ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
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Saline de Salins (Page 14:558)

Saline de Salins, (a) elle est divisée en deux parties que l'on distingue par grande & petite saline. Il y a une voûte soûterreine de 206 piés de longueur, 7 piés 5 pouces de haut, & 5 piés de largeur, qui donne communication de l'une à l'autre, ensorte qu'elles ne font ensemble qu'une seule & même maison. Elle est située au centre de Salins, dans une gorge fort étroite. Le rempart la sépare de la riviere de Furieuse, & elle est fermée par un mur du côté de la ville, à qui elle a donné la naissance & le nom. Car Salins a commencé par quelques habitations construites pour les ouvriers qui travailloient à la formation du sel.

Les eaux précieuses de cette saline en avoient fait un domaine d'un grand revenu, & ce fut un de ceux que S. Sigismond, roi de Bourgogne, donna au commencement du vj. siecle, pour doter le monastere d'Agaune. Ce monastere posséda dès - lors Salins en toute propriété jusqu'en 943, que Meinier, abbé d'A<->

(a) La ferme générale soustraitant depuis long - tems la saline de Salins, il y a deux régies dans cette saline: celle de l'entrepreneur, dont nous indiquerons les employés dans la suite de ces notes, & celle de la ferme générale, dont nous allons d'abord donner une idée, parce qu'elle n'a point de rapport à toutes les manoeuvres que nous détaillerons, & qui regardent l'entrepreneur.

La régie de la ferme générale consiste à veiller à l'exécution du traité fait avec l'entrepreneur, à recevoir de lui les sels formés; en faire faire les livraisons, percevoir le prix des sels d'ordinaire & Rozieres; des Salaigres, Bez & Poussets, & de payer les dépenses assignées sur le produit.

Ses employés sont un receveur général - inspecteur, un contrôleur des salines, un contrôleur à l'emplissage des bosses, un contrôleur au pesage, un contrôleur - géometre, deux contrôleurs aux passavants, huit guettes, faisant les fonctions de portier, & chargés de fouiller les ouvriers & ouvrieres qui sortent des salines; deux gardes attachés à la saline.

gaune, le donna en fief à Albéric, comte de Bourgogne & de Mâcon. Nous ne trouvons rien qui nous apprenne si l'établissement de cette saline est de beaucoup antérieur au vj. siecle. Strabon assure qu'on saisoit grand cas à Rome des chairs salées dans le pays des Séquanois; mais ce passage ne peut pas s'appliquer à la saline de Salins plutôt qu'à celle de Lons - le - Saunier, qui est sûrement plus ancienne, & à laquelle par cette raison il semble mieux convenir.

La grande saline occupe un terrein irrégulier qui a 143 toises dans sa plus grande longueur du septentrion au midi, & 50 toises dans sa plus grande largeur du levant au couchant. La petite saline placée au septentrion de la grande, & dans la même position, a 40 toises de longueur & 25 de largeur.

Cette derniere renferme un puits appellé puits à muire. Il est à 66 piés de profondeur, depuis la voûte supérieure jusqu'au fond du récipient qui reçoit les eaux salées, & il a 30 piés de largeur, de toutes faces, présentant la forme d'un quarré. L'on y descend par un escalier, & l'on trouve au fond deux belles sources salées (b) qui dans 24 heures produisent 160 muids, mesure de Paris. L'eau claire, transparente, & à 17 degrés, est conduite par un tuyau de bois, dans le récipient des eaux salées. Il est à 5 pies de distance construit en pierre, & contient 47 muids. A côté de ce récipient, il en est un autre de la contenance de 61 muids, dans lequel se rassemblent les eaux de 4 sources (c) une fois plus abondantes que les deux premieres; mais qui étant seulement à 3 degrés, sont pour cela nommées petites eaux. On en éleve une partie pour des usages qui seront explquées dans la suite.

En termes de saline, l'on entend par degrés la quantité de livres de sel renfermées dans cent livres d'eau; c'est - à - dire que 100 liv. pesant d'eau des deux premieres sources qui sont à 17 degrés, rendront apres l'évaporation, 17 liv. de sel; & par la même raison, 100 liv. des quatre dernieres sources, ou petites eaux à 5 degrés, n'en rendront que 5 liv. La pinte de Paris des eaux à 17 degrés, contenant 48 pouces cubes, pese 35 onces ¼; & celle des eaux à 5 degrés, pese 32 onces .

On connoît le degré des eaux, en réduisant à siccité, par le moyen du feu, une quantité d'eau d'un poids connu, & celui du sel formé donne le degré. Sur cette opération, on a établi une éprouvette qui démontre d'abord la quantité de sel contenu dans 100 liv. pesant d'eau. Cette éprouvette est un cylindre d'étain, d'argent, &c. que l'on introduit perpendiculairement dans un tube de même matiere rempli de l'eau qu'on veut éprouver. Au haut du cylindre sont gravées des lignes circulaires distantes l'une de l'autre, dans des proportions déterminées par l'épreuve du feu. Ce cylindre se soutenant plus ou moins dans l'eau, suivant qu'elle est plus ou moins salée, & par conséquent plus ou moins forte, en désigne les degrés, par le nombre des lignes qui s'apperçoivent au - dessus du niveau de l'eau. Il ne faut pas que l'éprouvette soit en bois, parce que le sel s'y imbibant, donneroit ensuite à l'eau un degré de salure qu'elle n'auroit pas. D'ailleurs, le bois se gonflant ou se resserrant, suivant la sécheresse ou l'humidité de l'air, mettroit toujours un obstacle à la justesse de l'opé<->

(b) Il y en a même trois: 1°. la bonne source a dix - sept degrés: 2°. le surcroit a dix - huit degrés deux tiers: 3°. le vieux puisoir; mais cette derniere source n'a que deux tiers de degrés. Aussi ne la réunit - on avec les deux premieres que lorsque l'on fait l'épreuve juridique des eaux. C'est un ancien usage qui n'en est pas plus raisonnable pour cela. Dès que l'épreuve est finie, on renvoie le vieux puisoir dans le puits des petites eaux. (c) La premiere est le vieux puisoir dont on a parlé dans la note précédente: la seconde s'appelle le durillon; les autres sont sans nom, & aussi foibles en salure.
[p. 559] ration. L'étain paroit préferable à l'argent, parce qu'il ne se charge pas de verd - de - gris; & l'on doit toujours avoir soin de laver l'éprouvette avec de l'eau douce après qu'on s'en est servi, autrement elle cesse d'être juste.

