ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
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Saline de Montmorot (Page 14:564)

Saline de Montmorot. Cette saline, remarquable par ses bâtimens de graduation, est située à 8 lieues sud ouest de Salins, dans une petite plaine, entre la ville de Lons le - Saunier, & le village dont elle porte le nom.

Il y a déja eu autrefois à Lons - le - Saunier des salines qui ont long - tems été les seules de la Franche - Comté. On prétend qu'elles existoient avant la venue des Romains dans les Gaules. La ville étoit connue sous le nom latin Loedo, tiré du grec, qui veut dire flux & reflux. D'anciens mémoires assurent qu'on en observoit un dans les eaux salées du puits de Lons - le - Saunier, & que c'est de - là que cette ville a pris son nom. D'autres soutiennent que le mot de Lons, son ancienne dénomination françoise, à laquelle on a ajouté le Saunier depuis trois siecles seulement, signifioit un vaisseau de 24 muids qui re.

(h) La ferme générale a traité avec le canton de Zurich pour lui sournir annuellement quatre mille bosses au volume, & au prix de 36 liv. 10 lois par cosse.

Elle a encore traité avec le canton de Berne pour lui fournir par an vingt quatre mille quintaux de sel trié, au prix de 6 liv. 10 sois par quintal. Une partie de cette fourniture est faire par la saline de Salins, & l'autre par celle de Montmorot.

Ces deux traités, tant avez Zurich qu'avec Berne, sont de la même date. Ils sont faits également pour 24 ans, & ont commencé au premier Octobre 1744. (i) Les trois especes de sel d'ordinaire étant destinées à la fourniture de la Franche Comté, comme il ne subsistoit ancrennement dans cette province que trois bailliages, celui d'amont, celui d'aval & celui de Dole, toutes les villes & communautés ont été employées dans les rôles sous ces trois divinons, ainsi que les especes de sel qui leur sont affectées.

Le gros ordinaire se deuvre aux bailliages d'amont & de Dole.

Le petit ordinaire au bailliage d'aval.

Et le sel de porte à quelques communautés du voisinage de Salins, probablement pour les attacher au service des salines.

Quoique ces bailliages aient été supprimés par la création de quatorze nouveaux bailliages, on n'a apporté aucun changement dans l'attribution des sels aux villes & communautés, qui pour cette délivrance, sont toujours réputées appartenir aux anciens bailliages dont elles faisoient partie. (k) C'est dans les dix premiers jours de chaque mois que les communautés affectées à la saline de Salins, ainsi que les magasineurs. y envoient lever les premieres leur sel d'ordinaire, & les seconds le sel roziere. Les voituriers qui viennent chercher ces sels se nomment sauniers. Le receveur après avoir vû leur procuration, leur donne un billet de délivrance, qu'ils vont porter à des employés établis sous le nom de contrôleurs aux passavants. Ces commis, au nombre de deux, enregistrent le billet, & expédient ensuite au nom de chaque communauté, avec celui du saunier, les passavans, qui le mois suivant, doivent être rapportés avec la décharge des échevins & des curés des lieux.

Les passavans sont donc des especes de saufs conduits qui empêchent que ceux qui en sont munis, ne soient arrêtés par les gardes.

Les sauniers payent 13 deniers pour le chargement de chaque charge de sel levé à la grande saline, & 8 deniers seulement pour celui qu'ils levent à la petite. La ferme abandonne ce droit aux poulins qui portent les sels au devant de la saline sur la place où l'on charge les voitures.

Le poulin auquel les sauniers donnent leurs billets de délivrance, les remet à mesure qu'il délivre la quantité de sel énoncée au guette, qui à la porte de la saline, compte sur un chapelet les charges que l'on en sort, & vérifie si elles quadrent avec l'énoncé du billet.

On oblige les sauniers d'amener à Salins douze mesures de blé, en venant lever leur sel; faute de quoi il leur est refusé. Cette loi est très - sage pour prévenir les disettes auxquelles la ville seroit exposée sans cela. (l) L'entrepreneur des salines a pour la partie des bois grand nombre d'employés, dont voici les noms & les fonctions.

Deux visiteurs des bois taillis chargés de suivre l'exploitation des forêts appartenant tant au roi qu'aux communautés.

