouler ou étendre la terre vers la partie vuide. Après cette manoeuvre, on commence à élever la terre vers le bout vuide avec une petite pelle de bois, en prenant à chaque fois environ huit ou dix livres, & on la te par rang sur le même fond d'un à l'autre côté; quand on a fait un rang de motte, on le marche bien, & on continue la même opération fur toute la terre jusqu'à ce qu'elle soit bien liante, alors on la met en masse ou ballons, & l'on en fait des pots.

Pots. Ce sont des creusets faits avec la terre préparée comme nous venons de dire. Ils sont grands ou petits, à discrétion; ils ont la forme de cône tronqué, d'un pouce & demi d'épaisseur, plus ou moins, au fond; mais cette épaisseur va en diminuant à mesure qu'on monte, ensorte que le bord a un pouce & neuf lignes ou plus d'épaisseur. Mais il faut que l'épaisseur soit partout plus ou moins grande, selon la quantité de matiere qu'on veut qu'ils contiennent; les uns les veulent ronds, les autres les veulent ovales, de maniere que le diametre en haut soit de vingt - huit pouces & l'autre de vingt - cinq.

Fonceau. Espece de table sur laquelle on fait le pot; il en faut cinquante ou soixante, chacune de trente - un ou deux pouces en quarré, faite de plusieurs planches jointes & clouées sur deux morceaux de chevrons, & les coins arrondis; sur ces soixante, deux doivent être de trente - trois pouces en quarré: On fait le fond du pot sur ceux - ci, dont un doit être couvert d'une toile grossiere.

Batte ou pilon. Morceau de bois en forme de cône tronqué, de six pouces de longueur & de six pouces de diametre par un bout, & de cinq pouces de diametre par l'autre bout, garni d'un manche de deux piés de long; le bout de six pouces est couvert d'une toile grossiere, on s'en sert pour faire le fond du pot.

Mailltt ou battoire. Ce maillet ressemble à celui du menuisier, & l'on s'en sert pour battre & former le contour du pot: il faut que la batte & le maillet soient couverts de toile.

Moulin. Machine composée d'une meule de pierre ou de fer ou de fonte, de cinq piés trois pouces de diametre sur quatorze pouces d'épaisseur, percé d'un trou dans le milieu, de huit pouces huit lignes de diametre, dans lequel on met un essieu, à l'extrémité duquel on met un cheval qui fait tourner la meule qui broye les terres. A côté de cette machine on a deux coffres placés à côté l'un de l'autre, dans lesquels on passe la terre grasse & le ciment. Il y a des verreries dans lesquelles on pile la terre; pour cet effet on se sert d'auges faits de troncs de chêne, qui ont environ vingt deux à vingt - quatre pouces en quarré; on les creuse. On laisse aux côtés environ quatre pouces d'épaisseur, & aux bouts sept pouces. On garnit le dedans de tole de moyenne épaisseur, dont on revêtit les côtés & les bouts. Pour le fond il faut qu'il soit couvert de barres de fer plat, de six lignes d'épaisseur, bien cramponées au fond. On a des pilons ou maillets d'environ vingt pouces de longueur, dont l'un des bouts a six pouces de diametre, & l'autre quatre pouces six lignes; le gros bout en est garni de cloux à ferrer les chevaux, placés bien près les uns des autres.

Maniere de faire les poes. Il faut des chambres bien à l'abri de la pluie, & deux bancs, un de dix - huit pouces de hauteur, & de trois pouces moins larges que les fonceaux; on prend le fonceau qui est couvert de toile grossiere; on le pose sur un de ces bancs, le côté couvert de toile en - haut. Les uns prennent un bâton de terre à pot & le posent au milieu du fonceau, prennent la batte ou le pilon, l'applatissent à coup de batte, ajoutent de la terre, & continuent la même manoeuvre jusqu'à ce que la terre qui doit faire le fond du pot ait sept ou huit pouces de largeur de plus que la mesure du fond, observant que l'épaisseur soit la même par - tout, & que la surface de cette terre soit bien unie; on applique la mefure du fond prise en dehors sur la terre ainsi battue, & si l'on trouve que la terre déborde la mesure de trois pouces, cet excédent suffit.

On prend ensuite un autre fonceau, on le place sur l'autre banc qui doit être à côté du premier fonceau; on parseme ou l'on saupoudre ce fonceau de terre à pot qui ne soit point mouillée. On renverse le fond du pot qui est sur le premier fonceau, sur ce second ainsi saupoudré, observant que la distance des bords du fond aux bords du fonceau soit la même par - tout. Pour renverser il faut être deux; l'un prend les deux manches du fonceau d'un côté, & l'autre en fait autant de l'autre côté; ils posent ensemble un côté du fonceau sur le bord de l'autre; ils élevent l'autre côté, & lorsque le fonceau sur lequel est la terre & qu'il s'agit de renverser, forme un angle droit avec l'autre fonceau, on laisse le premier fonceau, & des mains d'enbas dont on le tenoit, on retient la terre sur laquelle on les place, & l'on acheve de renverser. Le premier renversement fait, le premier fonceau se détache & laisse le second sur le second fonceau.

On prend la mesure pour le fond en - dedans, & l'on commence à relever la terre par les bords toutautour de cette mesure. Pour cet effet on applique le plat de la main gauche sur les limites de la mesure du fond, & avec la droite on éleve la terre qui est au - delà de ces limites, perpendiculairement tout - autour, on se sert ensuite du maillet pour la redresser, observant de lui conserver l'épaisseur convenable.

On fait ensuite des rouleaux de terre d'environ six ou sept pouces de longueur, sur deux pouces de diametre, un peu pointus par les bouts. On prend ces rouleaux de la main droite, & l'on place le plat de la gauche contre le côté du pot en - dehors, & l'on attache le rouleau en - dedans vis - à - vis la main gauche, en le serrant d'un petit tour de poignet, & avec le doigt de devant, & l'on continue cette manoeuvre fur toute la longueur du rouleau, appliquant [p. 105] en même tems le pouce de la main gauche sur le rouleau, pressé par l'index de la droite; ces trois mouvemens se font successivement. A mesure que le rouleau avance le long du côté du pot, il faut avancer la main gauche & la tenir toujours correspondante à la main droite, le pouce de la main gauche étant toujours pressé contre la partie du rouleau qui monte, & la tenant serrée.

Le rouleau étant ainsi posé, il y aura à la partie inférieure un filet qui débordera; on applanira ce filet avec le pouce, en commençant où le rouleau finit. On unira pareillement tout le fonceau avec le doigt de devant recourbé, en commençant au commencement du rouleau, & en avançant le doigt vers soi, glissant ce doigt recourbé depuis le bout du rouleau le premier attaché jusqu'à l'autre bout, observant de faire toujours suivre la main gauche appliquée en - dehors; cela fait, on pose un autre rouleau à l'extrémité du premier, puis un troisieme, jusqu'à ce que le tour du pot soit achevé. On recommence ensuite un second tour, puis un troisieme; on avance ainsi les côtés du pot, & on les éleve à un bon pouce de plus que le pot ne doit avoir de hauteur; ce pouce dont le pot est monté d'au - delà de sa mesure se renverse en - dedans; il y en a qui font leurs pots sans bords renversés.

Pour renverser le bord on prend une latte de quatre pouces ou environ plus longue que le côté du pot, & de dix lignes en quarré; on marque sur la latte la hauteur du pot. En cet endroit on passe un clou qui la traverse de deux pouces; on applique ensuite l'autre bout de la latte perpendiculairement sur le fonceau; on fait entrer la pointe du clou dans la surface du pot, puis tenant d'une main un des bouts de la latte, & l'autre bout de l'autre main, on fait tout le tour du pot: il est évident que la pointe y fera une coupure circulaire dont le plan sera paralle le à celui du fond.

Après quoi renversez le bord en - dedans; que ce bord promine en - dedans d'un demi - pouce; humectez vos mains d'un peu d'eau, & les appliquant sur cette prominence, abattez - la; unissez tout le tour du pot, & faites ensorte qu'il soit par - tout de la même épaisseur en tout son contour.

Le printems est la meilleure saisor pour faire des pots; on en fait dans les autres, mais en hiver il faut les garantir de la gelée par la fumée, soit du bois, soit du charbon: en été la trop grande chaieur est sujette à les faire fendre ou fler.

Fours. Il s'en fait de deux sortes; les uns d'une bonne terre glaise, la même dont on use pour les pots; on y peut employer les épluchures de terre à pot, mais pour le premier établissement il faut faire cuire une bonne quantité de terre, moudre ensuite, passer au tamis grossier, & selon que la terre glaise est grasse ou maigre, y ajouter plus ou moins de ciment ou terre cuite. Il faut si elle est trop grasse y ajouter un peu plus de ciment; le mélange s'en fait comme pour les terres à pots, on l'humecte, & on le jette dans un coin; l'on continue jusqu'à ce qu'on ait de quoi faire la moitié d'un four. On la laisse ensuite s'imbiber pendant quelques jours, puis on la retourne avec des pelles, & on la remarche jusqu'à ce qu'elle soit liante; alors on en construit le four tout d'une masse, ou l'on en fait des briques; les briques sont préférables à la masse.