Nous observerons ici, qu'il n'y a que les matieres salines qui marquent à l'éprouvette; parce que le sel seul, pouvant se placer dans les petits interstices qui sont entre les globules de l'eau, la rend plus forte, plus difficile à céder, & s'y insinue même jusqu'à une quantité assez considérable, sans la faire augmenter de volume; mais l'on auroit beau charger une eau douce de boue, & d'autres parties étrangeres, si on la met à l'éprouvette, le cylindre restera à la marque de l'eau douce, sans indiquer le moindre degré de salure.

Il y avoit autrefois une ancienne éprouvette en usage à Salins, dont le degré etoit d'un tiers plus foible que celui de la nouvelle dont nous venons de parler, c'est - à - dire qu'au lieu d'indiquer une livre de sel renfermée dans 100 liv. d'eau, il n'en indiquoit que les deux tiers d'une livre; c'est à quoi il faut faire attention, quand on lit quelques mémoires ou procès - verbaux sur cette saline, & les officiers qui font tous les mois la visite des sources pour en constater les degrés, les comptent encore aujourd'hui suivant l'ancien usage.

La grande saline renferme deux puits dans lesquels il se trouve beaucoup de sources, salées & douces. Le premier est appellé puits d'amont; & le second, puits agray; & quoique l'un & l'autre soient désignés par le nom de puits, ils n'en ont point la forme. Ce sont de grandes & spacieuses voûtes souterreines bien travaillées, & construites solidement. Elles commencent au puits d'amont; on y descend par un escalier en forme de rampe, composé de 61 marches. On arrive sur un plancher de 21 piés de long, sur 15 piés de large, sous lequel se trouve un grand nombre de sources de différens produits. Elles sont toutes séparées, non par des peaux de boeufs, comme on le lit dans le Dict. de Commerce, mais avec de la terre glaise préparée & battue, que l'on nomme conroi (d), & couverte par des trapes qu'on l'on leve au besoin.

Il y a sept de ces sources (e) qui par de petites rigoles faites avec le conroi dont on vient de parler, sont amenées dans deux récipiens ménagés dans un même bassin de bois attenant au plancher, & de la contenance de 37 muids, 2 quarts, 58 pintes, mesure de Salins. (f) Elles fournissent par demi - heure

(d) Les cinq premieres sources formées de différens filets, se réunissent dans le plus grand des deux récipiens, & y coulent sous les dénominations que nous allons rapporter.

La premiere, dite les trois anciennes, est à onze degrés de salure.

La seconde s'appelle le corps de plomb; elle est au même degré que les trois anciennes.

La troisieme ou la petite roue, est à douze degrés.

La quatrieme est nommée la nouvelle source; ses eaux sont à quatre degrés trois quarts.

La cinquieme dite la troisieme changeante, est à quatre degrés & demi. (e) Il y a deux préposés pourvûs d'office par le roi pour veiller à l'entretien du conroi qui sépare les sources salées & douces, & conduit leurs eaux dans les bassins qui leur sont destinés. Ils sont aussi chargés d'accompagner les officiers des salines, lorsqu'ils vont faire l'épreuve juridique des sources, d'y suivre le montier de garde dans sa visite hebqomadaire, & d'y conduire les étrangers. On les nomme conducteurs conroyeurs des sources. L'un est pour la grande saline & l'autre pour la petite. (f) La pinte de Salins contient 64 pouces cubes, & il faut 240 pintes pour le muid.

La pinte de Paris ne contient que 48 pouces cubes, & il en faut 288 pour le muid.

La différence du muid de Salins est donc de 1544 pouces cubes, dont il est plus grand que le muid de Paris, ou de 32 pintes mesure de Paris, qui ne valent que 24 pintes mesure de Salins.

17 quarts, 12 pintes d'une eau à 10 degrés. Les autres, à l'exception de deux nommées les changeantes, n'étant qu'à 1, 2 degrés, ou même la plûpart totalelement douces, elles sont rassemblées dans un récipient voisin, de même nature que le premier, & de la contenance de 15 muids, toujours mesure de Salins.

Les deux sources dites premiere & seconde changeantes, parce qu'elles ont souvent varié, ainsi que la troisieme changeante, sont à 2 degrés . & fournissent par demi - heure 1 quart 50 pintes. Un cheneau de bois les amene dans le récipient des eaux salées, d'où elles sont élevées séparément (g) pour des usages dont nous parlerons dans la suite.

La voûte en cet endroit a 39 piés de haut, à compter depuis le fond des récipiens, jusques sous la clé des arcades, & 44 piés de largeur: le tout à une seule arcade & sans piliers. Elle est construite ainsi dans la longueur de 178 piés; de - là elle n'a plus que 17 piés de haut sous clé, sur 20 de large, & 148 de longueur; cette partie sert à communiquer aux sources dites le puits à gray. En cet endroit la voûte a 46 piés de large, sur 34 de hauteur, & 176 de longueur. L'on trouve à l'extremité un plancher de 13 piés de large sur la longueur de 25; sous lequel sont sept petites sources salées à 13 degrés, couvertes par des trapes, comme au puits d'amont, & conduites par des rigoles de terre glaise dans un petit bassin de réunion où tombe encore un filet d'eau au même degré, dont l'on ignore la source. De ce bassin, où elles prennent le nom de grand coffre, elles sont envoyées par des tuyaux de bois de 18 toises de longueur au récipient des eaux salées, contenant 28 muids. A 18 pouces du fond de ce récipient, il sort encore une source nommée la chevre; elle est à 10 degrés, & se mêle avec les autres. Leur produit total donne dans 24 heures, 145 muids à 12 degrés .

L'on doit observer que dans le nombre des sept premieres sources, il y en a une, d'un produit peu considérable, qui tarit dans les tems de grande pluie, & ne reparoît que dans les tems de sécheresse. Autour du plancher qui les couvre, il se trouve encore huit ou dix petites sources presque douces, qui réunies par un cheneau, vont tomber ensemble dans leur récipient, contenant 78 muids.