Trois taxeurs, dont deux à la saline & un au chantier de la ville. Ils sont établis à l'entrée des deux salines pour taxer aux voituriers le montaut de leurs voitures: si le voiturier est mécontent il fait mouler son bois.

Deux buralistes; ils retirent des mains des voituriers les billets des taxeurs, & leur en donnent d'autres sur lesquels ils vont se faire payer du prix de leur voiture chez le payeur des bois.

Un garde visiteur; il est chargé de faire des visites dans les maisons des villages, autour des sorêts & des routes, d'empêcher le vol des bois, & remplacer au besoin les visiteurs & les taxeurs.

Trois commis aux entrepôts; ils sont les fonctions de buralistes & de taxeurs pour les bois qui arrivent à leurs entrepôts.

Cinq commis tailleurs des futaies de sapin; ils sont préposés à l'exploitation des futaies, & des bois taillis sous futaies; font façonner les douves & bois de construction, réduire ce qui n'y est pas propre en bois de corde, & les délivrent aux voituriers.

(m) Par arrêt du 4 Août 1750, les bois situés dans les deux lieues excédantes les quatre premieres, furent encore mis sous la jurisdiction de la réformation, & affectés en cas de besoin, au service des salines.

Mais cette nouvelle affectation n'a pas encore été exécutée, à cause des différens ordres que le ministre a donnés pour y surseoir; il y a même apparence que l'on pourra s'en passer toujours, si l'on continue à bien administrer les bois compris dans les quatre premieres lieues de l'arrondissement.

[p. 565] cevoit les eaux salées, & duquel elles couloient dans les chaudieres. Mais l'une de ces opinions n'est pas plus certaine que l'autre; & elles pourroient bien n'être toutes les deux que le fruit de l'imagination échauffée de quelques étymologistes. Pendant les travaux que l'on a faits dans le puits de Lons - le - Saunier pour l'établissement de la nouvelle saline, on n'y a point remarqué ce flux & reflux dont il est parlé. D'ailleurs le mot de Lons vient probablement de celui de Loedo, & c'est sans raison qu'on lui va chercher une étymologie particuliere.

Si l'on ignore en quel tems les salines de Lons - le - Saunier furent établies, la cause & l'époque de leur destruction ne sont pas moins inconnues. On a trouvé dans les creusages qui ont été faits, une grande quantité de poulies, de rouages, d'arbres de roue à demi brûlés, & l'on peut conjecturer de - là, que ces salines périrent par le feu.

La ville de Lons - le - Saunier, dans une requête présentée en 1650 au conseil des finances du roi d'Espagne, exposa que ses anciennes salines avoient été détruites en 1290, pour mettre celles de Salins en plus grande valeur; & qu'elle avoit obtenu sur ces dernieres 96 charges de sel par mois. Ce droit lui avoit été accordé en forme de dédommagement par Marie de Bourgogne & Charles V. son petit - fils; elle en avoit joui jusqu'aux guerres, & aux pestes des années 1636 & 1637; & elle demandoit à y être rétablie. Elle obtint ce qu'elle desiroit; mais enfin cet ancien droit a été réduit en argent, & c'est pour l'acquitter que le roi lui accorde encore à présent 1000 liv. par année pour les salines de Salins.

Cependant, quoique la chûte de celles de Lonsle - Saunier soit fixée dans l'acte que nous venons de citer, à l'année 1290, il est certain qu'elle est postérieure à cette époque. Philippe de Vienne, en 1294, légua par son testament à Alaïs sa fille, abbêsse de l'abbaye de Lons - le - Saunier 18 montées de muire à prendre au puits de Lons - le - Saunier, pour elle & pour les abbêsses qui lui sccéderoient.

C'est au commencement du xiv. siecle qu'on peut vraissemblablement rapporter la destruction de ces salines, & l'on ne trouve point de titre plus moderne qui en fasse mention.

Quoi qu'il en soit, il paroît certain que les eaux qu'on y bouillissoit étoient meilleures que celles dont la nouvelle saline fait usage. Si elles n'eussent été qu'à 2, 7 & 9 degrés, comme on les voit aujcurd'hui, il eût fallu une dépense trop considérable pour en tirer le sel; les bâtimens de graduation n'étoient pas connus alors. Quand ces anciennes salines furent abandonnées, on tâcha d'en perdre les sources en les noyant dans les eaux douces; l'on n'a pu ensuite les en séparer entierement; & c'est à ce mélange encore subsistant, que nous devons attribuer la foiblesse des eaux que Montmorot emploie à présent.

