ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ
DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS

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Ablution (Page 1:30)

Ablution, cérémonie qui consiste à se laver ou purifier le corps, ou quelque partie du corps, & fort usitée parmi les Mahométans, qui la regardent comme une condition essentiellement requise à la priere. Ils ont eprunté cette pratique des Juifs, & l'ont altérée comme beaucoup d'autres. Ils ont pour cet effet des fontaines dans les parvis de toutes les Mosquées.

Les Musulmans distinguent trois sortes d'Ablutions; l'une qu'ils appellent Goul, & qui est une espece d'immersion; l'autre, qu'ils nomment Wodou, & qui concerne particulierement ies piés & les mains; & la troisieme, appellée terreuse ou sabloneuse, parce qu'au lieu d'eau on y emploie du sable ou de la terre.

l'égard de la premiere, trois conditions sont requises. Il faut avoir intention de se rendre agréable à Dieu, nettoyer le corps de toutes ses ordures, s'il s'y en trouve, & faire passer l'eau sur tout le poil & sur la peau. La Sonna exige encore pour cette Ablution qu'on récite d'abord la formule usitée, au nom du grand Dieu: louange à Dieu, Seigneur de la Foi Musulmane; qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches se vuident dans le lavoir; qu'il se fasse une expiation avant la priere; qu'on se frotte la peau avec la main pour en ôter toutes les saletés; enfin que toutes ces choses soient continuées sans interruption jusqu'à la fin de la cérémonie.

Six raisons rendent cette purification nécessaire. Les premieres communes aux deux sexes, sont les embrassemens illicites & criminels par le desir seul, quoiqu'il n'ait été suivi d'aucune autre impureté: les suites involontaires d'un commerce impur, & la mort. Les trois dernieres sont particulieres aux femmes, telles que les pertes périodiques du sexe, les pertes de sang dans l'accouchement, & l'accouchement même. Les vrais Croyans font cette ablution au moins trois fois la semaine; & à ces six cas, les Sectateurs d'Aly en ont ajoûté quarante autres; comme lorsqu'on a tué un lésard, touché un cadavre, &c.

Dans la seconde espece d'ablution, il y a six choses à observer: qu'elle se fasse avec intention de plaire à Dieu; qu'on s'y lave tout le visage, les mains & les bras jusqu'au coude inclusivement; qu'on s'y frotte certaines parties de la tête; qu'on s'y nettoyeles pieds jusqu'aux talons, inclusivement; qu'on y observe exactement l'ordre prescrit.

La Sonna contient dix préceptes sur le Wodou. Il faut qu'il soit précédé de la formule au nom du grand Dieu, &c. qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches soient vuidées, qu'on e nettoye le visage, qu'on attire l'eau par les narines, qu'on se frotte toute la tête & les oreilles, qu'on sépare ou qu'on écarte la barbe pour la mieux nettoyer quand elle est épaisse & longue, ainsi que les doigts des piés, qu'on nettoye les oreilles l'une après l'autre, qu'on se lave la main droite avant la gauche; qu'on observe le même ordre à l'égard des piés, qu'on répete ces actes de purification jusqu'à trois fois, & qu'on les continue sans interruption jusqu'à la sin.

Cinq choses rendent le Wodou nécessaire: 1°. l'issue de quelqu'excrément que ce soit (excepto semine) par les voies naturelles: 2°. lorsqu'on a dormi profondément, parce qu'il est à supposer que dans un profond sommeil on a contracté quelqu'impureté dont on ne se souvient pas: 3°. quand on a perdu la raison par quelqu'excès de vin, ou qu'on l'a eu véritablement aliénée par maladie ou quelqu'autre cause: 4°. lorsqu'on a touché une femme impure, sans qu'il y eût un voile ou quelqu'autre vêtement entre deux: 5°. lorsqu'on a porté la main sur les parties que la bienséance ne permet pas de nommer.

Quant à l'ablution terreuse ou sabloneuse, elle n'a lieu que quand on n'a point d'eau, ou qu'un malade ne peut souffrir l'eau sans tomber en danger de mort. Par le mot de sable, on entend toute sorte de terre, même les minéraux; comme par l'eau, dans les deux autres ablutions, on entend celle de riviere, de mer, de fontaine, de neige, de grêle, &c. en un mot toute eau naturelle. Guer, Moeurs des Turcs, tom. I. Liv. II.

Au reste ces ablutions sont extrèmement fréquentes parmi les Mahométans: 1°. pour les raisons ci - dessus mentionnées; & en second lieu, parce que la moindre chose, comme le cri d'un cochon, l'approche ou l'urine d'un chien, suffisent pour rendre l'ablution inutile, & mettre dans la nécessité de la réitérer: au moins est - ce ainsi qu'en usent les Musulmans scrupuleux. (G)

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