Toutes les sources salées des trois puits fournissent dans 24 heures 527 muids, dont le mêlange dans la cuve du tripot est ordinairement à 14 degrés. Elles sont mesurées le premier de chaque mois en présence des officiers de la jurisdiction des salines, & des préposés des fermiers. Les quantités de muids rapportées ci - dessus ont été calculées, de même que le degré des eaux, sur le produit total de plusieurs années dont on a tiré le commun. Ces sources augmentent ou diminuent proportionnellement au plus ou moins de pluie qui tombe; & l'on a remarqué que les années qui étoient abondantes en neige étoient celles où les sources produisoient davantage. En général, plus le produit des sources augmente, & plus elles sont salées; elles paroissent toutes venir du couchant, & passer sous la montagne sur laquelle est bâti le fort Saint - André.

Les eaux salées & douces des deux salines sont élevées (h) avec des pompes aspirantes, au moyen [p. 560] d'une machine hydraulique établie à chaque puits. Les eaux salées sont conduites par différens cheneaux dans le grand récipient appellé tripot; c'est une vaste cuve toute en pierres de taille asphaltée, & garnie en - dehors de terre glaise bien battue; elle contient 5568 muids, mesure de Paris. De là ces eaux sont encore élevées avec des pompes, & distribuées par plusieurs chéneaux dans les nauds ou réservoirs, établis près des chaudieres où elles sont bouillies; on les y fait couler par le moyen d'une échenée que l'on retire ensuite lorsque la chaudiere est remplie, les pompes qui élevent les eaux douces ou peu salées, & qui les jettent dans le canal dit de Cicon, jouent par les mêmes rouages qui font mouvoir celles des eaux salées.

Le canal de Cicon qui reçoit toutes les sources douces de la grande saline, ainsi que les eaux qui ont servi aux machines hydrauliques, commence à l'extremité de la voûte du puits d'amont. A cet endroit élevé de 10 piés au - dessus du niveau des sources salées; on en voit une d'eau douce, abondante, claire, & bonne à boire. De - là le canal continue jusqu'à l'autre extrémité de la voûte dite le puits à gray, où il reçoit encore les eaux qui ont fait mouvoir la machine hydraulique construite pour les pompes de la cuve du tripot; alors il est fait en voûte, & passe sous la ville de Salins, à 25 piés de profondeur. Il a 332 toises de longueur; 4 piés de large, sur 6 de hauteur commune, à compter depuis l'extremité de la voûte du puits à gray, jusqu'à l'endroit où il jette ses eaux dans la riviere de Furieuse.

Les eaux douces ou peu salées du puits amuré à la petite saline, ainsi que celles qui font mouvoir les machines hydrauliques pour les pompes qui les élevent, sont aussi reçues dans un canal de 53 toises de longueur, du même nom & de la même construction que celui de la grande saline auquel il se réunit.

Les voutes souterreines qui renferment les sources des puits d'amon & agray, regnent sous le pavé de la grande saline, du septentrion au midi; leur longueur totale est de 502 piés. On en attribue la construction aux seigneurs de la maison de Salins, qui commencerent à régner vers l'an 941, en la personne d'Albéric de Narbonne, comte de Mâcon & de Bourgogne, sire de Salins.

Nous avons dit que toutes les eaux salées de la grande & de la petite saline, se rassembloient dans la cuve du tripot, d'où elles étoient distribuées dans les réservoirs établis près des chaudieres.

Ces chaudieres ou poëles, toutes désignées par un nom particulier (i), sont au nombre de neuf, avec chacune un poëlon qui les joint par - derriere. Il y en a deux à la petite saline, & sept à la grande. Chaque chaudiere avec son poëlon a un emplacement séparé, & un réservoir ou naud fait de madriers de sapin pour y déposer les eaux nécessaires aux cuites. Cet emplacement s'appelle berne (k); il a 64 piés de long sur 38 de large.

Toutes les poeles sont de figure ovale, & les poëlons de celle d'un quarré long plus étroit dans le bout opposé à celui qui touche la chaudiere. Les dimensions communes d'une poële sont de 27 piés 2 pouces de longueur, 22 piés 8 pouces de largeur, & 1 pié 5 pouces de profondeur. Elle contient 90 muids d'eau; celles du poëlon sont de 18 piés de

(g) Quoique ces eaux soient élevées séparément, on les réunit aussi avec les premieres, lorsque l'on fait la reconnoissance juridique des sources. C'est à - peu - près comme si une femme, toutes les fois qu'elle visiteroit ses diamans, y méloit des caillonx fangeux qui leur ôteroient de leur éclat & de leur prix, & qu'elle ne feroit entrer dans son écrin que les jours où elle en voudroit examiner la richesse. L'exemple d'une grand - mere imbécille seroit - il suffisant pour autoriser une conduite aussi ridicule? (h) Quatre charpentiers attachés aux salines sont chargés de l'entretien des rouages, & des ouvrages qui sont au compte de l'entrepreneur.

L'entretien des batimens, & toutes les grosses réparations, sont au compte du roi. (i) Les chaudieres de la grande saline sont beauregard, chatetain, comtesse, glapin, grand - bief, martinei, & petit bief. Celles qui sont a la peate satine s'appellent l'une chaudiere du creux, & l'autre chaudiere de soupat. (k) Chaque berne est distinguée par le nom de la chaudiere qu'elle renferme.

long, 10 piés 6 pouces de large, & 1 pié 3 pouces de profondeur, il contient 30 muids. L'un & l'autre sont composés de platines (l) de fer cousues ensemble avec de gros clous rivés, & sont suspendus sur un fourneau, la poële par 135 barres de fer de 4 piés de longueur, & le poëlon par 20 autres barres longues de 6 piés. Ces barres appellées chaînes, sont rivées par - dessous la chaudiere, & accrochées dans le dessas à des anneaux de fer tenans à des pieces de bois de sapin (m), qui traversent la largeur de la poële, & sont appuyées sur deux grosses poutres que soutiennent quatre dés de mâçonnerie appellés piles, qui s'élevent de 3 à 4 piés aux quatre angles des mars du fourneau.