Ce n'est qu'en 1744, que cette nouvelle saline a été établie, avec des bâtimens de graduation, dont les trois aîles forment un demi - cercle, qu'elle ferme en partie par le devant. Les puits dont elle tire ses eaux salées, sont situées à différentes distances hors de son enceinte, ainsi que les bâtimens de graduation. Ce sont de véritables puits, dont les sources saillissent presque toutes du fond. Ils n'ont rien de curieux, & ne méritent pas que l'on en donne ici la description. Ils sont, comme à Salins, au nombre de trois.

Le puits de Lons - le - Saunier, ainsi nommé parce qu'il se trouve dans cette ville, fournit dans 24 heures, depuis 1400 jusqu'à 1700 muids d'eau seulement à 2 degrés. Elle est un peu chaude, & le thermometre plongé dans ce puits monte de 4 degrés. Les eaux élevées par des pompes, sont conduites dans des canaux souterreins à la distance d'un quart de lieue, jusqu'à l'aîle de graduation, dite de Lons - le - Saunier.

Le puits Cornoz est éloigné de 34 toises de l'aîle de graduation, à laquelle il donne son nom, & où ses eaux vont se rendre. Il forme deux puits placés l'un à côté de l'autre, dans une même enceinte, pour recevoir deux différentes sources. L'une a 7 degrés donne environ 200 muids d'eau par 24 heures; & l'autre 3 degrés, n'en fournit que 12.

Le puits de l'étang du Saloir renferme plusieurs sources salées, qui, par des canaux souterreins, sont conduits à une demi - lieue, dans le bâtiment de graduation, dit du puits Cornoz. La principale à 9 degrés tombe dans le puits où elle se rend par un petit canal taillé dans le roc, & elle fournit 53 muids d'eau par 24 heures. Différentes autres sources à 3 & 4 degrés sortent du fond de ce même puits, & forment un mélange d'eaux de 6 à 7 degrés, dont le produit varie depuis 63 jusqu'en 73 muids par 24 heures.

On voyoit autrefois dans le même endroit un étang qui y avoit été formé pour submerger les sources salées, & c'est de - là que ce puits a pris le nom de l'étang du Saloir. Il fut creusé en 1733 à 57 piés 4 pouces de profondeur, à laquelle on trouva le rocher d'où sortoit la principale source salée; & dès ce tems on établit là une saline, qui fournissoit environ dix mille quintaux de sel. Mais elle fut supprimée quand l'on construisit celle de Montmorot, où furent amenées les eaux du puits de l'étang du Saloir.

Ce puits, le plus important des trois par le degré de salure où sont ses eaux, fut mal construit dans les commencemens. Il est tout entouré d'eaux douces, qu'on n'en détourna pas avec assez de soin, ensorte qu'elles y pénétrerent, & affoiblirent de beau oup les sources salées. On leur a depuis creusé un puisard où elles vont se rendre près du puits à muire, & d'où elles sont élevées par des pompes. Mais cet ouvrage nécessaire n'a pas rendu aux sources leur même degré, qui, en 1734, étoit à 11, & se trouve réduit à 8 ou à 9, encore n'est - on pas assuré qu'elles restent longtems dans le même état; elles varient beaucoup. La principale source, qui étoit entierement perchée dans le roc, est descendue en partie, & pousse plus de sa moitié par le fond du puits. Plus bas est une source d'eau douce fort abondante, que l'on force à remonter sur elle - même pour la conduire au puisard. Il est fort à craindre que les sources salées continuent à descendre, & s'enfonçant davantage, ne se perdent entierement dans les eaux douces. Il faudroit donc chercher à parer cet accident, qui ébranleroit la saline, & faire de nouvelles fouilles, pour tâcher de découvrir de nouvelles sources.

Les bâtimens de graduation ont été inventés pour épargner la grande quantité de bois que l'on consommeroit en faisant entierement évaporer par le feu les eaux à un foible degré de salure; car sur 100 livres d'eau, il y en aura 98 à évaporer, si elles ne contiennent que 2 livres de sel. Si au - contraire elles en renferment 16, il n'y aura que 84 livres d'eau à évaporer. Par conséquent dans ce dernier cas on brûlera un septieme de bois de moins que dans le premier, pour avoir 7 fois plus de sel.