L'autre sorte de four se fait avec la terre glaise & le sable; mais il est presqu'impossible de prescrire des regles pour sa composition, parce que la terre peut être plus ou moins grasse, le sable plus ou moins dur, ou plus ou moins fondant, ou plus ou moins pur ou mêlé de matiere étrangere. Sil'on trouvoit du grès dont le grain fût blanc & brillant, on ne risqueroit rien à s'en servir: il faudroit le réduire en sable & le passer au tamis. Pour faciliter cette manoeuvre, on mettra recuire les morceaux de grès, & cette préparation en facilitera le broyement.

Pour savoir si la qualité du sable est dure ou tendre, il faut prendre cinq mesures de sable & deux de terre grasse moulue, les mêlanger, humecter & périr avec les mains, en faire une brique, & mettre cette brique, quand elle sera bien seche, dans une arche à pot, avec un pot si on a occasion d'en faire recuire un. Cette brique s'attrempera avec le pot; quand on levera le pot pour le substituer à un autre, faites prendre la brique avec une spatule, & qu'on la place sur les bords de deux pots; on en connoîtra la qualité au bout de deux jours; si elle se fond, ou la terre ou le sable ne valoit rien; mais si l'on est sûr que la terre est bonne, c'est une marque que le sable est ou trop tendre, ou trop mêlé de beaucoup de terre étrangere.

Pour savoir s'il y a parmi le sable des matieres terrestres, prenez - en une pinte; mettez - la dans une terrine vernissée qui contiendra six ou sept pintes; versez dessus de l'eau claire; remuez le sable avec les mains pendant quelque tems, autant qu'il faut pour que la terre se détache du sable; laissez reposer le tout environ une minute, puis versez l'eau par inclinaison dans une autre terrine vernissée de la même grandeur que l'autre; remettez encore de l'eau clire sur le sable, & réitérez la même manoeuvre jusqu'à ce que l'eau vienne pure; laissez reposer l'eau trouble dans l'autre terrine, quand cette eau sera claire, versez - la doucement par inclinaison; faites évaporer le restant de l'eau, & vous aurez la quantité de terre qu'il y avoit dans une pinte de sable. Le sable ainsi lavé peut être plus ou moins dur; s'il étoit un peu tendre, on en mêlangeroit trois mesures avec une mesure de terre grasse; mais s'il étoit dur, cela vaudroit mieux pour faire la brique. Lorsque le sable est tendre, mais non mêlé de matieres terrestres; lorsqu'il a le grain transparent, quelle que soit d'ailleurs la couleur, il sera bon pour le verre à voute ordinaire. Quand vous avez le sable qui convient, faites - en un mêlange de cinq mesures contre deux de terre grasse; mêlez comme ci - dessus, & achevez l'opération.

Pour faire les briques, les bien faire, & épargner le tems & mieux construire le four, il faut en avoir de plusieurs dimensions; il en faut pour les murailles, pour les tisonniers, les lits de champ, pour la couronne ou la voute, &c.

Le moule pour les murailles doit avoir dix - neuf pouces de longueur, huit pouces & demi de largeur, & cinq & demi de profondeur dans oeuvre pour les tisonniers, vingt & un pouces de longueur, huit pouces & demi de largeur, quatre pouces de profondeur d'un côté, & de l'autre une quantité déterminée par la coupe du tisonnier.

L'arcade du tisonnier doit être le segment d'un cercle plus grand que celui dont le diametre en seroit la largeur, entre les murailles en haut. Voici le moyen de trouver ce segment, si l'on veut procéder méthodiquement & avoir en même tems la coupe de la brique, & par conséquent l'autre côté du moule pour l'arcade du tisonnier. Prenez une ficelle de huit à neuf piés, frottez - la avec de la craie comme font tous les charpentiers, & sur une grande table ou sur un plancher, que quelqu'un fixe la ligne sur le plancher avec le doigt; faites - en autant, laissant entre votre doigt & celui de qui vous aide, environ quatre piés; qu'ensuite l'un des deux bande la corde, & lui fasse tracer une ligne blanche en la baissant. Prenez sur cette ligne, la largeur du tisonnier qui est de 30 pouces en hauteur bb; entre les points bb, coupez cette ligne bb en deux parties égales par la ligne ee au point F; prenez du point F sur la perpendiculaire Fe, la partie FG de dix pouces qui soit la hauteur de l'arcade; cher<pb-> [p. 106] chez le centre n du cercle qui doit passer par les trois points donné bGb derriere ce cercle. Prenez les parties ba, bb, de huit pouces & demi, & du même centre n, découvrez l'arc oo, & tirez les lignes rp; xp donnera la largeur du moule. Il faut opérer de la même façon pour trouver le centre & la coupe de la couronne, & en avoir les briques.

Le moule pour le lit de champ doit être proportionné à la largeur du four, par exemple, si le four avoit sept piés & demi de largeur, il en faut prendre le tiers; & que le moule ait trente - un pouces & demi en longueur, huit pouces & demi en largeur, & que les côtés soient de quatre pouces & demi de profondeur. Le sapin qui est sans noeuds, est bon pour faire ces moules.

Quand on a les moules que tout charpentier de campagne peut faire, les dimensions étant données, on travaillera aux briques. Pour faire les briques, on fait porter la terre à les faire dans une chambre dont le plancher soit uni; on lave bien le moule en dedans; on l'essuie avec un chiffon, puis on le poudre avec du sable sec & passé au tamis. On le pose sur le plancher; on prend quatre morceaux de terre, & on les jette dans les quatre coins; on remplit ensuite le fond du moule; on marche ensuite sur la terre à piés nuds, ayant soin de bien fouler la terre dans les coins avec le talon. On jette de nouveau de la terre dans le moule; on la foule comme auparavant; on continue jusqu'à ce qu'il soit plein; on a soin de repousser le moule contre le plancher, car il fera effort pour se lever tandis qu'on foulera; puis on enleve la terre qui déborde le moule, & l'on en sépare le superflu avec le fil de cuire, & qui a deux petits bâtons liés à chaque bout pour le mieux tenir dans les mains. En rasant avec cet outil les bords du moule de l'un à l'autre bout, cela fait avec une petite planche plus longue que la largeur du moule, taillée en coûteau, on acheve de mettre la brique de niveau avec les bords du moule. On prend le moule diagonalement; on tient le moule qui laisse la brique seule; on le repoudre de sable, & l'on travaille à une nouvelle brique.

Quand les briques sont un peu seches, comme on s'en assurera en les tâtant, & qu'on les trouve un peu dures, on les dresse sur le champ, ayant soin de les placer bien à - plomb.

Mais cette manoeuvre ne suffira pas: pour se servir des briques, il faut qu'elles soient repassées; pour cet effet, on a une boîte de trente - deux à trois pouces de long sur neuf de large, & six & demi de haut; ouverte par les deux bouts, comme on voit en b, faite de chêne, d'un pouce d'épaisseur, le fond plus fort, & les côtés bien cloués. Il faut avoir huit lattes de la même longueur que la boëte, & d'environ deux pouces de largeur; quant à l'épaisseur, il faut que deux de ces lattes ayent un pouce & demi, deux un pouce, deux un demi - pouce, deux trois lignes. On met deux de ces lattes à plat sur le fond de la boîte, l'une à un des côtés & l'autre à l'autre côté, & on les prend de l'épaisseur qui convient à l'espece de briques à passer. Exemple: si l'on veut passer ou rendre unie une brique pour la muraille du four, elle doit avoir cinq pouces & demi d'épaisseur lorsqu'elle est nouvellement faite; mais en se sechant, elle prend retrait, & perd de son épaisseur. On prend des lattes de six lignes d'épaisseur, on les met dans la boëte; on y pose aussi la brique de maniere que la surface la plus unie soit en bas; puis avec une barre quarrée de neuf à dix lignes d'épaisseur que l'on tient entre ses mains, & que l'on applique sur les bords de la boîte; à un des bouts de la brique, on tire & racle la brique en tirant à soi la barre qui enleve l'excédant de la brique; cela fait, on répete la même opération à toutes les briques.

Il faut que le four soit construit selon la largeur des pots; mais il y a ici une remarque à faire, c'est que ceux qui font un nouvel établissement, & qui ont à employer de la terre dont on n'a point encore fait usage, doivent la composer comme celle des pots, en faire quelques tuiles d'environ six pouces de longueur sur quatre de largeur & un d'épaisseur; quand elles seront seches, en prendre bien exactement la mesure, l'attremper doucement, la faire mettre dans un four ou dans une forge à serrurier, & lui donner ensuite la chaleur d'un four à verre en fonte, la garder à cette chaleur pendant quelque tems; si l'épreuve se fait dans un four, qu'elle y reste vingt - quatre heures au plus. Il faut ensuite la retirer, la laisser refroidir, la remesurer & comparer ses premieres dimensions avec celle - ci. Si l'on trouve que le retrait soit de trois lignes, & si l'on suppose qu'un pot sec doive avoir trente pouces de hauteur sur trente de diametre, on trouvera ses dimensions avant le retrait ou après; on dira, six pouces est à trois lignes de diminution, comme trente pouces à sa diminution. On aura la diminution du contour de la maniere suivante: on dira, 7, 22, 30, à la circonférence du pot 94 2/7; & ensuite, 6 pouces est à 3 lignes comme 94 2/7 à 45, d'où l'on voit que le diametre sera retréci de 15 lignes; ainsi quand les pots sont de 30 pouces de hauteur & bien secs, il faut qu'un four ait les dimensions suivantes.