Le fourneau est creusé dans le terrein en même longueur & en même largeur que la poële & le poelon. Le devant fermé par un mur, forme une ouverture ou gorge de 4 piés 6 pouces de hauteur, sur 15 à 16 pouces de largeur. C'est par - là que l'on jette le bois sur une grille de 10 piés de long & de 4 piés de large, placée à 6 piés de distance de la gorge du fourneau, sous le milieu de la poële dont elle est élorgnée de 4 piés 6 pouces. Cette grille est composée de gros barreaux de fonte, distans de 3 pouces les uns des autres, pour que la braise puisse tomber dans un fondrier de 3 piés 6 pouces de profondeur & de 4 piés de largeur, creusé depuis l'extrémité de la grille jusqu'à l'ouverture de la gorge à laquelle il vient aboutir pour faciliter le tirage des braises. Depuis les bords du fondrier, le terrein s'éleve en talud jusqu'aux côtés de la poële (n); de façon qu'il n'en est plus qu'à 8 pouces de distance. Il s'éleve de même depuis le bout de la grille jusqu'à l'extrémité du poëlon, dont alors il ne se trouve plus éloigné que de 10 à 11 pouces. Le fourneau est fermé tout - au - tour avec de la terre (o), à l'exception de 4 soupiraux de 15 pouces de largeur, que l'on ouvre & ferme, suivant les besoins.

L'activité du feu se trouve dans le centre de la poële: l'air fait couler la flamme sous le poëlon (p), & la fumée s'échappe derriere par une ouverture de 6 à 7 piés de largeur, sur 10 à 11 pouces de hauteur.

La formation du sel se fait dans 3, 4, & quelquefois 5 bernes à - la - fois. Il faut 17 à 18 heures pour une cuite (q): en sorte que les 16 cuites consécutives, qu'on appelle une remandure, emportent 11 ou 12 jours & autant de nuits d'un travail non interrompu à la même poële. On fait dans le même tems 16 cuites au poëlon, & le sel s'y trouve ordinairement formé 3 ou 4 heures avant celui de la poële (r). La [p. 561] raison de cette différence est que l'on ne remplit jamais le poëlon déja beaucoup plus petit, afin que l'évaporation s'y faisant plus vîte, on puisse y remettre de l'eau pour la cuite suivante, pendant qu'il y a encore du feu sous la chaudiere.

Avant de commencer une remandure, on prépare la chaudiere 1°. en bridant les chaînes ou barres de fer qui soutiennent la poële & le poëlon, c'est - à - dire, en les assujettissant toutes à porter également; 2°. en nattant avec de la filasse les joints & les fissures qui auroient échappé à la vigilance des maréchaux; 3°. en enduisant la surface de la poële & du poëlon avec de la chaux vive délayée fort claire dans de l'eau extremement salée, appellée muire cuite, parce qu'elle provient de l'égout du sel en grain: ces trois opérations s'appellent faire la remandure. Ensuite, & immédiatement avant de commencer la premiere cuite, on allume un petit feu sous la poële pour faire sécher lentement la chaux, & on l'arrose avec cette même muire cuite; ce qui s'appelle essaler, pour que le tout forme un mastic capable de boucher exactement les fissures, & d'empêcher la poële de couler (s).

Le travail d'une cuite est divisé en quatre opérations, connues sous les noms d'ébergémuire, les premieres heures, les secondes heures, & le mettre - prou. On entend par le terme d'ébergémuire, l'opération de faire couler dans la poële les eaux de son réservoir; elle dure quatre heures, pendant lesquelles on fait du feu sous la chaudiere, en l'augmentant à proportion qu'elle se remplit. Lorsqu'elle est pleine, le service des premieres heures commence; il dure quatre heures. Alors on fait un feu violent pour faire bouillir l'eau; de façon cependant qu'elle ne s'échappe point par - dessus les bords; le service des secondes heures dure aussi quatre heures. Il consiste à entretenir un feu modéré, & à le diminuer peu - à - peu, afin que le sel, qui commence alors à se déclarer puisse se configurer plus favorablement. Le mettre - prou, derniere opération de la cuite, dure cinq heures, pendant lesquelles l'ouvrier jette peu de bois, & seulement pour entretenir le feu, jusqu'à ce que le sel soit entierement formé, & qu'il ne reste que très - peu d'eau dans la poële.

Alors l'on ne jette plus de bois; quatre femmes nommées tirari de sel, le tirent avec des rables de fer aux bords de la chaudiere, & d'autres ouvriers ap<cb-> pellés aides, l'enlevent dans des gruaux (t) de bois, & le portent partie dans les magasins du sel en grains, & partie dans l'ouvroir, dont nous parlerons plus bas, pour y être formé en pains. Lorsque tout le sel est enlevé, on remplit la poële pour une seconde cuite, & ainsi des autres.

Quatre ouvriers & deux femmes sont attachés au service de chaque berne; les ouvriers que l'on nomme ouvriers de berne (u), travaillent ensemble à préparer la chaudiere; ce que l'on appelle faire la remandure. Ensuite ils se relevent pour le travail de la cuite; en sorte que chacun d'eux faisant une de ces quatre opérations, se trouve avoir fait quatre cuites à la fin de la remandure.

Les deux femmes s'appellent aussi femmes de berne; l'une dite tirari de f u, est occupée à tirer quatre fois par cuite les braises qui tombent de la grille dans le fondrier. Elle employe à cet usage une espece de pelle à feu longue de 20 pouces, large de 14, & dont les bords dans le fonds ont un pié d'élévation. Cette pelle est attachée à une grande perche de bois; on l'appelle épit. L'autre femme dite eteignari, éteint la braise avec de l'eau, à mesure que la premiere l'a tirée. Toutes les deux sont encore chargées de tirer le sel aux bords du poëlon, lorsqu'il y est formé; les tiraris de sel dont on a parlé, ne sont que pour la chaudiere.

Les seize cuites consécutives qui composent une remandure, produisent communément 1200 quintaux de sel, & consomment environ 90 cordes de bois. Une corde a 8 piés de couche, sur 4 piés de hauteur; & la buche a 3 piés & demi de longueur. On fait année commune dans les salines de Salins 132 remandures, qui produisent autour de 158000 quintaux de sel blanc comme la neige, & agréable au gout, pour la formation desquels on consomme près de 11800 cordes de bois (x).

Après que la remandure est finie, on enleve le

(l) Les platines du fond s'appellent tables; celles des bords ve sats, dont le haut est terminé par des cercles de fer nommés bandes de toises.