Ainsi, supposons qu'il faille 3 piés de bois cubes pour évaporer un muid d'eau, on ne brûlera que 252 piés de bois pour avoir 16 muids de sel, si on se sert d'une eau à 16 degrés. Si au - contraire elle n'est qu'à 2 seulement, pour avoir la même quantité de sel, il faudra brûler 2353 piés de bois. La raison en est sensible. Dans le premier cas, 100 muids d'eau contenant 16 muids de sel, il n'en reste que 84 à évaporer; mais dans le second, il faut 800 muids d'eau pour en avoir 16 de sel; & l'on a par conséquent 784 muids à évaporer. Voilà donc 700 muids de [p. 566] plus, pour lesquels il faut consommer 2100 piés de bois, que l'on eût épargnés dans la totalité en se servant d'une eau à 16 degrés.

Ce léger calcul suffit pour démontrer que si l'on bouillissoit des eaux à 2, 3 & 4 degrés, la dépense en bois excéderoit de beaucoup la valeur du sel que l'on retireroit. Mais on a trouvé le moyen de les employer avantageusement, en les faisant passer par des bâtimens de graduations; ainsi nommés, parce que les eaux s'y graduent, c'est - à - dire, y acquierent de nouveaux degré de salure, à mesure que l'air, emportant leurs parties douces, qui sont les plus légeres, les fait diminuer en volume.

Les bâtimens de graduation de la saline de Montmorot sont divisés en trois aîles, ou corps séparés, étendus sur quatre niveaux, & placés à différentes expositions.

L'aîle de Lons - le - Saunier, alignée de l'est - sud - est à l'ouest - nord - ouest, a 147 fermes, ou 1764 piés de longueur. Elle ne reçoit uniquement que les eaux à 2 degrés, provenant de Lons - le - Saunier. On appelle ferme une étendue de 12 piés renfermée entre deux piliers.

L'aîle du puits Cornoz, alignée du sud au nord, contient 78 fermes, ou 936 piés. Elle reçoit les eaux des deux puits Cornoz & de l'étang du Saloir.

L'aîle de Montmorot, alignée du sud - sud - ouest au nord - nord - est, a sur deux différens niveaux 162 fermes ou 1944 piés: plus basse que les deux autres aîles, elle reçoit leurs eaux, déja graduées en partie, & acheve de leur faire acquerir le dernier degré de salure qu'elles doivent avoir, pour être de - là renvoyées aux baisoirs ou bassins construits près des poëles.

Ces trois aîles ont ensemble 1944 piés de longueur, sur la hauteur commune de 25 piés, & communiquent l'une à l'autre par des canaux de bois qui conduisent les eaux à - proportion des besoins & de la graduation plus ou moins favorable.

Dans toute la longueur de chaque bâtiment regne un bassin ou réservoir construit en madriers de sapin joints & serrés avec soin, pour recevoir & retenir les eaux salées. Il est posé horisontalement sur des piliers de pierre, & a 24 piés de largeur dans oeuvre sur 1 pié 6 pouces de profondeur: les trois contiennent ensemble 17688 muids d'eau.

Au - dessus & dans le milieu des bassins sont élevées deux masses paralleles d'épines, distantes de trois piés l'une de l'autre; elles ont chacune 4 piés 9 pouces de largeur dans le bas, & 3 piés 3 pouces dans le haut, & forment une ligne de 22 piés & demi de hauteur sur la même longueur que les bassins.

L'on a placé au sommet de chaque colonne d'épines, des cheneaux de 10 pouces de profondeur, sur un pié de largeur. Ils sont percés des deux côtés de 3 en 3 piés, & distribuent par des robinets les eaux qui coulent dans d'autres petits cheneaux, creusés de 6 lignes, longs de 3 piés, sur 2 à 3 pouces de large, & crenelés par les bords. C'est par ces petites entailles que ceux - ci partagent les eaux qu'ils reçoivent, & les étendent goutte - à - goutte sur toutes les surfaces d'épines, dont les pointes les subdivisent encore & les atténuent à l'infini.

