ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Bois d'aloès (Page 2:307)

* Bois d'aloès. Il y a tout lieu de croire que le bois que nous appellons aujourd'hui bois d'aloès, est le même que Dioscoride a décrit sous le nom d'agallochum, & que l'on a nommé dans la suite xyloaloès. Il ne faut pas confondre le bois d'aloès avec le suc épaissi qui porte simplement le nom d'aloès, ni croire que ce suc sorte du bois d'aloès. Nous verrons dans la suite qu'on le tire de plusieurs especes de plantes aussi appellées aloès. On voit au contraire que le bois d'aloès ne peut venir que d'un arbre.

On peut distinguer trois sortes d'agallochum: la premiere est celle que les Indiens appellent calambac, c'est la plus rare & la plus précieuse, elle vient de la Cochinchine. Le calambac est tendre: il y en a de plusieurs couleurs, par lesquelles on a voulu le distinguer, & plusieurs especes. Si on le met sur les chaibons ardens, il semble se fondre plûtôt que brûler, tant il est résineux; la fumée qu'il rend est fort épaisse & de bonne odeur.

La seconde passe communément sous le nom de bois d'aloès ou bois d'aigle; on la trouve comme la premiere dans la Cochinchine, mais il y en a aussi à Cambaye & à Sumatra: le bois d'aloès est plus commun dans ce pays - ci que le calambac, parce qu'il n'est pas si cher. Le bois d'aigle est compact & pesant; sa substance est percée de plusieurs cavités, elle semble être cariée; sa couleur est rousse, son goût est un peu acre & aromatique, il bouillonne sur les charbons ardens, sa fumée est d'une odeur fort agréable.

La troisieme espece d'agallochum est appellée calambour ou calambouc; il est d'une couleur verdâtre & quelquefois rousse; son odeur est agréable & pénétrante. On l'apporte des iles de Solor & de Temor en g. osses bùches; & on en fait des étuis, des boîtes, des chapelets, & plusieurs autres ouvrages.

On ne sait pas si ces trois especes d'agallochum viennent chacune d'un arbre particulier, ou s'il n'y a qu'une seule espece d'arbre pour les trois. Ce dernier sentiment a été soûtenu par plusieurs botanistes: ils ont assûré que l'arbre ressembloit à un olivier, & qu'il portoit de petits fruits rouges.

On dit que les Indiens laissent les troncs de ces arbres dans la boue pour faire pourrir l'écorce & l'aubier; il ne reste que le coeur, qui prend seulement une couleur brune, & qu'il conserve par la résine qu'il contient. On a prétendu que ce bois étant sur pié ou coupé récemment, rendoit un suc laiteux d'une mauvaise qualité: s'il en entroit dans les yeux, on en perdoit la vûe; s'il en tomboit sur la peau, il s'élevoit des boutons. On a vû que ce suc étant épaissi & desséché formoit la résine qui préserve de la pourriture les parties du bois auxquelles il s'attache. Celles qui en contiennent une grande quantité sont le vrai calambac: on dit qu'elles se trouvent ordinairement au pié du tronc. D'autres assurent qu'il faut que les arbres se dessechent & se pourrissent d'eux - mêmes sur les montagnes, pour former du calambac. Quoi qu'il en soit, il est certain que ce bois est fort rare, même chez les Indiens, puisqu'ils l'achetent souvent au poids de l'argent, & même de l'or. Ils l'estiment beaucoup à cause de la bonne odeur qu'il rend lorsqu'on le brûle; c'est un parfum délicieux qu'ils réservent pour les temples des dieux & pour les palais des rois. Si le bois d'aloès n'a pas une aussi bonne odeur que le calambac, on ne laisse pas que d'en faire grand cas dans ce pays - ci. [p. 308]

Il a une qualité chaude & dessiccative, il est cordial, il sortitie les nerfs & le cerveau, il ranime les esprits, il prévient les défaillances & les maladies de la matrice; on le fait entrer dans les cordiaux & dans la thériaque.

On l'employe dans les boutiques de Paris au lieu de l'aspalath.

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