Les poëles sont composées de 350 tables; de 100 versats, de 1, 5 chaines, & de 7500 clous. (m) Le nom de ces pieces de bois est traversiers. Elles sont au nombre de 22, distantes de 10 pouces l'une de l'autre, & ayant chacune 9 à 10 pouces d'équarrissage. Les deux poutres sur lesquelles elles sont appuyées, s'appellent pannes ou pesnes. (n) Les murs des côtés de la poële se nomment macelles. (o) Cette partie qui touche les bords de la poële s'appelle rond. (p) Les poëlons ne sont pas anciens. Il n'y a pas trente ans qu'ils sont en usage dans la saline de Salins. C'est M. Dupin, fermier général, qui les y a introduits. Il en résulte une épargne en bois considérable, & relative à la quantité d'eau que l'on bouillit au poëlon, sans augmenter sensiblement le feu de la poële. (q) Autrefois la cuite ne duroit que douze heures; mais le sel en étoit moins pur & moins beau, l'eau n'ayant pas le tems de scheloter assez, ni le sel celui de se former. Aussi étoit - il sans consistence, & comme de la poussiere. (r) Les fevres ou maréchaux chargés de l'entrecien des poëles, car on n'en fait jamais de neuves à Salins, étoient autrefois pourvûs de leur office par le roi; ce qui les metroit à l'abri de la révocation, & étoit contre le bien du service. On a supprimé ces charges, & les maréchaux sont a présent aux gages de l'entrepreneur, qui avec des appointemens fixes, leur accorde encore onze deniers par charge de toute espece de sel formé, afin de les intéresse par la à apporter tous leurs soins à l'entretien des chaudieres, & à prévenir les coulées.

Les maréchaux des salines sont à présent au nombre de neuf: il y a quatre maitres & cinq compagnons. (s) La vivacué du feu que l'on fait au fourneau se portant contre le fond de la poële, la tourmente, la bossue, & quel quefois en perce les tables, ou les disjoint. Alors la muire passant par ces ouvertures tombe dans le fourneau, c'est ce que l'on nomme coalee. Pour y remédier, un ouvrier monte sur les traverses de la poële, rompt avec un outil tranchant à l'endroit qu'on lui indique, l'équille qui couvre la place ou la chaudiere est percée, & y jette de la chaux vive détrempée. C'est pendant le tems des coulées que se forment les salaigres. La chaleur du fourneau saisissant vivement l'eau qui s'échappe, en attache le sel au fond de la poële, où, lorsque la coulée est longue & considérable, il forme des especes de stalact tes qui pesent usqu'à 30 ou 40 livres; on ne peut les détacher qu'à la fin de la remandure, quand le fourneau est refroidi. Les petits morceaux de salaigres qui se trouvent dans les cendres des ouvroirs ou des fourneaux, se nomment bez. Il n'y a de différence que dans la grosseur.

Il sembleroit aux chimistes que ces matieres exposées quelquefois pendant dix ou douze jours à une chaleur violente & continuelle, ne peuvent point conserver de salure, parce que l'acide marin emporté par l'activité du feu, doit se dissiper entierement, & laisser à nud la base alkaline dans la juelle il étoit engagé. Cependant les salaigres contiennent encore beaucoup de perties salines: les pigeons en sont très - friands, & ceux qui ont des colombiers recherchent avec empressement cette elpece de pétrification.

Les soins que l'on apporte aujourd'hui aux poëles de Salins empêchant presque entierement les coulées, & par conséquent la formation des salaigres, les fayanciers qui en faisoient grand usage peur leur fabrieation, prennent pour y suppléer, des équilles des poëles. Ils les achetent à un prix plus bas, quoiqu'elles renferment beaucoup plus de sel. On vendoit les salaigres 15 liv. le quiutal, ce qui étoit plus cher que le sel, & les équilles leur sont données pour 10 liv. (t) Le portage des sels enlevés de la chaudiere se fait dans des gruaux de la contenance d'environ trente livres Les aides qui en sont chargés ont chacun 1 2 sols 4 den par remandure de la grande saline, & 1 liv. 2 sols 2 den. 2 tiers pour la petite saline.

Le montier de service compte les gruaux de sel sortis de la chaudiere, sur le pié de dix pour onze, qui sont effectivement portés dans les magasins. Le onzieme est retenu pour prévenir les déchets.

Il y a huit montiers, six à la grande saline & deux à la petite. Leurs fonctions sont de veiller sur toutes les parties du service de la formation des sels; suivre les opérations des cuites, la fabrication des pains, avoir l'oeil sur l'entretien des rouages, enfin sur tout ce qui a rapport au bien du service.

Ils le relevent à la grande saline par garde de trois à trois alternativement, pendant 24 heures, tant de jour que de nuit. (u) Il y a trente - six ouvriers & dix - huit femmes de berne. (x) L'entrepreneur avec qui la ferme générale soustraite pour la formation des sels, & toutes les opérations qui y sont relatives jusqu'à leur délivrance, est tenu tant par son traité (voyez celui de 1756 avec Jean Louis Soyer), que par les arrêts des 24 Mars 1744, & 30 Mars 1756, de réduire la consommation des bois nécessaires pour la cuite des sels, à la quantité de 1578, cordes; & de former par an 150773 quintaux 40 livres, ou 111684 charges en toute espece de sels; les charges évaluées sur le pié de 135 liv. Le prix lui en est payé à raison de 2 liv. 6 sols pour les sels en grains, & de 2 liv. 15 sols pour les sels en pains.

S'il excede la quantité de bois qui lui est accordée, il le paye à raison de 24 liv. la corde; & si la consommation est moindre, la ferme générale lui donne 3 liv. par corde de bois épargné.

Les bois que l'on amene dans la saline pour la cuite des muires, y sont entassés en piles fort élevées, parce que l'emplacement est étroit. Ces piles se nomment chales; ceux qui les élevent enchaleurs, & leur manoeuvre enchalage.

[p. 562] peu d'eau qui reste dans la poële (y), & l'on trouve au fond une croute blanchâtre appellée équille, depuis 1 jusqu'à 3 pouces d'épaisseur, & si dure qu'on ne peut la détacher qu'en la cassant avec des marteaux pointus. Elle est formée du premier sel qui, se précipitant au fond de la poële, s'y attache, s'y durcit, par la violente chaleur qu'il y éprouve; la pureté de l'eau salée à Salins fait que l'équille n'y renferme pas beaucoup de matieres étrangeres; elles sont presque toutes enlevées par les bassins que l'on met dans la poële, pour que l'ébullition de l'eau les y fasse déposer, & il s'y en mêle fort peu avec l'équille, dont 18 livres en rendent 17 d'un sel très - bon & très - pur. On la brise sous une meule; ensuite elle est fondue dans de grands bassins de bois avec les petites eaux du puits amuiré, qui se chargent des parties de sel qu'elle contient. On met assez d'équilles pour que les eaux puissent acquérir quatorze degrés de salure, & alors elles sont aussi envoyées à la cuve du tripot.