Mesures du four en toutes les parties.

Il aura en quarré 7 piés 4 pouces.

La grille en long 7 piés 10 pouces, en larg. 1 pié 4 pouces, haut. aux sieges, 2 piés 9 pouces.

Largeur des chambres, 6 pouces, hauteur huit pouces.

Hauteur des sieges aux ouvroirs, 2 piés 5 pouces.

Hauteurs & largeurs des sieges, 10 pouces.

Hauteur des murs des sieges, 3 piés 11 pouces.

Hauteur de la grille à la couronne, 9 piés.

Hauteur de la grille aux lunettes des arches cendrieres, 6 piés 7 pouces.

Largeur des lunettes, 6 pouces 1/2.

Hauteur des sieges aux lunettes des arches à pot, 2 piés 11 pouces.

Largeur des lunettes, 7 pouces.

Hauteur de la grille au centre de la tonnelle, 3 p. 3 pouces.

Longueur de la tonnelle, 2 piés 7 pouces.

Ces dimensions sont pour le charbon qui donne beaucoup de flammes sans donner beaucoup d'ardeur à sa braise; mais pour le charbon d'Angleterre, ou de S. Etienne en Forez, ou celui dont la braise est ardente, le four pour le même pot ne doit pas avoir de la grille à la hauteur de la couronne plus de 7 piés; mais il vaut mieux que la couronne soit trop haute que trop basse.

Pour le charbon qui donne moins de flamme que de chaleur, le four aura en quarré 8 piés.

Longueur de la grille, 1. 4.

Hauteur de la grille aux siéges, 2. 6.

Largeur des chambres, 6 pouces.

Hauteur des chambres, 8 pouces.

Hauteur des siéges aux ouvroirs, 2 piés 7 pouces.

Hauteur & largeur des ouvroirs, 10 pouces.

Hauteur des murs des siéges, 4 piés.

Hauteur de la grille à la couronne, 7 piés 6 pouces.

Hauteur de la grille aux lunettes des arches cendrieres, 6 piés 6 pouces.

Largeur des lunettes, 6 pouces & demi.

Hauteur des siéges aux lunettes des arches à pots, 3 piés 3 pouces.

Largeur des lunettes, 7 pouces.

Hauteur de la grille au centre de la tonnelle, 3 piés, 1 pouce. [p. 107]

Largeur de la tonnelle, 2 piés 8 pouces & demi.

Lit de champ; c'est le dernier rang de briques posées sur leur champ qui termine la hauteur des siéges.

Quand on voudra construire la hale pour une verrerie à bouteilles ou à crystal; il ne saudra pas que le fond de la cave soit plus de trois piés & demi plus bas que la surface du champ, parce que le four ne chaufferoit pas si bien; & l'on seroit plus de tems à faire la sonte & à rasiner le verre; on perdroit du te ms, & l'on consumeroit du charbon; en voici la ra ison.

Les portes des caves ayant trois piés & demi de ha uteur sur la surface du champ, l'air y entrera avec plus de violence, que si les portes étoient aussi basses que la surface du champ; car dans ce dernier cas, le vent n'y entreroit qu'à mesure qu'il y seroit attiré par le foyer, & agiroit lentement sur le chauffage; au lieu que dans le premier, son cours seroit encore accéléré de son poids, ce qui le feroit passer avec plus de vîtesse à - travers la grille, enflammer plus rapidement le charbon qui est dessus, & rendre la chaleur plus grande.

Quand on aura tracé le four selon le plan, on posera le premier rang de briques, la surface brute en en - bas; la surface unie en dessus. Il faut que le dessus de ce premier rang soit uni & de niveau partout; ensuite on travaillera à la tonnelle, en plaçant ou commençant un second rang sur le rang déjà posé. On est deux à poser une brique, parce que ne s'agissant pas seulement de la poser, mais de l'appliquer bien exactement sur la brique qui est en - dessous; il faut les frotter l'une contre l'autre jusqu'à ce que les inégalités de l'une & de l'autre disparoissent; on connoîtra si leur application se fait dans toutes leurs surfaces en balayant & en considérant si elles ont frotté l'une & l'autre par tout. Il faut frotter jusqu'à ce que le frottement soit sensible sur les deux surfaces entieres. On place ensuite une autre brique de la même maniere, & l'on acheve ce rang.

Mais pour lier ces briques, il faut du mortier; on le fait avec la raclure des briques; on la ramasse; on la passe au tamis; on a une cuve qu'on remplit à moitié d'eau claire; on l'agite avec un bâten; cependant un autre y répand la raclure passée; l'un seme & l'autre tourne jusqu'à ce que le tout at la consistence d'une bouillie claire. Cela fait, on repand sur le premier lit ou sur les premieres briques frottées, de ce mortier; on l'égalise avec une truelle; on pose ensuite les secondes briques frottées, les agitant & frottant jusqu'à ce qu'elles commencent à s'attacher & à prendre; on leur donne l'assiette qui leur convient; on prend un morceau de planche qu'on pose dessus; on frappe quelques coups de marteau sur la planche; cela assûre la brique & fait sortir l'excès de mortier qu'on ôte avec la truelle; on opere de la même maniere pour la brique qui doit suivre, c'est - à - dire, qu'on la pose sans mortier; qu'on la frotte contre celle de dessous; qu'on fait joindre ses côtés avec l'autre posée; que pour cet effet on use de la scie; on frappe sur le côté avec le marteau; on applique la planche, &c. quant au second lit, on commence par frotter toutes les briques du premier, avant que d'asseoir une seule des briques.

On n'aura pas besoin d'un ceintre pour faire la couronne; car chaque brique étant une fois posée avec le mortier, on ne la sépareroit pas sans la briser. Au lieu de travailler en - dehors à faire la couronne, on fait un échafaut en - dedans, & l'on conduit la construction de la voûte, comme nous allons dire. Comme la courbe de la voûte est un segment ou une portion du cercle dont le diametre sera plus long que la largeur du four, il en faut chercher le centre, qu'on trouvera, comme on l'a dit, pour la coupe des briques; & la distance du centre à la cir<cb-> conference seta la ligne qui servira à conduire la voute.

La muraille du four étant élevée à la hauteur convenable, il faut prendre une planche dont la longueut soit juste la longueur du four, & qui soit percée dans son miliéu d'un trou à recevoir une petite corde qu'on noue par les deux bouts; que la longueur de la corde depuis le trou jusqu'à son noeud, soit égale à la ligne trouvée ci - dessus pour la coupe des ques; que depuis ce premier noeud jusqu'à l'extrémité de la corde, il y ait un pié d'excédent; que la planche soit posée horisontalement; que le trou corresponde au centre du four comme dans ces deux figures; a est la planche, bb les murailles du four, c le centre, d la corde, e le noeud, h l'autre noeud, iiii le segment ou demi - cercle, dont la planche représente une partie du diametre; c h est la corde qui servira à conduire l'ouvrage, ou la couronne.

o o, Les chambres ou loges.

p, La tonnelle ou le tisonnier.

r r, Les lunettes ou arches à pots.

x, Les lunettes ou arches à cendrier.

t t, Les ouvreaux.

v u, Les siéges.

z z z z, Les murailles du four.

y y y y, La couronne.

F, La grille; E A B G D, figure intérieure de la voûte, ou l'on voit comment chaque rang de briques se joignent, & la figure qu'elles forment aux angles.

Lorsqu'on commence la voûte, il faut présenter une brique de voûte au point B ou C ou D, ou A puis prendre la corde à la main & avancer le noeud h jusqu'a cette brique; de maniere que son côté fasse angle droit avec elle; & ainsi des autres briques en tous sens. Cet angle droit des briques avec la corde, & la longueur de la corde, déterminent si parfaitement la position des briques, qu'en se conformant a ces deux regles, on construira exactement la voûte, comme nous venons de l'indiquer. On finit par mettre la clé o, & l'on unit la voûte en - dedans en la raclant; si l'on remplissoit les coins, la voûte deviendroit ronde; ce qui se peut pratiquer.

Le four & les siéges étant achevés en - dedans, & les ouvreaux taillés, on commencera à construire les quatre arches à pots, sous les planchers desquelles on fait une petite voûte, avec une ouverture; c'est - là qu'on fait sécher le sable. Tous ces ouvrages s'achevent avec la brique commune; on n'a qu'à bien suivre le plan, & le suivre avec exactitude, il suffiroit à un mâçon habile pour travailler une vetrerie, sans en avoir jamais vue.

