ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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ROUGEUR (Page 14:405)

ROUGEUR, s. f. (Morale.) La rougeur, selon les physiologistes, est le passage prompt & libre du sang par les arteres, dans les vaisseaux cutanés du visage, où il s'arrête quelques momens avant que son retour se fasse par les veines. Les causes en sont différentes; mais nous ne considérons ici la rougeur que comme affection & sentiment.

Pompée ne pouvoit s'empêcher de rougir toutes les fois qu'il paroissoit dans l'assemblée du peuple. Fabianus, celebre orateur, éprouvoit aussi la même chose quand le sénat l'appelloit dans une affaire en qualité de temoin; ce n'étoit pas chez eux une foiblesse d'esprit, c'étoit un effet de surprise qu'ils ne pouvoient vaincre, car ce à quoi l'on n'est pas accoutumé, dit Séneque, frappe vivement les personnes qui ont de la disposition à rougir.

Quoique la rougeur soit en général un appanage de la décence & de la modestie, elle n'en est pas toujours une démonstration. Sempronia, cette femme d'une naissance illustre, qui entra dans la conjuration de Catilina, avoit une beauté incomparable, rehaussée par cette apparence de pudeur qui n'auroit jamais fait soupçonner le desordre de sa conduite, & les crimes dont elle étoit coupable.

Nous avons vû une célebre actrice à Londres, dont on ne soupçonnoit pas l'innocence, qui rougissoit quand elle vouloit, & qui avoit le même empire sur sa rougeur que sur ses larmes: mais la rougeur estimable est ce beau coloris produit par la pudeur, par l'innocence, & qu'un ancien nommoit spirituellement le vermillon de la vertu; il la rend aussi toujours plus belle & plus piquante. Voyez comme Dryden en a fait la peinture, d'après une jeune dame dont il étoit amoureux.

A crimson blush her beauteous face o'crspread. Varging her cheeks by turns with white aud red; The driving colours, never at a stay, Run here and there, and flush and fare away; Delightful change! thus indian iv'ry shows, Wich with the bord'ring paint of purple glows, Or lilly demask'd by the neighbouring rose.

Rougeur du visage (Page 14:405)

Rougeur du visage, gutta rosacea, maladie cutanée. Cette rougeur accompagnée de boutons est [p. 406] due à une intempérie du foie, car ces boutons ne sauroient disparoître que le foie ne s'endurcisse & ne jette le malade dans l'hydropisie, & ces maladies du foie diminuent considérablement, lorsque ces maladies paroissent sur le visage: ainsi on ne doit point appliquer à contretems des topiques sur ces sortes d'éruptions, dans le dessein de les faire disparoître.

On appelle cette rougeur gutta rosacea, à cause des petites gouttes ou tubercules rougeâtres qui sont disposées sur tout le visage. Quelques - uns l'appellent rubedo maculosa, ou plutôt ruber cum maculis, à cause que le visage est tellement couvert de ces sortes de taches, qu'il en devient hideux.

La cause est un sang épais & visqueux, engendré par le vice du foie, qui passant par les vaisseaux capillaires jusqu'à la surface de la peau du visage, la couvre d'une rougeur pareille à celle que cause la honte; comme il est lent & visqueux, & qu'il ne peut retourner par les veines, il s'arrête sur cette partie, y cause une rougeur qui ne peut être dissipée à cause de la densité de l'épiderme, & dégénere en des pustules qui s'ulcerent après avoir rongé le tissu des glandes cutanées.

On peut guerir cette maladie lorsqu'elle est benigne, récente, & que le malade est d'un bon tempérament; mais la cure n'en peut être que palliative, lorsqu'elle est invétérée ou d'une nature maligne, elle n'est pas toujours causée par la débauche du vin & des liqueurs, puisque les personnes sobres n'en sont pas exemptes; cependant ceux qui font un usage immoderé du vin, de biere forte, de liqueurs spiritueuses, en sont plus fréquemment attaqués que ceux qui s'en abstiennent. On ne peut la guérir qu'en remédiant à l'intempérie du foie & des autres visceres, & aux obstructions, & en détournant les humeurs des parties affectées, par la saignée, les vesicatoires, les ventouses, les cauteres, & l'usage réiteré des purgatifs; le régime doit être humectant & rafraîchissant, les alimens faciles à digerer; on doit s'abstenir du vin & des liqueurs fortes, aussi - bien que des viandes en ragoût & épiceries; les eaux de chicorée émulsionnée, le lait coupé, le petit lait clarifié, les plantes tempérantes, telles que la laitue, le pourpier, l'oseille, & les épinars, sont fort bonnes; on peut y ajouter la patience, la fumeterre, l'aunée, dans le cas d'épaississement du sang.

On doit prendre garde d'employer imprudemment des topiques repercussifs, car la rougeur répercutée deviendroit aussi dangereuse que la gale, les dartres, & autres maladies de cette nature.

Le sucre ou sel de saturne, avec le blanc - rasis, & autres linimens, sera fort bon.

On peut employer le mélange suivant, l'alun, le sel de saturne, le camphre, l'alun brulé, le crystal minéral humecté avec de l'eau de frai de grenouille, de jonbarbe ou du suc de nénuphar, cela sera bon si les boutons sont invétérés & durcis.

En général on doit abandonner cette cure, si le malade a d'ailleurs toutes les autres parties saines, & si toutes ses fonctions sont dans leur état naturel.

Cette rougeur considérée comme symptome de la fievre & des maladies inflammatoires, dénote que le sang se porte avec violence à la tête, & que le cerveau est entrepris. De - là vient que le sang ne pouvant revenir du cerveau & des parties voisines, embarrassé d'ailleurs par celui qui engorge les vaisseaux de la face dans l'état ordinaire & naturel, s'arrête dans ces parties, les engorge, les gonfle, se jette sur les petits capillaires; la raison de ce phénomene est sur - tout la structure particuliere du réseau artériel cutané de cette partie, qui fait que le sang y est arrêté par l'engorgement des grands vaisseaux, & l'erétisme des nerrs. Cette rougeur est ordinaire dans les fievres tierces & ardentes, dans la péripneumo<cb-> nie, dans l'esquinancie, & dans toutes les maladies aiguës & chroniques qui attaquent la poitrine & les organes qu'elle contient.

Souvent ce phénomene est l'effet de la passion hypochondriaque & hystérique dans les personnes en qui l'estomac, la rate, le foie & la matrice se trouvent irrités soit par le sang trop épais, soit par le spasme & la tension trop grande des nerfs.

La rougeur causée par la fievre & les affections, soit chroniques, soit aiguës, de la tête ou de la poitrine, demande que l'on employe les remedes indiqués par ces causes.

La rougeur produite par l'affection hy stérique, demande à être traitée différemment; elle suit les indications de cette affection. Voyez Hystérique.

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