Le sel en grains que l'on doit délivrer en cette nature est porté de la chaudiere dans des magasins nommés étuailles de sel trié. Il y en a neuf (z) dans la grande saline pour contenir ces sels, & leur faire acquérir le dépôt de six semaines convenu par les traités avec les Suisses, auxquels ils sont destinés. Le tems du dépôt se compte du jour où l'étuaille est remplie. Ces neuf magasins peuvent contenir ensemble 51000 quintaux. Il n'y en a point à la petite saline, où tout le sel en grain est ensuite formé en pains.

De ces neuf magasins, il y en a huit qui ont de grandes cuves au - dessous: l'une est construite en pierre, & les autres en bois; elles reçoivent l'égoût du sel en grains. La plus petite de ces cuves contient 285 muids, & la plus grande 1700 muids. La neuvieme étuaille n'a, au - lieu de cuve, qu'un chéneau qui conduit son égoût au tripot. C'est cet égout des sels que l'on nomme muire cuite; elle est ordinairement à 30 degrés (a). On la conduit dans une cuve particuliere, où l'on amene aussi des petites eaux à 5 degrés du puits à muire, ainsi que les changeantes du puits d'amont, jusqu'à ce que le mélange total ne soit plus qu'à 14 degrés; alors l'on envoie encore ces eaux dans la cuve du tripot.

Le sel en grains, que l'on destine à être formé en pains, est porté, au sortir de la chaudiere, dans une grande salle appellée ouvroir. Chaque berne a le sien; l'ouvroir a environ 60 piés de long sur 30 de large: dans un coin de chacun sont établies de longues tables de bois élevées à hauteur d'appui, dont une partie en plan incliné s'appelle sille, & sert à déposer les sels en grains que l'on apporte de la poële; l'autre partie, nommée massou, est faite avec des madriers creusés d'environ 6 pouces, & destinés pour y fabriquer les pains. Un petit bassin reçoit les muires qui s'égouttent du sel déposé sur la sille; il y est attenant, & on l'appelle l'auge du massou. Cette muire sert pour paîtrir le sel dans le massou, & aider ses parties à se serrer plus aisément.

Quatre femmes (b) sont chargées de former & de sécher les pains de sel. Elles ont chacune leurs fonetions particulieres: la premiere se nomme mettari, parce qu'elle remplit l'écuelle ou moule dans lequel elle forme le pain avec le sel qu'elle a paîtri.

La seconde se nomme fassari. C'est elle qui donne la derniere forme au pain en passant les mains par - dessus pour l'unir, & ôter le sel qui excede l'écuelle; ensuite elle la renverse dans une autre plus grande, appellée siche, qui est remplie de sel épuré, détache le pain du moule, & le porte sur le sel en grains qui est uni sur la sille.

C'est - là que les deux autres femmes, nommées sécharis, viennent le prendre chacune à leur tour, & le font sécher sur la braise (c) qui est allumée au milieu de l'ouvroir, & répandue dans toute sa longueur.

Six rangs de pains de sel arrangés les uns à côté des autres forment ce que l'on appelle un feu. Il faut ordinairement dix heures pour faire sécher un de ces feux. C'est à cet usage que l'on emploie les braises tirées des fourneaux des bernes; mais elles ne suffisent pas, & l'on est encore obligé d'en acheter (d).

Après que les pains sont séchés, les sécharis les enlevent de dessus les braises, & les empilent de chaque côté de l'ouvroir: ensuite vient un ouvrier qui les range dans une espece de panier de la largeur du pain, & assez haut pour en contenir douze l'un sur l'autre. Il est construit avec deux baguettes courbées & entrelacées de silets d'écorce de tilleul. Cette opération s'appelle enbenater; celui qui la fait, benatier (e); le panier, benaton, & lorsqu'il est rempli de 12 pains de sel, benate, dont quatre font une charge. Lorsque ces sels sont enbenatés, on les porte au - dessus de l'ouvroir dans le magasin, appellé étuaille de sel en pains.

Tous les sels formés dans les salines de Salins se délivrent tant aux cantons suisses, qu'aux habitans de la province de Franche - Comté. Ceux - ci n'ont que du sel en pains, & le sel en grain, appellé sel trié, est uniquement destiné pour les Suisses,

Il y a d'anciens traités entre le roi & les cantons catholiques du corps helvétique pour une fourniture au volume de 8250 bosses de sel en grains. La bosse (f) est un tonneau de sapin, qui a des mesures [p. 563] fixes & déterminées. Elle est réputée contenir 560 livres de sel; ainsi les 8250 bosses forment la quantité de 46200 quintaux.

Ces sels sont fournis par préférence, & rendus aux frais du roi dans les magasins de Grandson & Yverdun en Suisse, où ils sont livrés à chaque canton à un prix fort au - dessous de ce qu'il en coute pour la formation & pour la voiture (g).

On fournit de plus 4570 quintaux de sel en 816 bosses pour le remplissage, & pour les déchets que l'on suppose arriver dans la route. Cette quantité est délivrée gratis: ainsi le total des sels en pains fournis aux cantons catholiques en exécution des traités du roi, est de 50770 quintaux.

Indépendamment du sel en grain, on delivre en<->

(y) Cette eau, qui est le résidu de 16 cuites, s'appelle eaumere; elle est très - salée, mais chargée de parties grasses & huileuses. On la mêle avec des eaux foibles pour les fortifier. (z) Les neuf etuailles des sels en grains ont chacune un nom particulier; étuaille de Me François, Pierre vers comtesse; Pierre vers glapin; les Allemands vers comtesse; les Allemands vers glapin; beauregard; roziere; la potesne & les biefs.

Elles ont chacune deux serrures à clés différentes, dont l'une est entre les mains du contrôleur à l'emplissage des bosses, l'autre entre celles des moutiers. (a) L'eau ne peut jamais avoir plus de 33 degrés de salure; lorsqu'on l'a portée à ce point, elle est saturée, & ne fond plus le sel qu'on lui présente. (b) Ces femmes ont pour les quatre 8 livres dix sous de fixe par remandure, & 10 livres 6 sous 8 deniers par 400 champs de sel de toute espece; ce qui fait pour chaque ouvriere 2 deniers par 75 pains de sel qu'elles forment.