Dans les verreries en bois, il y en a qui se servent de la charrée avec un peu de cendres fines: on n'en peut pas faire autant dans les verreries à charbon, parce que dans celles en bois, on tise toujours presque comme si l'on étoit en fonte, & c'est - là ce qui empêche le verre de venir ambité. Mais si dans les verreries à charbon, l'on tisoit pour garantir le verre de venir ambité, la poussiere du charbon tomberoit sur le verre; elle le feroit bouillir, & les bouillons ou petites vessies occasionnées de cette maniere, gâteroient les marchandises; & d'un autre côté, si l'on n'étoit pas assidu à tiser, le verre viendroit ambité. Car, comme il n'y a pas beaucoup de sel dans ces cendres, on n'y met pas beaucoup de sable; ainsi il faut donner feu continuellement.

Ambité. Le verre est ambité, quand il est mol, quand il n'y a pas assez de sable; alors il vient plein de petits boutons; le corps du verre en est parsemé; les marchandises qui s'en font sont comme pourries, & cassent facilement; il faut alors le rafiner, & perdre à cette manoeuvre du tems & du charbon.

Dans toute verrerie, soit en bois, soit en charbon; [p. 108] il est à souhaiter qu'elles soient à portée d'avoit de la soude de varech; cela épargnera bien du chauffage, & l'on fondra plus vîte; ce qui ne sera pas d'un petit avantage aux fabriquans.

Il y a des verreries cù l'on se sert de cendres fines seulement; quand elles sont bonnes, elles portent plus de sable: si au contraire elles sont moins bonnes, elles en porteront moins; & si elles sont mauvaises, elles n'en porteront point du tout.

Les sables ont des qualités si différentes, qu'il y en a qui fond facilement; d'autre qui est dur; mais il n'y en a point qui ne puisse se réduire en verre en lui donnant du fondant. La diversité qui se trouve tant dans les sables que dans les autres matieres, empêche qu'on ne puisse donner une composition fixe.

Au reste, voici comment on peut s'y prendre pour en trouver une bonne. Si l'on établissoit une verrerie à côté d'une autre, on n'auroit qu'à tâcher d'avoir de leur composition. Mais si l'établissement se fait dans un endroit où toutes les matieres soient inconnues, pour lors il faudra préparer une douzaine de petits creusets plats, comme on voit fig. a, composés de bonne terre à pot. Quand la flalle & le four seront construits, & avant qu'on ait fait mettre le feu aux tonnelles pour faire sécher & chauffer le four, il faut prendre quelques pots fêlés, comme on ne manquera pas d'en trouver dans la chambre aux pots; placer deux de ces pots dans le four, sur les siéges, un de chaque côté, devant le trou du milieu; il faut que ces pots soient renversés, & le cul en - haut. Cependant on fera passer les cendres & le sable, si - tôt que le four sera devenu chaud, & que les arches cendrieres commenceront à rougir; alors on fera mettre dans ces arches autant de cendres qu'elles en pourront contenir; se réservant toutefois autant de places qu'il sera nécessaire, pour les retourner; les cendres étant bien cuites, on les retirera des arches, & on les mettra dans un endroit pavé de briques, jusqu'à ce qu'elles soient refroidies. On fera pareillement sécher & passer le sable; après quoi on formera les huit différentes compositions suivantes, qu'on mettra ou dans huit terrines, ou dans la même terrine; mais chaque composition à part.

On mettra six on huit de ces petits creusets dessus les pots renversés, de maniere qu'on puisse les retirer en mettant un ferret dans le trou de leurs manches. On fera ensuite mettre les pots dans les arches pour les attremper; puis faire mettre le feu aux tonnelles; cependant, comme nous avons dit, on fera passer les cendres, &c.

Prenez de la cendre cuite seule, trois fois plein un des petits creusets, & mettez ce creuset à part avec étiquette.

Prenez de la cendre cuite, sept fois plein une chopine; mettez ces cendres dars la terrine; prenez de plus une chopine de fable, que vous ajouterez aux sept chopines de cendres dans la terrine, & que vous mêlerez bien, puis vous mettrez ce mélange à part avec une étiquette.

Prenez six mesures de cendre & une mesure de sable; mettez - les dans la terrine après les avoir bien mélangées; placez le mélange à part, avec une étiquette.

Prenez cinq mesures de cendre & une de fable, mêlez & mettez à part.

Prenez quatre mesures de cendre & une de sable, mêlez & mettez à part.

Et ainsi de suite, vous aurez

n°. 1. cendres.

n°. 2. 8. cendre, 1. sable.

n°. 3. 7. cendre, 1. sable.

n°. 4. 6. cendre, 1. sable.

n°. 5. 5. cendre, 1. sable.

n°. 6. 4. cendre, 1. sable.

n°. 7. 3. cendre, 1. sable.

n°. 8. 2. cendre, 1. sable.

Cela fait, quand le four sera devenu blanc, faites porter toute cette composition au four; puis faites retirer un des creusets, & remplissez - le de la composition n°. 1. & faites - le remettre au four sur le fond du pot, & faites - en autant pour toutes les compositions. Arrangez - les de façon que vous puissiez les reconnoître.

Au bout de quatre heures prenez une cordeline; c'est une petite tringle de fer; faites en recourber le bout d'environ cinq pouces; faites - la chauffer au four, & plongez - la subitement dans l'eau, seulement pour en ôter la fumée, & pendant qu'elle est chaude, essayez tous vos creusets les uns après les autres, & voyez si la matiere est fondue: si elle est fondue, retirez le n°. 1. & le remplissez de la même composition, & le remettez au four; & ainsi de tous les autres: faites fondre & affiner, ce que vous connoitrez en plongeant la cordeline dans les creusets; si la matiere fait un fil sans aucun grumeau, ce dont vous vous assurerez en passant le fil de verre entre les bouts du doigt index & le pouce; si vous ne sentez point de grumeau, vous conclurez que la matiere est affinée. Si toutes les matieres sont fondues & affinées, celle qui donnera le fil de verre le plus épais sera la meilleure: faites chauffer une canne; retirez ce creuset, mettez - le sur le fil de l'ouvreau; cueillez à deux ou trois reprises: si au troisieme coup vous en avez suffisamment sur la canne, soufflez: si le verre soufflé est fin, la composition est bonne. Cueillez un second morceau dans le même creuset, puis un troisieme, en un mot autant que vous pourrez; quand ces morceaux seront un peu froids applatissez - les sur le marbre; laissez - les encore un peu refroidir; remettez - les dans l'ouvroir jusqu'à ce qu'ils soient prêts à couler; alors retirez - les, laissez - les derechef refroidir comme auparavant, & les remettez dans l'ouvreau, & lorsqu'ils se remettront en fusion, retirez - les encore, & les laissez refroidir tout - à - fait: quand ils seront froids, voyez si le verre en est blanc ou non: s'il n'est pas blanc, c'est signe qu'il est bon, & peut - être qu'on y peut ajouter un peu de sable; mais s'il est blanchâtre, c'est une marque qu'il y faut absolument ôter du fable, & qu'il y en a trop.

Quand par vos essais vous aurez une composition bonne, faites - en avec votre cendre cuite & votre sable; retirez vos pots félés quand vous ferez déboucher vos tonnelles, pour leur en substituer d'autres.

Il en faut faire autant avec le varech: on écrasera la soude, on en prendra une mesure sur laquelle on mettra une mesure de sable, ou une mesure & demie de sable, ou deux mesures, ou deux mesures & demie; ce dernier mélange fera le verre un peu blanc: quand on a trouvé la dose de varech & de sable, on prend de la chaux ou de la cendre fine; on y ajoute autant de sable que le varech en peut porter; on mêle bien le tout, on met ce mélange dans l'arche cendriere, & l'on répand dessus le varech en morceaux: il se fondra, & en tournant, agitant la matiere à recuire, elle se mêlera avec cette matiere.

La taraison est une espece de tuile faite d'argille, dont on se sert pour retrécir l'ouvroir, selon que les marchandises sont grandes ou petites.

Tuilette, espece de tuile dont on se sert pour boucher l'ouvroir au milieu, & faire passer la flamme par les deux côtés.

Canne, morceau de fer d'environ quatre piés huit pouces de long, en forme de canne, percé dans toute sa longueur d'un trou, de deux lignes de diametre ou environ.

Cordeline, tringle de fer, d'environ quatre piés [p. 109] huit pouces de longueur, que l'ouvrier prend d'une main, & qu'il trempe chaude dans le pot, pour en tirer de quoi faire la cordeline qui entoure l'embouchure de la bouteille; ce qui se fait en attachant le petit teton qui pend, & tournant en même tems la canne de la main gauche.

Molette, morceau de fer plat, d'environ un pié de longueur, dont l'ouvrier se sert pour enfoncer le cul de la bouteille, & en glacer le col pour la faire dépasser de la canne.

Pincette, morccau de fer plat recourbé en deux, & pointu à chaque bout, dont on se sert pour arracher les pierres du cueillage.

Ferre, machine de fer, ou espece de pince dont on se sert pour façonner la cordeline, & faire l'embouchure de la bouteille.

Ciseaux, ils n'ont rien de particulier: on s'en sert pour couper le verre, quand on veut mettre une anse à quelque vaisseau.