Au milieu de ces deux rangs de cheneaux, & sur le vuide qui se trouve entre les deux masses d'épines, est un plancher pour faire le service des graduations, ouvrir & fermer les robinets, suivant le vent plus ou moins fort, & le côté d'où il vient. Tout l'édifice est surmonté d'un couvert, pour empêcher les eaux pluviales de se mêler avec les salées.

Cinq roues de 28 piés de diametres, que fait mouvoir successivement la petite riviere de Valiere, portent à leur axe des manivelles de fonte qui, en tournant, tirent & poussent des balanciers, dont le mou<cb-> vement prolongé jusque dans les bâtimens, y fait jouer 40 pompes. Elles sont dressées dans les bassins, d'où elles élevent les eaux salées dans les cheneaux graduans, & leur en fournissent à - proportion de ce qu'ils en distribuent sur les épines.

L'art de graduer consiste donc à étendre les surfaces des eaux, & à les exposer à l'air, pour les faire tomber en pluie à - travers une longue masse d'épines. Par - là les parties les plus légeres, qui sont les douces, se volatilisent & se dissipent, tandis que les autres, plus pesantes par le sel qu'elles contiennent, se précipitent dans le bassin, d'où elles sont remontées pour être de nouveau exposées à l'air, jusqu'à ce qu'elles aient acquis le degré de salure que l'on se propose. Celui auquel on les bouillit communément à Montmorot, est de 12 à 13; lorsqu'on leur en fait acquérir davantage, elles n'ont pas le tems de se dégager entierement des parties étrangeres, grasses & terreuses, qui doivent tomber au fond de la poële avant que le sel se déclare.

Il entre ordinairement par jour aux bâtimens de graduation 1200 muids d'eau, & il s'en évapore 900, ce qui feroit par 100 piés de bâtiment, une évaporation d'environ 18 muids d'eau: on a tiré ce jour commun sur l'année entiere de 1759.

Il faut observer qu'il y a des tems, tels que ceux des fortes gelées, où l'on ne gradue point du tout, parce que l'eau se gelant dans les pompes & sur les épines, feroit briser toute la machine. Mais la violence même du froid qui empêche l'évaporation des eaux, y supplée en les graduant par congélation. On perd alors en entier les eaux foibles du puits de Lonsle saunier, & l'on remplit les bassins avec celles des puits Cornoz & de l'étang du Saloir, qui sont à 6 & à 9 degrés. Il n'y a que le flegme, ou les parties douces qu'elles contiennent qui se gelent. Quand elles le sont, on casse la glace, & l'on renvoie aux baisoirs, ou reservoirs établis près des poëles, l'eau salée, qui dans les grands froids acquiert ainsi par la seule congélation, jusqu'à 4 & 5 degrés de plus. Mais le degré n'est pas égal dans tous les bassins; il est toujours relatif à la quantité des parties douces contenues dans l'eau, & qui sont les seules susceptibles de gelée: en sorte que l'on acquiert quelquefois du degré sur les eaux foiblement salées, tandis qu'on n'en acquiert point de sensible sur celles qui le sont beaucoup.

Les tems les plus favorables pour la graduation, sont les tems secs avec un air modéré. Les grands vents perdent beaucoup d'eau; ils la jettent hors des bâtimens, & emportent à la fois les parties salées & les douces. Lorsque l'air est très humide, & pendant les brouillards fort épais, l'eau, loin d'acquérir de nouveaux degrés, perd quelquefois un peu de ceux qu'elle avoit déjà. Elle se gradue, mais foiblement, par les tems presque calmes. L'air, comme un corps spongieux, passant sur les surfaces de l'eau, s'imbibe & se charge de leurs parties les plus légeres. Aussi les grandes chaleurs ne produisent - elles pas la graduation la plus avantageuse, parce que l'air se trouvant alors condensé par les exhalaisons de la terre, perd de sa porosité, & conséquemment de son effet.