Ces femmes, dites femmes d'ouvroir, sont au nombre de 40. dont 28 à la grande saline, & 12 à la petite. (c) Lorsque les braises qui ont servi au desséchement des pains de sel sont consumées, on en lessive les cendres pour en extraire les parties salines que les pains de sel y ont laissées. Cette opération a un inconvénient, c'est que si l'on retire le sel marin, on extrait en même tems le sel de cendre qui l'altere: on emploie à cet usage les petites eaux du puits à muire. (d) Avant d'employer les petites braises au desséchement des sels en pain, on les met sur un crible de fer, pour en séparer la poussiere & toutes les parties trop menues; c'est cette criblure que l'on nomme chanci.

On en distingue de deux especes dans la saline de Salins; le chanci noir est la criblure des braises qui sont amenées aux salines; & le chanci blanc est la criblure de celles que l'on tire des fourneaux des bernes. Cette seconde espece est beaucoup plus estimée & plus recherchée que la premiere; l'une & l'autre se donne en forme de gratification: la délivrance s'en sait dans des besives de bois. (e) Le benatier est encore chargé de prendre les benates de sel sur la place, à mesure que les poulins les y apportent, & de les arranger sur les voitures des sauniers, après avoir verifié le compte des charges des benates, & des pains délivrés pour chacune. (f) Il y a deux especes de bosses; les longues & les courtes; la dimension des premieres est fixée à 1 pié 6 pouces 8 lignes de diametre des fonds mesurés intérieurement à l'endroit des sables, ou traverses: 6 piés 2 pouces 6 lignes de circonférence extérieure du ventre, & 3 piés 9 pouces 8 lignes de hauteur dans oeuvre entre les deux fonds.

Les bosses courtes doivent avoir 1 pié 9 pouces de diametre des fonds; 6 piés 8 pouces de circonférence, & 3 piés 1 ponce 10 lignes de hauteur, mesurés de même que les longues.

La premiere espece de bosses est la seule dont on se servoit précédemment; mais la difficulté de trouver une quantite suffisante de douves assez hautes, a obligé en 1745 d'en fabriquer d'une espece plus courte, en regaguant par la circonférence ce qu'on perdoit sur la hauteur: ainsi les bosses longues & les couries coatiennent la même quantité de sel.

Le remplissage des bosses se fait par les manoeuvres aides au poulinage: ils chargent le sel du magasin dans des gruaux, & l'apportent dans la saile, ou ils le versent dans la bosse. Après les quatre premiers gruaux verlés, l'aide au poulinage deltiné à la manoeuvre du foulage, entre dan la bosse, foule le sel avec ses piés, & continue ensuite la même chose de quatre en quatre mesures: cette opération s'appelle piétinage.

Lorsque la bosse est remplie, on la laisse pendant hait jours sur son fonds, après lesquels l'aide au poulinage monte de nouveau sur la bosse, la foule de 18 coups de pilon, & fait remplir de sel le vuide qui s'est formé; ce qui s'appelle fierlinage. Ce mot vient de l'allemand vierling, ou en l'écrivant comme il se prononce, fierling, quart, mesure de Berne. La bosse en doit contenir seize; ensuite elle est fermée, numérotée, marquée, & mile en rang pour entrer dans les premters pesages, & être délivrée aux voituriers. Les poulins ont 10 deniers par bosses, pour y apporter le sel, les remplir & fierliner, suivant l'usage que nous avons rapporté.

On appelle envoir, l'expédition de trois ou quatre cens bosses délivrées les jours indiqués pour les chargemens aux communautés qui les voiturent d'entrepôt en entrepôt jusqu'à Grandson & Y verdun.

Lorsqu'elles y sont arrivées, elles doivent encore y rester trois semaines en dépôt: on les mesure de nouveau, & l'entrepreneur des voitures, à qui le rermier passe pour déchet 9 pour 100 en dedans, c'est à - dire qu'il lui en livre 100 pour 91 qu'il lui compte, est tenu de les remplir de façon qu'il n'en revienne pas de plaintes.

Il y a deux salles pour le remplissage des bosses; l'une appellée la grande salle, en contient environ 600 longues & 400 courtes; la deuxienie dite salle de l'ancienné sorge, contrent 400 bosses longues & 3 0 courtes.

Chaque salle a pour le pesage des bosse deux balances, dont l'une se meut par un balancier, & l'autre par un cric; elle a aussi deux portes opposées pour la commodité des voitures, qui entrant par l'une afin de charger les bosses, sortent par l'autre: chaque porte a deux serrures a clés différentes, qui sont comme celles des étuailles partagées entre le contrôleur à l'emplissage & le moutier.

On appelle pousset le sel qui se répand sur le plancher pendant le remplissage des bosses, & qui, soulé aux piés par les ouvriers & les voituriers, ressemble à un sable noir & rempli d'ordures. Les habitans de la campagne le mêlent avec la nourriture de leurs bestiaux, & ils l'achetent dix livres dix sols le quintal: on en donne aussi par gratification aux voituriers qui les premiers frayent les chemins fermés par l'abondance des neiges, & à ceux qui perdent des boeufs en voiturant les bosses.

Quatorze ouvriers nommés bossiers travaillent à la fabrication des bosses dans un atelier qui est dans l'intérieur de la saline, & où on leur amene les douves, fonds & cercles nécelsaires.

(g) Les cantons de Lucerne, Ury, Schwitz, Underval le haut & le bas, & de Zug, payent la bosse de sel, 20 liv. 16 sols 4 den.

Fribourg, qui outre son sel en pains, a encore 1500 bosses de sel trié, le paye 23 liv. 6 sols 8 den. la bosse.

Soleure n'es donne que 22 liv. 1 sol 8 den.

Et le canton de Berne sut lequel on passe, & qui pour raison de ses péages, a 700 bosses de sel, les paye néanmoins beaucoup plus cher; il en donne 28 liv. 5 sols.