Marbre ou mabre, plaque de fer de fonte, de dix - huit pouces de longueur sur douze de largeur, aux environs d'un pouce d'épaisseur, sur laquelle le paraisonier fait la paraison; elle est placée sur un billot.

Paupoire, plaque de fonte comme le marbre, de huit ou neuf lignes d'épaisseur; elle est placée à terre, & c'est là - dessus que le maître souffle & forme la paraison, avant de la mettre dans le moule.

Moule, ce moule est fait de cuivre jaune; il a la forme d'un cone tronqué, dont le milieu du fond seroit percé d'un petit trou d'environ deux lignes d'épaisseur: le maitre y met la paraison pour lui donner la derniere façon. fig. C, le moule renversé où l'on voit le trou. fig. D, moule coupé dont on fait l'intérieur; il est un peu concave au fond. Pour le moule d'une pinte de Paris, il faut que le diametre en - haut soit de quatre pouces & quatre lignes. & le diametre en bas à la ligne e, jusqu'à la ligne en - haut f, de 3 pouces 6 lignes; & de la ligne e jusqu'au fond, de 8 lignes. Il y a aussi les monles a mouler les chopines; ils sont façonnés comme les moules de pintes, mais ils sont plus petits; il faut que le diametre f soit de 3 pouces & 6 lignes; le diametre; d'en - bas, de 3 pouces & une ligne; & il faut qu'ils aient l'un & l'autre six lignes d'épaisseur.

Baquet, c'est une petite cuve qu'on remplit d'eau, & dans laquelle on rafraichit les cannes.

Cachere, place pratiquée sur une petite muraille contigue aux fils des ouvreaux, ou remettement du four, dans laquelle le maître sépare la bouteille de la canne; le col de la bouteille étant glacé, il pose le corps dans la cachere, & tenant ses deux mains étendues, il presse de la main gauche le milieu de la canne, & tenant la main droite à l'extrémité de la canne, illeve cette extrémité, & donne en même tems une secousse de la main gauche; cette secousse sépare la bouteille de la canne; il tourne le cul de la bouteille de son côté, puis il y applique la partie du cou qui reste attachée à la canne, & met le col au crochet, pour y appliquer la cordeline.

Banc, siege sur lequel le maître 'assied pour faire l'embouchure.

Crochet, tringle de ser de neuf lignes de diametre, courbé & pointu par le bout, avec lequel le fouet arrange les bouteilles dans le four à recuire; il y a d'autres crochets dont on se sert pour mettre les pots dans le four, ils ont sept piés & demi.

Fer à macler le verre, quand le fout est un peu refroidi, le verre devient dans le pot quelquefois cordelé: alors on prend le fer à macler: on le fait rougir dans le four, & l'on en pousse le bout au fond du pot au - travers du verre, & l'on enleve le verre de bas en haut pendant quelque tems, en le remuant avec ce fer à macler.

Verre cordell, le four étant un peu froid, il y aura dans le pot une partie du verre qui deviendra un peu plus dure que l'autre; & lorsqu'on a cueilli le verre avec la canne, on prend de l'un & de l'autre; mais quand la bouteille est soufflée, on voit dedans comme de la ficelle, tantôt grosse, tantôt menue; comme ces cordes sont d'une qualité différente de l'autre partie de la bouteille, elles feront casser la bouteille; elles sont à - peu - près de la nature des larmes qui tombent de la couronne du four dans le verre, qu'il faut ôter pour empêcher les bouteilles de casser.

Ferret à écremer, fer dont on se sert pour ôter les pierres & les ordures qui se trouvent sur la surface du verre dans les pots, avant que de commencer à faire les bouteilles.

Larmes, on appelle de ce nom des gouttes qui tombent de la couronne, dans les tems de la fonte; le four étant en grande chaleur, les sels volatils s'élevent des matieres, & vont frapper contre la couronne; & comme ces sels sont extrêmement subtils & pénétrent un peu dans la surface de la couronne, elle le résout en verre, dont il tombe quelques gouttes dans les pots; mais comme la matiere de ce verre est beaucoup plus dure à fondre que celle des pots, elle ne se mêle jamais avec elle, & on l'apperçoit dans le cueillage comme des pierres.

Buche, ou grande barre à mettre les pots. Elle à quatorze piés de long sur deux pouces & trois lignes d'épaisseur, pendant la longueur de la partie quarrée; depuis la partie quarrée elle va en diminuant jusqu'au bout, où elle doit avoir un pouce & demi de diametre. La partie quarrée a six piés & demi de longueur: on s'en sert pour placer le pot dans le four.

Roulean. Barre ronde dans toute sa longueur qui est d'environ cinq piés quatre pouces, & son diametre de six lignes. On y remarque un bouton au milieu qui sert d'appui à la grande barre, quand on met le pot sur le siege.

Crochets. Il en faut trois de peur qu'ils ne se cassent. Ils ont neuf piés & demi de longueur, onze lignes de diametre; les coins en doivent être rabattus; ce qui les rend à huit pans.

Grand crochet. C'est une barre dont on se sert à l'ouvroir pour lever & tirer le pot sur le siege & le placer comme il convient. Il a dix piés de long sur un pouce dix lignes d'épais.

Bodée. Morceau de bois d'environ trois ou quatre pouces d'épaisseur sur deux piés quatre pouces de longueur, & d'environ dix pouces de largeur avec un pié. On fait glisser une barre dans une échancrure pratiquée à la partie supérieure pour dégager & nettoyer la tonnelle.

Pelle. Il en faut de différentes sortes, mais une de quatorze pouces de longueur sur douze de largeur: les bords repliés, de même que celui où est la douille. Il en faut une petite de cinq pouces & demi de large sur six pouces de long.

Barre à porter. Instrument qui sert à transporter le pot de l'anse dans la tonnelle.

Bâton à porter. Bâton de quatre piés de longueur & d'environ quatre pouces de diametre au milieu, un courbé au milieu; il sert à porter le pot au tisonnier ou la tonnelle.

Brouettes. On s'en sert pour enlever les immondices, & porter le charbon, &c.

Outils de la cave. Perches. Il en faut quatre. Deux font placées environ vingt pouces au - dessous de la grille, une à chaque bout, & les deux autres dix pouces plus bas. Elles servent à soutenir la barre dont le tiseur se sert pour dégager la grille. Elles rendront ce travail beaucoup plus facile aux tiseurs. On n'a pas cet usage en. France. Il faut les placer, comme on voit fig. a. Le quarre vers la mur [p. 110] d'un côté, ou le pillier qui soutient une partie de la grille.

Grande barre à dégager. Elle a onze piés de longueur sur quatorze lignes d'épaisseur, où elle est quarrée. La partie équarrie a vingt - deux pouces de long; le reste est arrondi. Les tiseurs se servent de cette barre pour dégager la grille & mettre le four en fonte.

Petite barre à dégager. Elle n'a que sept piés de long. On se sert de celle - ci, quand on ne peut se servir de l'autre, & alternativement.

Fourche. Tringle de fer d'environ six piés de long sur dix pouces de diametre. On s'en sert pour avancer ou reculer une barre de la grille.

Outils de tiseurs. Estraquelle ou pelle à enfourner. Elle a sept piés & demi de longueur. Les tiseurs s'en servent à tirer la matiere cuite des arches cendrieres, & la porter aux ouvreaux, où on la renverse dans les pots. Il en faut cinq. Les pelles auront neuf pouces de largeur & un pié de longueur, & quatre pouces de profondeur.

Poesle, dont on se sert pour tirer le verre des pots cassés. Elle a six piés de longueur. Le manche en est rond & égal par - tout, de trois lignes & un pouce. Le bassin a sept pouces de diametre.

Rable. Espece de rateau dont on se sert pour arranger la braise dans le four, & pour y en tirer, lorsqu'on veut mettre les pots. Il a onze piés & demi de longueur. Le manche en est égal par - tout, d'environ dix lignes de diametre. Il en faut aussi de sept piés. La plaque qui est au bord a six pouces & demi de long.

Pelle à remuer ou recuire les cendres. Elle a dix piés de long. Le manche en est rond, égal par - tout, de treize lignes de diametre. On change la matiere d'un côté de l'arche à l'autre à plusieurs reprises, afin que les matieres sulphureuses se consument. On connoîtra que cela est fait, lorsque l'arche étant assez chaude pour cuire la cendre, on y appercevra plus d'étincelle en la remuant.

Pelle à tiser. Elle a sept pouces de long sur cinq & demi de large, emmanchée de bois. Le manche est de deux piés quatre pouces de long.

Balai pour netroyer à - l'entour du four & dans les places où l'on fait la composition.

Brassarts. Ils sont faits de deux vieux chapeaux passés l'un dans l'autre. On en ôte le dessus, & l'on passe le bras droit à travers jusqu'au coude. Ces brassards servent à poser le manche des pelles qui est chaud quand on transporte avec ces pelles de la matiere des arches dans le pot.

Maître tiseur. Son office est de remplir les pots, comme les autres; mais de plus de faire la composition, & de prendre garde que le verre soit fin, avant que de quitter le four, & de veiller à ce que les autres tiseurs fassent leur devoir.