Nous pensons qu'il y auroit un moyen de tirer encore un plus grand avantage des différentes températures de l'air, dont dépend absolument la graduation. Il faudroit construire un bâtiment à trois rangs paralleles d'épines, où les vents les plus violens gradueroient toutes les eaux, sans les perdre. S'ils emportoient celles de la premiere & de la seconde ligne, ils les laisseroient tomber à la troisieme, qui achevant de rompre leur impétuosité déjà affoiblie, ne leur laisseroit plus jetter au - dehors que les parties de l'eau les plus légeres. Un second bâtiment à deux rangs d'épines, serviroit pour les tems où l'air est mé<pb-> [p. 567] diocrement agité. Enfin il y en auroit un troisieme à un seul rang, & c'est sur celui - ci que l'on gradueroit les eaux, lorsque l'air presque tranquille, ne pouvant agir qu'à - travers une seule masse d'épines, perdroit entierement sa force s'il en rencontroit une seconde, & y laisseroit retomber les parties douces qu'il auroit emportées de la premiere.

Les eaux en coulant sur les épines, y laissent une matiere terreuse, sans salure & sans goût, qui s'y durcit tellement au bout de 7 à 8 ans, que l'air n'y pouvant plus passer, on est obligé de les renouveller. Les épines de leur côté rendent l'eau graisseuse, & lui donnent une couleur rousse. C'est pour cette raison que dans les salines où il y des bâtimens de graduation, le sel n'est jamais si blanc que lorsqu'on bouillit les eaux telles qu'elles sortent de leurs sources.

Les eaux graduées au degré qu'on se propose, ou auquel l'on peut les amener, sont conduites par des tuyaux de sapin, dans deux reservoirs placés derriere les bernes, & de - là sont distribuées aux poëles qui y répondent. Ces bassins que l'on nomme baisoirs, forment un quarré long de 44 piés, sur 10 de large & 5 de profondeur; ils contiennent chacun 262 muids d'eau.

Il y a six poëles à Montmorot, dont chacune forme aussi un quarré long de 26 piés, sur 22 de largeur & 18 pouces de profondeur, & contient environ 100 muids d'eau. C'est dans les angles où l'eau ne bouillit jamais, que le schelot s'amasse en plus grande quantité. La premiere poële est la seule qui ait derriere elle un poëlon: encore le sel que l'on y forme est - il si brun, & si chargé de parties étrangeres, que l'on est ordinairement obligé de le refondre.

La cuite ne se divise dans cette saline, qu'en deux opérations; le salinage & le soccage.

On entend par salinage, tout le tems qui est employé à faire réduire l'eau salée, jusqu'à ce que le sel commence à se déclarer à sa surface. Il s'opere toujours par un feu vif, & dure plus ou moins, ce qui va de 16 à 24 heures, suivant le degré de salure qu'ont les eaux. C'est pendant ce tems que l'eau jette une écume qu'il faut enlever avec loin, & que le schelot, c'est - à - dire que les matieres terreuses, & autres parties étrangeres renfermées dans les eaux, s'en dégagent & se précipitent au fond de la poële. Mais il faut pour cela une forte ébullition: aussi dans les poëlons où l'eau ne bouillit point, l'on ne tire jamais de schelot. Il reste mêlé avec le sel, qui pour cette raison est plus brun, plus pesant & bien moins pur que celui formé dans les poëles. On y amasse toujours la quantité de 16 pouces de muire brijante, c'est - à - dire d'eau dont le sel commence à paroitre; ce qui oblige de remplir la poële à plusieurs reprises, lorsque l'ébullition a diminué le volume d'eau salée que l'on y avoit mise.

Le schelot que l'on tire des poëles dans de petits bassins nommés augelots, que l'on met sur les bords, & où il va se précipiter, parce que l'eau est plus tranquille, sert à former à Montmorot les sels purgatifs d'pesom & de glauber, & la potasse qui sert à la fusion des matieres dans les verrerie. Voyez Sel d'Epsom, de Glauber & Potasse.

Le soccage comprend tout le tems que le sel reste à se former. Il commence dès que l'eau qui bouillit dans la poële est parvenue à 24 ou 25 degrés. C'est alors de la muire brisante, au - dessus de laquelle nagent de petites lames de sel, qui s'accrochant les unes aux autres en forme cubique, s'entraînent mutuellement au fond de la poële. Plus le feu est lent pendant le soccage, & plus le grain du sel est gros. Sa qualité en est meilleure aussi, parce qu'il se dégage plus exactement des graisses & des autres vices que l'eau renferme encore. Cette seconde & derniere opération dure 16 heures pour les sels destinés à être mis en grains, 20 heures pour les sels en grains ordinaires, & 70 heures pour ceux à gros grains. Ces trois différentes especes de sel sont les seules que l'on forme à Montmorot.