Pour les 4300 charges de sels en pains qui sont fournis de plus à Fribourg, ce canton la paye à raison de 6 liv. la charge.

core chaque année au canton de Fribourg, en vertu des anciens traités du roi, 4300 charges denfel en pain, du poids de 114 livres la charge, ce qui fait 4902 quintaux. Ce sel est levé à Salins aux frais du canton, qui ne le paye non plus que fort au - dessous du prix de la formation.

Outre ces traités sur lesquels le roi donne une indemnité considérable à ses fermiers, il est encore fait par ceux - ci, suivant la possibilité ou la convenance d'autres traités avec des cantons protestans (h) pour 35 à 40 mille bosses: ensorte que la formation en sel de Salins pour les différens cantons suisses peut être évaluée, année commune, à 90000 quintaux.

Nous avons dit que l'on ne délivroit que du sel en pain aux habitans de la province de Franche - Comté, & cela est vrai, à l'exception des 164 quintaux de sel en grains distribués par gratification, tant aux principaux officiers de la province & de la ville de Salins, qu'aux officiers & employés des salines.

Avant l'établissement de la saline de Montmorot, celle de Salins fournissoit toute la province; mais aujourd'hui elle ne délivre plus, année commune, que 67000 quintaux de sel formé en pains.

Il y a neuf especes de sel en pain; & on les distingue par des marques particulieres à chacune par leur grosseur & par leur poids. Tous les pains sont de forme ronde; le dessous est à - peu - près convexe, & le dessus contient les marques distinctives. Les moules de chacune de ces especes sont étalonnés sur des matrices qui rettent au greffe des salines, & dont les originaux sont à la chambre des comptes de Dole.

La délivrance de ces sels est faite une partie par charge; la charge est composée de quatre benates, & la benate de douze pains; & l'autre partie en gros pains de 12 & de 18 livres: la destination & les prix en sont différens.

Des neuf especes de sel rapportées ci - dessus, les trois premieres, appllées sel d'ordinaire (i), sont accordées aux villes & communautés qui les font lever (k) chaque mois dans les salines. La quantité de [p. 564] ce sel fut fixée en 1657; mals étant devenue insuffisante par l'accroissement des habitans, on y a suppléé par une quatrieme espece, dite sel rosiere ou d'extraordinaire. Il en est formé différens magasins où chaque particulier va, suivant ses besoins, en acheter au prix fixé par un tarif.

La cinquieme espece de sel en pains est appellée sel de Fribourg. Voyez ci - dessus.

Les quatre dernieres, dont deux sont en gros pains, appellés pour cela gros salés, se délivrent sous le titre de sel de redevance: 1°. pour anciennes fondations faites en faveur des églises, communautés religieuses & hôpitaux de la province: 2°. pour une partie des francs salés des anciens & des nouveaux officiers du parlement, de la chambre des comptes, des chancelleries, & d'autres officiers de la province; on appelle franc - salé le droit qu'ils ont de lever, les uns gratis, & les autres à un prix très - modique, le sel qui leur est fixé: 3°. pour le rachat du droit de muire que différens particuliers avoient sur les salines.

Ce droit étoit fort ancien: il venoit de ce que divers particuliers, au tems que les salines appartenoient aux seigneurs de Salins, s'étoient associés pour travailler aux voûtes qui renferment les sources. Pendant ce travail, ils avoient aussi découvert d'autres sources salées, & ils en avoient séparé quelques - unes qui se mêloient avec les douces. Ce fut pour les récompenser que le prince leur accorda annuellement une certaine quantité d'eau salée qui se trouva divisée en 419 parts, lorsque les rois d'Espagne prirent possession de la Franche - Comté. Ces parts étoient appellés quartier, & chaque quartier étoit de 30 seaux d'eau salée.

Les rois d'Espagne devenus maîtres des salines formerent le dessein de réunir ces quartiers à leur domaine. Ils n'y trouverent de difficulté que de la part des gens d'église qui en possédoient la plus grande partie, vraissemblablement ensuite des dons qu'on leur en avoit fait. L'affaire fut portée à Rome, où elle ne fut cependant pas décidée à l'avantage des ecclésiastiques. Leurs portions furent estimées, & l'on en créa des rentes & redevances en sel, comme l'on avoit fait pour l'achat des droits des autres particuliers qui s'étoient prêtés de bonne grace à cet arrangement. Ce sont ces rentes & redevances, qu'on appelle rachat de droit de muire. (l)

Tous les bois qui se trouvent dans les quatre lieues autour de la ville de la Salins ont été affectés pour la fourniture des salines, par un réglement de la cour du premier Avril 1727. Les forêts comprises dans ces quatre lieues, que l'on nomme l'arrondissement des salines (m) forment ensemble un total de 45340 arpens, dont environ les deux tiers sont au roi, & le reste appartient tant aux communautés qu'aux particuliers, qui ne sont pas les maîtres d'en disposer, & auxquels l'on n'accorde que le bois nécessaire à leurs usages. On leur paie le surplus à un prix fixé par la cour.

Le roi a établi par arrêt du 18 Janvier 1724, un commissaire général pour l'administration & la police des bois, ainsi que pour les chemins & rivieres de l'arrondissement. Cette administration est connue sous le nom de réformation des salines. Elle connoît tant au civil qu'au criminel, de toutes matieres concernant la police & l'administration des forêts.

La réformation est composée d'un commissaire général, d'un subdélégué, d'un lieutenant, d'un procureur du roi, d'un substitut du procureur du roi, de deux gardes - marteaux, d'un ingénieur & directeur des ouvrages, d'un receveur des épices & amendes, de deux arpenteurs, d'un garde - général collecteur des amendes, de deux gardes - généraux, & de 38 autres gardes particuliers.

Il y a encore dans cette saline une autre jurisdiction, à laquelle la maîtrise des eaux & forêts de Salins a été réunie en 1692. Elle connoît tant au civil qu'au criminel, & sauf l'appel à la chambre des comptes de Dole, de tout ce qui concerne les gabelles, conformément aux édits de 1703 & 1705. Elle est en même tems établie pour faire la visite des sources, & connoître de la police intérieure des salines. Cette jurisdiction a pour chef un juge visiteur des salines & maître particulier des eaux & forêts; ses autres officiers sont les mêmes qu'à la réformation.

Le revenu annuel des salines de Salins peut être évalué, tous frais faits, aux environs de sept cens mille livres, dont quatre cens cinquante mille viennent de la Suisse. Il étoit plus considérable avant que la moitié de la Franche - Comté se fournît en sel de Montmorot.

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