Fonte. C'est la composition, qui mise dans les pots, se vitrifie par l'ardeur du feu, & devient propre aux ouvrages qu'on en fait.

Compagnons tiseurs. Leur office est de chauffer le four; d'entrer le charbon; de vuider les immondices de la cave, & de nettoyer la halle de celles qui s'y sont amassées pendant la fonte.

Deux tamiseurs. Leur office est de faire sécher la charrée quand on s'en sert, le sable; de passer les cendres fines. On se sert de tamis travaillés au métier avec du laiton. Il en est de même pour les autres matériaux; ces tamis se font à Strasbourg & en Angleterre.

Messieurs qui font les bouteilles. Il y en a quatre. Leur office dans quelques verreries, est de faire la paraison, & de souffler les bouteilles; dans d'autres ils prennent la paraison du paraisonnier au sortir de l'ouvroir; de souffler & de former la bouteille, & faire son embouchure.

Serviteurs ou garçons. Il y en a quatre. Leur office est de cueillir le dernier coup du cueillage, puis de le mettre entre les mains du maître. Si c'est le maître qui fait la paraison, le garçon fait l'embouchure; si le maître fait l'embouchure, le garçon fait la paraison, & la chauffe à l'ouvroir.

Gamins. Petits garçons dont l'office 'est de chauffer les cannes; de cueillir deux, trois ou quatre coups de verre sur la canne, & de porter les bouteilles aux fourneaux à recuire.

Tiseur. Son office est d'avoir soin que le four ne soit ni trop froid, ni trop chaud; car si le four est trop chaud, le verre deviendra mou, & l'on aura de la peine à le cueillir; & s'il est froid, le verre deviendra dur & ambité.

Fouet. C'est le nom de celui qui arrange les bouteilles dans le fourneau, & a soin de les tenir dans une chaleur convenable, ni trop froides, ni trop chaudes; si le fourneau est trop froid, les bouteilles péteront, s'il est trop chaud elles s'applatiront. C'est aussi le fouet qui défourne les bouteilles; il est aidé dans ce travail par les gamins.

Recuire ou anneler. C'est entretenir les fourneaux dans une chaleur convenable. La journée étant finie, ou les pots étant vuides, on y laisse mourir le feu, & les marchandises se refroidissent peu - à - peu.

Défourner. C'est tirer les marchandises du four, quand elles sont assez cuites ou assez froides.

Macler. Lorsque le verre est devenu cordelé, on prend le fer à macler, on le chauffe, on s'en sert ensuite pour mêler le verre dur avec celui qui est plus mol.

Raffiner. On raffine en verrerie, quand le verre étant devenu ambité, pendant qu'on le travaille, le tiseur est contraint de mettre le four en fonte, & de rendre au verre par la chaleur sa bonne qualité.

Ecremer. C'est dans les verreries à bouteilles, l'ouvrage des serviteurs. On prend le ferret à écrêmer, on en chauffe le bout; on cueille du verre à quatre à cinq coups; on l'applatit sur le mabre; quand il est un peu froid, on fait passer le ferret sur la surface du verre par sa partie plate, en suivant le tour du pot, & l'on entraîne les pierres qui y surnagent; on recommence cette manoeuvre jusqu'à ce qu'on n'apperçoive plus de pierres. Ces pierres viennent en plus grande partie de la soude ou varech quand on s'en sert; quand on ne s'en sert point elles viennent d'accident; elles se sont apparemment mêlées avec les matieres en les transportant de place en place.

Mettre les pots dans les arches. On va à la chambre aux pots, on en prend un à la fois; on le met sur une civiere; on le porte au four, puis dans chaque arche à pot on place trois petits piliers sur lesquels on pose le pot, de maniere que la chaleur puisse passer en - dessous & sécher le fond. S'il étoit posé à plat, le fond du pot êtant plus long - tems à chauffer que le reste, pourroit péter. On les enferme ordinairement d'une légere muraille de briques; mais trois tuiles ou plaques de terre suffiront. On bouche l'arche en un moment avec ces tuiles; on les débouche aussi facilement. Il faut que ces tuiles aient été mises à cuire avec les pots, & aient été faites de ciment & d'épluchages de terre à pot.

Mettre le feu aux tisonniers ou tonnelles. Aux environs d'un pié à l'extérieur des tonnelles, on allume un petit feu à chaque tonnelle. On continue ce feu pendant deux jours, en l'augmentant peu à peu, & en l'avançant vers les tonnelles. Le troisieme & quatrieme jour on l'avance encore un peu en - dedans des tonnelles; & l'on continue cette manoeuvre en augmentant le feu, & en l'avançant jusqu'à ce qu'on soit arrivé au milieu du four sur la grille. A l'extérieur de la tonnelle on fait une petite muraille de briques sans mortier, pour boucher la tonnelle à mesure que le feu ou la braise y monte. On force ainsi la chaleur à passer dans le four; & d'ailleurs on peut approcher [p. 111] plus aisément pour y mettre du charbon. Quand le feu est poussé au milieu, on laisse attremper le four pendant l'espace de deux jours. Puis on descend dans la cave, & à chaque bout de la grille on fait avec une barre deux trous, au travers de la bourbe; on fait tomber les poussieres & les cendres, jusqu'à ce qu'elles soient suivies de la braise rougeâtre. Alots l'air se portera par ces trous, & le four se chauffera à vûe d'oeil. Mais il faut avoir soin que le charbon couvre les trous qu'on a faits: on y travaillera par la tonnelle. Cinq heures après on élargit les trous, & l'on continue de tems en tems à dégager la grille, jusqu'à ce qu'enfin elle soit entierement dégagée: alors le four entrera en fonte. On continuera ainsi trente ou trente - six heures avant que de mettre les pots. La premiere fois qu'on allume le feu, il faut laisser les lunettes des arches ouvertes; il faut que les arches soient attrempées aussi - bien que les pots. Il ne saut pas oublier de mettre dans les arches à pots à cuire, les margeoirs à marger les lunettes, lorsque les pots sont levés.

Lever les pots. C'est les transporter des arches à pots dans le four sur les sieges. Pour cet effet, on défait la muraille, ou on débouche la tonnelle; on ôte les immondices, puis on place la bodée à une distance du tisonnier d'environ trois piés. Deux tiseurs, ou un seul selon le besoin, dégagent les crayers ou mousses qui sont attachés à la tonnelle, & l'on écarte la braise afin d'avoir un passage libre sous les pots; on ôte la bodéc & les immondices de la glaie. Cependant il y a un autre tiseur qui écarte les braises qui sont au - devant du pot dans l'arche, de maniere que l'on puisse le mettre sur le côté. Cela fait, on débouche la bouche de l'arche, si elle est bouchée de briques ordinaires en tirant en bas ce qui la bouche; ce qu'on éloigne ensuite avec les pelles. Mais si elle a été bouchée avec des plaques, deux hommes le ferret à la main, mettant le bout de cet instrument dans les trous des deux plaques du haut, les enlevent avec le crochet, & les mettent à côté; puis en font autant à la plaque d'en - bas.

On place le bâton à porter au - dessous & tout proche de la plaque; puis un homme tenant les bouts des ferrets pese dessus, fait balancer la plaque, l'en tire & la met à côté. Cela fait, un tiseur pose un crochet contre le bord du pot en haut, & le pousse pour le dégager, & un autre tiseur pousse le pilier de devant qui soutient le pot par un des côtés; puis celui à la bûche aborde, met le crochet sur le bord du pot, l'accroche & le baisse; un autre avec un autre crochet, soutient le pot & le fait tomber doucement. Quand le pot est sur le côté, on place à chaque côté un crochet, & l'on le tire ainsi jusqu'à ce que le bord du pot soit d'environ trois ou quatre pouces hors de la bouche de l'arche. Alors on place la batre à porter au fond du pot, & deux tiseurs avec le bâton à porter, se placent sous la barre, posent le bâton au milieu, & élevent la barre jusqu'à ce qu'elle touche le côté supérieur du pot au fond. Puis un homme placé au bout de la barre à porter, fait balancer le pot; & ces deux hommes portent ainsi le pot & le placent dans la tonnelle. On ne le laisse pas là; un autre homme a le rouleau tout prêt, il le place horisontalement à - travers la glaie, environ quatre pouces plus bas que les sieges, dans deux fentes pratiquées à la muraille de la glaie. Alors on use de la bûche ou grande barre à porter; on la pose sur le rouleau. Deux tiseurs leurs crochets à la main, accrochent le rouleau, l'empêchent de rouler, pendant que l'on glisse le bout de la grande barre au fond du pot qui est dans la tonnelle. Alors on balance le pot; on pousse la grande barre, & le rouleau roule avec ceux qui conduisent le pot dans le four. Ensuite on tire la grande barre hors du pot, & l'on en applique le bout au - dessus du bord qui est sur la braise; on le pousse, on le fait entrer assez avant pour qu'en le dressant, le pot ne puisse glisser: il y a même un autre homme à l'ouvroir avec un crochet qui le soutient. Quand il est sur son fond, on y passe le bout de la grande barre, & deux hommes places à l'ouvroir; l'un avec la barre à crochet, à lever les pots qu'il place sur le bord du pot, le crochet en - dedans, accroche le bord renversé du pot; & l'autre ayant le bout de sa barre posée contre les parois du pot en - dehors, environ huit ou neuf pouces au - dessous du bord. Alors le signal se donne pour lever le pot, & ceux qui sont au grand ouvreau balancent & élevent le pot à la hauteur des sieges perpendiculairement; puis celui qui tient le grand crochet à l'ouvroir, tire le pot sur le siege & l'arrange comme il doit être: s'il y a encore d'autres pots à mettre, on répete la même manoeuvre. Cela fait, on bouche le tisonnier & l'on marge les lunettes; & l'on garde le four dans une chaleur douce, afin que le por s'attrempe aussi dans le four; & l'on réchauffe le four très - doucement à l'intervalle d'environ une ou deux heures selon l'exigence. Quand le four sera assez chaud, alors on commencera à renfourner la matiere dans les pots. Quatre tiseurs, chacun avec son estraquelle, prennent les matieres dans les arches cendrieres, les portent & les mettent dans les pots; ils continuent jusqu'à ce que les pots soient remplis à comble; alors ils bouchent l'ouvroir avec la tuilette, & mettent le four en fonte.