Lorsque le sel est formé, il reste encore au fond de la poële des eaux qui n'ont pas été réduites, & que l'on nomme eaux - meres. Elles sont ameres, pleines de graisse, de bitume, & fort chargées de sel d'epsom & de glauber. Elles sont très - difficiles à réduire, & il faut avoir grand soin de ne pas mettre la poële à siccité, pour qu'elles ne communiquent pas au sel les vices qu'elles contiennent. Elles en ont plus ou moins, suivant que les eaux salées dont l'on se sert sont plus ou moins pures. Le sel, au sortir de la poële, est imbibé de ces eaux qu'il faut laisser égoutter. Lorsqu'elles sont sorties des sels, elles prennent le nom d'eaux - grasses; mais leur nature est toujours àpeu - près la même que celle des eaux - meres. L'une & l'autre sont très - vicieuses à Montmorot, & il seroit à desirer qu'on n'en fit aucun usage.

Neuf cuites font une remandure qui dure plus ou moins, suivant l'espece de sel qu'on veut former.

L'on fait par année, à cette saline, environ 60 mille quintaux de sel, dont la moitié est délivrée en pains, à différens cantons suisses, suivant des traités particuliers faits avec la ferme générale, & l'autre moitié formée en pains, est vendue à différens bailliages de la province. Mais comme Salins fournit de plus aux Suisses les 38 mille quintaux que Montmorot donne pour lui à la province, il s'ensuit toujours que cette derniere saline fait entrer en France environ 350 mille livres par année.

Le sel que Montmorot délivre à la province, étoit séché sur les braises, ainsi qu'on le pratique à Salins; mais il se trouvoit toujours une odeur fort désagréable dans la partie inférieure des pains, qui d'ailleurs brûlée par l'activité du feu, avoit la dureté du gypse, beaucoup d'amertume, & fort peu de salure. Ces défauts exciterent des réclamations de la part de la Franche - Comté, & donnerent lieu à plusieurs remontrances de son parlement; le roi en conséquence envoya dans la province, en 1760, un commissaire pour examiner si les plaintes étoient fondées, & pour faire l'analyse des sels de Montmorot.

On n'a trouvé dans cette saline aucune matiere pernicieuse, les sels en grains que l'on en tire sont très bons, & les défauts dont l'on se plaignoit justement dans les sels en pains, ne provenoient que du vice de leur formation.

Les eaux grasses à Montmorot contiennent beaucoup de sels d'epsom & de glauber, sont ameres & chargées de graisse & de bitume. Cependant l'on s'en servoit pour paîtrir les sels destinés à être mis en pains. Quand l'on porte les pains de sel sur les braises, on les y pose sur le côté, en sorte que les eaux grasses dont ils étoient impregnés, descendant de la partie supérieure à la partie basse qui touche le brasier, s'y trouvoient saisies par la viosence de la chaleur. Là les graisses dont elles sont chargées se brûloient, & par leur combustion donnoient une odeur insupportable d'urine de chat à cette partie toujours pleine de taches & de trous par les vuides qu'elles y laissoient, & les charbons qu'elles y formoient. Le sel d'epsom s'y desséchoit aussi; & au - lieu de s'égoutter dans les cendres avec l'eau qui l'entraînoit, il restoit adhérant au bas du pain, où il formoit, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, des especes de grumeaux jaunâtres & d'une grande amertume.

L'on a essayé de former à Montmorot les pains de sel avec de l'eau douce, & alors ils ont été beaucoup moins défectueux que quand ils étoient paîtris avec l'eau grasse; mais tant qu'ils ont été féchés sur les braises, on leur a toujours trouvé un peu de l'odeur [p. 568] dont nous avons parlé; & l'on n'est parvenu à les en garantir entierement que par le moyen des étuves faites pour leur desséchement. C'est un canal où l'on conduit le chaleur de la poële à côté de laquelle il est construit. Il est couvert de plaques de fer qui s'échauffent par ce courant de feu, & sur lesquelles on met les pains de sel, après y avoir fait une légere couche de cendre pour que le sel ne touche pas le fer.