Dans l'espace de six ou sept heures, cette matiere sera fondue, & l'on remplit encore les pots de la même maniere; & trois ou quatre heures après, on repétera la même chose jusqu'à ce que les pots soient pleins de verre, puis on le rafine; cela étant fait, les tiseurs ont fini leur journée. Le tiseur qui aura soin du four pendant qu'on fait les bouteilles, en a soin encore le soir; il descend dans les caves; il arrange les barres & les craiers; ensorte que la grille ne puisse avoir de trous, puis il commence à faire la braise.

Torcher la grille. On prend de la bourbe avec un peu d'argille & de paille; on les mêle ensemble; & lorsque les barres de traverse ou dormans sont arrangés, on jette cette bourbe partout, de l'épaisseur de 3 ou 4 pouces; & on la presse & serre avec le pié, afin de bien fermer toute entrée à l'air.

Faire la braise. Pour faire la braise, le tiseur prend le grand rable: il en passe le bout dans le tisonnier & égalise la braise partout, ou le charbon qui est déja dans le four; puis avec la pelle à tiser, il jette trois, quatre ou cinq pelletées de charbon dans le four: puis il va à l'autre tisonnier, en fait autant, revient au premier, jusqu'à ce qu'il ait rempli le foyer aux deux cinquiemes. Alors, il le laisse dans cet état environ un quart - d'heure, jusqu'à ce que le charbon ait pris feu; puis il recommence le même ouvrage jusqu'à ce que la braise soit faite. Quand la braise est faite, le foyer en est rempli d'environ trois quarts de la hauteur de la grille. Alors les ouvriers sont appellés à venir travailler; mais pendant qu'on fait la braise, les garçons sont occupés à dresser les cannes.

Dresser les cannes. Si elles sont nouvellement raccommodées par le maréchal, alors il les met dans l'ouvroir jusqu'à ce qu'elles soient presque blanches. Il met ensuite le bout qui est blanc dans l'eau qui refroidit les parties qui se levent, & qu'il ratisse pour les en détacher, puis il cueille ce verre sur le bout & souffle, afin que le verre n'entre pas dans la canne & n'en puisse boucher le trou, puis il met la canne dans la cassette. Quant aux cannes qui ont déja servi; on les réchauffe aussi dans le four: quand elles sont chaudes, on ôte le bouchon de verre qui est dans le bout de la canne, ou avec les pincettes, ou bequettes ou marteau. Si la canne est crochue, on la redresse, puis on coule le verre au bout; on [p. 112] le souffle comme ci - dessus, & on met les cannes dans la cassette quand elles sont froides; elles sont dressées & propres à servir.

Alors le gamin ou petit garçon fait la taraison, & le grand garçon la met avec un ferret devant l'ouvroir, & retrécit l'ouvroir, selon les marchandises à faire, c'est - à - dire s'il faut des chopines; le trou sera plus petit que s'il falloit des pintes, &c. puis le garçon écrème le verre; & toute la place étant bien arrosée & bien balayée, on commence à travailler.

Le petit garçon met une canne dans l'ouvroir à chauffer; & quand elle est assez chaude, il commence à cueilllir.

Cueillir le verre; c'est plonger le bout de la canne dans le verre d'environ 3 pouces, ce que le petit garçon fait; puis il la retire, & laisse refroidir un peu le verre. Pendant que le verre se refroidit, il tourne la canne sur elle - même, & fait rouler le verre sur la canne; sans cette manoeuvre le verre tomberoit à terre. Puis il l'y replonge encore & la retire; il refait la même chose, quatre, cinq ou six fois, selon que le verre est dur ou mol; puis le grand garçon le prend & cueille le dernier coup; puis ou lui ou le maître, commence à en faire la paraison.

Paraison. Faire la paraison; c'est poser la partie du cueillage qui est vers la main sur le tranchant du côté gauche du marbre; pancher son corps vers le côté droit; tourner la canne; la tirer vers soi; trancher le verre jusqu'au bord de la canne; puis le poser sur le plat du marbre, sans pancher le corps ni vers un côté, ni vers l'autre du marbre; baisser la canne & le corps un peu vers la terre; serrer un peu le bout de la canne où est le verre contre le marbre; rouler sur elle le verre tranché en la tournant; se lever tout droit; poser le bout du verre sur le plat du marbre; avoir la canne à la bouche, tenue de la main droite vers la bouche, & de la main gauche étendue; souffler en la tournant, & faire gonfler le verre; lui faire prendre à - peu - près la forme d'un oeuf; poser ensuite le bout de la canne sur le tranchant du marbre, & trancher ou marquer le col tenant son corps dans la même attitude que quand on a tranché le verre: voilà ce qu'on appelle faire la paraison.

Lorsque la paraison est faite, si c'est le garçon qui l'a faite, il la porte à l'ouvroir, & pose la canne sur le crochet, la tournant plus vîte, à mesure que la paraison devient plus chaude. Quand la paraison est assez chaude, il la retire; le maître ouvrier la reprend, le pose sur le paupoire, & la souffle autant qu'il convient pour être mise dans le moule; quand elle y est mise, il la pousse contre le fond du moule en la soufflant, & tournant toujours la canne jusqu'à ce qu'il voye la bouteille formée selon sa volonté. Alors il la retire du moule, la fait osciller, &, par ce mouvement, lui met le cul en - haut; puis il met le bout froid de la canne sur le paupoire, la tenant toujours de la main gauche & toujours la tournant. Il prend la molette avec la main droite, & avec la partie pointue de cet instrument il enfonce le cul. Après quoi il prend une goutte d'eau au bout de la molette, il en touche le col de la bouteille, il la porte ensuite au crochet; là d'une secousse il sépare le col de la partie qui reste à la meule; on entend par meule le verre qui reste à la canne, après que la bouteille en est séparée.

Cette séparation faite, il tourne le cul de la bouteille de son côté, & y attache le bout de la canne. Il place ensuite la canne dans le crochet; il la tient de la main gauche; cependant il prend la cordeline de la droite, il en plonge le bout dans le verre, la retire & attache à l'extrémité du col de la bouteille le verre qui pend de la cordeline, tournant la canne jusqu'à ce que le fil de verre rencontre l'extrémité attachée, alors il les joint, & en retirant avec promptitude la cordeline, le fil de verre se sépare & rompt de lui - même. Il pose ensuite la bouteille dans l'ouvroir, il faut chauffer l'embouchure; quand l'embouchure est chaude, il retire la bouteille, la porte au banc, il s'assied, prend le fer, il en donne du côté plat un ou deux coups contre l'embouchure; il embrasse la cordeline avec ces deux jambes de fer; cependant il tourne toujours la canne, il en met une ou toutes les deux dans l'embouchure pour l'arrondir: cela fait, il la donne au grand garçon, quand il en prend la paraison, & le grand garçon la donne au gamin lorsqu'il en prend le cueillage, & celui - ci la porte au fourneau pour recuire.

Nous avons donné dans nos figures les coupes & les plans de deux verreries, l'une à l'angloise, & l'autre à la françoise. Nous allons maintenant en faire la comparaison, afin de rendre cet ouvrage aussi utile qu'il est possible. On sait que tout chauffage, soit de charbon, soit de bois, étant allumé, si l'on empêchoit l'air de s'y porter, il ne tarderoit pas à s'éteindre. Mais si fermant tout accès d'ailleurs à l'air, on ne lui permettoit d'attaquer la superficie allumée du chauffage que par un endroit, par en - bas, par exemple, par - dessous le charbon & le bois, ne laissant en - haut qu'une seule ouverture, par laquelle la fumée & la flamme s'échapperoient, de maniere qu'il y eût, pour ainsi dire, une circulation perpétuelle d'air de bas - en - haut; cet air circulant entrera avec plus de violence, & se hâtera vers la porte supétieure avec plus de force que dans toute autre hypothèse ou construction. Et dans le cas où la continuité & la violence de la chaleur contribueroit à la perfection de l'ouvrage, il y auroit beaucoup à gagner à établir une pareille circulation, en donnant au fourneau la forme qui pourroit la procurer. Faisons maintenant l'application de ces principes aux verreries de France & d'Angleterre.

Il paroît par nos desseins qui sont faits avec la derniere exactitude, que les verreries françoises sont bâties quarrées; qu'elles sont terminées par quatre murs perpendiculaires; qu'elles sont couvertes de tuiles à claire voie & comme les maisons ordin ires; que quand on y est en fonte, les portes en sont ouvertes, ainsi que les fenêtres, qu'on y est contraint par la nécessité d'user de l'air extérieur & froid, pour chasser, pour dissiper la fumée, & l'emporter par la cheminée; que cet air a acces par un grand nombre d'ouvertures, tant par bas que par en - haut; que par conséquent l'air qui est dans la partie supérieure de la halle n'est guere moins froid que l'air extérieur; que la fumée y nage; que même souvent elle descend jusqu'en - bas, la hauteur des toits n'étant pas fort considérable; que les tiseurs en sont incommodés; que par conséquent l'évacuation n'est pas rapide; que l'air ou n'entre pas avec violence par la grille, ou perd promptement cette violence; que l'air n'est pas fort raréfié dans la halle; qu'il seroit donc à souhaiter qu'on le raréfiât, & que la construction qui remédieroit à cet inconvénient, remédiât aussi aux autres. Or c'est ce qu'opere la construction des verreries angloises.

Les halles à l'angloise sont construites comme on voit dans nos Planches. Elles sont faites ou de brique ou de pierre, mais toujours de brique dans les endroits où la flamme se joue. Les fondemens ont trois piés d'épaisseur; au - dessus des arcades, l'épaisseur n'est que de seize pouces, puis l'épaisseur diminue enco, & les murs finissent par n'avoir que neuf pouces d'épaisseur. Dans ces halles, quand on est en fonte, toutes les portes & fenêtres en sont fermées, il n'y a d'ouverture libre que celle de la cheminée: cette cheminée étant plus large en bas qu'en haut, l'air n'entre qu'avec plus de violence; & comme tout est [p. 113] bien clos pendant la fonte, l'air ne s'y refroidit point; il y est perpétuellement dans une extrème raréfaction; mais plus la raréfaction sera grande, plus l'air extérieur s'y portera avec impétuosité, s'il y a accès & s'il n'y a qu'un seul accès. Orles choses sont ainsi, l'air n'à qu'un accès dans les halles, c'est en entrant par les caves, & en se portant vers la grille. Qu'on juge donc avec quelle vîtesse il court à cette grille, combien il soufflera le chauffage allumé qu'elle soutient, quelle ardeur il donnera à la flamme, & combien la chaleur du four en sera augmentée! L'expérience faite, la fonte s'y fait en deux tiers moins de tems que dans les halles à la françoise, & il ne faut pas s'en étonner; on pense bien encore que les tiseurs n'y sont pas incommodés de la fumée. Mais on dira peut - être, on ne peut obtenir ces avantages de la violence de l'air sans que la consommation du charbon n'en soit plus prompte: il en faut convenir; mais ce que l'on gagne en chaleur, l'emporte sur ce qu'on dépense en bois dans des tems égaux, & l'on brûle dans une verrerie angloise moins de charbon que dans une verrerie srançoise; d'ailleurs on épargne 1/9 du tems: mais quand on n'épargneroit que du tems & que de charbon; si l'on suppose qu'une verrerie françoise soit quinze heures en fonte, la verrerie angloise n'y sera que douze heures. Comme on travaille en France fétes & elimanches, ou sept jours de la semaine, on gagnera donc dans une verrerie angloise par semaine sept fois trois ou vingt - une heures, & sept fois un cinquieme de charbon. On brûle ordinairement à Seve 90 quintaux de charbon par. jour, c'est - à - dire qu'une verrerie à l'angloise n'en consommera que 72 quintaux. Si nous supposons qu'on travaille dans ces deux halles différentes quarante semaines chaque année, & que chaque journée dans chaque verrerie fasse 1600 bouteilles. La verrerie à la françoise aura six journées par semaine, ou 168 heures, & l'angloise au contraire fera ses six semaines en 147 heures. Voyez l'avantage qui résulte de ces différences en faveur de la verrerie angloisé. Six journées ou 9600 bouteilles en 147 heures, & en quarante semaines ou 275 journées, à raison de 1600 bouteilles parjournees, donnent 440000: voilà pour l'angloise.

Six journées ou 9600 en 168 heures, & quarante semaines ou 240 journées, à raison de 1600 bouteilles, donnent 384000, différence en faveur de l'anglois 56000.

Donc si l'on gagne 4 livres par cent de bouteilles, l'anglois aura de bénéfice sur cela seul 2240 livres.

Mais dans la supposition que la verrerie de Seve consume 90 quintaux de charbon chaque journée, & par conséquent dans quarante - cinq semaines & cinq jours, ou 2750 journées; & supposons que ce charbon coute 20 sols le quintal ou les 100 livres, le charbon coutera à Seve 24750

Mais l'anglois ne consumera que 72 quintaux par jour ou de moins chaque journée, & 275 journées dans quarante semaines, ce qui donnera 19800.

Donc il épargnera en charbon 4950, & en total 7190 livres.

Mais, dira - t - on, la halle angloise coutera plus à construire que la françoise. En apparence, j'en conviens. Dans celle - ci, il faudra des tuiles, des lattes; la charpente se séchera, il faudra la renouveller. La halle angloise une fois faite, elle n'a plus besoin de rien; tout bien consideré, elle coutera moins.

Difference des verreries en bois & des verreries en charbon. Il y a peu de chose dans ce que nous avons dit des verreries en bois qui ne convienne aux verreries en charbon. La manutention est la méme. La marchandise se fait de la même façon. Les termes de l'art ne changent point. Les tiseurs ont seulement plus d'occupation dans les verreries en bois, que dans les verreries en charbon. Ils sont continuellement sur pié, & vont sans cesse de l'un à l'autre tisonner, fournir du bois au four. On a soin que le bois soit bien sec. Pour cet effet, il y a une charpente au - dessus du four qu'on appelle la roue, où l'on fait sécher les billettes.

Billettes. Ce sont des morceaux de bois fendu menu, d'environ 18 pouces de longueur; il y a des verreries où l'on fait commerce de bois & de verre. Les troncs de chêne s'emploient en charpente; les pelles se font de hêtre, on met en sabots le bois qui y est propre; & l'on garde pour la verrerie le branchage, s'il est gros comme le pouce.

La composition est de cendres fines ou de charrée mêlée avec la soude & le sable. Les essais se font ici, comme dans la verrerie à charbon.

Dans les fours en bois, on débraise pour mettre en fonte. Au lieu que dans ceux à charbon, on dégage la grille.

Débraiser. Lorsque les verriers ont fini leur journée; le tiseur débouche une partie de la tonnelle, & avec un rable de 12 à 13 piés de longueur, on tire la braise du four, puis la crasse qui est dans la fosse; cette crasse vient en partie de la matiere qui est tombée entre les pots & le fil de l'ouvroir. Cette matiere est vitrifiée par la chaleur & coule des sieges dans la fosse; en partie, des cendres que la flamme emporte, qui tombent dans la fosse, & qui se mêlant avec le verre fondu, forme une crasse.

Dans les verreries en bois, on cuit les bouteilles dans les arches à pot; au lieu que dans celles à charbon, elles sont cuites dans les fourneaux, construits à chaque coin de la halle. Ces fourneaux ne laissent pas de consumer beaucoup de charbon: au lieu que dans les fours en bois, c'est le four qui chauffe les arches, d'où il s'ensuit quelqu'épargne. Aussi - tôt que les verriers ont fini leur journée; on pousse le margeoir devant la lunette de chaque arche, ce qui empêche le passage du feu; au bout de huit à neuf heures, on défourne la marchandise, alors on rebouche l'arche, & l'on retire le margeoir. Le feu passe par les lunettes, & les arches sont échauffées.

Defourner. Lorsque les marchandises sont recuites, & assez froides pour être exposées à l'air, on les retire, & on les met dans la brouette pour être portées au magasin.

Les fours à bouteilles en bois n'ont ordinairement que quatre pots; on en verra toutes les dimensions par les profils.

Atre. Ce sont deux ou un morceau de grès d'environ 5 piés de longueur, 2 piés & demi de largeur, & d'environ 15 pouces d'épaisseur, placés au fond du soyer, entre les deux sieges, creusés au milieu d'environ 2 pouces, & destinés à recevoir & à conserver les matieres vitrifiées qui tombent des pots, lorsqu'ils se cassent ou qu'ils ont été trop remplis.

Arches. Il y en a six, voyez Verre a vître.

Bonichon. C'est un trou qui communique aux lunettes des arches à pot. Ils font les fonctions de ventouses; comme l'on cuit les bouteilles dans les arches à pot; dès qu'on a quitté le travail, on marge la lunette pour empêcher le feu d'entrer, & laisser refroidir les bouteilles. Cependant comme la flamme ne peut passer par les lunettes, le four seroit étouffé, si l'on n'ouvroit le bonichon.

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