Il y a à présent à Montmorot deux étuves divisées chacune en deux corps, & séchant ensemble cent charges de sel. Nous joignons ici le plan de celle qui est au deuxieme ouvroir. Les pains de sel formés, non plus avec l'eau grasse, mais avec l'eau qui sort des bâtimens de graduation, & séchés doucement par la chaleur modérée des étuves, sont très - beaux, & n'ont ni odeur ni amertume; mais il ne souffre pas si bien le transport, & tombe plutôt en déliquescence. Les plaintes de la province ont cessé, & le sel en pains de Montmorot n'est plus actuellement fort inférieur à celui que Salins fournit. Il est beaucoup moins pénétrant; & en général les fromages salés avec le sel de Montmorot ne sont pas si tôt faits, & ont besoin de plus de tems pour prendre le sel, que ceux que l'on sale avec celui de Salins. Au reste, cette différence n'en apporte aucune dans leur qualité qui est également bonne. Mais le préjugé contraire est si fort universel, qu'il auroit peut - être fallu le respecter, parce que les fromages font une branche considérable du commerce de la Franche - Comté.

Explication des plans des nouvelles étuves établies aux salines de Montmorot.

1. Poële à cuire les sels.

2. Ouvroir où l'on forme les sels en pains, & où on les faisoit dessécher étendus sur les braises.

3 & 4. Premier & second corps d'étuve nouvellement construites pour faire dessécher les sels en pains.

5. Entrée du fourneau sous la poële.

6. Ouverture pour le passage de la fumée que l'on ferme ou que l'on ouvre par un empêlement, pour ôter ou prendre la chaleur, la conduire aux étuves pour les échauffer.

7. Tranchées creusées de 15 à 18 pouces, sur la largeur de 5 piés, couvertes de larges pierres, soutenues au milieu par un petit mur marqué 8, laquelle tranchée conduit la chaleur aux étuves.

8. Est encore un petit mur de brique construit dans la partie inférieure de l'étuve pour supporter les platines de fer, sur lesquelles sont placées sept rangées de pain de sels dans l'étuve du quatrieme ouvroir, & six seulement dans celle du deuxieme ouvroir; dans lequel petit mur on a pratiqué de petits intervalles pour que la chaleur puisse s'étendre plus également dans chaque collatéral de l'étuve.

9. Désigne des tuyaux construits à l'extrémité de chaque corps d'étuve, pour passer la fumée; le premier débouche dans la berne, à - travers le mur que l'on a percé à cet effet, & le second est monté par - dessus les combles: on a pratiqué un glissoir dans chaque tuyau de l'étuve du quatrieme, pour retenir la chaleur, & la renvoyer en entier alternativement dans un seul corps d'étuve, suivant que l'exige le service.

10. Désigne, dans les plans de coupe, les terreins rapportés pour élever l'étuve quelques pouces au - dessus du niveau du dessous de la poële, pour donner une légere montée à la fumée, & la faire tirer plus rapidement au débouché.

11. Sont des grands volets que l'on peut baisser ou élever, au moyen des poulies, suivant le degré d'évaporation qui se fait au commencement du desséchement, & pour tenir la chaleur concentrée, lorsque la grande évaporation est faite, & précipiter le desséchement des pains.

L'étuve au deuxieme ouvroir est couverte dans les tems nécessaires, par des tables que l'on ôte lors du chargement de l'étuve, dont le service se fait par les côtés sans qu'il soit besoin d'entrer dedans, n'ayant de largeur en tout que ce qu'il en faut pour que les secharis puissent atteindre le milieu; ce qui ne se pratique pas de même à l'étuve du quatrieme ouvroir, où il est nécessaire d'entrer dans l'étuve, ce qui en rend le service moins prompt.

12. Trottoirs pour le service de l'étuve au second ouvroir.

13. Sille & massous.

14. Cuve qui reçoit l'égoût de la sille.

15. Autre cuve où les formari ou fassari prennent l'eau nécessaire lors de la formation.

La différence des deux étuves consiste en ce qu'au second ouvroir, chaque corps d'étuve a son canal particulier qui y conduit la chaleur des le fourneau de la poële, où chaque canal a son empâlement, aulieu qu'à l'étuve du quatrieme, le canal est commun pour les deux corps; la premiere contient environ 40 charges, & l'autre 60. Les deux derniers articles sont de M. l'abbé Fenouillot.

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